‹ Le satanisme et la magieChapitre 11 sur 61 · LA FEMME, MÈRE, ÉPOUSE ET FILLE DE SATAN · texte numérisé non relu

LA FEMME, MÈRE, ÉPOUSE ET FILLE DE SATAN

La femme impie ou même seulement indécise n'a pas besoin d'évoquer Satan, rituellement; l'homme s'entete dans les cercles consacrés, sur les grimoires. Elle l'a sous la main, à son service, à son amour. Quand le père veut persuader le fils, il lui est nécessaire ou de le prier ou de le i^ronder en forçant sa voix; la mère, elle, n'a qu'à pleurer. L\ soj'cière pleure et iSatan est iâ. La sorcière — toute lenime — ne saurait rester seule dans les larmes sans que l'Autre n'accourre, entraîné par sa grâce, captivé par su luiblcsse, ivre de cette sexualité où il espère se reposer, se reproduire, s'éjouir. La femme triomphante, à l'aurore du monde, créa les Dieux; Fabre d'Olivet l'explique. La femme, souffrante et vidée de religion par l'ambiant scepticisme des hommes, enfanta le Diable. J'entends son corps, sa vie terrestre, comme Marie mit au monde

LA SORCIÈRE

rhomme, où le Verbe s'enveloppa. La femme règne dans l'empire de la chair, parce que l'Esprit la dévaste sans cesse, s'y blollit, profite de ses entrailles pour y devenir vivant. — Dans le décor ladre, exaltée par la gêne et son tctu espoir, elle crée lentement, sûrement, sous l'œil du père ou du mari, qui trop occupé, ne s'indigne guère, songe, pour excuser sa femme, à celte délicate impressi vité, n'ose user d'énergie; il la casserait. Elle parle la nuit, se lève, écrit d'étranges p: gcs, qui semblent ne jaillir ni de ses souvenirs, ni de ses leclures, ni de ses conversations. D'où alors? Autour d'elle on s'inquiète; comment croire à des fraudes, on se récrie, on résiste; puis, d'épouvante, on accepte tout. C'est que l'Invisible devient visible de plus en plus, il coniinaiide, il conseille, il investit la maison de sa présence outrecuidante, utile cependant. Il gère les affaires, prophélise, allonge dans la famille moderne l'ombre des vieux dieux. Le nvôvi vient-il à mourir, l'Esprit le remplace, s'installe dans la chambre à coucher qui devic:il son sanctuaire, se sert môme de l'àme du défunt; tout lui est bou. Désormais, elle a beau être veuve, tléiaissée, sans âme parente; Lui est autour d'elle, souillaut dans sa nuque, parlant dans ses meubles, délaçant par jeu autour de son bras le bracelet, posant un baiser à ses yeux qui se ferment, chantant comme un grillon menu dans le foyer où cuit le repas, ou bien, dans le poêle, ronflant un somme vigilant dont elle est bercée. Parfois elle le voit presque complètement, surtout à l'heure de s'endormir, quand les ombres se groupent dans la chambre où la bougie s'éteignit. Sesyeux émergent d'abord, vagues lueurs sur un fond sombre, douloureux, d'unrose morne où chatoie l'enfer. Elledilate ses paupières,

cherche à comprendre, curieuse, inquiète, amoureuse. La face flotte; elle danse, se déplace, se délimite enfin; mais toujours lesyeuxs'érigenttrèshauts, semblables à ceux d'un qui magnétise. Il parle. Comment? Elle ne sait l'expliquer. Dans son épigastre des paroles qui sont des vagues d'ombre rose frappent, oppressent, sont entendues par son cœur. Mystère! Il grandit. Sa poitrine de noble garçon, au cou svelte, la tente comme celle de quelque mythique héros. Elle halète, ni extatique, ni endormie, à peine hypnotisée; mais son flui de vital lui échappe, tiré hors d'elle par l'apparition. Le fantôme la vide. Elle distille de ses nerfs, de ses os ce rejeton, le nourrit avec elle ne sait quelle essence de soi. Vraiment sa mère à cet esprit, vraiment sa matérielle origine. Et lorsque le matin elle s'éveille à la lumière du jour, elle est plus brisée qu'après le plus surhumain efiort; si blême qu'on dirait une accouchée. Son âme en effet enfanta.

Le drame s'accentue. Nous voici au deuxième acte. L'Esprit — le Diable en effet — ne se contente plus de son rôle de fils, il veut des étreintes plus étroites, des baisers plus libres, une sorte de communion où tout sans restriction lui soit accordé; il ambitionne non plus son royaume de l'éther aux flammes ternes, mais ce sein d'où il jaillit et où il voudrait retourner, robuste et fécondateur. Elle se rétracte de stupeur, tend des mains qui traversent, sans l'atteindre, le fantôme; lui se baisse, monstrueux, quitte à crisper mortellement cet organisme. Et son baiser sur les lèvres vaincues sonne jusqu'au ventre; elle se sent inondée d'une impalpable, mais réelle, pressante, lassante pesée sur tout elle-même, à en pâmer de désespoir 1

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Ah ! elle se souvient. Ce n'est point vainement, sans motif, que le Diableacquit cette puissance inextricable d'où elle n'échappera pas. Elle épie ses souvenirs. Oui, le visage du Démon revêt l'aspect de son premier péché, de son crime inavoué toujours, de cette défaillance dont fut bouleversée sa vie. Symbole du pacte inconscient qu'elle trama, il ressemble à l'amant dévastateur de ses devoirs, à celui dont irrémédiablement s'affola son avenir; il ressemble à tous les péchés d'au delà cette ^de et de cette vie, il ressemble à ce karma ^ noir et souffrant qui domine ses présents jours ; il ressemble à son mauvais génie, il est sa douleur, son remords; il est sa perversité depuis les premiers jardins édéniques. Ce fils, cet époux, est aussi le père de sa mission, l'origine de sa mésaventure, l'ancêtre de son mélancolique et solitaire destin.

Désormais, initiée par l'époux-fils-père, elle promène en l'agitation des heures son hystérie hallucinée; elle porte l'uniforme de Satan, cette robe sans âge, sans mode, défraîchie et rutilante, encombrée de breloques, de faux bijoux, de strass. Elle colporte, trafique, vend, achète, guignant les soldes, les fortunes qui s'effritent, les désespérés qui ne savent, pour une bouchée de pain, comment liquider les débris de leur avoir. Eprise surtout des prêtres, elle est ravie de les tenter, de les gâter, de les pourrir jusqu'à l'abjection d'un sacrilège auquel elle coopérera de ses nerfs éperdus. Elle irrue dans les chapelles des moines, au soleil levée, dès l'office de cinq heures, pénètre dans le parloir,

< Selon les doctrines ésotcriques, le Karma est la somme de tous les actes du passé et des précédentes incarnations. On peut admettre deux Karmas, le noir et le blanc, celui des péchés et des vies mauvaises, celui des bonnes actions et des existences pures. De là sortirait la conception des deux anges, de l'Ange gardien et du Démon gardien.

propice quoique âgée, sorcière mais chaude. Et toujours l'accompagne, passé à son bras convulsif, le Cabas inséparable où s'entassent des échantillons de fard, des denrées compatissantes, la sabine et la rue, des emménagogues, un Martial (« c'est Feucologe que je lis à l'Eglise », dit-elle), des houppes, de la parfumerie, des rosaires et des instruments plus bizarres encore, la trousse maudite et luisante de l'amour.

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