CARRE
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que m’adressant à des habitants de la ville ou presque j'aurais éraint
de les offusquer de traiter d’un sujet si peu en rapport avec leur ‘ position de semi-citadins: c’est celui des Métis comme précurseur des cultivateurs de cet immense et merveilleux pays. Avec-vous, foncièrement eultivatenrs, je puis parler de la chose en toute sécurité. Il est bon que la chose Soit connue, le Métis a été le premier cultivateur du Manitoba et de l'Ouest: “Les établissements Métis, a écrit. Louis
. Riel; étaient les jalons de la civilisation future.”
Il y a quelque semaines, 3 ’avais l’ avantage € en compagnie “du R. P. Blain, S.J., du Collège de $t -Boniface, qui me servait de cicerone, d'examiner de très près les crânes et les squellettes des Martyrs de l'Ile au Massacre, ces hommes qui avaient accompagné Je grand La Vérendrye dans ses découvertes de J'Ouest jusqu'au fort qu’il avait construit sur le lac des Boïs et qu'il avait baptisé du nom de Fort St-Charles. Ces restes iidiquent que ces braves voyagéurs devaient: être des hommes de taille au-dessus dé l’ordinaire et d’une robustesse physique remarquable. - Leurs semblables ont été les premiers ancêtres des Métis pour ce qui est de l'Ouest, si tant est cependant ‘que ces hommes n'étaient pas déjà des sangs-mêlés avant même de quitter le Bas Canada. Car il est notoire que les tribus Ÿlgonquines de cette partie du pays, naturellement la première découverte par les Européens, se mêlèrent dans des proportions considérables avec ceux-ei et plus particulièrement avec les Français, qui occupaient alors presque seuls le pays le long du St-Laurent et sur les bords des Grands Laes. Ainsi dans les régions de l’Illinois. du Missouri et du Michigan, ces alliances furent fortement favorisées par les missionnaires, depuis le commencement du 18ème siècle surtout, bien que dès 1693 de semblables unions avaient déjà eu lieu, entre autres dans.la tribu des Kaskakias, si bien que dans la partie du pays qu’habitait cette peuplade, et plus particulièrement aux alentours des postes de eommerce à Détroit, Mackinac, Duluth, peu de familles françaises étaient tout à fait exemptes de sang indien. Il est donc bien permis de croire qu’un bon nombre des compagnons de La Vér endrye et de ses successeurs étaient déjà des Métis.
Or l'on sait‘que le premier essai de véritable agriculture. dans l'Ouest fut fait dès 1754 par quelques compagnons de. La Coëîne St.
Lue aux environs du Pas sur la Rivière Carotte, et ‘quelques annéëg*
plus tard, Constant, le premier Bois-brûlé n connaïsse le nomde façon certaine pour la chose, avaït Établi une exploitation assez importante au Pas même qu'environ quärante ans kprès.le Dr. Kiñg, , qui passait par là se rendant au Nord daw une expéditioi parallèle à
celle de Sir John Franklin, pouvait écrire” des chosek telles que celles-.
ci:. ‘Notre attention fut bientôt attirée par la vuel\très agréable de maisons entourées d’une quantité de terre en un étade très grande
culture, divisée en champs de blé et en prairies. Pluskeurs chevaux
et boeufs broutaient aux environs, et les pores et les raient et volaient de tous côtes. . . Un bovillon gras $e vendait de
12 à 14 shillings, et.la fariné et le beurre. presque rien.”’ Et à certaines questions qui lui furent posées. lors de l'enquête de 1857, le.
: même individu répondait qu "à son idée il avait vu de 1000 à . 1500
acres ainsi cultivés, et il ajoute que les Métis faisaient pousser non
‘seulementdu blé, mais du maïs et de l’orge. Sa déposition d’ailleurs
fut. confirmée par le lieutenant colonel Lefroy, le Dr Richardson et d’autres... Lies Métis furent donc bien les premiers cultivateurs du
pays, ils. furent done bien. des précurseurs là aussi, comme ils l’ avaient
été en tout le reste. Et j’ajouterai encore avec Louis Riel qüe 1à où ils s’installèrent, que ce fût sur la Rivière Rouge, sur les trois Rivières Saskatchewan, ou sur les affluents de l’une et ‘des autres, leurs places étaient si bien choisies, qu'elles sont devenues et deviennent chaque jour ‘‘des centres. sur lesquels l’émigration s'appuie pour coloniser et s'étendre dans toutes les directions’?: tels Winnipeg, Edmonton, Prince Albert, Saskatoon, Le Pas, ete. sans parler de l'Ile à à la Crosse,
“du lac la Ronge et des nombreuses missions du nord où les récoltes
ne sont pas moins luxuriantes et moins abondantes que celles que nous
“voyons au Manitoba et dans les autres Provinces de l'Ouest.
Naturellement ce ne fut pas précisement avec plaïsir qu’en 1869 sur la Rivière Rouge et en 1884 sur la Saskatchewan, les Métis qui s'étaient choisi des. fermes pour eux et leurs enfants, virent des étrangers arpenter, dans un but qui leur paraissait louche, les terrains sur lesquels ils s'étaient établis. Faut-il les blâmer s'ils se erurent permis de crier halte-là et d’empêcher par la force ces gens
. de continuer leurs travaux d’accaparement? Que diraient les bons
cultivateurs de Thibautville et de Ste-Anne si des hommes venant
des Etats- Unis ou d’ailleurs se mettaient un beau matin à arpenter
leurs terrains, se moquant d’eux'et leur avouant leur intention de les chasser plus tard de leurs foyers? Ils auraient vite fait de se révolter, et ils auraient. raison. Il ne faut done pas s’étonner que les Métis de ces époques erurent bon de défendre leurs possessions contre l’envahissement rapace des bandes Snow et autres: ils ne firent qu’employer la résistance dans des eas évidents de légitime défense. Parce que l’on est pionnier et défricheur, parce que par un travail parfois très pénible, on prouve que des étendues de terrain que certains messieurs anglais, se disant pourtant très savants, prétendaient ne pas être adaptés à la culture: tel le très honorable Ellice, membre du Parlement anglais, qui déposait en 1857 devant le Comité choisi pour s’enquérir de ces choses: ‘Jai entendu l'évidence qui vient d’être donnée à ce comité à l'effettque la Saskatchewan:est un pays sus- ‘ ceptible d'être établi: c’est possible après qu'une deuxième génération à-part de celle-ci sera descendue dans la tombe, mais ce ne sera que parce que la population dé l’Amérique sera devenue si dense que les habitants se verront forcés d’ émigrer vers des régions moins bien
‘ adaptés à la colonisation que celles où il$ se trouvent aujourd'hui’’;
‘tel encore le lieutenänt colonel Lefroy, qui s’occupait s’il vous plaît . de faire des observations magnétiques pour la Sodété Royale et osait
témoigner devant ce même Comité que, à son idée, “T7 agriculture ne
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saurait faire que peu de progrès n'importe où däns cette région; que bien que la Colonie de la Rivière Rouge fût assez bien adaptée à des fins d'agriculture, elle ne pouvait se comparer aux meilleures parties des autres colonies britanniques en Amérique, et qu’en tous cas, elle ne formait qu'une petite proportion de la région totale, qu’à son avis les meilleurs pays d'agriculture qu'il avait vus,-—voyez comme ils’y connaissait, —étaient entre le Lac la Pluie et lé Lac des Bois, que les gelées étaient si intenses que sur une immense partie le sol était permanemment gelé,'"—paree que, dis-je, on prouve que les terrains si méprisés sont meilleurs qu'on ne s'imagine, si bons même qu'aujourd'hui il est admis dans le monde entier que les plaines de l'Ouest dont parlaient avec tant de dédain ces ignorants, qu'ils fussent membres du parlement ou de la Société Royale britannique, forment sans contredit le grenier de l'Empire, parce que, à la sueur de son front, on prouve toutes ces choses, ce n’est pas urfe raison pour se laisser faire par le premier venu qui, sous prétexte qu'il appartient à une race supposée supérieure, prétend pouvoir vous chasser brutalement du domaine que vous avez arraché au désert ou à la forêt, et s'emparer de votre bien. Messieurs, c’est seulement en passant que j'ai voulu toucher à ce point, je-n'ai pas l'intention de m’y étendre davantage aujourd'hui: qu'il me suffise de vous assurer qu'il n'est plus un his- ‘ torieu bien pensant qui n'explique, sans les approuver, la résistance très légitime de 1869 et la rébellion, plus légitime encore s'il est possible, de 1885, tout comme la rébellion de 1837 de nos frères de.la Province de Québec est admise comme ayant-été-une véritable néceÿ-
sité. | UT
On m'avait prié de vous adresser la parole pendant quelques minutes: je m'aperçois que je me suis étendu bien au-delà du temps que je m'étais assigné; je vous prie de m'excuser.
En terminant, perméttez-moi cependant de vous faire part d’une réponse assez tvpique que j'ai entendu faire par un des vôtres, ces jours derniers, à un étranger nouvellement arrivé d'Europe, qui lui demandait ce que c'était en somme qu’un Métis. Votre ami répondit ceci: ‘C'est un Canadien comme un autre, avec cette différence, qu'il ne craint pas de dire qu'il a du sang sauvage dans les veines quand il en a.” Sans doute cette réponse très fière est-elle un peu brusque s'adressant à Éertaines personnes qui ont honte de l’origine. de leurs mères, ce qui est très mal; elle prouve néanmoins eeci: que, parce qu'on est de sang-mêlé, parce qu’on sent frémir en soi le sang des preux de Ja Vieille France et celui des grands Peaux- Rouges. parce qu'on appartient en même temps à une race que l’on s'accorde à dire parvenue au faîte de la civilisation et à une autre qui, hier encore, ne connaissait rien autre que la large existence de la nature dans toute sa grande et belle simplicité, on a raison de s'enorgueillir d’être ce que l’on.est: un Métis-français. Et-j’ajouterai: quoi que vous entrepreniez, où que vous vous trouviez, qui que voûs abordiez, plus vous vous affirmerez Métis-français plus l’on vous
considérera. Aussi quelque velléité que vous ayez pu avoir, à un moment où-à un autre, de renoncer à votre caste, s’il m'est permis, au titre d’ami qui n’hésite pas à vous dire combien il admire les faits et gestes de votre nation de vous donner un conseil, ressaisissez-vous et chaque fois que l'occasion se présentera, vous souvenant du passé, levez la tête bien haut, et répétez: ‘‘Je suis Métis, je resterai Métis.”
= Le .
me met