‹ Le satanisme et la magieChapitre 48 sur 61 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES INCUBES ET LES SUCCUBES

Le Père Serclier, Henry, instituteur, et Jacques Sprenger rapportent que souvent ils virent à terre, « le ventre en sus, le corps remué de leur sale action, des sorcières qui copulaient avec le Diable ». Une puante vapeur se levait de leur peau ; vapeur qui prenait l'apparence d'un mâle. Eu vain des jaloux se ruèrent sur le fantôme: leur couteau ne traversa qu'un nuage.

Le chapitre des larves peut expliquer lattrait du Démon à voltiger sur les abîmes et les rocs du sexe; le Démon n'existe pas encore ou n'existe plus, en tant que corporéité; aussi est-il avide de l'antre où il se repliera, alors il est incube; de la pyramide où il se glorifiera jusqu'à être, — alors il est succube.

Ces forces de l'astral sont si confuses, si infestées de génitaux instincts qu'elles s'en prennent même aux juments. Tout leur est bon, pourvu qu'elles vivent davantage. Guaccius, démonographe et historien, écrit : « Quand les juments sont dociles au démoniaque influx, celui-ci les comble de caresses, tresse leur crinière en une infinité

de nœuds gracieux; résistent-elles, il les maltraite, les roue de coups, leur donne la morve et finalement les tue. L'expérience journalière en fait foi. »

Ces absurdes mariages entre la terre et Tobscène furent parfois féconds. Au delà l'antiquité leur attribue les monstres, que certains peuples massacraient, que d'autres vénéraient au contraire tels de vivants miracles. La fausse couche passa longtemps pour essentiellement satanique. Les comptes rendus du sabbat citent ces masses informes et visqueuses, pareilles à des vers et d'une odeur repoussante à base de soufre, qu'évacuaient les sorcières parmi les danses. — Enfants lourds à porter comme des remords, enfants tarissant les seins les mieux gonflés de vie, fils d'une semence froide arrachée au supplice d'un inconnu I

Le Père Valladier, confesseur de Marie de Médicis, expl ique assez subtilement la fécondation diabolique : « Satan, ditil, peut emprunter aux hommes sommeillant l'étoffe requise à la conception, puis Tinfluer à une femme par façon d'illusions nocturnes. Il pourra par son agilité « émerveillable » et sans rien rompre porter la même matière en la vierge, qui par la vertu formative la retiendra et la fomentera sans même s'en apercevoir. »

Ainsi, selon la légende, FAntéchrist devra être conçu.

Certes, je crois bien que mainte épouse dut profiter de cette hantise démoniaque dont le moyen âge trembla pour se permettre quelques galants en chair et en os, n'ayant de l'incube que la salacité. Voici le conte naïf que nous transmet Brognoli dans son manuel des exorcistes. Malgré la sérénité du narrateur, qui ne devine le subterfuge de l'adultère ?

LES INCUBES ET LES SUCCUBES

« Barthélémy de Bonsovannis avait une femme jeune et jolie, dont il était fort amoureux. Le diable, qui brûlait du méchant désir de jouer quelqu'un, se mit en tête de lui inspirer jalousie. Comme il fallait que l'évidence du fait attînt les sens grossiers de l'ivrogne, le diable prit la forme d'un jeune homme; Barthélémy, revenant du cabaret, le trouva dans sa chambre à coucher, assis sur un canapé à côlé de sa femme et paraissant l'embrasser. Cette vue le dégrisa; tirant de sa poche un couteau italien, il s'élance furieux sur sa femme, qu'il eut certainement tuée sans un coup de poing que le diable lui asséna et qui le précipita en bas de l'escalier. Revenu à lui, il poursuivit le méchant drôle, qui n'avait pas encore eu le temps, parait-il, de reprendre son incorporéité. Comme il courait, il rencontra son beau-frère à qui il se plaignit amèrement de la conduite de sa femme. Le beau-frère surpris se fit tout raconter. Cet exposé s'aggravant des protestations indignées de l'épouse, on conclut d'un commun accord que l'amant prétendu ne pouvait être que le diable. Cette conclusion fut confirmée par un fait qui se produisit le lendemain ou surlendemain ; on vit, au moment où notre Bonsovannis baillait, une grosse mouche lui entrer dans la bouche. Immédiatement après il fut pris de fureur contre sa femme; ce qui prouvait sans réplique que cette mouche était bien le diable. Par conséquent, la jalousie du benêt n'avait d'autre origine qu'une obsession du Malin. »

Cependant ces erreurs ne furent pas toujours que comiques; en Poméranie, d'après le Theatrum Europœum (ch. X, p. 400), on livra au bûcher une mignonnette de dix ans à qui Ton avait fait avouer dans les supplices qu'elle avait deux enfants du Diable et qu'elle était enceinte d'un troisième !

Selon un théologien de grande érudition, pour chasser un démon incube, faites dans la cijambre hantée des fumigations avec un mélange de po\vre, de racines d'aristoloches, de cardamoine, de gingembre, de caryophylles, de cinnamones, de cannelle, de i\oix muscade, de storax calamité, de benjoin, de bois d'alors et de trisanthes. La

recette agit contre les démons aquatiques. Euvers d'autres employez le nénuphar, l'hépatique, l'euphorbe, la mandragore, la jusquiame.

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