LE CUIR
Le cuir qui sert à confectionner nos chaussures et diverses parties de notre habillement , n’est autre chose que la peau de bœuf, de cheval, de veau, de porc ou de mouton, rendue imputrescible par une opération spéciale. Dans son état naturel, la peau des animaux est molle au toucher, elle s’use vite par le frottement, se gonfle par l'humidité, et se putréfie quand on l’abandonne à l’action réunie de l’air et de l’eau. Mais quand elle a été soumise à l'opération du tannage, elle est dure, impénétrable à l'eau, imputrescible, et présente en un mot toutes les qualités précieuses et bien connues du cuir.
L'opération du tannagée consiste à combiner la matière de la peau d’un animal avec le tannin, ou acide tannique , composé qui existe dans l’écorce de plusieurs arbres, mais particulièrement dans l’écorce du chêne, du saule, de l’aune, de sumac et de bouleau. On appelle tan l'écorce de chêne réduite en poudre grossière et prête à être employée par le tanneur.
34h LE SAVANT DU FOYER.
Nous allons parcourir rapidement les opérations qu’exécute l’industrie pour amener à l'état de cuir la peau des animaux.
Le tanneur achète les peaux fraiches, c’est-à-dire nouvellement séparées de la chair, et séchées. La première opération qu'il fait subir à ces peaux, c’est de les débarrasser de leurs poils. L’opération du débourrage se fait comme il suit :
Pour que les poils se détachent du tissu dans lequel ils sont implantés, il faut faire gonfler les peaux et dilater leurs pores. On place donc ces peaux dans une eau contenant de la chaux, et on les abandonne, pendant six semaines ou deux mois, dans cette eau. L'acide sulfurique très-étendu d’eau, remplace souvent la chaux pour cette opération, ou cet apprêt. Quand on reconnaît que les poils s’enlèvent facilement en les tirant avec les doigts, on étale les peaux sur un chevalet, et on les dépile entièrement, au moyen d’un couteau rond et émoussé. Les peaux sont alors prêtes à recevoir le tannage.
On commence par soumettre ces peaux débourrées à ce qu’on appelle le travail de rivière, qui consiste à les plonger dans l’eau, à les fouler, à les frotter avec une pierre à aiguiser, à les laver plusieurs fois, et à répéter ce travail jusqu'à ce qu’elles soient débarrassées de la chauxet des chairs superflues. Arrivées à cet état, on les porte dans des fosses, oùelles doivent être mises en présence de l’écorce de chêne, ou tan. Ces fosses, construites en bois ou en maçonnerie, ont leurs bords à fleur de terre. On place d’abord au fond de la fosse une couche de tan en poudre, d'environ 20 centimètres de haut; sur cette couche de tan on étale une peau, sur laquelle on forme une seconde couche de tan, puis on place un nouveau lit alternatif tout semblable, et ainsi de suite jusqu’à ce que la fosse soit entièrement remplie. Le tout est recouvert d’une épaisse couche de tan. On fait alors arriver dans la fosse de l’eau, au moyen d'un petit conduit de bois, qui descend jusqu’à sa partie inférieure. Le tannin ou acide tannique, qui est soluble dans l’eau, est enlevé par ce liquide à l’écorce de chêne ; se trouvant en présence de la matière organique de la peau, le tannin s’y combine en formant une sorte de sel, le tannate de gélatine, qui n’est autre chose que le cuir.
La combinaison du tannin ou principe astringent de l'écorce
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du chêne, avec la peau, en d’autres termes, la transformation des peaux en cuir, exige un temps considérable. Au bout de trois mois, l'opération n’est pas terminée. Il faut alors vider les fosses, en retirer les peaux qui ne sont que partiellement tannées, et remplacer par du tan neuf l'écorce épuisée. Comme le tannin n'est plus absorbé aussi facilement que la première fois, les peaux doivent séjourner quatre ou cinq mois dans cette nouvelle fosse. Au bout de cet intervalle, il faut les placer encore dans une dernière fosse, avec du tan neuf. Il faut quelquefois un quatrième et un cinquième traitement semblables pour que l'opération du tannage soit terminée. Il en résulte que dix-huit mois environ sont nécessaires pour une opération complète.
Les cuirs étant tirés de la fosse, on les expose à l'air, pour les faire sécher ; on les frotte, on les bat pour leur donner de la souplesse ; enfin on les empile en tas, pour les livrer au commerce
Dans certaines tanneries on prépare les cuirs par la méthode danoise , qui consiste à coudre les peaux en forme de sacs, à les remplir d’eau et d’écorce de chêne, à fermer ces sacs, et à les coucher dans des fosses remplies d’eau de tan. Avec cette méthode , il suffit de deux mois pour opérer le tannage.
On a fait beaucoup de tentatives pour abréger le temps considérable qu’exige la préparation des cuirs ; mais aucun des procédés qui ont été proposés ou essayés n’a été jusqu'ici adopté par les tanneurs. Au commencement de la révolution française, par la nécessité pressante de fabriquer les masses de cuir nécessaires à l'habillement des armées, on fit à la science un appel, qui fut entendu. Le chimiste Seguin parvint à préparer le cuir en vingt-cinq jours. Au lieu d'employer le tan en poudre, Seguin préparait une eau chargée des principes solubles de l'écorce du chêne, et il suspendait les peaux débourrées dans cette eau de tan, en ayant soin de les empêcher de se toucher. L'expérience prouva, toutefois, que les cuirs ainsi fabriqués n'avaient qu’une ténacité insuffisante et manquaient de flexibilité.
On a imaginé, en Angleterre, de forcer la dissolution de tan à pénétrer plus rapidement à travers les peaux, en frappant ces peaux avec un maillet, dans des cuves remplies d’eau de tan.
On a encore essayé, pour provoquer la pénétration rapide de la solution tannante à l’intérieur des peaux, de faire le vide, à l’aide d’une machine à vapeur et d’une pompe pneumatique, sous les peaux tendues et recouvertes d’eau tannante.
Un industriel français, M. Favier, est parvenu, il y a vingt ans, à tanner en trois mois les plus fortes peaux. La Société d'encouragement pour l’industrie nationale a accordé des éloges à ses procédés ; mais aucun tanneur ne les a adoptés.
En résumé, l’industrie du tannage n’a reçu, depuis son origine, que des perfectionnements de peu d'importance ; elle réclame encore bien des améliorations pour se placer au niveau des autres industries.
Le cuir est noirci à l’aide d’une composition d’huile, de suif et de noir de fumée : cette composition s’applique du côté de la chair.
Les peaux de veau sont particulièrement en usage pour la confection des chaussures fines. Le cuir de cheval, qui est moins souple, et celui de porc, servent à faire les tiges de bottes : ce dernier cuir est préféré pour couvrir les selles. Le cuir jaune est teint au moyen d’une décoction de sumac.
Les peaux de mouton, qui sont plus minces, exigent, pour être converties en cuir, moins de travail que celles du cheval. du bœuf et du veau. Après le lavage, le raclage et le gonflement, on suspend ces peaux dans un lieu chaud; il se produit une fermentation, qui ramollit le tissu animal et permet de détacher facilement la laine. On met ensuite les peaux dans des fosses à l’eau de chaux pendant un mois et demi; on les racle, on les fait dégorger, on les foule dans une cuve avec des jaunes d'œufs dissous dans l’eau et battus, ce qui donne du lustre aux peaux et achève de les convertir en cuir. On les sèche à l’étuve et on les polit avec des fers chauds. Ces cuirs servent à faire les gants, à relier les livres, etc.
Les peaux de chèvre, de daim, de chamois, se traitent à peu près de la même manière. Ensuite on les teint.
Les cuirs blancs sont ceux de mouton, de chevreau, de lièvre, de chat et de chien.
On appelle maroquin un cuir de chèvre ou d'agneau, auquel
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on donne un grain par la pression d’une boule de bois ou d’un cylindre rayé.
Le cuir de Russie doit son odeur pénétrante à l'emploi de l'écorce de bouleau dans l’opération du tannage.
La basane est une peau de mouton simplement passée au tan.
La baudruche est une peau diaphane, flexible, excessivement mince, qui se prépare avec la membrane supérieure des intestins du bœuf.
Les cordes de violon, de guitare, de basse, se préparent avec les intestins d’agneaux tirés, tordus ensemble et séchés.
On veut quelquefois conserver les poils sur les peaux préparées, pour en faire des housses, des fourrures, etc. Le mégissier, qui exécute ce travail, ne fait pas subir à la peau un tannage proprement dit; il la traite seulement par l’alun et le sel marin, et 1l l’imbibe ensuite de suif chaud.
Le pelletier teint et lustre les fourrures par des manipulations particulières.
Pour faire des tapis de cheminée ou des devants de cheminée avec la peau des bêtes fauves, celles de l’ours, du renard, etc., on nettoie la peau, on l’ébarbe et on la cloue sur un cadre : ce cadre est monté sur des tréteaux, le poil étant en dessous. On verse alors sur la peau une infusion de sumac, qu’on fait pénétrer en frottant vivement la peau imbibée de la solution colorée.
Le cuir étant tenu pendant longtemps en ébullition dans l’eau, devient flexible tout en conservant sa dureté, et se laisse mouler. Le cuir bouilli sert à faire des tabatières, des chapeaux, des visières de casquettes, etc.