‹ Le Sault-au-Récollet [microforme]Chapitre 60 sur 92 · RS · texte numérisé non relu

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ou charpente, et maconnées entre les deux ; d’autres sont bâties tout à fait de bois: et toutes les maisons se couvrent comme dit et de planches.”

Bon nombre de ces maisons sont encore heureusement debout et sous bien des rapports elles surpassent en confort réel les nouvelles résidences de nos habitants d'aujourd'hui.

En parcourant les détails précédents sur l'agriculture de nos pères, le lecteur a dû remarquer une lacune : le cheval n’est pas là pour les travaux.

Dès 1609, il y avait des chevaux en Acadie, puisque M. Rameau écrit que, à la ‘ Prée ronde,” on élevait des poulains ; mais ce ne fut qu'en 1665 que les premiers chevaux arrivèrent en Canada.

Les paroles de M. Boucher établissent ce fait : il dit dans son histoire publiée À Paris en 1664 : “ Va-t-il des chevaux dans le pays ? Je réponds que non. N°y a-t-il pas des prairies pour faire du foin ? L’avoine n’y vient-elle pas bien ? Parfaitement bien, et il y a de très belles prairies, mais il est assez dangereux d’avoir le foin tant que les Iroquois nous feront la guerre, et surtout aux habitations des Trois-Rivières et de Montréal; car les faucheurs et les feneurs sont toujours en danger d’être tués par les Iroquois. Voilà la raison pourquoi on fait moins de foin quoique nous ayons de belles et

grandes prairies, où il y a de très bonne herbe

LE SAULT-AU-RÉCOLLET 269 propre à ce faire. Mais il y a encore une autre ‘aison qui empêche d’avoir des chevaux: c’est qu'il coûterait beaucoup pour les faire venir de France ; il y a peu de personnes qui aient de quoi à faire ces dépenses ; et d’ailleurs on craint qu’étant venus, les Iroquois ne les tirent comme ils font de nos autres bestiaux, ce qui serait bien fâcheux à celui qui aurait fait la dépense de les faire venir. Et puis, on espère toujours que notre bon roi assistera ce pays-ci, et qu’il fera détruire cette ‘anaille d'Iroquois.”?

Ce récit montre évidemment la facilité d’entretenir et de propager le cheval, ce noble et indispensable compagnon, je puis dire, de tout bon agriculteur.

Le regret qu’il n’eût pas été importé plus tôt perce à travers ces lignes de M. Boucher.

Nul plus que lui n’en sentait le besoin, mais ayant à implorer des faveurs, il se montre disposé À expliquer toutes les négligences par la férocité des Iroquois.

En mentionnant ‘les autres bestiaux ” il nous fait voir que deux ou quatre bœufs promenaient lentement la charrue de nos ancêtres.

En 1651 la Mère de l’Incarnation écrivait :

‘ Quatre bœufs qui f: notre labour, traînent les matériaux de bois et de sable.”

Dès les premières années de la colonie les familiers de lPétable et de la basse-cour avaient été introduits à Québec, puisque Sagard en parlant du Cap Tourmente disait que “les Hyvernaux de Kébec (ceux qui y passaient l'hiver, les hivernants) y vont prendre et amasser le foin en ces grandes prairies (en la saison) pour le bestial de l'habitation ” (Grand voyage au pays des Hurons, page 53).

Puis dans son histoire du Canada, le même auteur publie la lettre du Père Denis Jamay au sieur des Boues, grand vicaire de Pontoise, où l’on voit: Nous avons amené un âne et une ânesse pour notre commodité, nous nourrissons aussi des pourceaux, un couple d’oies masle et femelle, sept paires de volailles, quatre paires de canes ?” (page 60).

Dans la description du petit couvent consacré en l’honneur de Dieu et de Notre-Dame des Anges, Sagard dit qu’il a admiré l’instinet naturel de quelques petits cochonets (sauf respect) (Histoire du Canada, PP. 162-169).

“Il y a un autre logis, écrit le même historien, au-dessus de la terre haute en lieu fort commode, qui a été bâti par le défunt Hébert, où sa femme et ses enfants nourrirent quantité de bétail qu’il y avait fait passer de France.”

Le Journal des Jésuites dit en 1646 : * Le treize partit la barque qui portait des bœufs, ete, au P. Buteux aux Trois-Rivières ?” (page 58).

Pour le mois de mars 1647 (page 8.), voici ce qu'il raconte : “Ce mois, tout le bois de la charpente de notre maison fut apporté sur la neige par nos bœutfs.”

Tout cela indique la présence, dès les premières unnées de la colonie, de tous les animaux de la terme ; le cheval seul manquait.

Pour le voyage, les habitants du pays n’en souffraient pas beaucoup jusqu’à ce que les routes intérieures commencérent à s'ouvrir: ce qui meut lieu que vers 1665,

Ils allaient à pied d’une habitation à l’autre, sans craindre comme nous les longues courses ; c’étaient de rudes marcheurs, où bien, lançant à l’eau les jolies barques faconnées de leurs mains, ils battaient les eaux de nos fleuves de leurs avirons sous leurs gais refrains.

Enfin en 1665, le 10 juillet, jonr mémorable, douze chevaux arrivaient à Québec, “les premiers envoyés de France par le roi,” écrit M. Faillon (Histoire de la Colonie française, ITI, p. 222).

Ce dut être un beau jour pour les jeunes, et surtout pour les vieux du pays, car ils les désiraient

depuis longtemps.

Si on leur avait dit que la peur des Troquois les avait empêchés de venir plus tôt, ils auraient trouvé moyen de les défendre.

Voici comment le Père Le Mercier décrit cette arrivée (Bel. de 665, p. 25) :

‘ Le seizième jour de juillet arriva le navire du Havre portant les chevaux dont le roi a dessein de fournir ce pays. Nos sauvages qui n’en avaient Jamais vu, les admiraïent, s’étonnant que les orignaux de France (car c’est ainsi qu’ils les appellent) soient si traitables, et souples à toutes les volontés de l’homme.”

Il y eut un second envoi de chevaux en 1667,

puis un autre en 1670. Ils furent distribués aux

ji ‘NM | gentilshommes du pays comme suit : “ Une jument il fl WE à M. Talon, deux juments avec un étalon à M. de ri hf Chambly, une à M. de Sorel, une à M. de Contre- IT cœur, une À M. de Saint-Ours, une À M. de Va- F1 À fe rennes, deux juments à M. de Lachesnaye, une à aa i M. de Latouche, une à M. de Repentigny, enfin la | 1 fi | douzième à M. Le Ber (Faillon, Histoire de la Colo- BIEN nie française, III, p. 222).

14 Que Colbert, dans une lettre À M. Talon, en date du dx 11 février 1671, écrit: “Je tiendrai la main à ce RAA qu’il soit envoyé en Canada des cavales et des

Min : ânesses, afin de multiplier ces espèces si nécessaires

à la commodité des habitants.”

nina maéonge res = %.

Ces divers animaux se multiplièrent, en ettet, prodigieusement pour le bien-être de toute la colonie, De Repentigny et de Lachenaie ils sont arrivés bien vite à Saint-Joseph de la Rivière-des- Prairies, pour se répandre dans toute notre paroisse dès son début.

Le cheval canadien descend de ces premiers chevaux envoyés dans le pays par le roi, Pendant de longues années il a formé une des races les plus avantageuses sous tous les rapports, et malheureusement presque disparue de nos jours.

Je le peindrai comme suit: petit maïs robuste, aux jarrets d'acier, avec une crinière abondante et flottant au vent, aux yeux vifs et saillants, dressant toujours des oreilles sensibles au moindre bruit, partant comme l'éclair, filant jour et nuit avec le même courage, en frémissant sous son harnais: et, avec sa fougue naturelle, bon, doux, affectueux, traçant son chemin avec le plus fin instinct pour revenir sûrement à son logis. Tels étaient les chevaux de nos pères; ils semblaient avoir recu de Dieu une part de leur énergie et de leur vaillance avec tout ce qu’il fallait pour les aider dans leurs généreux desseins.

Avant que la mission de la Nouvelle-Lorette fût établie, Mgr Laval avait fait l’acquisition de l’île Jésus du sieur Berthelot en cédant à ce dernier les 1S

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droits que Sa Grandeur avait sur l’île d'Orléans ; et comme l’île d'Orléans avait beaucoup plus de aleur, M. Berthelot s’engagea à payer 25,000 francs de compensation.

L'île Jésus ayant été affectée À l’entretien du Séminaire de Québec, il s’ensuivit qu’elle fut habitée par des familles que les MM. de ce Séminaire dirigeaient vers leur seigneurie.

Le recensement de 1681 montre quatre familles dans l’île Jésus : Michel Buisson, OÙ er C 1arbonneau, Guillaume Lebel, et Léonara k , vingtsept habitants en tout.

En 1698, il y en avait quarante-deux vers 1721 il y avait à l’île Jésus au delà de cent familles (Benj. Sulte).

En bien peu d'années la population de tous les environs prit un accroissement considérable, ce qui explique les raisons pressantes du transport de notre mission au Lac. Elle se trouva bientôt entourée de tous côtés par la population, blanche, et comme il y avait tant de belles terres tout le long de notre rivière, il était bien désirable de les livrer à une culture intelligente et profitable pour l'avantage des nouveaux colons.

Le livre terrier du Séminaire de Saint-Sulpice contient une note à ce sujet.

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Au n° 1095, il est dit: ‘Les sauvages qui sont au lac des Deux-Montagnes étaient établis sur la devanture de ce terrain du côté de la rivière des Prairies vers l’an 1700. Les seigneurs avaient retiré ci-devant en faveur des dits sauvages, plusieurs terres par eux auparavant concédées à différents particuliers.” Ce qui prouve que le Séminaire avait fait tout en son pouvoir pour isoler la mission de la Nouvelle-Lorette des habitants ; mais à l’époque où nous en sommes, vers 1721, les concessions de terres étaient rendues au domaine actuel du côté de Saint-Michel.

Le n° 1095 du livre terrier le décrit comme suit: ‘Le domaine et la forest des Seigneurs contenant 12 arpents de large sur le bord de la rivière des Prairies sur environ 25 de profondeur, et au bout d’iceux environ 25 arpents de large sur environ 60 en toute la profondeur non concédés, jusques aux terres de Sainte-Marie.”

Il est facile de voir par cette description que lors du départ des sauvages les douze arpents faisant face à notre rivière se trouvaient disponibles, ils ont été partagés en quatre terres, avec réserve du côté de la rivière pour la formation d’un village, comme l’explique le livre terrier, page 172.

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‘“ Le village du Sault-au-Récollet est établi sur un terrain réservé par les seigneurs au-devant des terres désignées dans le livre terrier de l’île, sous les n° 1095-97-98-99, le dit terrain compris entre la rivière et la rue Notre-Dame ou le chemin du roi.

Ces quatre terres se rendaient à la rue Notre- Dame et le village fut d’abord formé uniquement de résidences construites sur des lots réservés pour cette fin par les seigneurs, jusqu’à ce que les propriétaires de l’autre côté de la rue se fussent décidés à en faire autant.

Nous ne connaissions jusqu’à présent que la rue Notre-Dame de notre grande ville sans nous douter que nous en avions une si près de nous. Qu'elle soit désormais plus en honneur, puisque son pieux souvenir se rattache au début de notre paroisse.

Ce ne fut qu’en 1738 qu’une autre terre fut concédée à la suite des quatre mentionnées plus haut À un nommé Casail dit la Lime, concessionnaire de 3 arpents sur 26, le 17 mars 1738, dit le livre terrier. C’est celle occupée plus tard par M. Joseph Beauchamp, et vendue à M. Basile Pesant dit Sans-Quartier, qui la céda à son fils Ovila.

En 1740 une des deux terres suivantes fut concédée au sieur Simon Sicard, qui la cède à Antoine Brousseau en 1741.

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La terre adjacente est acquise par Antoine rousseau, fils du précédent, en 1830, d’un nommé Joseph Arel.

Ces deux terres forment encore la propriété de la famille Brousseau.

La concession faite ensuite et la plus rapprochée de la mission est celle de M. François Dagenais, fils de François. Elle a été primitivement occupée par un nommé Barthélemy Dubois dit Brisebois, qui avait acquise le Ler août 1722 (Livre terrier). La superbe propriété qui fait la limite de notre paroisse et occupée aujourd’hui par messieurs Charles et Philéas Pesant, est une des plus anciennes concessions des seigneurs sur la rivière des Prairies. D’après le livre terrier elle a été accordée À un nommé Pierre Hogue, propriétaire de 4 arpents sur vingt, sans contrat de concession, et dont il s’est désisté en faveur de Charles Tardif, et au dit Tardif concédée par les seigneurs le 18 septembre 1680, doit par an 6 deniers tournois par arpent, et un demi-minot de blé pour chaque 20 arpents.

Comme cette propriété longe un cours d’eau, il était tout naturel de l’assigner plus tard pour la limite entre la paroisse du Sault et celle de la Rivière-des-Prairies.

La terre de la famille Léonard est cependant encore plus ancienne que celle dont nous venons

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de parler, puisque d’après le livre terrier, elle fut concédée À un nommé Couvert dit des Lauriers, le 16 mars 1678.

Les seigneurs n’accordèrent de concessions plus haut sur la rivière qu’en 1702, comme on le voit par le livre terrier : “ Terre concédée en 1702 à Julien Corbet dit Larose, puis vendue à un Deseignes vers 1704, puis cédée à Pierre Cardinal en 1705, puis enfin abandonnée aux seigneurs en 1710, lesquels la concèdent à Thomas Hurst, dont nous avons parlé au chapitre précéden., fait captif par les sauvages de notre mission à Dearfield en 1704 ou 1705.

Cette terre est aujourd’hui occupée par M. Louis Dagenais.

Vient ensuite la terre occupée par M. Paul

Lemay, ancien maire de notre paroisse. Elle fut

primitivement concédée à Pierre Thibault dit Lé-

JURA ESS veillée, le 3 juin 1714.

1: * 1 £ Puis en 1718, deux concessions sont accordées in fes par les seigneurs; la terre occupée aujourd’hui par

dE à FR M. Joseph Giroux est prise par le sieur Jean Cha-

He qi retier, et celle cultivée aujourd’hui par M. Nar-

|:4 i ir] cisse Fortin est accordée au sieur Louis Dieker.

| | ji En 1719 la terre occupée présentement par M.

il fi La Joseph Larchevêque, était cédée au sieur François

(E | j Vachon, moyennant la rente ordinaire de 10 sols,

| L(l Le k minot de blé chaque 20 arpents (livre terrier).

Il résulte de l’état des concessions du livre terrier des seigneurs que nous venons de produire, que toutes les terres le long de notre rivière se trouvaient occupées vers 1722. Par conséquent la présence du prêtre était nécessaire ici, ce qui fut cause que la chapelle de la mission resta ouverte au culte jusqu’à ce que l’on jugea nécessaire de bâtir la premicre église paroissiale.

Voici ce que nous lisons au sujet de l’île dela Visitation dans le livre terrier “île de la Visitation où se trouvent quelques emplacements, est située au-dessous de la chute appelée le Sault-au-Récollet, vis-à-vis de l’église du lieu d’où elle tire son nom. Elle communique à celle de Montréal par le moyen d'une digue de pierre de 330 pieds de longueur sur 90 pieds de largeur, que les seigneurs ont fait bâtir pour y faire des moulins. Les emplacements sur cette île ont été bornés par Jean Delisle, arpentés les 2 et 3 septembre 1768.” Le premier emplacement y fut concédé à Ignace Lemay, le 12 décembre 1768, et finalement, en 1865, cédé à Louis Bezeau par donation de sa mère (Livre terrier). En 1769, les seigneurs avaient déjà disposé de dixhuit emplacements sur cette île.

Les messieurs du Séminaire avaient eu soin de réserver tout le terrain occupé par le fort, la cha-

pelle, la maison des missionnaires qui devaient ser-

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vir de presbytère pendant de longues années, Île petit couvent des sœurs de la Congrégation et le cimetière des sauvages, qui s'étendait le long de la rivière, en arrière de Péglise actuelle, et com. prenait tout le jardin du nouveau presbytère.

Ce ne fut qu'en 1749, lorsqu'il fut question de bâtir la première église paroissiale qui est encore la même, sauf le portique et une addition à l’anclenne sacristie, que les seigneurs concédèrent légalement le terrain dans ce but,

Au n°1095 du livre terrier, il y a la note sui-

vante à ce sujet : La Fabrique du Sault concessionnaire de + arpents en supenicie, le 13 août 1749, (Mtre Donzé) à raison de 1 sol de cens par an le tout.” Je recueille une autre note au même

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