‹ Le savant du foyerChapitre 77 sur 114 · LENS TOILES · texte numérisé non relu

LENS TOILES

On comprend sous le nom de toiles, les étoffes ou tissus fabriqués avec le coton, le chanvre ou le lin. Nous considérerons ces trois substances sous le rapport de leur origine, et des diverses préparations que l’industrie leur fait subir pour les amener à l’état de tissus.

Coton. On donne le nom de coton à une matière filamenteuse, fine et soyeuse, qui se développe à la surface des graines de plusieurs espèces et d'innombrables variétés du genre gossypium, de la famille des Malvacées. On’cultive de préférence le cotonnier herbacé et le cotonnier arborescent. Le premier de ces végétaux est originaire de l'Orient; son nom de cotonnier herbacé manque d’exactitude , car, dans certains pays, le cotonnier devient un arbuste qui peut s'élever de 1 à 2 mètres. Le coton fourni par le cotonnier herbacé est blanc pur, ou de couleur jaupâtre. Le cotonnier arborescent peut atteindre jusqu’à 5 à 6 mètres de hauteur; il fournit un coton d'excellente qualité. On le trouve aux Indes, en Arabie et en Chine. Il a été transporté de là aux Canaries et en Amérique, où ®n le cultive depuis un temps immémorial. |

Sans se préoccuper des espèces ou des variétés, les planteurs divisent tous les cotonniers en trois grands groupes fondés sur la‘ différence de la'taille : cotonniers herbacés, arbustes, arborescents.

On trouve les diverses espèces du genre cotonnier ou gossypium, dans toute l’Asie, au Cap, au Sénégal, sur les côtes de la Guinée, ‘en Abyssinie, sur les bords du Niger et de la Gambie, dans Jaï Sierra Leone et les'îles du Cap vert, en Syrie, en Égypte, en Grèce, dans l'Italie méridionale, en Espagne, en Sicile, au Brésil en Colombie, à la Guyane, dans les Antilles, aux États- Unis, dans là Géorgie, la Caroline, etc.; enfin dans les îles de l’océan Indien. On voit que cette plante si précieuse pour l’industrie hümaine, s’accommode d'une grande variété de climats.

On sème les cotonniers en ligne ou en quinconce. Il s’écoule soixante-dix jours depuis la floraison jusqu’à la maturité des

Fig. 162. Le cotonuier.

graines Ces graines présentent une enveloppe spongieuse toute couverte de longs poils; elles sont contenues dans un fruit sec, qui s'ouvre en trois ou cinq panneaux. Quand la capsule est ouverte, les graines enmaillottées dans le précieux duvet, s’en échappent, et il faut prendre garde alors que les vents et la pluie ne le ternissent. La cueillette des flocons de ce duvet se fait en les tirant avec les doigts, par un temps sec. Pour séparer la graine de cette enveloppe soyeuse, on emploie des procédés divers selon les localités. Réduit à ses bras, un homme emploierait toute une journée pour éplucher une livre de coton ; mais l’industrie des machines vient ici bien fructueusement à son secours. Pour éplucher les graines du cotonnier,

on se sert d’une machine composée de deux rouleaux tournant en sens contraire et mis en mouvement par une chute d’eau. On étend le coton sur une planche et on le présente aux rouleaux, qui n'étant écartés que de la distance nécessaire pour laisser passer l’enveloppe soyeuse, la séparent de la graine. On bat ensuite le coton avec des baguettes, puis on l’enferme dans des balles de toile, en le foulant avec force par des moyens mécaniques, et souvent avec une presse hydraulique.

Les fibres du coton sont plus où moins longues; aussi distingue-t-on les cotons en cotons longue soie et cotons courte soie. Les premiers servent à la fabrication des tissus fins; le Brésil ne fournit que des cotons de cette sorte. Les seconds servent à la fabrication des produits de moyenne finesse ou aux produits grossiers. L'Inde et le Levant fournissent des cotons longue et courte soie; mais les plus beaux de ces deux sortes sont fournis à l’Europe par les États-Unis.

Jusqu'à la seconde moitié du siècle dernier, le coton n'a joué qu’un rôle secondaire dans l’industrie et la civilisation; mais son importance a extraordinairement augmenté depuis cette époque. Jetons d’abord un coup d'œil rapide sur le passé.

L'Inde est le berceau primitif de l’industrie cotonnière. Dès les temps les plus reculés, les habitants de cette terre merveilleuse, où, selon l'expression de Strabon, la laine croissait sur les arbres, portaient des vêtements de coton. Grâce à leur patience, à leur dextérité, à une expérience séculaire, leurs produits, quoique obtenus par de grossiers procédés, avaient cependant atteint une certaine perfection. Nous savons par Pline (cap. 1, lib. XIX) qu’on récoltait, en Égypte, depuis des temps reculés, un arbrisseau, le gossypium ou æylon, dont le fruit contenait, à l’intérieur, une sorte de laine. On en faisait des vêtements, alors réservés aux seuls prêtres. Ce gossypium était sans nul doute notre cotonnier herbacé, qui croît spontanément en Égypte, en Syrie, en Perse et dans les Indes.

Arien , dans son ouvrage connu sous le nom de Périple de la mer Érythrée, parle des tissus de coton, qui étaient alors fabriqués dans l'Inde, et apportés par le commerce arabe dans les

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ports de la mer Rouge ; ces tissus étaient déjà connus en Arabie et en Perse. La ville de Masalia, aujourd’hui Masulipatam, jouissait déjà d’une excellente renommée pour ses étoffes de coton, et les mousselines de l’Inde, appelées gangétiki par les Grecs, étaient extrêmement recherchées pour la parure des femmes.

Le nouveau monde est un autre berceau de l'industrie cotonnière. Elle y était pratiquée dans les îles et sur le continent, lorsque les Européens abordèrent dans cet hémisphère. Les Mexicains, surtout, avaient porté très-loin la fabrication des étoffes de coton. On a trouvé dans quelques tombes péruviennes, enveloppant des cadavres momifiées, des étoffes qui offraient la plus grande analogie avec celles que nous fabriquons aujourd’hui. Fernand Cortez envoya en présent à Charies- Quint des tissus de coton d’une grande finesse et teints de diverses couleurs. |

Les premiers explorateurs qui visitèrent le fleuve de Mississipi, trouvèrent le coton croissant en grande abondance sur ses rives. Mais déjà, bien avant la découverte de l’Amérique, l’industrie de la fabrication du coton avait commencé de s'introduire en Europe par une autre voie. Elle y avait été apportée par les Arabes, dans les premiers temps de l’ère chrétienne. Le nom de coton est, en effet, d’origine arabe : al coton, le coton, tel est le nom arabe de cette plante, que les Espagnols désignent encore aujourd'hui par le terme al-godon.

La culture du cotonnier et la fabrication du coton furent introduites en Espagne par les Maures, sous le règne d’Abdérame III le Grand, dans la première moitié du dixième siècle. C’est dans la plaine de Valence que furent plantés les premiers cotonniers. Ils y réussirent très-bien, et les manufactures de Grenade , de Cordoue, de Séville acquirent une véritable réputation. Cette dernière ville produisit des tissus aussi renommés que ceux de Syrie; seulement le préjugé religieux fit longtemps concevoir en Europe une certaine répulsion pour une industrie introduite par des mécréants.

C’est environ vers le quatorzième siècle qu'on trouve en Italie des traces de la fabrication des tissus de coton. Ce furent les Vénitiens et les Génois, qui importèrent les premières balles de coton en Angleterre. Mais à cette époque, le coton ne servait

exclusivement qu’à faire des mèches de chandelle. En 1430, quelques tisserands des comtés de Chester et de Lancastre, s’avisèrent de le faire servir à la fabrication d’étoffes grossières. Cet essai réussit parfaitement ; peu à peu, et par suite de l’invention des machines, l’industrie cotonnière prit en Angleterre un essor considérable. Mais l’alimentation des manufactures de coton, qui augmentaient chaque jour en nombre, fut bientôt un sujet d'inquiétude pour la Grande-Bretagne. Heureusement, l'Amérique, sur laquelle personne ne comptait, vint fournir abondamment à la consommation des fabriques anglaises.

Bien que le coton fût une production naturelle de l’Arnérique, et que les indigènes , depuis les temps les plus anciens, l’eussent consacré à fabriquer des étoffes, la production industrielle de cette matière textile ne remonte pas, en Amérique, à une époque bien éloignée. Les premiers essais de la culture industrielle du coton en Amérique furent l’œuvre de quelques émigrants installés au cap Fear, sur la côte de la Floride. Ces premières tentatives donnèrent naissance à une culture agricole, qui prit rapidement une extension considérable. Les produits de l'Amérique, importés en Angleterre et en France, devinrent, dans ces deux pays, l’origine d’une industrie, alors toute nouvelle : la fabrication des étoffes de coton avec les produits importés d'Amérique. La première balle de coton arriva en Angleterre en 1569. En 1641, la filature et le tissage du coton s’établirent pour la première fois à Manchester. En 1678, on filait ou tissait dans cette ville 900 000 kilogrammes de coton.

Cependant les progrès de cette industrie furent très-lents. En 1784, huit balles de coton, expédiées d'Amérique en Angleterre, y furent saisies sous ce prétexte, qu’une aussi grande quantité de coton ne pouvait avoir été récoltée dans la république nouvelle, tout récemment affranchie du joug de la métropole britannique. L'invention des machines à filer le coton, la jenny et la mull-jenny, vinrent enfin imprimer une impulsion immense à la filature anglaise, et le roi-coton, comme on l'appelle en Angleterre (the king cotton), ne tarda pas à prendre des proportions colossales.

L'établissement de l’industrie cotonnière en France, ne remonte pas au delà de la fin du dix-septième siècle, Amiens fut

une des premières villes où la filature du coton s’établit en grand. Aujourd’hui la France vient en second rang après l’Angleterre Les deux grands centres de productions sont le Haut-Rhin (Mulhouse) et la Seine-Inférieure (Rouen). Nous avons aussi de nombreuses fabriques à Lille, Troyes, Amiens, Saint-Quentin , Tarare.

Donnons par quelques chiffres une idée de la prodigieuse importance de l’industrie cotonnière en Europe.

Pendant la période de 1826 à 1830, la récolte totale du coton en Amérique a été de 138 399 620 kilogr., soit 847 898 balles; la période de 1846 à 1850, à donné 430 389 689 kilogrammes, soit 2 210 495 balles. L’année 1858 seule a produit 3 113 962 balles, pesant 563 628 122 kilogr. ; 1860 a produit 4 675 770 balles.

D’après le calcul de MM. Beloin et Grelet-Balguerie, la production totale du coton dans le monde pourrait être évaluée, pour l’année 1858, à 11 400 000 balles environ (la balle est du poids de 168 à 170 kilogrammes), pesant 1936 675 000 kilogrammes. Cette production se répartirait ainsi :

États-Unis, environ.............. 588 000 000 kilog. LE RSS M RE ANT NE 33 000000 — Autres pays de l’Amérique du Sud. 9000000 — Indes orientales................. 4k1 000000 — RO et DiAMi TN en à 750 000 000 — LS RE SR ET TE 29450 000 — 20 CON PP 180000 — A CODE: 2 Dares en dure 45 000 — D Edrkestan PEL 50 000000 — Het doPAÎIQUE. MS REA IR 30 000000 —"* -Europe méditerranéenne.......... 6000 000 — SAGE PEAR A EX AE 1936 675 000 kilog.

En 1859, les États du sud de l’Union américaine ont produit, à eux seuls, 4 millions 600 000 balles de coton; en 1830, ils n'en avaient produit qu’un million de balles. On prétend que le produit du coton cultivé en Amérique dans une année, représente la somme de près d’un milliard de francs (900 miilions).

Il serait impossible de calculer exactement la valeur vénale de la production totale du coton dans le monde entier. Tout ce que lon peut dire, c’est que des statisticiens ont calculé que la

quantité de coton récoltée annuellement dans les deux hémisphères, permettrait d’environner la terre, à l'équateur, d’une ceinture de coton large d’un mètre et épaisse de 32 centimètres.

Avant que l'Amérique se livrât à la culture du coton sur une échelle aussi prodigieuse, les manufactures de l’Europe tiraient leurs produits des Indes anglaises, des côtes de l'Espagne, qui en fournissaient une qualité excellente, appelée motrille, des côtes de Naples, qui fournissaient le naplouse, enfin de nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe. La Sicile en produisait aussi, et on en a même cultivé avec quelque succès, sur divers points des côtes de la Provence : mais dès que les cotons d’Amérique ont paru sur les marchés européens, avec leur abondance toujours croissante et leurs prix toujours décroissants , au contraire, ils ont fait disparaître la culture du coton dans presque tous les autres pays, qui n’ont pu soutenir une si formidable concurrence. Cette culture existe encore maintenant dans les Indes anglaises, qui produisent un coton généralement inférieur à celui des États-Unis, en Égypte, qui fournit des cotons, dits jamel, d’une très-bonne nature, et dans certaines parties de l'Orient, qui produisent quelques cotons courts et grossiers. Mais il n'arrive plus une balle de coton de l'Espagne, de la Sicile ni de Naples. Toutefois, la guerre civile qui déchire en ce moment les États-Unis, et qui compromet gravement la récolte du coton, pourrait bien faire renaître en Égypte et dans les Indes, cette culture, aujourd’hui languissante.

Après ‘cet exposé historique de l’origine et des progrès de la plus importante industrie contemporaine, nous avons à décrire les moyens qui servent à transformer les cotons bruts en fils propres au tissage.

Il sera nécessaire pour la clarté de ce qui va suivre, de décrire exactement la structure d’un brin de coton.

Chacun des poils du duvet qui existe autour des graines du cotonnier, est une sorte de tube membraneux, souvent tordu en spirale, et dont la surface est marquée de stries ou de points noirâtres, irrégulièrement placés. Le diamètre de ces poils varie de 0"",012 à Om®,02,

Le coton, à la sortie des balles où il a été enfermé, pour

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