‹ Le satanisme et la magieChapitre 16 sur 61 · LE VŒU A REBOURS · texte numérisé non relu

LE VŒU A REBOURS

Voici riieure où craque le purin dans la cour déserte des fermes; ces acres senteurs brouillent l'atmosphère d'un grouillement animé ; le ferment de la vie qui bientôt fécondera la terre, l'enrichira cette bonne terre, anémiée par les moissons, de force neuve, ce ferment palpite, bout, fume. On ne sait quelles exhalaisons, traînent, puissances ductilisables par la volonté dans l'abîme de l'air. Parmi les flaques éparses, dans l'interstice des moellons défoncés ou au creux d'un sol en pépie, c'est une pestilence qui n'enivre pas seulement les narines, mais qui — ô sortilège! — « prend aux yeux »... Vous souriez un peu de dégoût, beaucoup de stupeur. Vous avez tort. Ces déjections de bêtes et d'une population animale, instinctive, n'ayant presque pas d'âme, — physiologique uniquement — nourrissent la rustique atmosphère d'une énergie épaisse où le sorcier-berger, le « montreur d'ours » le « mendiant qui sait voir » va contracter avec lui — ô

^ Le mendiant « qui sait voir » — type dangereux, nomade essentiellement satanique, car Satan c'est la misère avant que d'être la révolte — est redouté dans les campagnes lointaines. Vieux rôdeur hâve, de porte

LE SORCIER

l'horrible encens de ce sanctuaire ! — le « solide » engagement, le Pacte. Le fumier voilà le vrai, Tefficace laboratoire du sorcier; là il dépose ce grain de chénevis (écoutez les traditions gardées à Rennes) qui sert à la boulette dont le simple contact à la tête rend chauve et fou.

Pacte souple, pacte ténu, pacte plus sûr dans son modeste ânonnement que les grands pactes signés, avec cette note mirifique : « la minute est en enfer. » (Voir ce sot de Collin de Plancy.) Celui-là est à haute voix prononcé et pas plus. Le Diable inscrit dans sa mémoire le serment; prudence légitime, dessein louable de rester occulte môme en ses engagements solennels. Mais le pacte est prononcé à haute voix afin qu'il ne demeure pas, dans les volutes du cerveau, conspiration obscure, afin qu'il devienne acte réel, formel, décisif, irrévocable. Il peut n'être prononcé qu'une fois et sa formule dépend des circonstances, des besoins ; car ce pacte est précis : tant pour tant, ceci pour cela... Il est parfois utile, lorsque la gravité de l'affaire tourmente le sorcier, de le réitérer neuf fois, ce vœu exécré. Neuf fois, nombre sacré dans les vieux Temples, comme dans les églises du Christ où lesneuvaines sont accomplies, et encore dans la sombre et désespérée synagogue du Très-Bas. Serait-ce une prise à témoin des neuf hiérarchies diaboliques? ou plutôt pour le sorcier une sorte d'auto-suggestion idoine à l'imprégner mieux de son propre vouloir, à augmenter sa foi pour accroître sa puissance.

en porte claudicant sur ses trois pieds, dont un noueux bâton. En retour de Taumône, le sou simple ou double, la miche de pain dur, la bolée de cidre, les restes d'une compacte soupe dont le cliien de garde n'a sans doute pas voulu, supplice et arrachée par cette voix où Ton pressent la colère sous Thumiliation, il livre quelques bribes du mystère, renseigne sur rinconnu. Sorcier, non pas, — mais somnambule. (Il en rôde près de a chapelle espagnole de l'avenue Friedland, au coin de la rue Lamennais.)

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