‹ Le sang françaisChapitre 35 sur 47 · __LA FEMME FRANÇAISE · texte numérisé non relu

__LA FEMME FRANÇAISE

Mesdames, Messieurs. on À

Dans sa délicieuse “Introduction: à la vie dévote, ”? livre de médi-

tations et de. directions spirituelles qu'il écrivit pour une dame dela cour de France, St. François de Sales nous dit que ‘‘la bouquetière Glycera savait si proprement diversifier la disposition et le mélange des fleurs qu’avec.les mêmes fleurs elle faisait une grande variété de bouquets, de sorte que le peintre Pausias demeura eourt, voulant contrefaire -à l’envi cette divers ité ‘46 rage, car il ne sut changer sa peinture én tant de- façons come roi” faisait ses bouquets. ””

En entreprenant de vous parler de 18” femme française, j'avoue :

que jé me sens pas mal dans la même position que le peintre Pausias. La femme française —et par ce terme j'entends aussi, bien entendu, la femmé canadienne-française, a tant de qualités et. de vertus, ces autres fleurs, elle sait s’en servir de tant de façons agréables et utiles

à la fois que seul un homme de génie ou de talent supérieur devrait .

oser s'attaquer à la tâché ‘que je me suis assignée, Seul un artiste peut disposer avec le goût nécessaire ‘les couleurs dont il faut se servir pour tracer un portrait qui fasse justice au modèle.

oùla: diffigulté, ou plutôt la délicatesse du sujet ne, manquerait pas de de jouer un mauvais tpur avant que je me sois aventuré bien loin.

‘ Comme vous VOUS y. ‘attendez sans doute, je vous parlerai sur-. tout de ce qu'a fait et de ce que fait encore la femme française dans - . la terrible guerre qui, depuis tant de mois, désole, non seulement Ia : France, maïs l'univers entier, Et là il y a tant de belles choses à dire, : . ‘il y a tant de beaux récits à conter, il y a tant de traits d’héroïsme sous tous ses aspects à admirer que le sujet, après tout, devient facile, .

“et que le plus simple, il me semble, est de présenter le tout.sans mé- CE comme on fait un bouquet agréable à la fois aux .yeux et à ‘l’odorat en mariant sans ordre les couleurs les” plus. variées et les parfums les plus divers.

. Jérusalém chantait à Jidith: “Tu es bénie entre toutes les fem-

me ’ parce que cette femfne forte avait su délivrer son peuple du Déril qui dans la personne : d’Holopherne, menaçait d’anéantir la

-'nation juive. La France, et par ce’terme j'entends non seulement

ce petit pays qui se dresse à l'avant-garde des grands peuples d'Europe, mais la race qui en est partie et s’est éparpillée dans le monde entier, répandant la” lumière de la civilisation partout où elle

« Caukerfe donnée au Club “Le Canada’ le 23 décembre 1917. ‘ . ' 176 . ‘

176 LE SANG FRANÇAIS Do

ne os -

a passé et marche êncore, y compris le Canada, la France, dis-je, a aussi le droit et le devoir-de bénir ses vaillantes filles. ‘

Done ensemble répandon$ un instant les fleurs du souvenir, de

la reconnaissance et de l'admiration sur la mémoire de ces ‘femmes sublimes qui se sont succédées à travers les siècles dans le champ du dévouement et du sacrifice, pour maintenir bien haut l'idéal du peuple

dont elles ont aidé à immortaliser le nom.. Et n'oublions pas que si

celles du passé furent très grandes, celles de nos jours n’ont pas dégénéré. . Du sommet de l’histoire de ce. grand pays qu'est la France,

les héroïnes et les libératrices de jadis, avec fierté, “contemplent, soyez- |

en sûrs, leurs soeurs de la grande guerre, tendent verè-elles des mains accueillantes et leur sourient avec approbation, amoër et admiration.* .

Leurs regards, humides et pieusement rieurs,, semblent dire: ‘Vous aussi, vous luttez et vous souffrez: pour vous aussi le champ

de bataille, qe ce soït celui du fer et du feu, celui de la prière et de la. charité, celui de l’amour et du sacrifice, est un. champ de glorieux ,

dévouement et de superbe désintéressement. N'auriez-vous rien fait d'autre que de donner à la France et de préparer pour sa gloire les merveilleux soldats qui chaque année, chaque. mois, chaque jour, chaque heure, immortalisent son nom chéri de mille et-une sublimes façons, que vous auriez droit à notre respectueux amour et à notre sainte admiration. . 7

‘Sans doute nos exploits à nous, les Ste. Geneviève, les Ste...

Clothilde, les Julienne du Gueselin, les Pierronne de. Bretagne, les Jeanne d'Arc, les Jeanne Hachette, lés Marie Fouré,' les Catherine Sigurane, les Philis de la Tour du Pin et tant d’autres; sans oublier

les Jeanne Mance, les Mme de la Peltrie et. les Madeleine de -Verchère, ” —sont si nobles et si virils que: les homme ëux-mêrnes sont téntès par-..

fois de nous présenter les armes. comme à des chefs; maïs lés: vôtres

ne sont pas moindres et lorsque nobs - voyons o$ “chèrs frères les.”

poilus défiler devant. vous, le regard clair, impéccablement alignés; fièrement, la tête à gauche, dùu haut des clairs vitraux de -cafhédrales ‘où l’on a immortalisé - les traits. de :beaucoüp d’ entre nous, nous sommes tentées dé secquer les cadres de plomb: qui nous. ensertent et

de vous saluer bien bas de nos.têtes autéolées- et: des” lys que la piété.

des artistes d ’autrefois: ‘NOUS a mis-à-la main. it -

“De fait vos actes, ‘de cohrage sont si beaux, votre sacrifice" est +,

si sublime que nous sommes: d’avis que les processions qu ‘on. fait encore en notre honneut. devraient se faire au vôtre, et avec joie nous

nous effacerions pour .que les prières que l’on nous adresse: fissent

place aux acclamations qui. vous sont dûes! Car des guerrièrés .de la Gaule qui jadis. protégeaient leurs enfants du, haut des. chariots de leurs époux et maîtres pendant la bataille, jasqu’aux- saintes ‘et .cou-

rageuses religieuses qui barrent de leur pureté et’ de leur vaillance ‘|

l’entrée des salles d'hôpital où reposent ou agorisent Jes blessés de. * Coubé: Le Patriotisme de la Ferme Française. ‘

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‘ partout, les femmes de France, à ‘travers.lés siècles, ont toujours su

faire preuve de qualités si merveilleuses que nôus avons bien le droit,

monde: entier.” .! :

- Et’ la phalangé des. héroïnes de notre mère patrie nt d autant, “plus raison de s'exprimer ainsi-que celles de leurs soeurs qui font

- aujourd’hui exception sont bien pen nombreuses. Sans doute quel-

. mais à toute règle générale n’y-a a-t’il pis des exceptions? Parce: que

ques rares Françaises sont restées-frivoles pendant le grand drame,

‘quelques’ unes, en si petit nombre-qu’il sérait facile de les compter,

-sont demeurées malgré tout des cervelles légères, des petites femmes

insouciantes, ne pensant encore qu'à la toilette et au tango, leur gaîté

‘ne saurait diminuer le trésor de dévouement et de vertu qu’amassent celles qui-glissent quotidiennemént.entre les lits des malades et bra- * vent parfois la sauvage fureur des inhumaïns séides du tyran boche!

pet 1 CH *

: Donc, avec votre permission je me contenterai de faire passer .

devant. vous très rapidement, quelques, silhouettes: des femmes -fran-

‘ çaises. pendant la güerre. Avant d’en arriver là, pourtant, laissez | moi vous dire-un mot de la famille française, car c’est elle qui explique comment nos frères et nos.soeurs de France peuvent être ‘si 'simple-

. ment, si naturellement, les: héros et les héroïnes dévant qui, aujour-

&hui, Je monde entier se tient en une pieuse admiration. | Barrétt Wendell, l’éminent' professeur à l’Université d'Harvard

qui, dans son. livre “La France d' ‘aujourd'hui, ?’ a donné à ses compatriotes ure idée si juste ‘de notre vieille mère patrie, a résumé‘en

quelques phrases typiques l’impression qui Jui, est restée de: son contact-avec la famille françäise : ‘

- Au fur et à mesure que l’on connaît mieux les Français, aitil,

.ons ‘aperçoit, avec un étonnement de plus en plus grand, que toute

leur . conception - de. ka “famille, avec cette sanction émouvante et

dés individualités, mais comme.étant chacun les membres d’une petite

société. La famille: est une association, ou si vous voulez, une corpo-

ration, un élan. C’est quelque ‘chose de plus que la somme des indi-

"."vidus qui la ‘composent, avec leur “complexité humaine et: -failliblé ;

“elle a un droit primordial et suprême àu dévouement de chacun des

‘siens, pour $a Sauvegarde. Les êtres qui païticipent à sa vie, commé | ceux qui, à üun moment, donné, appartiennent à une nation, peuvent ,

. tomber .dans. l'oubli, mais la famille ‘elle-même doit subsister. dans

sa: pérennité. Ainsi, le -premiér des devoits humains devient, non pas individuel,. mais désintéressé- et. social. *-A cet. idéal du devoir les Français sont profondément fidèles. : : Si, à travets. les générations,

ils’ n’y avaient pas, été attachés âvec uñe continuité passionée, ininter- ” rompue. et persistante, leur société ne pourrait pas exister dans la ”

forme que lui a Jéguée: le passé, et qu elle. est en. voie de transmettre à l'avenir? D | ar? e .°

toutes énsemble,. de nous’ donner cofnme modèles à nos soeurs du

EN

Un grand, quoique tout jeune savant français, le Dr. Alexis Carrel, a dit avec beaucoup d’à propos: “T ‘énergie d'un pays est la somme des énergies de chaeun de ses enfants. Evidemment il pensait à la France. . :

"Le grand journaliste américain, Owen di ohnson: r auteur de ‘L'âme française, ”” a: dit à peu près Ta même chose en termes différents : ‘‘La force de la France n’est. rien autre que la force de chaque famille prise individuellement. Se sacrifier pour la famille est être

- tout simplément prêt à se Sacrifier pour la patrie, pour son honneur

et pour ses besoins.” Et c’est pourquoi lorsqu'une guerre éclate en France, la nation ne fait plus qu’une âme; au premier cri d'alarme toutes ces familles se serrént les unes contre les autrés, et, animées du même esprit de solidarité, additionnant les énergies entretenues avec soin dans le sein de chacune, forment un faisceau si solide que des forces plus considérables re peuvent en venir à bout, précisément parce qy'il leur manque cette qualité de cohésion tout intime qui fait d’une nation, en l’unifiant, une grande famille dont chaque membre

est animé de la même pensée et du même courage.

Or, si la famille française forme la meilleure garantie de la vigueur de la France, à qui - le doit-elle sinon à la mère, à la façon dont elle élève ses enfants, S "occupant non seulement de la vie de leur corps mais aussi de celle de leur âme, les surveillant jusqu’au ‘delà | de la puberté d’une facon qui peut sembler, stricte parfois, mâis que, le moment venu, dans cette guerre par exemple, on ne saurait s’empêcher d’admirer dans ses résultats? Car à la façon que leurs mères les ont élevés les innombrables héros français de-nos jours doivent de potfvoir forcer l’admiration du monde entier. On péut done bien dire que la mère française, étant le membre dominant de la famille, est réellement l’assise même de la nation. En l'espèce, qu’elles .sont fortes, les mères qui ont enfanté la génération de héros qui à la Marne, à Verdun, sur la Somme, sur l’Aisne et sur tant d’autres champs de bataille, partout, ont millé fois sauvé le monde! Devant ces mères il faut s “incliner aussi bas que devant les plus célèbres héroïnes de France. :

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