‹ Le satanisme et la magieChapitre 24 sur 61 · LA GRANDE OPERATIO.N DE LA CLAVICULE · texte numérisé non relu

LA GRANDE OPERATIO.N DE LA CLAVICULE

Il faut noter que les psaumes jouent souvent et môme à eux seuls un rôle important dans les opérations magiques; la clavicule et les divers grimoires en font foi et particulièrement un livret des plus graves intitulé : Anagurist ou langage des bons anges ou la manière d^avoir communication avec iceux par les ouvrages du prophète royal David qu'il fit pour le soulagement des enjants d'Israël lorsqu'ils étaient dans la captivité^.

L'éternel subterfuge toujours !

Mais elle est austère infiniment, grandiloque, grandiose, l'opération du Roboam avec sa cohorte de disciples, ses livres sacrés, ses arômes, ses déclamations. Vraiment le vertige de Jehovah doit prendre ces sacerdotes enragés de mômeries, ces supplicateurs hébraïques, ces automagnétiseurs qui, trop à jeun, s'enivrent des noms sacrés comme de très vieux vins de flamme en des bouteilles philosophiques. Ils sont harnachés, sanglés, mitrés, chaussés, inextricablement vêtus de pantacles, et il faudra une certaine dose de patiente vésanie pour ne pas se perdre, môme avec le fil de Salomon, dans la forêt menue et géante de

* Voir le IV* Livre dVVgrippa, l'appendice et mes notes.

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gestes, de paroles, de bains, d'exorcismes, d'odeurs, de processionnements, de consécrations^; quel décor, quels rôles, quel bagage ! C'est une vraie caravane traînant en des boites, du bois d'aloès, des bibles, des encriers, des plumes, des glaives, des instruments de musique, des couteaux, des étoles, des goupillons, des anneaux, du charbon, des pots neufs et de grands cordages.

Je les vois, ces pèlerins en lente et mussitante théorie attifés comme de pieux histrions, se diriger à pas respectueux vers File sainte où s'accomplira le plus grand des mystères sinon le cauchemar du plus furieux orgueil, Timpération de l'homme sur l'enfer et sur le ciel !

Splendide folie, rêve forcené de solitaire se déroula jI hors du cercle d'au moins neuf arpents. —

D'abord, tout est troublé, bousculé, retourné, renversé. Les montagnes s'enlisent, geignantes, dans les sables; et l'on ne voit plus que les derniers arbres des sommets se crispant vers le ciel, semblables aux bras d'un colosse qu'on enterrerait vif. Les villes à l'horizon s'enflamment: de longues mèches de lueur lèchent les nuages qui rougeoient comme le plafond d'une forge. La tribu des opérateurs chancelle d'épouvante, plie sous cette bourrasque d'air, de pluie et de feu. Mais la tentation se précise, à chacun personnelle. Le père et la mère, et les douces sœurs, et les frères turbulents sont traînés autour de la ligne creusée par l'épée et ils s'entretueat en une telle rage que les témoins déjà se croient éclaboussés de cervelle et de sang. Quoi ! leurs parents sont là devant eux à si peu

1 Je n'invente rien; tout cela, et la suite, se trouve dans les Clavicules, mais exprime iVoidcment, comme un proccs-verbal. L'appendice narre de semblables 'ait . (Voir le IV* Livre d'Agrippa.)

de distance et ils ne les sauveraient pas ! Ils irrueraient hors de l'enceinte, si le Maître, impassible, ne les arrêtait et, d'une parole divine, ne les réconfortait. Mais cette fois, comment échapperont-ils? Des bêtes difformes ont jailli de la terre, scolopendres grossis jusqu'aux plus énormes pythons , dont les anneaux tracent autour du cercle sacré leurs cercles infinis. Le ciel lui-même s'épouvante, il se convulsé, s'ouvre, prêt à vomir les trombes des derniers déluges, la tempête de mer et de feu où disparaîtra l'univers.

Calme devant cette fantastique fin du monde, le Maître bande les yeux de ses disciples qui périraient d'horreur.

Tout s'apaise enfin devant l'inflexible vouloir du thaumaturge. Des coursiers passent maintenant, rapides dans le vent, montés par des cavaliers verts qui agitent des lances. Ils poussent des cris d'alarme, éclaireurs d'une armée lointaine dont la rumeur assiège l'horizon. Des tambours alourdissent l'air de sonorités nombreuses, trouées par la lance aiguë et prolongée des trompettes. — Oh! pourquoi à l'approche de ces magnifiques visites, l'insupportable trottinement de rats autour du cercle ? — Maintenant succèdent des géantsd'une merveilleuse beauté, droits sur des bosses de chameaux et nus comme des archanges ; ils crient aussi, mais d'une voix profonde, dominant trompettes et tambours :

« Voici venir le Roi des Rois, l'Empereur des Empereurs, l'allié du grand Salomon ! »

Le gros de l'armée approche avec à sa tête l'indéfectible Monarque, fleur-centaure, tiaré d'un casque dont l'aigrette noire remplissant le firmament, déploie l'oriflamme de la Terre et de la Nuit! Qui pourra le définir, le comprendre,

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le limiter, le saisir, le voir sous toutes ses faces, entièrement? Tantôt on croirait un crocodile, debout, avec un visage d'homme, vêtu d'un lac jaune qui serait sorti de terre pour lui servir de vêtement; tantôt un lion tenant un sceptre lait d'un arbre du Liban non taillé; tantôt le soleil lui-même qui marche... Derrière lui, semblable à une forêt, à un troupeau, à une mer, la phalange ineffable, où toutes les armes — depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des temps — résonnent en chant de guerre; colonne de bêtes rampantes, sautantes, volantes, nageantes, de monstres aussi de toutes les races, commandés par de nobles hommes aux épaules grandies de larges ailes.

« Quo tenditis? » (où allez-vous ?) dit le Maître.

Alors le chef s'arrête ; il est redevenu la fleur-centaure, homme, animal, plante et roc, le symbole hallucinatoire du Dieu Pan et de la Création.

A la vue des pantacles, à la nouvelle déclamation conjuratoire (les noms divins de Jéovah et de Jésus s'y heurtent aux diaboliques appellations de Moloch ou de Melech, de Gog et de Magog), le grand Roi pose les genoux en terre et s'écrie :

« Depuis le temps de Salomon, aucun exorciste ne m'a aussi puissamment commandé. Tu dois être un de ses plus fervents disciples. J'ai senti à ton verbe passer sur mon courage la crainte d'un mal et puisqu'il est impossible de te résister. Moi et ma suite nous t'obéirons, affectueux... »

Lorsque le Maître achève la conversation suprême, où lui sont révélés tous les secrets, il donne l'ordre à chacun de retourner là d'où il vient {Uniis quisque ad suumlocum).

et ayant recommencé quelques minutes le chaos, il rétablit jusqu'à la conjuration suivante la sérénité des Créations*.

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