XX
Je voudrais avoir le temps de vous parler de toutes les héroïnes françaises d'autrefois, des saintes ef des martÿres,. des femmes des chansons de geste, de celles des eroisades, des guerrières, des vail” lantes de la prière ou de la charité, des travailleuses, des religieuses,
-des paysannes, des nobles dames.
Je voudrais vous conter, d’ après la chanson des Aliscamps, l'his-, toire de la Comtesse Guiboure, qui ne voulut pas baisser le pont-lévis de son château pour laisser entrer- $on seigneur et maître Guillaume au Court-nez qu’il n'eût d’abord délivré lés chrétiens que les infidèles emmenaient. Je voudrais : vous lire, dans le Livre des Quatre Dames
d’Alain Chartier, comment les épouses des chevaliers français tombés : à la bataille d’Azincourt; chantaient ‘‘leur vaillance dont ils firent. grand honneur’en France,” Je voudrais vous parler longuement des
nt
patronnes de la France: Ste- Geneviève, qui deux fois sauva Paris des barbares ; Ste-Clothilde, qui, plus que Clovis, son royal époux, gagna
la bataille de Tolbiac, puisque e’est en adjurant le Dieu -de Clothilde .
que le premier roï de France battit les Alamans; Jeanne d’Are, la Pucelle d'Orléans, dont il suffit de prononcer le rm pour soulever l’enthousiasme dans le coeur français le plus endurci ; vous savez de quel cri elle faisait usage en poursuivant les Anglais: ‘Nous les aurons ! ! Nous les aurons en nom Dieü, fussent-ils pendus aux nuages!’
Ce.cri ‘‘rrous les aurons’? le brave général de Castelnau l’a fait sien .
et l’a de nonveau immortalisé X Verdun!
. Je ne puis m ‘empêcher, de. vous lire un mot charmant d'un poilu de France au sujet de Jeanñe d'Arc:
. * ‘Par un beau matin” d'automne 1915, un régiment sortait de la
caserne de la Pépinière/à Paris et défilait sur la place Saint-Augustin. C'étaient des jeunes séldats qui, le casque bleuâtre sur la tête et avec l’habit ‘bleu d'horizon, partaient pour Îe front. La statue de Jeanne d'Arc à cheval, chef d'oeuvre de Dubois, se dressäit sur la place püblique. Elle semblait leur dire: ‘Courage, en avant! Vous les
-aurez L” Maïs: eux, en la voyant si fière, si belliqueuse, si charmante, ‘ éprouvaient un regret de la laisser derrière eux et de ne l'avoir point
à leur tête, et, dans un élan d’émotion juvénile, l’un d’eux lui cria et
tous les” autres répétèrent: ‘Viens avec nous, la petite !”?
Mot familier! Mais des petits frères ont bien le droit, n'est-ce pas, de parlér ainsi à leur soeur. Le mot, petit, dans notre langue, veut si souvent dire: aimé ou chéri! Et Jeanne, c’est la soeur de nos
soldats, la grande soeur qu’ils aiment du’‘plus profond de leur coeur,
et avèe hâquelle-et pour laquelle ils voudraient se faire casser la tête! DE ‘Je voudrais vous dire qui fut Pierronne de Bretagne, cette hum- .
. ble pay sanne qui s’était attachée à Jeanne d’Arc et, étant tombée
au pouvoir des ennemis de la France, avait dit bien haut sur le bûcher -
où elle précéda de neuf mois sa: chère maîtresse que ‘dame Jeanne était bonne et que ce qu’elle faisait était bien” etSelon Dieu.’’ Je voudrais vous montrer Jeanne Hachette, organisant, la défense . de Beauvais contre.Charles le Téméraire ; Marie Éôuré, dont les ignobles Boches ont descendu et. volé la statue. à Péronne, conduisant le siège de cette ville contre le comte de Nassau au. service de Charles Quint; Catherine Sigurane, repoussant les Turcs qui‘ ifont le siège de Nice et méritant que son buste, surmônte l’une des portes de la ville avee cette. inscription : “L”Amazone Niçoise, s’est opposée à l’assaut des
‘Turcs, en enlevant leur étendard, a mérité le triomphe, 1543.’ Philis.
de la Charce, dont les exploits ‘dans le Dauphiné émerveïllèrent la
France sous Louis XIV èt dont l’élégante statue garde l’entrée du
Jardin des Dauphins à Grénoble. . Je me contenterai de vous lire,
dans ‘un intéressant volume du célèbre chanoine Coubé, les lignes ‘ qu'il a consacrées à Julienne du Gueselin, la soeur du fameux conné- :
table: De en è Le Coubé, p. 24. ' " :
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retla villes - Ju Du .
*.Fendue. 1 =.
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‘Julienne du Gueselin-étäit une bénédictirie douce, pieuse, chai- ‘
‘ täble, qui ne songeait qu’à chanter les. louanges du Seigneur. “Les. murs de sou couvent; sis à Pontorson, faisaient partie des remparts‘. de la ville. Un jour, en l’absence du connétablé, les Anglais, voulant .
s’emparer: dé la place? résolurent de l’attaquer par le point qui leur semblait le plus faible, ‘par le couvent:des saintes moniales. ‘
JA la faveur des ténèbres, une troupe nombreuse, commandée par le capitaine Felton, s’avance à pas de loup vers la silencieuse demeure. et applique des échelles'contre lés murs. Déjà un.des 'assaillants vapénétrer dans uhe des cellules, lorsqu'une religieuse apparaît, C'est
la Soeur du grand chevaliér'breton. ‘ RS “Ardente, intrépide comme son frère, elle se.jette sur L'intrus, -
© l'épée à la main, et lé-précipite du haut des remparts. ‘Elle ferraille
de même contre.deux autrés et leur fait Subir, le même sort." Au bruit de la lutte, aüx eris que. pousse .la “vaillante femme, les habitants
‘. accourent’et repoussènt. l'ennemi. Julienne avait sauvé Son couvent
Le lendemain matin, du Guesclin, accourw au secours de la place, rencontrait l’armée ennemie; la taillait én pièces et s'emparait. de
” Felton. “Lorsque Tiphaïne‘Raguenël, la femme du connétable, aperçut : .l’infortuné capitaine : ‘‘Oh! oh! dit-elle, avec une pointe d’ironie bien féminine, se faire battre deux, fois ên'douze heures par la soeur et le .
L L ?, . Le . À © Fi 4 ie, ST » . Dour ue 5". . eu - : d - : : Dir. : :
. ci, © ki
frère, c’est beaucoup, seigneur Felton, pour un brave comme vous!’#
Et, pour finif, je vous dirai aussi ce qu’il a écrit d’une héroïne
dont le souvenir est.si doux à tons les Canadiens-français, Madeleine de Verchères: °. * Lt Fo ‘ ‘
‘Quatre ans. après la brillanté.campagné de Philis de La Charte, une autre héroïne française accomplit un exploit.militaire qui tient
Marie Magdeleine de Verchères, enfant de quatorzé ‘ans, défendit
pendant huit jours, à la tête de: quatre hornmes seulement, un fort’
situé à huit lieues de Montréal, as$iégé par les Iroquois. .. ‘Son’père, fondateur et gouverneur ‘du fort qui portait son nom,
avait été mandé à Québec par le gouverneur de Frontenae. Les [ro
quois en profitèrent pour attaquer la place, qu'ils. savaient mal dé-'
: ‘ * Le 22 octobre 1696, à 8.heures du matin, Mlle Madgelon, comme
on l’appelait; se promenait dans a brousse quand elle entendit des:
du merveilleux et qui est” cependant rigoureusement: authentique. :-
coups de feu et vit des Iroquois bondir de tous les buissons. Après
‘avoir enlevé une vingtaine: d'habitants et.quatre solflats qui se trou:
vaiënt à une demi-lieue de la redoute, ils coururent sur la jeune fille,;
‘. au nombre de quarante-cing. Elle-s’enfuit en se ‘recommandant, | comme elle l’a raconté, à la Sainte Vierge; mais les Iroquois tiraient | :
sur..elle.et les balles sifflaient à chaque instant à ses oreilles. ! #Youbé, p.41 . Be -
« - - " ‘ ; noue RÉ hs Le amont mont mn 7 = set , ‘
En
= garnison était nombreuse. | . door.
Bientôt après,-elle sortit de nouveau et cette fois avec sés deux :
‘Arrivée à la porte du fort, elle T'ouvrit elle-même ‘et la referma’
solidement.” Elle ne trouva que son domestique, La Violette ‘un viil- . . lard de quatre-vingt ans, des femmes, des enfants et deux soldats; .”
car tous lès autres étaient partis pour la chasse! -
.:." + L'un d'eux, affolé, brandissait déjà une mèche allumée'et voulait. CT | faire sauter le‘fort. La jeune'fille le Jui défendit avec une telle auto- È . -rité.qu'il lui obéit comnie à un chef. LT Ts te . : Elle «organisa aussitôt la défense. Aux femmes et aux enfants, qui se 6 donner et poussaient des ‘cris, elle” ordonna de.sèertaire RE
pour ieès donner aux ennemis lieu de croire. à leur détresse. . -
©. Elle-arma ses deux frères, âgés de douze ans, ‘et leur dit: ‘Bat: .
. tons-nous jusqu’à la mort pour notre patrie et pour-la religion !’?
‘Elle assigna leur poste ét donna ses ordres aux deux Sôldats. Elle : :
“tira elle-même le canon sur les assaillants et en abattit un bon nombre.
Voyant bientôt du-haut des mûrs le sieur Pierre Fontaine et*sa’.
famille. qui débarquaient en’ canot, elle’ démanda aux deux soldats
d’aller les'aider et de les conduire au fort. Les malheureux eurent : 7 peur et-refusèrent de marcher. Elle prit alors son, fusil êt sortit elle-
. eù sauve la famille de Pierre Fontaine, ‘: LU ‘-} C'était une nouvelle recrue. A la tête: de ses quatre hommes,
n salle leur fit faire un bruit d’enfér pour: persuader aux ennemis que la * ‘ E 4- - ° 7 or, 7 De
petits frères pour aller cheïcher du linge et d’autres objets’ qu'elle
avait laissés hors du foit.. Elle pensait justement que-les Iroquois,
.€royant de plus:en plus à une feinte, n’oseraient fondre sur elle. J'éprouvai, a-t-elle écrit, que, quand Dieu gouverne les choses, on. . RE in
‘ne peut ‘que bien réussir. 7? “
Le soir tombait: Lhéroïne s’attendait à une, attaque pendant ‘la nuit. Elle plaçä les deux soldats et Fontaine avec lés femmes et les enfants dans la redoute, et se chargea de défendre elle-même,-avec
son domestique et le vieillard, l'endroit le plus périlleux, le fort.. ‘‘Si
‘ je-suis prise, dit-elle aux soldats, ne vous rendez jamais, quand bien :
* même jerserais brûlée et hachée en pièces à vos, yeux.” . : Toute la nuit-.elle veilla. Les sentinelles se répondaient de la
L ‘:redoute et du ‘fort en criant bien haut: Bon quart! pour faire croire
aux Îroquois que la garnison était nombreuse. - Ceux-ci, comme. ils
‘..: l'avouèrent plus tard, furent complètement trompés, .et' n'osèrent .
donner l'assaut. , -
Ce n’était pas seulement le désir de se sauver avec les-malheu- .-. reux placés sous sa ‘protection qui animait l’admirable héroïne, c'était. -
un ‘sentiment patriotique encore plus élevé, lé souci de.l’honneur de
la France et le salut de toute la «colonie. Ellé disait en effet. à Fon-.'
De LE SANG FRANÇAIS eo 181
. même, en leur commandant, si elle’ était tuée, de continuer la défense.
. Les Iroquois, né pouvant eroire à un‘acte de ‘bravoure qui eut été de
“la folie, s’imaginèrent qu’elle voulait les ‘attirer dans un piège et: n'osèrent. pas l’attaquer. Elle: put ainsi rentrer ‘et ramener :saine *
CmA
‘taine et aux soldats, “qu ellé à n abandonnèrait jamais le fort: qu ‘elle.
aimerait mieux périr que de-le-livrer aux ennemis; qu’il était d’ une conséquence infnie que-les:-sauvages n ’entrassent dans auéun, fort français ; qu ‘ils jugeraient‘des autres -par celui-ci, s'ils s’en emparaient, et ‘qu’une pareille connaissance ne pourrait servir qu'à aug- . menter leur fierté, et'leur courage. rs —
Pendant huit: jours et huit nuits, la vaillante fille : ne cessa de veiller” de lutter, de soutenir le moral de:sa petite garnison; en lui promettant que le secours viendrait bientôt.' Il vint en. effet dans la nuit du 28'au 29 octobre:. Entendant du bruit sur l’eau, la sentinelle ‘cria: Qui vive! Mile: Magdelon monta sur le bastion pour se rendre” compte de ce qui $e- passait. ‘C'était le lieutenant de La Monnerie |
‘ qui arrivait avec quarante hommes." Les Jroquéis. se dispersèrent.
Une enfant de quatorze ans. avait sauvé un fort, honneur de la France et plusieurs de ses compatriotes: que les sauvages auraient; selon .leur-coutume, brûlés à. petit feu. La relation’ de sa. conduite
“héroïque, faite par La Monnérie et les assiégés, lui valut’ là recon-
näissance et l’admiration de lacolonie et les félicitations de la cour. Louis XIV iui accorda une pension de cinquante écus comme. à une veuve d’officier. * Ellé épousa plus tard M. de la Pérade de la Naudière, et l’on: räconte que, armée d’un casse-tête, elle sauva encore
‘d'une «mort certaine son mari. et son fils assaillis par ‘des sauvages.
Elle moürut en 1752,77* =.
Voilà pour les “héroïnes * françaises :d’ autrefois ; Syoyons celles d’aüjourd’hui. Voici une femme du peuple qui à Senlis éteint le feu à mesure: que les Allemands l’allument en leur disant: ‘Vous ne brû-
.lérez pas.” Ce sont des maisons de pauvres,” si bien que les incen-
diaires cessent ‘leur oeuvre barbare en lui disant: ‘Vous êtes une brave: Frañçaise. #2? Voici Clothilde Boüery, âgée de 16 ans qui, par un‘ pieux mensonge; livre 13 uhlans à des pioupious françäis ; Marie
» Messin qui est. atteinte par la balle d’un misérable assassin boche, alôis qu ’elle soigne des’"blessés, et qui meurt en disant: ‘Je suis hen- : reusé d’avoir.rendu service à la Frante et je meurs contente.” Voici
L: Mme Risque- Tout dont il me faut vous lire l’histoire tout entière :
“Woilà. un.:joli sobriquet. Vous allez voir si la brave fermière ‘du Lessart, près: de Nanteuil- le-Haudouin, à à qui nos. soldats l’ avaient donné, en était. digne. ‘ = -
C'était lé. 2 Septembre 1914. Les Allemands accouraient, Les
‘habitants, entässant dans des ‘earrioles : linge: et' vaisselle; fuyaient ..devänt la-trombe. Mmé-Meunier, solidement campée au- seuil de sa
. métairie, refusa. de partir ‘et resta. avec ses trois petites Servantes et
sa vieille mère. Lés'barbares: arrivent ; au nombre de:300,000; ils
… traversent le pays: . Un' officier ‘à monocle frappe: à là porte de la
ferme; exige “lait, pain;? viande, : Mme Risque- Tout lui montre :$es
‘provisions.. ‘Il: s’en ‘empare et‘lui tend’ a billet de. banque qu ‘elle répouske avec mépris. - ,
* ‘Coubé;. D. 60...
ue. LE SANG FRANÇAIS 183 Ra De « k . .
:.—Pourguoi? dit-le hobereau stupéfait. - ; ——Vous.ne comprendriez pas, répond-elle fièrement. Mais jy mets une condition . . Le —Une condition?”
- — Qui, une condition …. c’ est que j'aurai j la. Hberté d’ aller et” . . de venir partout däns vos lignés, ‘ “ : [ D - Soit, mais. à vos risques et périls, fait le ré en ricahant méchaämment. Et il SO. :
Mie Risque-Tout court à l'écurie, attelle Je chèval. béurre- sa, +," .charrette de victuailles cachées en lieu sûr, et fait claquer son- fouet... Elle traverse Tes lignes. annemies, rencontre dès patrouilles’ qui veulent u l’arrêter ets ’emparer de sa provende. . “éVivres: pour: l'état-major LL . allemand !”? s'écriet-elle. en levant:son fouet. Et, devant ce geste Tao - autoritaire, on s’écarte avec respect. ” Œlle arrive à Nanteuil, entre ‘ ‘: en Coup ‘de. vent à l'hôpital, et, au- nez des majors. allémands. abasour-
. dis, distribue aux blessés français uù tas. de bonnes choses. Puis’ elle sort en leur jetant un sonore ‘‘ À demain ! PP? Un
Et'toùs-les jours, elle revient.‘ Mais le 12 ‘aw-soir, en ‘rentrant : * au Lessart, ‘elle-est-prise sous une avalanche d’obus. “Ellé réconnaît une. attaque - des’ ‘Français. Elle passe triomphante, narquoise, an milieu des Allemands qui.s ’erfuient. A la lisière 4” un, bois, Pun d'eux, “blessé,' l'implore.: © ru eo eee TL —Ton flingot d’abord, mon 'gaillard ‘
. Elle prend son fusil, le décharge; installe le Bôché dans sa voi- a ture et le conduit à l'hôpital" de. Nanteuil, que nos, chässeurs. viennent - de réoccuper. : Pre
-#-Tenez, leur dit-elle, je” vous fais- cadeau’ de ce prisonnier ; hais rie garde, son flingot comme souvenir.
E ‘Brave -Mme Risque-Tout!-. C? 'était aussi ‘ me Donne-Tout, car ele donnait tout ce qu’elle avait: à nos soldats qui l'adoraient. Is. ‘eurent le ‘chagrin-de la-voir mourir âu ‘môis d’avril, 1915. - Pieuse- UT . ment, ils fleurirent sa tômbe”de bouquets tricolores: - Bravoure insou- oo “ cianite, chanson: aux lèvrés, coeur débordant de générosité, c'était le ii type de la. paysanne. française.” 7x ci
Voici ‘Mlles, Canton-Baccara et de Maistre, qui. fnreût “citées à l’ordre de l’armée dans les termes suivants:
‘Mlle. Canton-Baccara: a fait it preuve d’un ‘eourage héroïqué en -aHant recueillir les blessés sous l8 fe de l'ennemi; a montré la plus . grande énergie ‘pendant l’ occupation ‘allemande et.a continué depuis le- retour des troupes françaises, ‘à seconder. âvec.zèle .et ‘dévouement le Service de Santé militaire: pour emémager es ambulañces. et sôigner les blessés. -
: ‘“Mlles Généviève et Jeanne ‘de’ Maitre: sous. “la. direction” ‘de: Mlle Canton-Baccara, ont: rempli, avec autant dé courage que d’ abné-. gation, toutes les tâches que comporte de soin: des blessés ets n’ont pas, © :
# Coubé, p. 8. A Us ie DOR ee
. quitté le poste périlleux que leur dévouement avait choisi depuis le début de la guerre, malgré l'occupation allemande et le bombardement inmterrompu qui l’a suivi.” . . Ci t
‘Lacroix de guerre a été remise à ces vaillantes fémmes par le — général Jullien, sur le front des troupes. De plus, le 17 mars, la éroix : . FT de la Légion d’honnèur a été-décernée à Mlle Canton-Baccara. . La
% citation parue à Officiel, ce jour-là, ajoute aux titres déjà mention. — . nés une blessure qu'elle a reçue ‘par l'explosion d’un obus à côté d'elle, accomptissant-son”service .d’infirmière dans ‘des conditions qu'elle Savait être dangereuses. ’#* u . oi
“Voici la petite Denise Cartier, une enfant de neuf ans, dont la ‘jambe est broyée par un éclàt dé bombe jetée par ün taube allemand: .
‘‘Baignée dans son sang, elle ne songe qu’à sà mère et à la .
DR
‘ France. ‘Son premier mot en arrivant à l'hôpital est celui-ci : ‘Sur: tout qu’on ne dise pas à.maman que c'est grave.” . Au moment de l'amputation, elle s’efforce;de.sourire pour donner du courage à sa . pauvre maman. Et, après, ‘elle lui dit pour la consoler: ‘*Ne pleure - pas, je suis encore contente dans on malheur: J'ai fait cadeau de . ma jambe à la France.’ Bientôt;"elle lui demande de la laine et des aiguilles afin de tricoter. pour les soldats. ‘Va, dit-elle, c’est plus - utile que de courir où de sauter à la corde. Et puisque je t’assure ——. que ça m'amuse aufant l”+ Le ot FU , + Voilà pour‘les Héroïnes du fer et du feu. .Mais il en est d’autres . celles de la charité par*exemple. ‘Là où n’est pas la femme il n’y a que gérhissements et misère”” a dit l’Ecclésiaste, et j’ai lu quelque autre part que ‘‘la bonté. de la femmea. comme les autennes d’une ‘ exquise sensibilité qui frémissent au voisinage de la douleur. Toute fémme a le sentiment matérnel et se sent des entrailles de mère devant L la'souffrance.”” .Jügez-en pour la femme française, Le tr Ce’ sont: d’abord ‘les. ;martaines .qui,. de’ loin, .gâtent les filleuls | …. .. qu’elles'sé sont choisis, sänS les cohnaître, dans les tranchées. . Leurs ‘1.7 ‘-. dettres, leurs petits colis allument| dés éclairs de, joie dans les yeux re des poilus ‘pour ‘qui. elles: prénnént la‘place de.mères, d’épouses, de . -. ,'&6eurs. -Marraines ‘au: titre militaire, .ces femmes font comprendre ” aux défenseurs de la France epmbien'est doux ‘et tendre le coeur de Ja 'patrie pour-laquelle: on leur demandé de mourir si.cela est ñéces- : ... ,-Saire. ‘Les’ pauÿres elles-mêmes" trouvent moyen d'être généreuses s | Ecoutez ce joli-trait: ."., °F ES Ut: Rue des Martyrs. deux. fillettes," arpètes en chômage, forcé,‘ : , ‘ascensiônnent vérs Monfmärtre. . “.. ‘," ‘+ "°°? :
L LR ‘ È at ei VI Me os ot : ms op DRE TUNIS “9. “ Let. ss 5%, —Tuparles!’explique l’une ; un blessé ‘en convalescence. Ps le. -";,+ rond et pas de train pour son patelin avant:ce matin! Je ne pouvais ‘7. pas.le laisser dans la fu. 1, ‘+ Pet RE cg
.—Bien.sûr, séuleent, : CEE 2. dd ee ue | Quoi? Je l'ai monté chez nous. M’man lui a, dit :, Repose: , 4, "toi, mon.gars. :Colle-toi dañs le plumaïd. . Nous, son ‘va à Fhôtel.”’
", *Coubé, p. 81. -’ + Coubé,’p..90.' . s,
Eh datant lanta Un ‘ ù
Es - Et on'$ rest. débiné dare-dare pour qu'il ne s ’égosille } pas à remercier. 7 L nr compagne marque.un geste admiratif: ‘7 | : 2 —C'est bath! Mais l'hôtel, par le temps qui court . .. UT - —T'ès-bête ! . L'hôtel. . une frime! On ne travaille pas, e ’est ? . pas l’instant .de refiler quarante sous au logeur!'. .., 4 LË - —Aloïs? : — ed unie ‘ + —Alors?- La mère et moi, on à dormi dans l’ escalier . .". comme.‘ :-" .:- 5
: : + desr reines L . ; Ê ‘ =—Oui, tu: parles, ou “plutôt tu agis comme pe réine’ comme une,
LR petite reine. de charité, brave Française, “humble hidinette au grand coeur? 5
# #. + - - - Shen -
Il y: a les héroïnes du travail Deux choges, -plus précieuses ques: | les bijoux, que. le sage vèut voir aux mains de la femme forte, c’est ia - Je lin et la-laine. Et voilà. que d’un bout à l’autre de Ja Frärice, on s . . ressuseite le métier des tricoteuses de la Révolution, rrais cette fois ce travail est réhabilité ; c’est pour les artisans de là victoire et de la civilisation qu’on manie les aiguilles. Et comme le lin et la laine se font rares, dans les chaumières on sort des greniers les gracieux. métiers des aïeules, les quenouilles et les fuseaux. Le fil s’étire sous
-les doigts agiles, les rouets ronronnent près des berceaux :
Tournez, fuseaux légers,‘ - Tournez, tournez encore, ‘jusque-là.t
‘ Et d’autres parts les fermières avec les enfants et les vieillards
‘Jabourent la terre, font-les foins, les moissons, assurent l’existence de
.{ Ja nation.- Elles ont entendu 1 "appel que lançait M. Viviani le 5 août
. 1914: ‘Debout, femmes françaises, filles de la patrie. Remplacez sur
. le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Il n’y a
.. pas dans ces heures graves | de labeur infime. Tout est grand qui sert.
‘le pays. ‘Debout! À l’action! À l'oeuvre! il y aura demain de la gloire pour ‘tout le mondel:. . .”’
I y À ‘les infirmières laïques. I y ‘a ces grandes oeuvres de, charité qu’on appelle: La Croix Rouge Française se décomposant en trois branches distinctes et autonomes: la Société française de secours aux blessés militaires, l'Association des Dames françaises, l’Union des
: femmes de France. Ce sont trois armées d’héroïnes. Elles on dit: .. ““Combattez, les hommes, combattez; nous sommes là, derrière vous,
î pour vous recevoir dans nôs.bras si vous tombez, et pour vous rendre, . à force de tendresse, les forces et le sang perdus." Les trois branches * le la Croix Rouge française comptent 30, 000 ‘infirmières diplômées,. ‘autant qui ne le sont pas. ‘En y joignant les aides bénévoles, on peut …'dire.qu’il y a aujourd’hui 200,000 Françaises qui se dévouént sous ‘les, trois fanions de la Croix Rouge française. L'une d’elle, Mlle ‘Jeanne de Joannis, qui dirige de.façon admirable l’équipe du ‘grand hôpital. de Salonique, habitait; avant la guerre, aux environs de Cal- ‘",.gary; en Alberta. À propos ‘dé “toutes ces femmes .M. le Chanoïrie. [ie #Coubéip: 127: .' tCoubé. . +Coubé, p. 139:
Coubé, a écrit une page déliciense. Je ne puis résister au désir de
vous la lire:
{C’est dans l'atmosphère gurnaturelle que les vertus héroïques
$ ’épanouissent avec le plus | d'éclat. .Des femmes délicates se pen-
e chent pour les soigner sur les plaies les plus rebutantes. Des mar- .."..
quises, et dès duchesses se font les servantes de pauvres paysans - … ‘qu elles n'auraient pas pris la veille pour laquais. Telles qui, hier,
se trouvaient mal devant une piqûre d’épingle, aujourd’hui, aident. le. chirurgien pendant les opérations sanglantes sans pâlir, Sans tres- 2 7 saillir. Le courage de la race et la charité chrétienne ont fait ce k miracle. Manum suam misit ad. fortia. Elles ont mis leurs mains, ‘ à de rudes besognes. - °-
+: ° Vos mains, Madame, vos mains! oh! : ne -les cachez pas. | Jadis ! ., . . vous ên étiez fière: Jeune fille, vous les laïsiez courir et bondit in, - tumultuenses, triomphantes, en des arpèges \vertigineux, sur--les ni - ‘touches d'ivoire du clavier. Petite fiancée, vous: les. abandonniez = 7 blanches, menues, presque fluides, un. peu. trembl ntes, à l’ami qui les.
‘ serrait tendrement. Maîtresse de maison, vous les tendiez, ‘chargées
de brillants et de saphirs, à vos. invités.‘ Mère, vous en aviez fait deux vivantes’ caresses pour la petite créature: r ugeaude 23 criarde
. qui palpitaït sur vos genoux . .
‘ Mais, depuis deux ans, que sont- elles: Aevenu s ? 0 crime, vous . ‘les avez profanes vos ‘nobles mains, vos mains dé reine, en de vils : métiers. Vous les avez posées. sur les linges souillés et sur les sanies. "Vous les avez fatiguées et abîmées à plaisir. L’acide phénique en a
mordu l’ivoire et brûlé le satin. Elles ü "ont plus leur élégance et. ‘leur fraîcheur.
comme elles ne l’ont jamais été. Elles jettent des rayons. Elles sont douces, maternelles, vénérables. Elles ont séché dès ‘larmes, semé | dé la joie, fait éclore: des miracles." Je n’y- vois plu les pierreries. .d ‘antan, mais.il y brille l’anneau d’or dela charité. Ce. ‘sont toujours
-des mains. de reinë, et des mouränts les ont parfois prises pour des :
, sainte Thérèse, ravit les ‘bienheureux. - Votre main, m main flétrie, rävit Jésus lui-même. ”"*
.soeur, votre
Parler de la femme française, parler des. oeuvres de! charité, des
. hôpitaux surtout, sans mentionner les’ religieuses, Serait à la fois uné . + dacune, une injustice et une impiété. Si ces saintes femmes n’ont plus . , tomme autrefoi vs le. monopole des services publics de la charité envers les pauvres etes malades, si elles ne sont’ plus les seules à êtré à la
tête de tous les établissements où l’on'secoure les malheuréux, on peut bien affirmer, ‘sans crainte d’être contredit, -qu elles occupent, penne dant la guerre surtout, les postes Îles plus avancés, les toutes premières
: so * Coupe, p. 153.
Eh bien non, Madame, ne les cachez pas. ‘Elles sont belles, belles : -
mains de sainte et ‘baisées comme des reliques. La main de Jésus, dit :.”.
LE SANG FRANÇAIS . ne ‘187 .
‘tranchées de la pitié et du dévouement. Qu’elles s'appellent Augus- . tines, dont l’ordre date depuis les. temps les plus reculés du moyen : ‘Âge; ‘Haudriettes de Notre Dame de, l’Assomption, fondées sous Phi-- -
lippe-le-Bel ; Soeurs dela Charité, filles-de-Saint-Viücent de Paul; Petites Soeurs des Pauvres, Petites Soeurs de l’Assomption, qu elles S ’appellent d’autres noms, comme infirmières ou hospitalières, elles: sont si merveilleuses d ’abnégation que les pires ennemis de la France, les Allemands, ne peuvent s ‘empêcher de les àdmirer ; comme témoin, cet officier qui, une heure avant d’° expirer dans une clinique d'Angers: disait avec une reconnaissance mêlée d' étonnement à celles qui le soignaient: ‘Vous êtes les plus belles âmes. que Dieu ‘ait faites!’
‘‘Lors même que vous seriez au milieu des armées, disait St-Vincent. |
de Paul à ses saintes fillés, ne craignez pas qu’il vous arrive aucun mal. Æn est-il arrivé à celles qui s’y sont déjà trouvées? Quelqu'’une en est-elle morte? Et, quand elle.y eut perdu la vie, oh! ce serait
un bien pour elle, püisqu'elle serait morte les armés à-la main et
qu ’elle serait allée devant Dieu, riche de son sacrifice !°*
A l’aide. ou au souvenir -de telles exhortations les religieuses françaises de nos jours font de véritables prouesses del charité, et
cela, éependant, .sans- la moindre prétention aux honneurs. Il leur :
suffit d’avoir fait leur devoir. C’est même avec urie crânerie toute. guerrière, une gaîté bien française qu’elles äccomplissent les. sacrifices que leur état ou les circonstances leur imposent. Voyez plutôt:
- “Le commandant d'in fort très. exposé aux coups de l’ennemi
demande à une fille de la Charité d’ÿ venir soigner les blessés. Cette,
. Soeur sollicite à permission"de sa rsupérieure. - ——.
—Mais,. dit celle-ci, si le eépimandant, plutôt que ds ‘se renûre, fait sauter le fort?
: —Eh bien, nous sauterons' ‘ensemble se Et le bon Dieu nous reèevra au paradis, puisque ce sera pour Jui et-pour la Franée.
Une soeur reçoit l’ordre de quitter la zone dangereuse êt d'aller à l'arrière aider ses compagnes surmenées. Eh quoi! Faut-il donc reculer devant le danger ?: Le sang de la race proteste, mais la religieuse reprend le dessus et elle écrit: ‘‘Je ne vous cacherai pas que ee recul de huit kilomètres m'a été très pénible! Je me suit dit, pour
me ‘consoler, qu’on ne recule. jamais ‘quand on obéit.” : Héroïsme et.
“discipline, c'est tout le soldat, mais c’est aussi toute la religieuse! +. Dans uné communauté que des soeurs ont transformée en ambu- ‘Tance, ‘élles ontlabandonné leurs chambres et leurs salles. aux blessés ‘et se sont installées. dans de misérables réduits, sous les combles: une “paillasse, un matelas de varech, pas d ’oreiller! ‘Quand à la popote, “erit l'üne d’élles, ous ‘partageons celle des soldats. : Le soir de notre
l’arrivée, nous avons bi ril Notre soupér s’est borné à une'tasse de bouillén à la graisse elNà des pois secs froids; pas de pain, pas de ‘ boisson; pas'd ’ustensile. Depuis, cela s’est un peu amélioré. Nous :
allons nous mêmes, matin et soir,-à la cuisine militaire chercher notre “portion, que nous s prenons dans un petit coin à à part. 27
" - ot À - ee :
#2. out st Nous’avons- bien ri! Oh! la bonne, oh la vaïllanté Frnçaise! Le. u C’est le rire traditionnel de la âce toujours’ gaie au milieu des; pri-. a vations et des souffrances, le rire du. poilu . dais- Ja ‘tranchée: -entre: ‘ ë , deux obus !””* . DE :
Aussi, nombreuses sont celles dont’ la conduite héroïque & été récompensée malgré tout par-les décorations que le pays-accorde-aux-"* plus braves! ŒEntre-des-millrers-faisséz "moi citer les noms de Soeur Li —"fgiace, Soeur Blandine, Soeur Séjourné, Soeur Gabrielle, Soeur Vin-. | cent, Soeur Madeleine, ‘Soeur -Philomène de- Jésus, Soeur Marie de la. : .Flagellatiôn, les Petites Soeurs de L'Assomption ‘de’ Perronne, Jes Filles de Saint-Vincent de Paul et les Soeurs. de la Compassion’ de.” © *“ Compiègne, lés Sogurs de la Charité d'Arras, Soéur St-Pierre,’ Soeur. ‘ - Sainte- Suzanne, Soëur Foriin du Sacré- Coeur,-Soeur- -Saint-Jôachim.. *. de l’Immaculée Conceptioïi, Soeur. Saint- Morand du-St-Sauveur, etc; . ete.Adont les noms sont devenus si célèbres en.France qu'ils ne man- . ” queront pas de passer tous à la postérité. Enfin comme.type de toutes 5 3 ces braves et saintes femmes, permettez que je vous. hise les quelques ae - «paragraphes que l’Echo de Paris a consacrés. à soeur Julie:
Fou Te “Tout le monde connaît les tristes. et” ‘glorieux. épisodes qui‘ ont” | rendu ‘célèbré lé nom de soeur Julie, l'ange sauveur de Gerbévillér : : "- ‘pendant l'invasion allemande, maïs on‘ne les relira pas, croyons-nOus, , *. Sans émotion. Cette vaillante -femme appartient” à-la Congrégation : ‘lorraine-de Saint-Charles -de Nancy, où la’ charité est une tradition depuis trois sièeles. ‘°°: ».
LLe23 août, à. la suite de la défaite de Mérhangé, nos troupes bats ‘ taient en. retraite, poursuivies par. des ‘forces ‘allemandes ‘très supé- ° ‘rieures en nombre. .Toute.la journée, elles défilèrent devant l'hospicè L . de Gerbéviller, y läissant'les ‘blessés qui ie pouvaient aller plus loin. -: «Dans la’ nuit, le ‘canon tonne et se’ ‘rapproche. Quelques chasseurs à .
on
“+, pied, héroïgtes sacrifiés, restent. seuls avec mission de retarder le - . ‘5,7% 7 * plus possible la marche de l'ennemi, Pour ‘permettre: à notre armée de
i .°-. se reformer un peu plus loin. . ... os + # 4 -:: … Le 24 août, le bombardement commencé, la’ fusillade aépite, plu-
". sieurs maisons et le château de Lambertye ‘sont: ‘en -flammes.. Les. ‘ -. chasseurs ‘arrêtent toute une brigade allemande et . l’empêchent - ‘de € | «. franchir la Mortagne. A cinq-heures du soir. ceux qui survivent se ‘ retirent et les-Allemands’ pénètrent, musique en tête, dans Je village. . Soeur Julie à travers. les rideaux’ aperçoit. un groupe d’ennemis . devant son hospice; ils diséutent évidemment sur le’sort qu ils des: ie tinent à sa ‘maison. Elle tremble un instant; mais, ‘réunissant et. raidissant toutes ses forces, elle ouvre en grand la, porte, et, malgré . les baïonnettes et les cris, $ avance vers un officier. . Elle Jui dit d’un : : ton calme: * ° -+—Que. désirez “VOUS, monsieur!
"LL officier interloqué lui répond : DE —Voùs avez ici des soldats frénçais? . ouate
‘ + oubé, p. 162. "
CE
, Due . 7 : ‘ . ‘ se \ *. 3
- LE SANG FRANÇAIS" Le 2 ‘189
ee —Qui,, mais des bléssés et dont plusieurs agonisents. J'espère ‘que vous ne leur ferez aucun al. :
:, .—Je veux les voir, : D l .
ei —Venez.. :, UT Line ge ne
EE officier, revolver dans né main +3 poignard dans l’autre, ‘entré dàns la. salle des malades, - arrache brutalement les couvertures, un ‘ “palpe les pansements sanglants pour s ’assurer qu” ‘ln y a pas de faux “blessé. Et.ù se retire. . Ho te ",
- Bientôt le village retentit. de- cris. Lés’ BaŸarois,. la torche à ‘la
” main, entrent dans les maisons et y mettent le feu, ‘après les avoir : pillées, Plusieurs s’avancent vers l'hospicé pour: lui faire subir le. même:sort. Soeur Julie se précipite ver$ un général ällemarid ; elle
sé fait “humble devant Jui pour sauver ses mélades qui risquènt d’être ." brûlés vifs. + + . ‘Général, j'espère que vous s alléz épargner ma maison: j'ai des blessés sans armes, des vieillards et des .orphelins sous mor toit. . Ce | serait un crime odieux d’ anéantir ainsi ceux -qui ont fait leur devoir * .. -et ceux qui cherchent dans la maison du bon Dieu aide et assistarice. s : Vous prétendez être une nation civilisatrice et cultivée, eh bien! prouvez-le. Quant à moi je suis. Français et votre’ ennemie ; mais lorsqu'un homme gît par terre, blessé, je he regarde pas "s'il est Français où .” : Allemand, je le soigne de mon mieux, car je suis aussi soeur de poùr vos blessés. Soyez. persuadé que je ferais, comme j’ai ‘toujours ‘fait jusqu'ici, mon devoir, et que je soignerai vos soldats avec le même + courage et la même. abnégation: u
. Le général répondit: ce "Vous êtes brave, madame; il ne vous "sera fait aucun mal .:,
.… charité. ‘Peut- être. serez-vous heureux d'utiliser mon établissement
3. Mais où sont les habitants de votre ville? Pourquoi n avez-vous ni
. maires ni’adjoints? . . { Et la soeur fit cette réponsé “sublime :. .
. —Ds. sont devant vous et se battent pour la patrie; ici, il n La a .que des vieillards et des hommes sans défense.
. Le général ordonna à ses s hommes d’ épargner la maison! de; soeur
7 Julie. Mais celle-ci: reprit: De 5 1 7.
d …. —L’ordre que vous venez de donner ne me suffit pas. ‘Je vou- | drais que vous épargniez, les maisons qui entourent mon hospice, $ afin -que le feu ne puisse s'y. communiquer par contact. - : -I1 ne répondit rien; mais, sur.-un commandement bref et impé- : rieux, Les incendiaires disparurent, & | 1° Soeur Julie avait sauvé sa maison. et quelques autres un sud de en Gerhéviller.… “
Elle pense alors à à L'église qui a hé $ brûlée et dont le curé a été
| | ‘met: à genoux et se communie.
emmené. : Elle y court, prend: le saint ciboite, l’ l'emporte ‘chez elle, se
190, 7 LE SANG FRANÇAIS | *ÿ Pendant -de longs jours; ele onnut encoré . affres de là faim
nee he «= Free
ét de la soif dont souffraient ses malades et ses orphelinis;-ainsi-que
l'horreur d’un bombärdement-incéssant. Enfin, le 12 septembre, les barbares durent se retirer.
Le 14, M. Mirman, préfet de Meurthe. et: Mosèlle, arriva. ‘dans Ja malheureuse ville. IL visita. l’hospice, .interrogea les. témoins des jours terribles qu ’on venait de traverser. Troublé, ému par tant de , souffrances, transporté par le courage de la soeur, il ne put maîtriser ‘son émotion: s’avança et embrassa soeur Julie sur. les deux joues. en la remerciant au nom de la Francé. “: : ‘
T1 paraît que soeur Julie a un. petit défaut. . Elle Ê ‘impatiente quand on: la félicite. Elle dit qu’elle n'a fait que son devoir. ‘Elle
a l’air de s’en excuser: ‘Ma supérieure m'avait placée là:' ‘Vous |
n’auriez pas voulu que j’abandonne mon poste! pr?
Eh non, soldat ! pardon, ma ‘soeur! non vous ne deviez pas . aban .donner votre poste, mais il y à aussi. la manière. Et, en lé gardant 0
comme vous l'avez fait, vous avez été héroïque. Soyez-Le encore .un ‘ peu, si c’est nécessaire, en acceptant les honneurs qu'on vous. rend. Ce n’est pas pour vous, c’est pour le bon Dieu et pour la France du il faut supportér ce nouveau bombardement. Vous, vous n'êtes rien; vous le dites, c’est entendu! Mais vous-avez représenté la femme française, que dis-je, la France elle-même en ‘ces.jours' tragiques.
-C’est la France que nous satuons en vous. | Laissez-nous faire!” “Lais- |
sez-vous faire !:
ve
Et-les honneurs sont venus. Le 19 septembre. i914, le Jouinäl Ù
officiel contenait cette citation, émanant du général de Castelnau: “Mmes Rigard- (soeur Julie), Collet, Rémy, Maillard, Rickler et
Gartener, religieuses de Saint- Charles de Nancy: ont depuis le 24 août, sous un feu incessant et meurtrier, donné, dans léur établisse-:. ment, asile à environ 1,000 blessés .en leur assurant la subsistance et
. les soins les plus. dévoués, alors que la population civile avait complètement abandonné le.village. Ce personnel a, en outre, accueilli .Chaque jour de très norbreux. soldats de passage auxquels il a servi tous les aliments nécessaires. ? , - Au mois de décembre suivant, M. Poincaré, au cours d’un voyage “ca Lorraine, attachaïit lui-même la Croix de %: Légion d'honneur sur
.là poitrine de Soeur Julie. ÆEt le Journal offitiel du 21 janvier. 1915.
publiait Le décret nommant l'humble religieus de\la Légion d'honneur.
| Rigard, en religion soeur Julie, infirmière à L’hospice- ambu- ‘Jante de Gerbévillier : services exceptionnels: restée à son poste avec ses infirmières, a, par son énergique intervention, préservé de l’incen-
die une partie de l’hospice de Gerbéviller. . A, en outre, assuré le.” ravitaillement. des habitants pendant le bombatdement de cette loca-
lité et prodigué ses soins aux blessés. ??
au grade de Chévalier -
FLE SANG FRANÇAIS A9 ce.
” Quelques. jours après a visité” du président, un escadron de chas- 7 seurs passait à Gerbéviller et s'arrêta devant lhospice. , ‘Le capi- -taine demande :-soeur Julie! Elle paraît . "a oi
.—Ma. soeur, permettez-nous de défiler devant vous. .. Mais si, Cu As mais si... Cela nous ferait tant de plaisir! Voulez-vous vous. mettre là ... vous allez vôir! : um. À
Et se tournant. vers l’escadron, il commande : L . ‘ ‘ ro.
—-Garde à . vous ! Portez lance! . ‘ !
| tés près d’ici; le 95 août . ° Nous avons vu de-ce côté de an des Does flammes, qui montéient dans le ciel, ... Vous voyez ce qu'ils fai-
saient !
.. ‘Eh bien! dans le village évacué, au milieu des incendies SOUS les obus et, sous les balles, même après ‘le départ de l’héroïque section de nos chasseurs à pied qui a tenu si longtemps le pont, -un contre dix, üne femme est restée. là, à son poste de. charité, relevant les ‘blessés, se prodiguant à tous: c’est soeur Julie . ... La voici.
- . ‘Son costume, —j'allais dire son uniforme,—vous le’ connaissez, c’est celui de soeur Eugénie, de soeur: Marcellin, de “T adjudant,” 2 ° qui vous ont tant de fois soignés vous-mêmes à L ..". et qui,. elles - : ‘AUSSI, là-bas, sont restées à leur poste à des heures graves.
‘Le Président de la République vient d’attacher à sa guimpe. la croix des braves . . . Saluez-la!
: (Et maintenant nous allons avoir l'honneur de défiler devent elle ; elle le permet.
En. “passant, jeunes gens, regardez-la ‘bien. ‘Un de ces jours, . vous serez de nouveau sous la mitraille. Alors vous penserez à elle, - -et. vous resterez à votre poste, vous aussi jusqu'au. bout, « comme elle, . pour Dieu et por la. France. : "
“Vers la gauche . .. pour défiler!” . :
- Le capitaine salue alors largement du sabre. - Et, devant la chère . ‘soeur, un peu émue, et fixant sur elle leurs clairs régards, impecca- ” blement alignés, sabre à la main et lance au poing, ‘officiers ét cava:
: Hiers, ceux-que les Boches ont appelés les diables bleus, les ‘chasseurs. . * de L + défilent fièrement, la tête à gauche.” #,., ue oo
NZ * ° : ‘ à
J' aurais voulu pouvoir vous parler longtemps des . -mères, les ‘mamans. de’ France’* comme on.les appelle, mais l’heure s’avance :
et je ne saurais vous en, dire que quelques mots.. D 'ailleurs'il y aurait
“là ‘un sujet pour ‘une, pour, plusieurs conférences. Autrement com-
‘merït:rendre justice à.ces nobles femmes: qui ont mis. au monde la
. génération qui, par son courage à toutes épreuves. et par sa décision ‘ de mourir plutôt que de reculer d’un pas, donne depuis plus de.trois | ans au monde entier l’exemple de la force d’âme et de 1! attachement. © © | aux principes de culture hautement civilisatrice dont le ‘berceau se." ©
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°* Coubé, p. 176. oise . . sert
DA AIS TS ere: x Minis Depeme aRR SE -DI FR TER
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192 . LE SANG FRANÇAIS trouve en France? Si'le courage gemplit le poilu: français, si l'amour ‘de la patrie lui fait faire, si simplement qu’il n’a pas l'air de s'en. : - apercevoir, ces actions d” éclat dignes des plus g grands héros, si le sentie, ‘ ment du devoir en lui prime tout autre Sentiment, c’est à sa° mère, à “| sa mère française qu'il le doit. | À L - Un jeune: lieutenant, Antoine’ de Vésins, mort au chemp d “hon. | neur en 1870, faisait ainsi hommage à sa mère de son esprit chevale- , .resque et militaire. ‘Ma mère, écrivait-il, a été mon premier colonel’? * Quand la Comtesse ‘de Pimodan apprit que son mari, le héros.de la papauté, était mort au champ d'honneur, elle prit son enfant dans ses bras, le pressa sur son coeur, comme pour dire: Ah!" celui-là la - guerre ne me le prendra pas! C'était la mère qui frémissait dans ce Do | geste, mais aussitôt la Française reprit le. dessus, et, élevant son fils. | | vers le ciel comme pour l’offrir à Dieu pour sa patrie, elle dit: “Et. toi aussi, tu seras soldat.’ ’*
Lo : Par l'éducation physique, la mère française prépare les beaux et 1 braves soldats, robustes, ardents, délurés, aptes à à toutes les corvées °. 1 - et à toutes les épreuves dé la guerre et qui jamais ne rechignent à ja besogne ; les bras vigoureux capables d’asséner de grands coups: les ° membres agiles, rompus à à toutes les fatigues ; les larges poitrines qui font un rempart à la patrie. Par l'éducation morale, elle forme leur volonté, leur caractère et leur coeur, leur. mentalité religieuse, leur conscience et leurs moeurs. Elle leur insuffle les sentiments élevés, l’esprit de discipline et de sacrifice. ‘ÆElle leur apprend l’endurance morale encore plus nécessaire que l’endurance physique, Elle en fait . ‘des’ hommes de devoir et d/honneur. De cette formation morale découle nécessairement la formation patriotique qui.n’en est qu’un . chapitre. Sans doute le drapeau tricolore flotte sur les écoles et dans celles-ci les instituteurs apprennent aux élèves les gloires de Fo. leur patrie avec son histoire, et. les devoirs qu’ils, contractent envers ". elle en vivant de son air.et de ses bienfaits.” Mais il ombrage. avant tout les berceaux: c’est la mère qui prépare les voies à l’instituteur “et épingle la première cocarde à la casquette de son enfant. : La mère.
: n'oublie pas non plus .que la formation religieuse est la base de la formation morale, car la pensée de l’au-delà a toujours été la souree- ‘ des sentiments ‘élevés et, en particulier, du courage. Un. chrétien a deux raisons d’être. brâve, l’instinct de l'honneur et le précepte de sa foi, 1 appel de sa race et la volonté de Dieu. ne ‘
Après une telle formation, quoi d'étonnant que lorsque le clairon d’alarme Sonne appelant les fils à à la’ défense du sol de la patrie, ceux- . ci, radissant leur volonté et bronzant leur coeur, ‘partent joyeusement et embrassent leurs mamans en: disant: “Fermes sublimes, mères
- patriotes, nous allons nous hausser jusqu’à vous! N'ayez crainte, ‘’séchez voÿ larmes, nous serons s dignes de vous 1°7* Et ils marchent
pour rejoindre leurs régiments en chantant cett dhianson rimée per un Saint-Cyrien quelques jours avant la guerre : :
‘Les coeurs: sont si doux des mamans de France, Dot 1 Qu'’elles n'aiment pas quitter leurs enfants. : Quand ils sont petits, elles, déjà, pensent,
. Les mamans de Franee.
Au grand régiment.
. Les coeurs sont’ si. grands des mamans de France, Quelles savent bien cacher leurs douleurs.
Les petits. soldats, vibrant d'espérance, Des mamans de France, Ne voient pas les pleurs.
Les eoburs sont si beaux des mamans de France, . ” Que, lorsqu'il faudra partir pour là-bas, ‘ Embrassant leur Ms: Val c’est pour la France, Les maman de France . Ne tremble mt pas. 7*
Et après de départ, ces mamans de France trouvent encore le courage d'écrire à leurs enfants pour leur remonter le coeur, si par hasard” il allait fléchir, des lettres corne celle-ci:
‘Mon bién cher enfant. \ .. Va vers le devoir et le sac} ifice ! Tu emportéras mon sourire et ma bénédiction. TT
Sois brave, soumis, patient} malgré toute épreuve. C’est pour
. notre France: ne lui ménage pas tes forces. Sois bon pour. tes cama- ‘ ‘rades, dévoué à tes chefs, pitoyable même à à l'ennemi désarmé : c’est,
un devoir d'humanité, : e À Souviens:toi ‘de Dieu que je vais tant prier poèr toi! Lui. seul
est le juste Juge, et sa miséricorde est acquise à quiconque’ la cherche :
avec droiture. Si je te savais dans sa pleine grâce, avec la foi-et la pureté de ta. première communion, mon coeur serdit moins brisé en te disant au revoir, parce que ce revoir, quoi qu il arrive, resterait mon espoir. sans nuages.
-Gardé. ces lignes, mon cher enfant, comme le testament de ma tendresse. Pose-les sur ton coeur, et.partout tu Y trouyeras, à l’heure . de l'isolement, le baiser que-j'y dépose. : oo
Oui, en cette heure solennelle, je te bénis au meilleur de mon âme, et je te demande, eomme-je l’a demandé à Dieu à ta naissance, à ta première communion, aujourd’hui, comme jé le lui demandera. tou- .. Jours, que tu sois fidèle à à la devise de ma jeunesse’et de toute ma vie 2.