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CHAPITRE IV

iA RIDICULE ÉPOUVANTE DES LARVES

Il ne faut point confondre les Larves abjectes avec les scintillants esprits des éléments*. Les Larves, — non point des êtres, mais des embryons d'êtres — ne sont que vouloirs ou rêves humains précipités hors de leurs gaines astrales, miettes de pensées, détritus de colère et de haine, déchets d'âme imparfaits et maudits, damnés dans le sens vrai de ce mot qui signifie la dissolution éternelle. Ces Larves s'élèvent du sang répandu par le criminel, Remords qui, vivant de l'ancienne vie de l'assassiné, le persécuteront en fantômes ; elles s'échappent en une buée néfaste de la blessure mensuelle des Vierges et des Epouses, elles grimpent autour du Chaste, personnifiant son désir effréné ; elles maculent le solitaire par de libidineuses

1 Ceux-ci, trouvent leur histoire dans le Commerce amoureux des sages avec les Dames et les Demoiselles des Eléments (Léon Chaille^, éditeur).

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extases qui les multiplient encore. Elles habitent et s'entassent partout où les appellent une paresse, une inertie, une langueur, une maladie. Autour du méchant elles grimacent et bondissent, animées de sa fureur, messagères de ses malédictions. Autour du débile, du maniaque, de rinsensé, attirées comme par un aimant de vide et de défaillance, elles pullulent, aggressives, réalisant leur plan de destruction et leur frénésie de voracité.

Ce sont les Démons Sataniques de l'Eglise.

Démons qui tourmentent sans cesse tout homme n'ayant pas la vaillance de s'asseoir au delà de la sainteté victorieuse ou pour qui la chair n'est plus un suffisant bouclier. Ils éprouvent la volonté et même la santé de celui qui cherche à s'émanciper des hideurs d'ici-bas. Démons, esclaves momentanés de celui qui pratique le mal avec intelligence et conscience, mais qui au soir suprême de sa vie se partageront son âme comme des voleurs un banquet laissé par un fugitif. Mieux encore : lorsqu'au dernier souffle du Pervers, son corps se détend comme une prison dont les portes s'ouvrent , lorsque le geôlier divin l'Esprit^ a regagné, mélancolique, les demeures célestes, — ange gardien dont la mission est finie, — le grouillement lâche et cruel du « moi » infâme apparaît dans sa sidérale noirceur, nœud de vipères, confusion de larves, nuée de démons prêts à rejoindre dans l'invisible leurs frères et leurs sœurs afin d'augmenter la pestilence psychique d'ici-bas.

• Pour les bouddistes VAtma,

« La lumière astrale, » Tâme du monde, le grand courant de vie qui porte les forces pures de Thomme et de Tunivers — Eliphas Levi a appelé cela, le Diable*. Il a mal ^ vu, ne se haussant pas au-dessus de la sorcellerie con- ' fuse, ne pénétrant dans la magie que par cette seule porte basse que lui laisse FEglise, — la porte de Satan. Le diable n'est point le Dieu Pan, l'immense Androgyne au double mouvement, au double sexe qui palpite dans le monde. C'est le Verbe seul qui est le Dieu Pan, — le Aoyoç des gnostiques, l'Adam Kadmon des Kabbalistes. L'Esprit de lumière, l'Esprit de vie ne peuvent se nommer sans profanalion et blasphème, le Diable. Le Diable, c'est l'esprit de ténèbres et de mort, l'esprit, que dis-je? l'ombre de l'esprit. Le Diable, définissons-le la collectivité des larves, l'énorme et incohérent vouloir qui fermente dans le péché du monde. En lui &e mordent et se déchirent antiques et neufs sophismes, perfides cogitations, sinistres efforts, rêveries malfaisantes, gestes dépravés, gâtant la Lumière depuis qu'il existe un homme. 11 J est cela, le Diable, et rien d'autre. Il est cette nuit, cette guerre, cette vulgarité, cette puanteur. Autour de la terre, serpent aux écailles de phosphore, il enroule tristement sa bestialité qui, aux yeux des voyants, des médiums et des poètes, se coagule et se disscul en grotesques chimères, en fauves qui grondent et bavent, en monstres obscènes et infirmes, en insectes, falots et stercoraires, en tortillements de fuligineuse menace.

Certains Kabbalistes prétendent môme que le mal vil, les passions inférieures trouvent leurs symboles et leurs

* Dogme et rituel de la Ha.ute Magie.

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sanctuaires dans les corps des animaux malfaisants. Selon leur hypothèse, de même que l'homme idéal fut créé à rimage de Dieu, de môme les bêtes répugnantes furent créées à l'image du Diable.

11 n'y aura plus de serpents et de panthères quand s'établira dans la planète le Règne de l'Esprit et de l'Amour

De même qu'on doit distinguer les élémentals des dix cohortes des Esprits du Ciel, il faut séparer Satan S le péché des hommes, de la chair et de la terre, il faut séparer le Diable, de Lucifer et de ses dix cohortes sidérales révoltées. — Ces esprits tombés ne sont plus la légion de Satan mais l'armée de l'Antéchrist.

Lucifer c'est un fatal Archange, TAntéchrist c'est un horrible Messie^; mais Satan n'existe point par luimême, il est le Chaos, la détresse du Fœtus énorme qui ne devient jamais l'Enfant.

* Dans les Noces de Sathan,}\ï représenté le mal antique intellectualisé par les inquiétudes modernes, le Damné sur la voie de la rédemption. Le baiser de Psyclié qui le rachète, c'est Tâme aux radieux élans attirant avec elle Tignominie qu'elle a purifiée par Tamour. — Symbole alchimiste de la terre noire devenant de l'or pur par la volonté lumineuse du mage. Les larmes du Christ éternel tombant dans Tabîme sont de minces piliers où s'agrippent, pour remonter au ciel, les morts et les démons repentants. . .

• Voir V Antéchrist et le Dernier Juste. J'ai là exposé amplement cette doctrine alliciante et néfaste, — de plus en plus moderne — dont l'ennemi du Christ est le prophète. Elle s'ébauchait déjà aux lèvres de l'Enrôla des Noces de Sat/ian, se révélait par ri:\pollonius de la Porte héroïque du Ciel,

L'existence des saints et des saintes se hérisse de Tas saut dérisoire et criminel des larves. Frappées, liées, traînées par les cheveux, fracassées avec une frénésie telle contre le sol et les murs qu'on les dirait choisies par quelque sournois géant comme massues, les Saintes, à la cuisine, à Téglise, au lit, sentent le piétinement de ces furibondes qui tantôt mordent, tantôt, plus atroces, lèchent. Troupeau qui fait trébucher le corps ne pouvant culbuter l'âme, hurle des vomissements de syllabes, brise les meubles, empeste d'une odeur anticipée de cadavre la victime résistante puis c'est encore — car la grâce peut céler l'ignominie — un bel enfant serrant contre sa blancheur nue une croix de roses, promesse de blandices et de voluptés morbides qui, souriant, s'accroupit au pli du drap râpant l'ascétique cuisse ^

La hantise de ces fantômes déséquilibra bien des cerveaux indomptables. Paracelse, adepte illustre, couchait toujours avec un sabre de bourreau dans son lit. Parfois, au milieu de la nuit, il s'éveillait, redoutant au détour d'un cauchemar l'embuscade hostile. Alors il se dressait, épimane. L'arme au poing, il fourrageait l'atmosphère, peuplée de menaces; bientôt, épuisé de fatigue, il s'arrêtait le front en sueur, ne découvrant plus autour de lui que têtes, bras ou jambes fluidiques, délabrés et pourfendus, un sang magique et douloureux.

Parfois les larves l'emportent, jusque dans la maison de Dieu. La légende nous a conservé les mésaventures d'un prêtre qui en était venu à ne pouvoir prononcer le saint

* Sainte Françoise Romaine.

2 Marie de Moë, 1830-1833. (Voir aussi le chapitre sur VIncuhat.)

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sacrifice, traqué par elles, dérouté par leurs facéties, jOuet, malgré les Apparences sacrées, de leur sotte nargue. Elles tuent aussi, ces vénéneuses filles de Satan. Madeleine Bavent, du monastère de Louviers, mourut d'elles beaucoup plus que de Tinquisition cléricale, quoi qu'en dise Michelet. Ses aveux nous terrifient, révélant la malice bouffonne du Vertige. Bêtes immondes et carnassières, coalisées avec de salaces confesseurs, elles ne lâchèrent pas la pénitente même en les prisons de Rouen, au milieu des agonies. Souvent un chat lui mettait deux pattes sur les épaules, deux pattes sur les genoux et approchant sa gueule de la lèvre émaciée, ricanait avec le regard des vampires, fouillant jusqu'en le gosier pour voler l'Eucharistique Pain. Hyptonisée, elle ne peut se débattre, victime du félin qui grandit en incube, la conquiert après lui avoir pris son Dieu. Les suggestions du vieux prêtre David, celui qui prétendait qu'il fallait faire mourir le péché par le péché et sous ce prétexte obligeait les plus vertueuses à danser toutes nues au chœur et au jardin, exaltaient l'érotisme latent de cette mystique. Cet « adamite », usant de son prestige sacerdotal, écrasait cette âme afin qu'elle ne fût plus que pâte à lubricité, boue de sacrilège. En ce marécage, les microbes de la dépravation naquirent spontanés, et un noir vol de bestioles faméliques venues de tous les abîmes, les féconda. Le curé Picart, après la mort de David, activa la pourriture du couvent. Madeleine n'était pas plutôt au confessionnal qu'on l'y harcelait. Elle voyait un petit cerf avec des ailes arrêté sur la grille, et qui se jetait sur elle dès qu'elle voulait parler. Il lui pesait autant qu'une maison ; il lui cognait la tête aux parois ; au parloir il la renversait par

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terre. Changeait-elle de place, elle était maltraitée plus encore et jusqu'à faire compassion (sic). Les coups qu'On lui donnait sonnaient dans le silence du couvent; celles qui accouraient la voyaient livide et meurtrie, plombée, ignorant le poing de ces fantasques gourmades. « Une telle vie ne méritait pas d'être conservée, étant ennemie de Dieu, » écrivait Tinfortunée Madeleine Bavent, encore plus humble s'il se peut qu'humiliée.

Tous, nous subissons ou avons subi l'assaut de l'invisible meute, la morsure des chiennes de THadès. Peu, sauf les Philosophes, ont senti la virginale présence des Fils des Eléments. Il n'y a guère que les plus hauts messies qui aient communié avec les esprits célestes ^

Combien de fois un inexprimable malaise s'installe, imprévu, dans nos nerfs, grignote notre cerveau, soulève irrésolument notre cœur, pousse notre volonté à d'insipides caprices. Tout nous-même se révolte d'être violé dans son intimité secrète, perforé , anéanti par d'horribles et stupides inconnus... On a peut-être ce jour-là trop rêvé, pas assez réalisé d'efforts, trop ouvert sa personnalité aux quatre vents de l'universelle bêtise. Et voilà qu'on divague

1 Les différents plans de l'astral se sont répercutes en les plaques photographiques du Baraduc; 5on livre prochain, l'Ame vitale et Vlconographie de rinvisibky séparera même grapMquement le ternaire des fluides. , .

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doucement,, niaisement. Les mains cherchent en vain l'objet devant soi; la mémoire fôlée perd toute raison d'agir, le vertige gagne l'intelligence, non pas le vertige des choses hautes dans Télévation ou la profondeur du Ciel ou de l'Abîme, mais le vertige amollissant de l'hébétude et du gâtisme, le trouble hagard, la hantise du rien.

Les hommes de sanlé et de force, surpris d'abord par cette vile influence, repoussent d'un roidissement de l'âme le torrent du Diable, comme un roc résiste à une vague qui l'avait d'abord enseveli. Mais les natures déjà oscillantes s'ébrèchent à la tentation occulte qui grandit. La Bête impalpable, insinuée, mange et boit le fluide vital. Si la passivité et la peur continuent, la manie taraude le cerveau de ses aiguilles obstinées jusqu'au moment où, la conscience ébranlée, s'élargit encore la fissure par laquelle avec fracas la folie entre, s'installe, — la folie, troupe de larves ^

Aujourd'hui, la suggestion a prouvé scientifiquement l'évidence de ce phénomène. Une parole, un geste, quelquefois seulement une volition intérieure insinuent en un cerveau moins puissant une idée dominatrice qui, comme un être, y vit, y règne, s'empare, despotique, de tout le dynamisme cérébral, de sorte qu'aucune autre idée ne peut germer sauf elle, — il y a « monoidéisme », folie artificielle et momentanée-.

Le fou, c'est l'expulsé total de lui-même, c'est le possédé,

* Les Latins appelaient le fou : « plenus larvarum » et il est reste dans le langage populaire les traces de cette vérité dans quelques locutions comme ; « il a une araignée dans le plafond, » etc., etc.

* Le chapitre de V Envoûtement cclaircira davantage ce point; le fou peut êlre très souvent un envoûté.

le lit aride et nu en lequel roule conculcatrice la houle des spectres.

Combien d'insanes disent : « Je suis mort depuis tel jour 3>, le jour même où ils perdirent leur raison et leur liberté.

Combien d'hommes aussi qui, sans être enfermés dans des hôpitaux, traînent cependant un corps dégarni d'âme personnelle, auberge pour falotes ambiances, lesquelles s'attablent, ricanent, pleurent, puis s'en vont, cédant la place à d'autres voyageuses, égarées.

Ces hommes, pareils aux fous, sont des morts vivants.

Mort véritable ! Car peut-on appeler mort ce qui n'est que libération normale de l'esprit, abandonnant sa livrée de forçat, — l'envolée de Psyché loin du cadavre ! La réelle mort, n'est-ce pas plutôt l'âme disparue, enfuie, chassée, tandis que le corps continue à vivre d'une vie de plante, de baroques suggestions, scène abandonnée sur laquelle paradent des larves en déclin, vaniteuses et cabotines, sous des colifichets et des bardes de rois, de génies, de héros et de dieux!

Les larves sont imbéciles ; elles jaillissent de cette double corne d'abondance fleurie au front de taureau de la sottise. Une puce se met à siffler comme une chauvesouris, un pou mord en ululant comme un loup. Mais les larves, se métamorphoseraient-elles en éléphants, elles conservent la légèreté fugitive du zéphir. Il faut pour en parler en détail, pour les analyser dans leur absurde

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néant, se complaire à cette recherche de la stérilité et de l'idiotie, être soi-même quelqu'un de lamentablement et de comiquement embryonnaire, une sorte de larve forcenée.

Or, en ce siècle, les providences choisirent pour cette mission le plus niais, le plus majestueux et le plus poignant des jobards, Alexandre, Vincent, Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thyn, qui écrivit :

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