‹ Le satanisme et la magieChapitre 35 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE SABBAT

L'humanité a besoin de délire ; elle se crispe et s'irrite de rester « humaine » ; elle convoite, elle espère un autre monde en ce monde déjà, un au-delà d'exaltation et de bienheureuse démence, son « là-bas », comme a ditHuysmans. Oui, l'humanité sent nécessaire la folie, pour se distraire autant que pour se grandir. Alors elle se prend à détester la torpeur quotidienne, l'esclavage, le labeur, les afiaires, le sommeil, les vulgaires jouissances. L'Ennui féroce, pierre tumulaire qui l'écrase, elle le secoue en se tordant, écumante. L'humanité a sa crise bienfaisante et effroyable d'hystérie. C'est que l'Ennui stimule perpétuellement le monde. Bien plus que les vieilles injustices, bien mieux que l'antique colère, il galvanise en stupéfiant, il crée par la saturation de ses bromures, de ses sulfonals, une réaction d'épouvante épileptique. Les peuples n'ont jamais supporté de vivre normalement. Ils ont somnolé^ mornes, puis se sont dressés, gesticulateurs, névralgiques. Au fond, ils n'aimèrent que la splendeur des convulsions ; et lorsque l'énergie leur manque, ils appellent l'influx de

Satan, les poisons excitateurs, les drogues fébriles. Ah ! la morphine mentale, le haschich cordial, ce paradis artificiel dont le désir s'enracine d'autant plus profondément que l'autre paradis, le vrai, absent d'ici-bas et que ledoigtdu prêtre montre trop loin, là-haut, échappe à des fois incertaines, à de grossiers désirs. Las de s'éreinter vers l'impossible ciel, voyez-les s'exerçant aux horreurs faciles de Tenfer.

Le Sabbat c'est l'ivresse collective des instincts, le déchaînement des baves, la torture essoufflée et joyeuse de la chair.

Je tenterai, 1 énorme labeur, je dirai l'insanité splendide, tendre, douloureuse, furieuse de cette fête qui ne s'éteindra jamais, tant que l'homme sera.

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