‹ Le satanisme et la magieChapitre 25 sur 61 · HYPOCRISIE DU SATAN DES MAUVAIS MAGES · texte numérisé non relu

HYPOCRISIE DU SATAN DES MAUVAIS MAGES

Jeu des Clavicules et des Enchiridions, jeu hypocrite à demi, sincère presque, de Tintellectuel qui croit enfermer dans des rites sûrs le monde le moins coercible, cataloguer les esprits, disposer de tel ou tel ange selon ses facultés, désigner chacun par son nom et lui fixer sa place. L llomme centre du monde, maître du monde. Vieil espoir têtu. Je préfère appliquer à Thomme ce que Renan disait de Dieu; l'homme deviendra un jour ce qu'il rêve qu'il est; il ne l'est pas encore, il le sera certainement comme il l'est peut-être en son prototype idéal. Je vois toujours la planche de Kunrath^; l'Homme-Verbe au cœur de l'univers, cœur lui-même de l'univers, l'IIomme-Dieu. Idée chrétienne au fond. Je l'adopte pour ce qu'elle signifie véritablement : l'homme régénéré est le plus beau rayon du monde, son intelligence, sa conscience et par cela même sa direction. Voilà comment les Mahatmas ^ s'ils

* Benvenuto Cellini a raconte dans ses mémoires (Vila di Benveniito Cellini,t. I, pp. 223 et suiv., Milan 1806), comment il évoqua les démons au Colisée avec un prêtre italien et deux de ses amis. La deuxième opération fat surtout remarquable, car il y fut prédit à l'aventureux artiste qu'il retrouverait sa belle Angelica à un mois de là ; prédiction qui jour par jour fut accomplie,

* Amphitheatrum sapientiœ.

^ M"" Blavatsky se prétendait conseillée, guidée, animée, par des Maîtres dont la sagesse — conciliée sans doute avec les providences — régit les destinées de notre planète. Dans Axel, Villiers fait exprimer à Maître Janus une idée semblable. Le mage serait le roi occulte dlcibas, qu'il dépasse et domine»

existent, gouvernent tout, du sommet de leurs montagnes, en ce Tliibet de méditation et de miracle. Tel est le but, telle est la mission du vrai Mage. Mais s'imaginer qu'on va commander aux mauvaises forces, par une extraordinaire ambition, qu'on va se servir du mal, que, parce que l'on se dit mage, les démons vont se grouper autour de soi obéissants ! Vous répondez que les démons peuvent fort bien jouer ce rôle de domestiques, que Dieu sait ce qu'il fait, qu'il ne se laisse forcer ni conduire, étant le plus prudent, étantle plus fort. Le caprice humain n'a sur lui pas de prise, tandis que le diable... Je vous y prends! Les anges ne vous suffisent donc pas, si vous êtes pur! Si vous ne l'êtes, vous pouvez encore moins vous défendre contre la malice démoniaque; le désordre au lieu de se plier à votre ordre, profitera de la mollesse de votre âme pour y ancrer sa dévoration. Le sorcier finit toujours étranglé par le Diable ^ Vieille histoire du docteur Faust, légende vraie, roman d'observation. Il faut passer, le glaive à la main, le mépris sur les lèvres, devant les larves et les démons.

Mais le Tentateur du vertige est malin comme ce singe qu'il apparaît souvent. A travers tous les grimoires, le Diable, devenu ermite, susurre : « Respecte Dieu, tu seras puissant sur moi. » N'est-ce pas vrai? toutes les Ecritures en témoignent. Puis il continue : « Etant puissant sur moi, veuille bien t'adresser à moi pour tes petites réussites. Les Anges sont trop délicats pour certaines besognes, moi bon garçon, je me prête à tout. » Il s'introduit ainsi

* Voyez aussi dans Là-Bas, les évocateurs du Diable, bâtonnés par lui, et cela au grand desespoir et à la grand'pitiê de Gille de Rais qui lc3 appelle et qui les paie.

par la fissure de la porte, se faufile eu le trou de la serrure, humble, rampant; puis, comme un laquais en qui trop on se fia, il devient insolent, se gonfle, grossit démesurément, remplit la maison, vous mène, vous bat... vous serre au collet, mortellement. Et l'on ne démasque la stratégie qu'après la déroute.

Jésus et Elie n'ont pas été servis dans le désert par les Démons, mais par les Anges. Jamais le prophète du Seigneur ne pactisa avec Satan.

Satan n'est pas le serviteur de l'homme, il est l'esclave des fatalités, qui, elles, sont, sans savoir, les brutes, soumises à Dieu. Satan est très loin du juste, Belial habite dans un repaire où le saint n'entre pas.

En feuilletant les plus surprenants des manuscrits de l'Arsenal ^, j'ai souri d'une ruse imprévue. Vraiment c'était drôle; Satan, niais d'ordinaire, avait cette fois beaucoup d'esprit. Il avait trouvé le moyen exquis de faire son truchement de l'Ange gardien. Le mage évoque son Ange, grâce à un petit enfant de six à sept ans qui priera avec lui, l'innocent, devant l'autel de son oratoire, drapé de soie blanche. La lumière, une lumière physique symbole et vêtement de la spirituelle, siège dans cette chambre discrète qui ressemble beaucoup à celle que décrit Agrippa ^ Un merveilleux phénomène semblable à ceux qu'obtiennent aujourd'hui les spirites confirme le stratagème cagot. Une tablette posée sur l'autel se

* SACRÉE MAGIE que Dieu donna à Moïse , Aaron , David, Salomon et à d'autres grands patriarches et prophètes, qui enseigne la Vraie sapience divine laissée par Abraham à Lamech son fils. Traduction de riicbreu.

* Voir Tappendice.

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mouille d'ane rosée sacrée, sue d'intelligibles syllabes. L'Ange a parlé ; lui-même met en communication avec les démons, apprend comment on les agite, comment on s'en sert ; et pas de cercles, pas de cette vaine et superstitieuse astrologie, aucun pantacle, la magie blanche, messieurs, mesdames, rien que « la sacrée magie ! »

Avec cette méthode pas de danger, l'Ange gardien est là. Vous vous enchaînez grâce à lui quelques centaines d'esprits, la horde de Bélial, de Léviathan, qui s'emprisonnent en quelques carrés où des noms se déclinent. Les esprits disposent chacun d'un pouvoir, pas toujours très bienfaisant ; mais l'Ange gardien a bon dos, un dos si gros qu'on dirait la bosse du Diable. Il couvre tout.

Vous ne sauriez croire le dédain du juif, rédacteur de ce subtil grimoire, pour les magiciens moins hypocrites \ il fait mieux que de les condamner, il les plaint. Parbleu, il sait ce qui les attend, la question, le fagot, ou la honte d'une renonciation. Lui au contraire voit ses affaires bénies ; un jour il demanda à son Ange gardien 3,000 florins qui lui furent apportés aussitôt : je vous assure que le saint homme sut les faire fructifier, prêtant à l'un, à l'autre, usurier sans doute comme Nicolas Flamel ; il fait cadeau d'un esprit au roi de Hongrie ; un cadeau en vaut un autre. C'est dix florins chaque secret ; bien entendu ces dix florins sont distribuées à soixante* douze pauvres qui doivent, chacun, dire le psaume Miserere mei et un De profiindis... Pour opérer, il suffit d'avoir moins de cinquante ans, et

* Ses voyages à travers TEurope et TOrient regorgent d'intérêt. A Constantinople il découvre, en un lieu nommé Ephiba, des personnages, qui, pour obtenir des visions extravagantes se servent de nombres, lesquels ont encore la propriété de faire tomber les fruits. Il a découvert aussi chez les Bohémiens l'onguent du départ au sabbat.

plus de vingt-cinq et de ue confier sa science qu'à trois amis.

Science qui, pour être sacrée, n'est pas moins hétérodoxe... témoin ce délicieux mot du maître de noire usurier, Abramelin, lequel s'écria, en lui transmettant la clef du mystère :

« Figure-toi que nous sommes si bons que notre secte est devenue insupportable non seulement aux humains, mais à Dieu lui-même ! »

Le bout de corne a percé.

Même dissimulation papelarde, chez nos modernes Roboams, fils de Salomon et neveux de cet Abramelin, Commis voyageurs ou pervers solitaires, ils se travestissent en bondieusards, chipent la confiance des naïfs, trafiquent, mentent, ambitieux médiocres, voués à l'éternel carnaval de singer les bons ouvriers de Dieu.

Je vois les curieux de notre temps se ruer vers l'Idole des anciens templiers, vers le Satan du moyen âge, vers l'Esprit de souffrance, de révolte, de science, vers l'esprit aussi de douceur altière et d'amour.

Qu'ils prennent garde, ceux-là pour qui j'écris, de confondre miséricorde avec lâcheté des nerfs, amour avec honteux libertinage, souffrance avec juste châtiment, révolte avec exaltation de vils instincts, science avec superstition.

Il est dans la vie des heures perfides qu'il faut élucider de vaillance ; elles ressemblent à ces carrefours où sacrifiaient les nécromants d'Hécate ; diverses routes, différentes destinées y aboutissent et en partent ; les belles et les pires. L'éternel Hercule hésite en leur âme ; qu'ils choisissent l'héroïque vertu et non pas le vice aisé, la défail-

lance néfaste et captivante dans le vertige passif. Mais qu'ils fuient le troisième chemin, celui qu'adopte la banale plèbe, timide de toute aventure, aveugle devant la noblesse d'un efiort personnel.

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