‹ Le satanisme et la magieChapitre 60 sur 61 · RITUEL · texte numérisé non relu

RITUEL

Voici résumé, d'après le Rituel romain, le plus commode et le plus complet cérémoniel de la victoire sacerdotale sur la possession :

Les litanies ordinaires récitées, le prêtre lit le psaume LUI ; ayant supplié Dieu de prendre pitié de sa créature; il s'adresse ainsi au démon :

« Qui que tu sois, je t'ordonne, esprit immonde^ ainsi qu'à tes compagnons, qui obsèdent ce serviteur de Dieu, au nom des mystères derincarnation, de la Passion, de la Résurrection et de TAscension de N.-S. J.-G. et au nom du Saint-Esprit, de me dire ton nom et de m'indiquer par un signe quelconque le jour et l'heure où tu sortiras de ce corps. Je t'ordonne de m'obéir, à moi ministre indigne de Dieu, et je te défends d'offenser cette créature de Dieu et aucun des assistants. t>

L'exorciste lit ensuite les évangiles selon saint Jean (i), saint Marc (xvi), saint Luc (x et xi). Il appelle le Christ qui a foulé les scorpions et les serpents, munit l'obsédé et lui-même du signe de la croix, cerne le cou démoniaque d'un peu d'étole et pose sur la tête rebelle la main droite.

Je t'exorcise, très immonde esprit, incursion de l'adversaire, phantasme, légion, au nom de N.-S. J.-G. Je t'ordonne de t'arracher et de sortir de cette créature que Dieu a façonnée avec de la terre ; Celui même qui du haut des cieux t'a précipité dans les profondeurs de la terre te le commande ; Celui même qui a commandé à la mer, aux vents et aux tempêtes te l'ordonne. Entends donc, et tremble de crainte, Satan, ennemi de la foi, ennemi du genre humain, messager de la mort, ravisseur de la vie, oppresseur

de la justice, racine de tous les maux, source de tous les vices, séducteur des hommes, traître à toutes les nations, origine de l'avarice, inventeur de Tenvie, cause des discordes et des douleurs. Pourquoi restes-tu? Pourquoi résistes-tu? Crains Celui qui a été immolé pour Isaac, vendu pour Joseph, tué pour un agneau et qui a fini par triompher de rcnfer.

Après plusieurs signes de croix sur le front du possédé, ayant magnétisé divinement sa poitrine, ses viscères, son cœur, et récité d*autres prières, le prêtre continue non sans une solennelle beauté :

Je l'adjure, serpent antique^ au nom du jugement des vivants et des morts, au nom de ton créateur, au nom du créateur du monde, au nom de celui qui a la puissance de t'envoyer dans l'enfer, de sortir immédiatement avec l'armée de ta fureur, de ce serviteur de notre Dieu réfugié avec crainte dans le sein de l'Eglise. Je t'adjure de nouveau (signe de croix sur le front de L'obsédé), non pas au nom de ma faiblesse, mais au nom de la puissance du Saint-Esprit, -de sortir de ce serviteur de Dieu créé par notre Dieu tout-puissant il son image. Obéis donc ; obéis non à moi, mais au ministre du Christ. La puissance de celui qui t'a soumis à sa croix te presse. Redoute le bras de celui qui a conduit les âmes à la lumière après avoir vaincu les gémissements de l'enfer. Que le corps de cet homme l'inspire la terreur (signe de croix sur la poitrine) ; que l'image de Dieu t'inspire la crainte (signe de croix sur le front). Ne résiste pas et hâte-toi de sortir du corps de cet homme, car il plait au Christ de l'habiter. Dieu, la majesté du Christ, le Saint-Esprit, le sacrement de la Croix, la foi des saints apôtres Pierre et Paul et des autres saints, le sang des martyrs, l'intervention des saints et des saintes, les mystères de la foi chrétienne, t'ordonnent d'obéir. Sors donc, violateur de la loi ; sors, séducteur rempli de ruse et de tromperie, ennemi de la vertu, persécuteur des innocents. Cède la place, très cruel {dirissime), cède la place très impie, cède la place au Christ que tu ne peux atteindre, qui t'a dépouillé et chassé de ton royaume, qui t'a enchaîné après l'avoir vaincu et t'a enlevé tes vases, qui t'a précipité dans les ténèbres extérieures où la mort vous attendait toi et tes compagnons. Mais pourquoi résistes- tu cruellement? pourquoi refuses-tu témérairement d'obéir? Tu es coupable envers le Dieu tout-puissant dont tu as transgressé

L'EXORCISME

les ordres. Tu es coupable envers N.-S. J.-C. que lu as osé tenter et que tu as eu la prétention de crucifier. Tu es coupable envers le genre humain, auquel tu as offert le poison de tes conseils.

Je t'adjure donc, dragon très vicieux, au nom de l'agneau immaculé qui a marché sur l'aspic et sur le basilic, qui a vaincu lion et dragon, de sortir du corps de cet homme (signe de croix sur le front), de t'en aller de l'église de Dieu (signe de croix sur les assistants). Crains et relire-toi, après l'invocation du nom de ce maître qui fait trembler les enfers, à qui les vertus des cieux, les Puissances et les Dominations sont soumises, dont Chérubin et Séraphin, sans jamais être fatigués, chantent les louanges en disant : Saint, saint, saint le Seigneur Dieu Sabaoth. Le Verbe qui s'est fait chair, le fils de la Vierge, Jésus de Nazareth t'ordonne de sortir de cet homme. Retire-toi donc maintenant que tu es adjuré au nom de celui que Dieu a lui-même créé avec de la terre. Il t'est difficile de résister et de regimber contre cet ordre. Plus tu tarderas à sortir plus ton supplice sera grand, car ce n'est pas les hommes que tu méprises, mais Celui qui commande aux vivants et aux morts et qui viendra juger les vivants et les morts.

Après une brève prière, le prêtre lit enfin cet exorcisme tout-puissant :

Je t'adjure donc, tout esprit très immonde {omni s immundissme spiritiis), tout vain fantôme, tout envoyé de Satan, au nom de J.-C. le Nazaréen, qui fut conduit dans le désert après le baptême de saint Jean et qui t'a vaincu dans ta demeure, de cesser d'obséder cette créature que Dieu, à son honneur, a tirée du limon de la terre, et de redouter dans cette misérable créature non la fragilité humaine, mais l'image du Dieu tout-puissant. Cède donc à Dieu, qui a précipité dans l'abîme toi-même et ta fourberie dans la personne de Pharaon, par l'intermédiaire de son serviteur Moïse. Cède donc à Dieu, qui t'a condamné dans le traître Juda Iscariote. Il t'a touché de ses coups divins, lorsqu'en sa présence, tremblant et vociférant, tu as dit à tes légions : Jésus, fils du tout-puissant, es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps? Jésus te condamne à des flammes éternelles, lui qui, dans la fin des temps, doit dire aux impies : Eloignez-vous de moi, maudits, et allez dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses serviteurs. Les vers vous attendent, toi et les tiens. Un feu dévorant vous est préparé

pour réternité, car tu es la cause de l'homicide maudit, tu es Fauteur de l'inceste, tu es l'organisateur des sacrilèges, tu es l'instigateur des plus mauvaises actions, tu es celui qui enseigne l'hérésie, et tu es l'inventeur de tout ce qui est obscène. Sors donc, impie, sors, scélérat, sors avec tous tes mensonges, car Dieu a voulu faire son temple du corps de cet homme. Mais pourquoi restes-tu plus longtemps ici ? Obéis à Dieu le père, devant qui toute créature fléchit les genoux. Cède la place à N.-S. J.-G.,qui a répandu son sang sacré pour l'humanité. Cède la place à l'Esprit-Saint, qui par son bienheureux apôtre Pierre t'a vaincu dans le mage Simon, qui a condamné ta fourberie dans Anania et Saphira, qui t'a frappé dans Ilérode, qui n'a pas voulu honorer Dieu, qui par son apôtre Paul t'a rendu aveugle dans le mage Elyma. Sors donc, maintenant, sors, séducteur. Le désert est ta résidence. Ta demeure est celle d'un serpent; humilie-toi et prosterne-toi. Tu n'as pas de temps à perdre. Voici, en effet. Dieu le Maître, il s'avance rapidement, et le feu brûlera ses ennemis s'ils restent dans sa présence. Si tu as pu tromper un homme, tu ne pourras te moquer de Dieu. Il te rejettera, celui pour les yeux de qui rien n'est caché. Il te chassera, celui qui tient tout en son pouvoir. Il te fera sortir, celui qui a préparé pour toi et pour les tiens la géhenne éternelle, de la bouche de qui sort un glaive aigu, qui viendra juger les vivants et les morts et le siècle par le feu.

Nous venons d'atteindre le point culminant de 1 opération mystique ; le reste s'éteint, s'estompe, s'évanouit en un ronron : Pater noster, Ave, Credo, Magnificat, cantique de Zacharie, symbole d'Athanase. Et les psaumes s'égrènent, intercalés de Gloria Patri!.,.

Je dois me contenter de citer seulement un autre rite dit ex Pastorali Malchliniensi et les exorcismes invoquant les saints Anges, la Vierge Marie ou les saints. Il y a encore toute une série d'oraisons pour forcer le démon à restituer l'Eucharistie tombée en son pouvoir. Le Te Demi clôt ces pénibles exercices et, après avoir béni le délivré, le triomphateur lui crie : « Voici que tu as été refait sain, ne pèche plus de peur qu'il ne t'ar-

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rive un plus terrible désastre. Va dans ta maison, chez les tiens et annonce-leur les grandes choses que Dieu a faites pour toi et toute sa miséricorde... »

L'Église, en notre époque d'incrédulité même chez les catholiques pratiquants, hésite à terrasser les démons; elle confie volontiers à la douche et à Thypnose ceux qu'autrefois elle eût flagellés du fouet verbal de ses abjurations. Néanmoins elle a dû conserver pour la bénédiction des fonts, le samedi saint, à l'office du matin, les plus magnifiques formules d'exorcisme. « La créature de l'Eau » y est bénie ; l'esprit immonde y est chassé, soit qu'il vole, soit qu'il rampe, soit qu'il se dérobe et le prêtre trace avec son souffle un ^ sur l'onde régénérée*.

Dans les anciens monastères, on affublait l'envoûté de certaines amulettes aux formules protectrices. D'autres fois, ces formules, inscrites sur des morceaux de parchemin, étaient avalées par les possédés; avec la digestion, l'exorcisme s'accomplissait sans fatigue.

De nos jours, m'a raconté M. Huysinans, c'est à la Trappe que s'est réfugié le traditionnel exorcisme. Le clergé s'en écarte, en l'admettant toujours. Celui qui lève les sorts

* Voici la formule d'exorcisme du sanctuaire :

« Procul ergo hinc, juhente te, Domine, omnis spiritus immiindus ahcedat. Procul tota nequitia diaboUcœ fraudis absistat... Nihil hic loci haheat contrariœ virtulis admixtio; non insidlendo circumvolet, non latendo subrepcU, non inpciendo corrompat. »

Pour exorciser Teau, le prêtre dit : Unde benedicite, créatiira aqiiœ per deum vivum, per deum verum, per deum sanction, per deum qui le in principio verbo separavit ab arida, cujns spirilus super le ferebatur. »

La bénédiction des fonds s'exprime comme suit : « Sanctificelur et fecondelur fons iste oleo salutis, renascentibus ex eo in vitam œternam. Amen. » Puis, prenant le vase du saint chrême, le prêtre ajoute : « /nfusio chrismatis domini nostri J.-C. et spiritus sancti Paracleti fiât in nomine sanctœ Irinitatis, Amen. »

est un très vieil homme. Mais les démons, repoussés par les bons moines, en sont réduits à taquiner les animaux, et de préférence les porcs. Alors le vieux leveur de sorts leur lit des oraisons et les fouaille d'eau bénite. Ces bêtes, le même jour, se redressent joyeuses et guéries.

M. Gilbert Augustin Thierry, qui a étudié avec soin les démonographes, m'affirme avoir assisté à une messe rouge dite par le curé des Petites Dalles soit à l'église de Sanetot, soit à l'église de Senneville : c'est « la messe des martyrs ». Sur l'autel des fleurs rouges, au prêtre l'étole rouge. L'église est tendue de pourpre. Cette messe rompt les maléfices des Bergers. L'envoûté doit assister à la cérémonie sans répondre aux injonctions de son envoûteur, que la puissance magique de la messe emmène dans le saint lieu; s'il parle, l'exorcisme demeure impuissant.

l'exorcisme sert a tout

Tant que les peuples crurent que le Démon était vraiment « la racine de tout le mal >, ils s'en prirent à lui pour toutes leurs mauvaises fortunes. L'exorcisme devint d'utilité publique, aussi nécessaire, aussi à la mode que l'hygiène dans les maisons modernes. Non seulement les personnes furent exorcisées, mais encore les animaux, et les objets. Les maisons étaient aussi bien nettoyées par les versets bibliques que par le balai et les désinfectants. Dans ce but le prêtre lisait des psaumes, prononçait les évangiles, répandait l'eau bénite, jetait dans le foyer l'en-

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cens consacré. Après tout la méthode n'était pas si mauvaise et les mystérieuses rumeurs des appartements hantés étaient toujours pacifiées par ces cérémonies purificatrices. De plus la religion semait en ces attentives âmes un goût de probité et de netteté morales, d'autant plus profond que rintérèt immédiat y était indissolublement lié. Les habitants confessaient leurs péchés, purgeaient leur conscience, s'engageaient à satisfaire le prochain offensé, priaient pour le voisin qui injuria. L'image du crucifié exaltait au pardon et à la justice le sédentaire et les cierges bénits étaient plus doux à l'œil et au cœur que notre brutale électricité.

En Bretagne, par exemple, la bénédiction de certaines maisons ne s'accomplit pas toujours sans fracas, surtout si l'esprit d'un mort s'y est attaché. Le prêtre appelé pour ce dur labeur est d'ordinaire un solide gars. Ayant revêtu le surplis, il tient à la main l'étole, se déchausse « afin d'être prêtre jusqua terre ». Les escaliers et le parquet inondés de sable attestent par les traces laissées la présence du mort hargneux. Le prêtre suit ces vestiges jusqu'à la chambre où ils s'arrêtent. Là, il se renferme, combat tantôt avec des oraisons, tantôt corps à corps. Il n'a triomphé qu'après avoir passé son étole au cou du mort, qui est jeté dans le corps d'un animal, d'ordinaire un chien noir. Le bedeau ou le sacristain se chargent de l'emmener. Ils vont jusqu'en une lande stérile, une carrière abandonnée, une fondrière dans une prairie. « C'est ici désormais que tu demeureras, » dit le prêtre, lâchant l'esprit. Et, circonscrivant l'espace, il se sert d'un cercle de barrique...

Pays de brume pittoresque, tu caches en tes replis,

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selon celte légende, quelles âmes solitaires et désespérées' !

Les Clavicules nous ont conservé d'innombrables exorcismes servant à contraindre les gnomes gardiens de trésors ; mais ces conjurations manquent absolument de grâce et sans doute d'utilité. Je préfère de beaucoup les formules désintéressées qui enchantent les menus objets, les modestes compagnons de la vie intime, apportent dans un intérieur la magie d'une mystique propreté.

En somme, toute bénédiction est d'abord un exorcisme. L'eau par exemple ne devient bénite qu'après la purification de sa propre nature et de la nature du sel. Puis cette onde régénérée doit, tombant en pluie sainte, chasser le Satan panthéistique qui dort en tout objet animé, ou inanimé. Le pain, l'agneau, les autres chairs, les brebis, les fruits eux-mêmes si innocents, tout comestible, le vin, la cervoise, l'huile, les médecines, le lit du sommeil, le canapé du repos, le feu où sont brûlés les signes maléfiques, les brasiers près desquels frileux on se réfugie, — tout est matière à rénovation spirituelle, à récupération édenique. Le péché originel, dont succomba le premier couple, a corrompu avec eux toutes choses. Une tare occulte déprécie l'industrie et la nature, un piège est tendu dans l'univers...

En 1S16 l'officialité de Troyes donna une sentence burlesque contre les chenilles de ce diocèse. Admonestées

' De nos jours encore les sorciers savent dissoudre des enflures que les médecins ne peuvent ni expliquer ni guérir. La douleur est grande, rappelle les affres du tétanos et l'aspect du mal l'assimilerait à Téléphantiasis. Appelé à temps l'opérateur prend un verre d'eau, y jette cinq ou sept grains de blé, prononce des exorcismes. A mesure que les grains gonflent et remontent à fleur de liquide, le patient est guéri. Pour les dartres vives c'est plus bizarre encore. Le berger se contente de prendre le nom et l'âge delà personne. A cent lieues de distance il lève ainsi le mal l

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gravement, les chenilles reçoivent Tordre de se retirer dans l'espace de six jours : faute de quoi Tanathème est sur elles jeté.

Léonard Vair rapporte que d'autres diocèses constituent un tribunal contre les sauterelles et autre dommageable

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