ETUDE MICROSCOPIQUE
19 Tumeur. — Deux parties très distinctes se présentent à l'étude : d’une part, le poumon refoulé, de l'autre, la tumeur elle-même. ‘
Au faible grossissement, la tumeur est formée d’une masse unique de petites cellules disposées par groupements, dessinant plus ou moins les contours des alvéoles dont elles ont pris la place. Ces groupements sont donc parfois assez réguliers, ou au contraire ils s'étalent en nappes diffuses, irrégu-
bu À Mere
lières, infiltrantes toujours, entourés de tissu conjonctif adulte ou de tissu jeune lymphocytaire. Au milieu de ces champs cellulaires, de nombreuses lumières apparaissent, espaces vides ou espaces contenant des globules sanguins. Ce sont des vaisseaux ou des lacunes sanguines, n'ayant d’autres parois que les cellules.
A ce grossissement moyen, on reconnaît déjà que les cellules ainsi amassées ont pris fortement la couleur du réactif qu'elles sont quelque péu espacées les unes des autres, qu'elles sont entourées d’un collagène léger. Enfin, à côté de cellules petites, plus ou moins arrondies ou anguleuses, on distingue de gros éléments ; d’autres sont allongées, fusiformes. :
Fort grossissement : Avec un grossissement plus fort, le diagnostic déjà présumé se confirme. Les coupes ne contiennent plus que des cellules arrondies ovoiïdes, allongées ou
“franchement fusiformées. L'activité karyokynétique est accentuée. De plus, il existe des cellules monstrueuses. Les lumières signalées au faible grossissement sont la plupart du temps sans paroi. (Elles sont alors limitées par les cellules tumorales) et il n’est pas rare, comme souvent en pareil cas, d'assister à la formation de celles-ci aux dépens des mêmes cellules.
Nulle part on ne trouve sur la coupe cet aspect et cette diffusion des éléments cellulaires qui est le propre des tissus inflammatoires. Aucun doute n'est possible ici. L'inégalité des cellules, leur forme, leur monstruosité, le nombre et les caractères des vaisseaux confirment le diagnostic de tumeur conjonctive d’abord, et de sarcome fuso-cellulaire ensuite.
20 Poumon. — La partie refoulée du poumon est faite : de vaisseaux plus ou moins épaissis et remplis de sang ; de tronçons de cartilage bleuâtre perdus dans des amas étendus de cellules lympho-conjonctives, au milieu desquels on reconnaît encore des bronches plus ou moins sclérosées et en voie de disparition ; de zones nécrosées ou de zones de col-
Ti
lagène autour d'artères, de bronches ; d'alvéoles tassées les unes contre les autres et envahies par le tissu conjonctif ou d'alvéoles élargies contenant des cellules épithéliales desquamées ou remplies d’exsudats œdémateux. Les alvéoles les plus rapprochées de la tumeur sont méconnaissables, remplacées qu'elles sont par des cellules cancéreuses. La paroi alvéolaire est invisible. Les cellules néoplasiques sont disposées comme il a été dit précédemment en groupements irréguliers. Les bronches acineuses et sus-lobulaires sont envahies. Les bronches perméables contiennent un magma purulent dans lequel baignent les cellules cylindriques.
30 Cœur. — L'épicarde est transformé en tumeur. On y trouve les mêmes amas cancéréux bien limités ou au contraire sans limites, composés des mêmes cellules de-type fuso-cellulaire au milieu d’un tissu conjonctif jeune qui a proliféré. Au point d'accolement de la tumeur au myocarde, la fibre musculaire perd sa striation, dégénère {dégénérescence de Zenker). L'envahissement, tout superficiel, s'arrête brusquement ; le reste du myocarde est sain. L'épicarde, en définitive, a fait seul les frais de la transformation néoplasique. Le myocarde et l'endocarde sont indemnes.
D'après ce qui précède, il est permis de conclure que nous sommes en présence d'un cas de sarcome primitif du poumon, dont le point de départ, à défaut de la plèvre, semble être letissu péri-alvéolaire conjonctif. La propagation cancéreuse s’est faite par la voie lymphatique. Elle a atteint ensuite le tissu du médiastin, puis l’épicarde, et par contrecoup, le péricarde, ainsi que le prouvent les nodosités secondaires de même nature de la séreuse.
Le sarcome primitif du poumon est très rare, exceptionnel même. Outre sa rareté, la tumeur que nous venons de décrire est intéressante en ce sens qu'elle montre la transplantation progressive du cancer du poumon aux enveloppes du cœur en respectant la plus grande partie du myocarde lui-même,
- Quels enseignements pouvons-nous tirer de ces deux observations ?
-T-eonvient deidistinguer deux catégories de faits.
Le sixième environ des observations de sarcome primitif du poumonique nous avons étudiées, signalaient, à une époque variable, mais presque toujours très tardive, des signes d’asystolie. Ces signes, un peu divers suivant les cas, étaient toujours fort nets: c'était l’arythmie, la cyanose, de gros œdèmes périphériques, un foie gros et douloureux.
Mais, en dehors des trois cas que nous venons de relater, aucune de ces observations ne signale, au paragraphe de l’autopsie (qui pourtant a été pratiquée dans tous les cas sur lesquels nous nous basons) une extension du néoplasme au muscle cardiaque ou à ses enveloppes. L’asystolie était alors due à une autre cause : soit compression du cœur ou des gros vaisseaux par une tumeur volumineuse, soit, quoique plus rarement, pleurésie gauche très abondante (le cas de Schech signale 4 litres de liquide).
Pour nous résumer, il importe de distinguer dans la forme asystolique du sarcome primitif du poumon deux processus très différents.
Le premier cas est le plus fréquent. Il semble même constituer une des façons de mourir les plus habituelles des sarcomateux. L’asystolie est alors causée par des troubles de compression, dus à une tumeur volumineuse ou à une pleurésie abondante.
Dans le second cas, exceptionnel, puisque nous n’en pouvons citer que trois observations, les phénomènes
AVES | asystoliques sont dus à une propagation directe du sarcome au myocarde ou au péricarde.
Il semble qu’il soit tout à fait impossible de différencier cliniquement ces deux processus. Cette distinction n’aurait d’ailleurs qu’un intérêt purement théorique,
car, dans l'un et l’autre cas, la mort est la terminaison fatale au bout d’un petit nombre de jours.