‹ Le satanisme et la magieChapitre 37 sur 61 · LA FOIRE DU SABBAT · texte numérisé non relu

LA FOIRE DU SABBAT

C'est assez loin de la ville. La route meurt en l'inculte lande que les pieds des démons ont à jamais froissée de leur stérilité, « l'aquilarre, » la contrée qu'inondèrent les sacrifices sanglants des Druides, le sanctuaire en plein vent de Moloch et de Teutatès. Ce sanctuaire se dresse quelquefois sur la place des paroisses, devant des églises, afin que le diable puisse planter sa chaire vis-à-vis du grand autel qu'ensoleille le saint sacrement. De l'eau clapote aux environs d'un grand noyer qui abrite un sombre calvaire. La forêt borde l'horizon de sa dentelle funèbre ^

Les femmes des arènes célestes descendent échevelées comme érynnies, nues ou quasi, graissées ou non, la tête si légère qu'elles n'y pourraient supporter de couverture. Un démon familier, quelquefois en queue, écuyer de la même monture, les fouette tandis qu'elles hurlent ^ Har! har! har ! sabat! sabat ^ ! » éperdues. « Vous êtes déesses, leur

ï Pour les sabbats plus restreints, la horde choisit un cimetière, une caverne, Thôtel des juges — ô ironie ! — ou simplement les toits ; dans le dernier cas les arbres servent de route; le vieil anthropopithèque renaît en le nccromant.

Peut-être le « Sabac, évohé », des chants orphiques, des fêtes dionysiaques.

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dit-il, ne descendez-vous pas, pareilles aux dieux, de la porte du Capricorne, qui est celte figure du Bouc par lequel vous êtes transportées. Vous avez franchi la porte des voies suprêmes; mais que vous êtes lentes et sottes, indignes encore de moi! » Exaspérées par l'orgueil, par l'outrage, elles essorent et s'élancent, fusées bruyantes. Et elles foncent bas, plus vite qu'un aigle ou qu'un milan sur sa proie.

Eu somme, l'aspect fantastique s'adoucit et s'accentue en réalisme. Si la forêt de Brocéliande s'illumine de féeries, si le ciel est sillonné par les chars des Valkurs où deux chats ailés s'attellent, si la Corne de Mai, le grand vase à boire, le calice, le gobelet du Diable, rappellent les banquets d'Odin, — la foule déguenillée, éprise de chahut et de lascivités, fait songer déjà, mais avec quelle pompe supérieure, quelle beauté grandiose de décor, quel attirail dramatique, aux infâmes cohues des lieux de plaisirs où s'atrophient les modernes névroses, à nos bals en plein vent, exhibant et vendant de la chair. Au lieu de fanaux électriques, des cierges noirs, égouttant du suit humain, émergent de séants, haussés, de vieilles, ou s'érigent, sur la plante de leurs pieds retournés vers le firmament noir. Certains démonographes romantisant, la fête houleuse l'illuminent de bras d'enfants morts; mais l'allure générale est moins fétide. Je vois le sabbat en foire de marchands mêlés, en kermesse : là des saltimbanques, des ventriloques, des montreurs de bêtes, des faiseurs de tours, des jongleurs, tout ce qu'il faut pour ravir la sottise populacière. Le délire s'accélère par le nombre des délirants; les bêtes s'en mêlent, et les idiots et les farceurs ; tous les difformes de la terre, disgraciés, boiteux, bossus, estropiats, vieux décrépits et caducs y dansent au milieu du

désordre plus légèrement que les robustes drilles. Voilà leur <c Eldorado », leur « foire de Neuilly », leur « Moulin-Rouge », leur mardi -gras, leur mi-carême. Ils y aiment, se distraient, se reposent, retrouvent, loin de rinégalité cruelle des autres jours, une minute incomparable d'égalité, ils ne craignent plus rien, narguent le Seigneur et le prêtre, lâchent leurs tripes et leur révolte, font la figue et la nique au Dieu despotique et clérical K

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