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sanctuaires au Dieu qu’elles avaient mission de faire adorer sur cette terre, enseigner par des agents honnêtes les mœurs chrétiennes, l’agriculture et les arts utiles à ces peuples nomades qui venaient, émerveillés et confiants, les accueillir comme des personnages divins, leur demander des oracles et des prodiges. Et ces agents, toujours plus avides que leurs mandataires, au lieu d’autels, n’élevèrent ici que des comptoirs, des pallissades et des forts : des comptoirs où ils ne laissèrent voir que leur eupidité, échangeant des verroteries contre des fourrures qu'ils vendaient le centuple ; des fortifications où leurs injustices et leurs turpitudes leur donnaient le besoin de se cacher. Au lieu d’oracles, ils n’enseignaient que leurs vices; au lieu de la parole de vie, ils donnèrent l'eau-de-vie”? (N. Bourassa, Nos Grand’mères.)
LI faut donc admettre de nombreuses f ‘audes et des scandales, néanmoins ce malheureux état de choses diminue à mesure que Champlain s’affermit dans sa position et développe ses idées de v ral civilisateur.
M. l'abbé Laverdière dit dans ses notes sur les voyages de Champlain : * Champlain ne part pas inconsidérément et sans réflexion, puisque ce n'était qu'après en avoir conféré avec Pontgravé, qui
pouvait mieux que personne juger de l'opportunité
de la chose. Les divers motifs qui le déterminent et qui se trouvent énoncés si clairement ne sont pas non plrs lappas de quelques pelleteries où une avarice qui le pousse jusqu’à la cruauté (Champlain, 1610).
Oui, partout il réprouve la rapine et blâme les traitements barbares ; nous venons d'en fournir la preuve. [loue la bravoure et l'honneur du sieur des Prairies parce qu'il voyait en lui un homme de sa trempe, partageant ses vues et imitant son courage.
La rivière qui porte son nom depuis 1610 deviendra désormais célèbre en ouvrant une nouvelle route aux premiers missionnaires et à ceux qui s’associeront à leur œuvre de salut. Ses rivages seront sanctifiés sur tout son parcours depuis le Saint-Laurent jusqu'aux grands lacs,
En la suivant, les voyageurs allongcaient leur course, Je crois, dit le Père Jean de Brebeuf (Rel. 1632, p. 25), qu'il y a pour plus de 300 lieues, ILest vrai que le chemin est plus court par le sault Saint-Louis et par le lac des froquois, mais la crainte des ennemis et le peu de commodité qui sv rencontre, en rend le passage désert.”
Il est facile de voir par IA que le nom de des Prairies s’étendait À tout son parcours depuis le
Saint-Laurent, quand on arrive au premier Sault,
disent les relations de 1640 (p. 34) dans le fleuve Saint-Laurent, que nous appelons le Sault Saint- Louis, on trouve un autre fleuve nommé rivière des Prairies Ces dernières paroles nous aideront à localiser la première messe des Récollets sur nos plages.
En voilà assez pour établir la situation. L'élément religieux manquait et les colons jetés sur notre sol avec leur soif de gain n'étaient propres qu’à indisposer les indigènes et à entretenir leur rancune. J'avais À cœur de montrer parmi les nobles exceprtions le brave découvreur de notre rivière.
La rivière des Prairies longe aujourd’hui plusieurs paroisses ; naguère ses rivages étaient complètement inhabités jusqu'à l'établissement de la Nouvelle- Lorette, comme nous le verrons plus tard.
Champlain était dominé par le projet d'évangélisation de notre pays. C'était, à ses yeux, le seul moyen d'obtenir des résultats satisfaisants ; mais il eut À vaincre de sérieuses difficultés. Ayant été contraint de passer en France, il ne put se trouver au rendez-vous du grand Sault, comme il avait été convenu, pour le mois de juillet 1611. Une fois arrivé à la Rochelle, il ne perd pourtant pas de vue les promesses faites à ses sauvages alliés: Je fus trouver, écritil, le sieur de Monts à Pont en
Saint-Onge pour lui donner avis de tout ce qui
s'était passé au voyage et de la promesse que les sauvages à Ochateguins et Algoumiquins mavaient faite, pourvu qu’on les assistât en leurs guerres comme je leur avais promis” (Vo ages de Champlain, 1611, p. 265).
Une malheureuse chute de cheval arrêta pendant un temps assez considérable l’accomplissement des rojets de Champlain. Les fidèles compagnons d'ici se rendirent au Sault pour expliquer de leur mieux son absence, mais des mauvais sujets, “traffic ancien,” comme Champlain les désigne, en protitèrent pour tromper encore les sauvages jusqu’ essayer de les persuader de sa mort, *“ malgré les protestations de nos gens, écrit Champlain, qui aflirmaient le contraire, V oilà, ajoute-t-il, comme l’envie se glisse dans les mauvais naturels contre les choses vertueuses, et ne leur faudrait que des gens qui se hasardassent en mille dangers pour découvrir des peuples et des terres, afin qu’ils en eussent la dépouille et les autres la peine ” (Ibid., 1611, p. 267).
L'assistance royale faisait aussi défaut pour encourager dans les dangers, déjouer les complots : “ La Majesté n’ayant donné aucun moyen pour assister les entrepreneurs de ses desseins jusqu’à présent.” (Ibid., 1611, p. 269). “ Mais j'espère, s’écriait Champlain, en parlant de son roi, que Dieu lui fera la grâce un jour de faire tant pour le service de Dieu, de sa grandeur et bien de ses sujets, que
d'amener plusieurs peuples à la connaissance de notre foi pour jouir un jour du royaume céleste.”
Dieu suscita sur ces entrefaites un homme animé de son esprit, plein de zèle pour la conversion des pauvres Indiens, comme aussi pour lPenvoi de consolations spirituelles à tous ceux qui prendraient part aux nouvelles expéditions: c’était le sieur Houel, secrétaire du roi de France et contrôleur général des Salliers de Brouages. “* Homme adonné à la piété, dit Champlain, et doué d’un grand zèle et affection à l’honneur de Dieu et à l'augmentation de sa religion ” (1615, p. 8).
Cet homme était en rapports fréquents avec les bons pères Récollets, et il se montra disposé à se mettre généreusement à contribution pour recueillir parmi ses amis et ses connaissances les fonds nécessaires pour conduire à une fin heureuse un si noble projet. Il en écrivit tout de suite au R. P. du Verger, provincial de l’Immaculée Conception, ‘religieux d’une grande vertu et d’un rare talent, dit le Père Le Clercq (Prem. ét. de la foi, t. I, p.31), Ce dernier accueillit avec empressement le projet de fournir des sujets de son ordre pour l’évangélisation à la Nouvelle-France. Il en
conféra avec ses confrères, ” qui tous brûlant de
charité s’offrirent librement à l’entreprise de ce saint
voyage, c’est Champlain lui-même qui l’affirme (1614, p. 4).
Quand il s’est agi de sacrifice et d’immolation, l'Église a toujours vu surgir de ses enfants pour étendre son domaine et conquérir des Âmes en dépit de tous les obstacles. C’est ainsi que les enfants de Saint-Ignace marcheront sur les traces des fils de Saint-François et rivaliseront de sainte ambition pour partager les labeurs, et cueillir les lauriers évangéliques sur le sol canadien.
Ils n'étaient pas sans savoir, ces bons religieux, qui entremêlent leurs oraisons d’études si variéor et si profondes, les difficultés immenses qu'ils auraient À rencontrer, les Récollets surtout, qui avaient à ouvrir les premiers sentiers dans cette partie de la Nouvelle-France. Champlain était là, du reste, pour le leur dire, et sa manière si franche de parler nous prouve qu'il n’usa d'aucun déguisement.
Presque tous les voyages de cet intrépide navigateur ont été remplis de dangers affreux, surtout un des derniers. Il vit alors son vaisseau environné de glaces menaçantes, perdu dans les brouillards, et tout l'équipage grelottant de froid sous l'empire des terreurs de la mort.
Nos missionnaires savaient cela, et cependant aucune considération de ce genre ne le: détourna de leur héroïque dessein. “Ils brûlaient de faire
le voyage, écrit Champlain, moyennant la grâce äe Dieu, afin de voir s’ils pourraient faire quelque bon
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fruit et planter en ces lieux l’étendard de JÉsus- CHRisT, avec une délibération de vivre et de mourir pour son saint Nom, s'il était nécessaire, et que l’occasion s’en présentât ” (Ibid., 1615, page 8).
Les démarches furent poursuivies avec zèle, et lors de l'assemblée des États généraux, tenue à Paris, le 27 octobre 1614, tous les membres présents louèrent et approuvèrent ce dessein. Leurs contributions, jointes à d’autres aumônes, formèrent la somme de 1,500.livres, Champlain empioya ce montant à la nourriture, aux vêtements des Pères destinés au voyage, comme aussi pour leur procurer les objets les plus nécessaires au culte.
Le R. P. Denis Jamay avait été désigné comme commissaire, le Père Jean d’Olbeau devait succéder au Père Denis en cas de mort, et le Père Joseph Le Caron leur fut adjoint, ainsi que le frère Pacifique du Plessis,
Sagard donne à ce dernier le nom de frère en parlant de sa mort, qui arriva à Québec le 23 août 1619 (Sagard, {istoire du Canada, pages 54, 55).
Le Père Ch. Leclerq, de son côté, dit du frère Pacifique, dans son Premier établissement de la foi (p. 155): “ Quoiqu'il ne fût qu'un frère laïe, on peut dire qu’il à extrêmement travaillé en peu de temps à l'avancement spirituel et temporel de la mission.”
Il faut attacher beaucoup d'importance à ce premier départ des bons Pères Récollets. Sans doute
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