‹ Le sauveur comedie en trois actesChapitre 6 sur 48 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

NOIl BLIN , DE Ll^SAN, ANTINOUS.

vonsun. Je vous attendais avec impatience... il n'y a pas un instant à perdre... Voulez-vous, mon cher de Lussan, épouser ma nièce , ou ne le voulez- vous pas?

di lussan. Je veux l’épouser!., une femme charmante.. . qui réunit tout : les les grâces, l’amabilité. ..

Aimvovs. Et quarante mille livres de rentes... ah ! farceur !

de lussan. Oh I. . . ce n’est pas cela qui me détermine!. . Dieu merci, je suis assez riche.

norblin. Eh bien!., si vous désirez la main de ma nièce, il n'est, je vous le répète, qu’un moyen... un seul, de l’obtenir, c’est de lui déclarer que c’est vous qui lui avez sauvé la vie !

Antinous , arec enthousiasme. Ah ! bravo 1 bravo!.. Je ne m’y attendais pas... c’est dramatique au dernier poiut.

di lussan. Mais encore une fois , réfléchissez aux diflicullés. . .

Antinous. Oui!., oui. .. voyons les difficultés... {A Norblin. ) D’nbord Jeanne dit que votre nièce a vu son véritable sauveur.

norblin, appuyant. J’ai la certitude du contraire. . .

de lussan. Mais son nom... qu’il met au bas de toutes ses lettres?

norblin. Elle ne sont signées que du prénom d’Arthur, qui est aussi le vfilre.

Antinous , finement. Oui, mais les réponses?.. Vous ne songiez pas aux réponses !

norblin. Les réponses sont adressées poste restante à Versailles.

ne lussan. Mais depuis quinze jours que, grâce à vous, je suis au château, il aura écrit.

norblin, rivement. Depuis quinze jours i’interreptc toutes ses lettres. . . attendu que puisque le sauveur de ma nièce est ici, il n'a plus besoin de lui écrire. Je vous ai donné sur l'accident tous les renseigoemeris que vous pouvez désirer.. . Ce que je fais là n’est peut-être pas très-délicat, mais avant tout , l'avenir de ma nièce. . .

Antinous , arec chaleur. Les oncles vous excuseront.. . vous pouvez en appeler au tribunal des oncles, à tout ce qui porte ua coeur d’oocle!

norblin. Ne dois-je pas suspecter les intentions d'un homme qui s'enveloppe de tant de mystère ?

Antinous. C’est peut-être un garçon pâtissier. . . ( Passant entre de Lussan et Norblin.) Ceci me rappelle une anecdote qui arriva, dans mon jeune temps, à l’une des plus riches héritières de ma province.

C elait une fille de qualité, dans la fleur de l’âge. . . belle comme les amours, absolument comme votre nièce... Un soir qu’elle se promenait en bateau sur un fleuve (je ne me rappelle pas le nom du fleuve), la barque chavira : la jeune héritière se noyait... comme votre nièce... lorsqu’elle fut sauvée par un être mystérieux et fantastique qui la déposa évanouie sur le rivage. . . absolument comme votre nièce...

Dès ce moment, l’imagination naturellement rèreuse et vagabonde de la jeune fille, ne connut plus de frein. Cet être généreux qui lui avait sauvé l’existence ne sortit plus de sa pensée!.. • Où est-il!..

» où est mon sauveur?.. Je veux mon » sauveur!. . » Mais lui, modeste, comme tous les sauveurs, se tenait à l’écart san

se faire connaître. La jeune personne refusa les partis les plus brillans; elle refusa successivement un receveur-général, un duc et pair , et un danseur de l'Opéra. . .

enfin, toutes les sommités sociales. Son vertueux père se désolait!. . un jour, enfin , il vient apprendre è sa fille qu'on a découvert son sauveur. • Ah ! s’écrie-t-

> elle , qu’il vienne 1. . que je le voie I. . a je veux l'épouser! A lui ma fortune !..

a A lui mes trésors !.. A lui ma jeunesse !. .

> è lui etc.! » On cherche en vnin A lu détourner de ce projet; on lui dit que sou sauveur est de la condition In plus humble, de la profession la plus obscure... elle ne veut rien entendre; elle veut le voir...

Enfin on arrache le sauveur A la modeste ferme oh il vivait exempt de souci et de toute ambition.. . on le lui amène... elle veut se jeter A son cou. . . C'était un chien de Terre-Neuve !.. et avec toute la bonne volonté do monde', on ne put l'admettre dans la famille.

de Lassa*. L’anecdote est plaisante. . .

antinous. C’est délirant.

hoebun, a Lussan. Allons, voyons, mon ami , décidez-vous. . . Ma nièce va ce malin faire une visite a Paris. Avant son départ. . . risquez l’aveu.

ns lussan. Eh! bien. . . écoutez, je me décide ; mais A une condition, c'est que si notre stratagème réussit, la veille du mariage je découvre toutALéonie, et je lui apprends la vérité.

aktinocs. Non, non.

noeblin. Soit donc, puisque vous le voulez ainsi.

antinous. Eh! bien, oui.

nobblin. Mais elle vient... nous vous laissons seuls areo elle.

de lussan , lu retenant. Non pas , non pas ; je veux que vous restiez pour me prêter main forte. ..

noeblik. Allons, du courage et de l’aplomh.

Antinous , lui prenant ta main. Moi, je n'ai qu'une chose A vous dire. . . de l'aplomb. . . et du courage. . . l’esprit tendu et les pieds en dehors !.. et partez de IA...

SCEÎSE V.

ANTINOUS, NORBLIN, DE LLSSAN,

LEONIE , entrant par la droite.

Antinous, à part. La voilA ! Les jeux et les grAces sont sur ses pas.

léonin, d Norbtin. Bonjour, mon onole.

Messieurs. . .

EUe fait la référence d Lussan et d Antinous.

de lussan , bas d Norbtin. Je n’ai jamais été si embarrassé.

Antinous, bas. Noas vous souillerons!..

léome. Mon oncle, je vais A Paris!..

noublin. Je le sais...

léome. Mais je reviens et soir.

de lussan. Nous l’espérons!. .

antinous. Car vous êtes la divinité de ces lieux!

léome , riant. La divinité?

antinous. Oui , Madame , partout où vous êtes vous me rcprèseulez un Aire supérieur. . . [ Bas d de Lussan. ) Remarquez bien comme je vais lui tourner ça. . ,

Se posant en danseur pris de Léonie et te donnant des grâces.

Air : Je sait attacher de» rubans.

Dans nn verger si non, non* arrêtons 4 Je crois que vous êtes Pomone ;

Près d’un ruisseau ri nous nous promenons , En vous soudain une nymphe m’étonne t Vous devenez Flore B mes yeuz ,

Dans un jardin quand je vous vois sourire!

Et dès que l’air agite rua cheveux ,

Je voudrait Cire le zèpbirel..

léonie , riant. Ab I vous voudriez Strate zèphire ?

antinous, avec fatuité. J'ose le vouloir...

J’ai la méchanceté de le vouloir.

léome, gaiment. Croyez - moi , Monsieur, cooteotez-vuus d’être Antiaofis. . .

antinous. C'est déjà pas mal. ( Bas à Lussan.) Voyez-vous l'effet que je produis I

un domestique , paraissant au fond. La voiture attend Madame » la grille.

léonie. Il n'y a point de lettre pour moi ?

le domestique. Non, Madame.

Il sort.

lé.-nib, d part. Pas un mot depuis quinze jours !. :

noeblin, bas à Lussan. Allons , parlez ,

voilà le moment.

antinous , de tnlmc en le poussant. Parlez donc.

de lussan, d Léonie. Oscrai.i-je vous prier, Madame , de m'accorder quelques instuns?. . .

léonie , souriant Quel air sslennel 1. .

A vous seul, Al. de Lussan ?. .

de lussan. A moi. Madame, (f'ivement.) et à ces Messieurs? ( Bas à Norbim.) Si je sais par mi commencer?. .

antinous , bas. Par le commencement.

léome. Je vous écoute. . .

de li ssa n , poussant un profond sovpir.

Ah!..

lkome. l)h 1 mon Dieu!.. . M. de Lussn n ! quel soupir. . •

de lussan, bas d Norbtin. C’est un début tout comme un autre.

Antinous, à part. C'ot bien bêle !. .

de lussan. Soupir bien naturel, Madame : vous partez !

Antinous , à part Oh ! que c’est rococo !

Y6ùS partez !.. Ou sait bieti qu’elle part!

lÉ". nie. Permettez - moi de m’étonner d’un regret au«si vif et aussi soudain. Depuis quiuze jours que je dois à mon oncle le plaisir de votre connaissance...

norblin, bas d Lussan. Allons!., du pathétique...

de lus'ati, bas. Y ou s allez voir!...

( Haut ) Depuis quinze jours!., ah !.. sans doute . c*e>t depuis cette époque seulement que $’al !c bonheur de me trouver auprès de vous , de vous voir à tous les installa... mais avant cela, Madame, je vous connaissais. • . ( Arec un ion sole une l , prenant tu main de Lcoriie ) L* onie*. . vous souvient il de cette soirée où vous avez failli périr dans les flots?

léonib. arec chaleur. S’il m'-eft souvient!., nh! Monsieur, oublirai-je jamais l'homme généreux qui risqua sa vie pour sauver la mienne ?.. Non, de lois souvenirs ne s’effacent pas; car, vous le savez, la mémoire du cœur est 4a plus fidèle.

> oubli n , bas d Lussan. bien entamé...

Antinous, bas à Lassan. Chauffez!.* chauffez !...

de lussan. Ainsi doue ii vous souvient de ce jeune homme qui it la lueur d'un éclair ?

lkome, étonnée. D’un éclair !..

de lussaîi, continuant. Au bruit du tonnerre!. .

léome, de même. Du tonnerre!., mais.

Monsieur, il n’y avait ni éclair, ui tonnerre!. .

Antinous , d part. Il s’enfonce !. .

de lussan , bas à Norbtin. li parait qu’il ne tonnait pas. . ,

norblin , bas à Lussati. Allez donc, ça ne Mit rien . .

Antinous , à part. Quelle boulette !. .

de lussan. Ah! Madame, dans la ter rcur qui s’était empn: ée de vous , pouviezvous remarquer le ciel en feu, le bruit de la foudre?. .

léonib. Mais, Monsieur, vous-même, qu’eo savez-vous?..

de lussan, Interdit. Comment, Madame! ce que j’en sais ?.. (Bas d Norbtin.) Ah ! ça mais dites donc, c’est Yrai, je n’en sais rien.

norblin. Il doit connaître mieux que vous n« pensez, Léonie, toutes les circonstances de cet événement; elles sont gravées dans sa mémoire en caractères iueffuçables.

léome, d Lussan , avec chaleur. Se pourrait-il, Monsieur?., qui aurait pu vous instruire?., connaîtriez-vous l’homme à qui je dois la vie?

de lussan. Eh bien! Léonie, si je le

connaissais ?. .

léonib. Oh! Monsieur, nommez-le moi, je vous en conjure !..

de Lues a n. Si j’étais maître de son secret ?

léonie, trés-ricement. Nommez-le ; qu’il sache combien son souvenir m’est cher!

combien je brûle de ni^Vcquilter envers lui !

de lussan. Eh ! bien. • . si je. • . si ma voix.. . si cet aveu.. . suais vous comprenez. .. que... dans mu position... [Bas à Norbtin. ) Allez donc, je m'embrouille.

Antinous, à part. Il patauge terriblement.

norblin, d part. Maladroit! ( Passant

près de Léonie.) Eh! bico, Léonie, si je . vous peignais la longue torture de cet »

homme courageux, lorsqu’élolgné de vous, il forma le projet de ne jamais vous révéler son nom, d’éviter toujours votre approche, ne voulant pas devoir à la reconnaissance un bonheur qu’il o’atteudait que de l’amour; si je vous peignais le charme de celte mystérieuse correspondance qu’il entretint avec vous sous le nom d’Arthur. . .

léonie, à part. Il sait tout!

norblin, continuant. Sou ivresÉe, lorsqu'on réponse aux lettres qu’il avait osé vous écrire, il reçut de vous les témoignages de l’intérêt le plus tendre...

léonib, axec beaucoup de chaleur. Ne l’avait-il pas mérité?.. Oh! je le vois, mon oncle, il est votre ami, il vous a tout révélé. (Vilement,) Son nom!

antinous, rivement. Son nom, monsieur!

norblin. Eh! bien, oui, son secret lui échappe... il se nomme, il se découvre...

il est là... devant vous, plein de joie, d’espérance, de crainte, et attendant son arrêt!

Ii montre Lussan.

léonie , étonnée. Monsieur de Lussan !..

Antinous , feignant la surprise. De Lussftn ! grand Dieu !. .

Il serre Lussan dans ses bras.

ENSEMBLE

Air de Michel et Christine.

téoNiE , à part .

Quoi! c’est lai!

C’est celdl A qui

4e devrais la vie!

Ab ! (dod Ame ravie , Rêvait dd autre que lui!

ANTINOUS et NOIBLIN.

Oui , c'est lui , C’est celui A qui

Tu devais , . ,

Vous devez * T,c Ah! son âme ravie D’avance pensait à lui !

de liAsah , d part.

Aujourd'hui Si celui A qui

Nous devons sa vie , Revoyait Léonie ,

Pour moi tout serait fini !

le domestique , annonçant. Mademoiselle Yalentine de Lostange.

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