JEANNE, ANTINOUS
antinous, entrant. Bonjour, aimable joufflue • bonjour, mon gros cœur... peuton t’embrasser, aujourd’hui?
Il veut l'embrasser.
jeanne. Du tout, du tout, monsieur Antolnus!. . Mon Dieu ! qiT ces vieux garçons sont mauvais sujet.-!
antikous. Frivole villageoise, va!..
Mais parlons sérieusement : Jeanne, madame d’A rgens est-elle de retour ?
jbanne. Eh! nvn Dieu, non!., est-ce drôle, ça, dites doue, monsieur Anloînus ?
Madame, qui part pour Paris, sans dire pourquoi, le lend’inain d’ cette soirée, il y a un grand mois, et qui n'emmène personnel. .
antinous , arec malice . Oh! personne...
personne... c’est-à-dire...
Jeanne. Eh ben! quoi? c’est-à-dire...
Antinous. C'est-à-dire... tu ne comprends pas que monsieur Arthur, l’intéressant jeune homme, le romanesque sourdmuet, est peut-être bien du voyage.
9EANNE. Voyez-vou*, P vieux méchant !
Antinous. Ménagez vos expressions ,
Jeanne.. . méchant , je ne dis pas, je m’en flatte même ; je suis très méchant. . . mais vieux ! vous me blessez.
Jeanne. Comment pouvez-vous dire qu* m’sieur Arthur est allé à Paris avec Madame, puisque tous les matins il envoie son vieuxdoiiicstiqtie s'informer si madame est r'venue ?
Antinous. C’est vrai, Jeanne, je vous dois une réparation : je veux vous embrasser.
jeannb, le repoussant Encore!., j* n’al pas b’soin de réparation.
antinous. Mais songe donc, Jeanne, que j’ai passé trente ans de ma vie , de ma belle vie, au milieu des nymphes et des déesses, et qu’une simple mortelle comme toi ne saurait me toucher. J’ai été nourri de délices, abreuvé de jouissances, saturé de voluptés!.. Trente fois de suite j’ai vu Bigotlini dans le simple appareil d’une beauté... elle était nayade. . . j’étai- flot.»* elle se baignait dans mon sein... Je suis parfaitement blasé. . . Laisse-moi t’embrasser.
jranne. Dutout, du tout... v’ià monsieur Norblin ; c’est bien fuit.
Elle se sauve.