‹ Le Sarcome Ostéogénique des Os du Chien et du ChatChapitre 6 sur 28 · LES SARCOMES DES OS EN PATHOLOGIE VETERINAIRE · texte numérisé non relu

LES SARCOMES DES OS EN PATHOLOGIE VETERINAIRE

De toutes les tumeurs des os chez les carnivores domestiques, le sarcome est, sans contredit, la variété la plus fréquente, ainsi qu'en attestent, en France, les études anatomo-cliniques des Professeurs Gabriel Perrr, V. BaLx, A. Coquor et R. Moussu. En parcourant la littérature vétérinaire, on remarque que le nombre des observations de sarcomes des os est plus élevé chez les carnivores que chez les équidés, mais on est frappé de ce que la grande majorité, pour ne pas dire la totalité de ces tumeurs, chez les équidés, atteint les os de la tête, alors que chez les carnivores ce sont les os des membres qui sont les plus fréquemment lésés.

Un autre fait à signaler est le désaccord constaté dans la terminologie de ces tumeurs. Les chirurgiens qualifient volontiers « d’ostéosarcomes » tous les sarcomes siégeant sur le squelette ; or, on a englobé sous ce terme un grand nombre de tumeurs très différentes par leur nature histologique et leur histogène. On sait que les os comportent trois parties essentielles : le tissu osseux, le périoste et la moelle ; les tumeurs dénommées ostéosarcomes peuvent dériver de l’une ou de l’autre de ces trois parties. Il en résulte que cette expression « d’ostéosarcome » est, comme le dit le Professeur Maurice Leruzre, plutôt défectueuse, parce qu'ayant trop d’extension.

Aussi, l'anatomie pathologique préfère-t-elle employer le terme de « sarcome », suivi de qualificatifs justifiés par l'histologie (par exemple sarcome fibro-ostéoblastique). Nous n’emploierons pas le terme « ostéoblastique », car il laisse supposer que l’ostéoblaste est l'unique élément formateur de la substance osseuse néoplasique, ce qui n'est pas- absolument prouvé, comme nous le verrons ultérieurement. Nous lui préférerons celui de « sarcome ostéogénique ». On a ainsi, dit le Professeur Massox, en exagérant un peu, « une terminologie effroyablement barbare, mais commode. La chimie organique en emploie une bien pire et s’y tient ».

Les observations qui précèdent s'appliquent en fait à la pathologie vétérinaire, où nombre de cas étiquetés ostéosarcomes, en maintes collections, n'ont même pas été étudiés histologiquement. C'est-à-dire que, parmi ces prétendus ostéosarcomes, doivent se trouver des néoplasmes d’origine et nature très diverses et notamment (chez le bœuf) des productions inflammatoires ou parasitaires (actinomycomes).

LE SIEGE. — L'étude de ces tumeurs montre que leur siège est essentiellement variable ; cependant, la majorité se rencontre sur les os des membres. Mais l’ensemble des cas publiés, ajoutés à nos faits personnels, prouve que tous les os, sans exception, peuvent être atteints.

Un total de 29 observations donne les proportions suivantes :

Sarcomes des os des membres. 18 cas, soit 62 %

— — de la tête... 6 cas, soit 20,7 % — — du thorax... 4 cas, soit 13,8 % =< — du bassin... | cas SOA

= is

Les épiphyses des os longs représentent un siège de prédilection. Sur 10 cas, on trouve une seule fois la diaphyse atteinte et, une autre fois, simultanément, la diaphyse et une épiphyse.

Les surfaces articulaires sont respectées par le processus néoplasique dans la quasi-totalité des cas. On s’explique alors que les mouvements articulaires soient conservés et non douloureux, dans les sarcomes des membres.

Relativement aux différentes pièces squelettiques, les os les plus atteints sont, par ordre de fréquence : le fémur, le radius et le cubitus (presque toujours simultanément), le hibia et le péroné, le scapulum, puis les mâchoires, mais rien d'absolu à cet égard.

Il n’est pas toujours aisé de différencier l’origine périostique de l’origine médullaire ; cependant, on peut dire que l’épiphyse est surtout frappée par le sarcome d’origine centrale et la diaphyse par les formes périostiques. Le sarcome ossifiant ou ostéogénique n’atteint qu’un seul os ; les localisations multiples doivent faire songer aux métastases.

SYMPTOMES. — Les symptômes par lesquels se traduisent les sarcomes des os varient d’après leurs localisations. Considérons ceux des membres.

On peut distinguer :

1° la période de début ;

2° la période d'état ;

3° la période terminale.

Examinons successivement chacune d'elles.

1° Période de début. — Les symptômes précoces doivent être précisés, car il importe de faire un diagnostic hâtif si l’on veut essayer une thérapeutique avec quelques chances de succès. Sur les animaux, le premier signe perçu

pi

est le plus souvent la tumeur elle-même. Mais si le néoplasme siège sur un membre, le symptôme initial peut être une boiterie, traduisant la douleur. Le trouble locomoteur peut coexister avec une déformation osseuse. La boiterie, disent le Professeur Coquor et R. Moussu, est sans caractères spéciaux, assez peu intense au début ; elle s’accentue régulièrement, en même temps que la lésion osseuse augmente de volume.

La douleur, à cette période, est un signe révélateur important. Si, chez l’homme, elle est cause d’insomnies rebelles, par son caractère térébrant, chez le chien elle peut provoquer des cris nocturnes qui ne manquent pas d'attirer l'attention.

Localement, apparaît une tuméfaction, neuf fois sur dix, au niveau d’une épiphyse, sur les os des membres. Lorsque l'articulation est atteinte, ce qui est très rare, les deux épiphyses semblent réunies par un manchon de tissu osseux chaud et sensible. La consistance est ferme, analogue à celle de l’os normal, sans foyers de ramollissement. Les mouvements articulaires sont limités, mais ne s'accompagnent jamais de douleurs vives, ainsi que l'ont fait remarquer MM. Coquor et R. Moussu.

Comme chez l’homme, la radiographie permet, par des clichés successifs, de déceler les particularités et de suivre la marche envahissante et destructive de la tumeur.

2° Période d'état. — A cette période, la tumeur, jusqu'alors cantonnée au segment osseux, atteint les tissus voisins ; elle apparaît alors multilobulée. La douleur augmente, le sujet présente un facies angoissé, anxieux ; des exacerbations se produisent quelquefois la nuit. Les groupes musculaires des régions supérieures des membres s’atrophient assez rapidement, ce qui résulte de l’immobilité relative dans laquelle l'animal maintient son membre.

L'état général s’altère d’autre part ; l’anémie, l’asthénie deviennent de plus en plus grandes. L’amaigrissement s’accuse de plus en plus. Chez le chien, l’émaciation des crotaphytes est particulièrement marquée.

3° Période terminale. — En même temps que la tumeur augmente de volume, des complications d’un ordre particulier peuvent surgir. On peut observer la fracture spontanée de l’os lésé et cette fracture ne se consolide jamais. Les muscles, d’ailleurs envahis ou sclérosés, sont refoulés à la périphérie de la tumeur et la compression des vaisseaux peut déterminer un œdème froid et indolore de l’extrémité des membres. Au niveau de la tumeur, les poils tombent, la peau devient mince, violacée et ne tarde pas à s’ulcérer.

La généralisation n’est pas exceptionnelle. Elle s’effectue presque exclusivement par voie sanguine, ce qui s'explique par la richesse en sinus sanguins ou capillaires dilatés de ces tumeurs. Tous les viscères, en ce cas, peuvent présenter des noyaux de généralisation ; toutefois, les poumons sont plus fréquemment atteints. Il est à remarquer que ces métastases constituent en général des trouvailles d’autopsie, elles sont rarement identifiées du vivant du sujet. Quant aux métastases ganglionnaires, on peut également les observer et nous avons relevé que les ganglions atteints avaient la consistance du bois ou plutôt une consistance pierreuse.

Il va sans dire que la généralisation peut hâter la mort, laquelle survient par cachexie cancéreuse.

EVOLUTION. — Contrairement à ce qu'on voit chez l’homme, où l’évolution dure en général de un à deux ans et même davantage, nous avons toujours constaté une

évolution plus rapide chez l’animal : elle n'excède jamais quelques mois, le plus souvent deux, trois, ou quatre.

ETIOLOGIE. — Le sarcome ostéogénique est sans contester la tumeur des os la plus fréquente. Sur 15 cas, nous l’avons rencontré 14 fois. On peut chiffrer en moyenne à 4 ou 5 le nombre des cas observés chaque année à Ja clinique de l'Ecole d’Alfort.

MM. Coquor et R. Moussu ont fait cette remarque que les chiens de moyenne ou grande taille (Danois, Beaucerons, Saint-Bernard, Berger allemand, Pointer) étaient de préférence atteints par ce genre de néoplasme. Nous avons fait les mêmes constatations, car nos 12 observations concernent des chiens d’un certain format.

D'après ces mêmes auteurs, le sarcome des os frappe surtout les jeunes, ils en ont même rencontré deux cas sur des sujets de moins de 2 ans ; personnellement, nous en avons relevé à tous ies âges, mais très exceptionnellement sur de vieux sujets, davantage prédisposés aux cancers épithéliaux. Le sexe, enfin, ne paraît avoir aucune influence.

PATHOGENIE. — La pathogénie du sarcome des os reste profondément énigmatique, en pathologie comparée comme en pathologie humaine ; c'est celle du cancer. On ne peut envisager que quelques facteurs prédisposants ou occasionnels :

Le facteur croissance semble créer une prédisposition, si l'on considère que nombre de ces sarcomes se développent à un âge où l'activité fonctionnelle des épiphyses n'est pas encore éteinte.

Le facteur traumatisme a fait, chez l’homme, l’objet d'un grand nombre de remarques. Les opinions et les

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