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Fig. 180. Tissage des châles aux Indes.
Teinture. — Passons à la teinture des toiles de coton ou de lin , des lainages et des soieries.
Les étoffes en toile de coton, avant d’être teintes de couleurs diverses, doivent préalablement être Wanchies, soit pour leur permettre de bien recevoir la teinture, soit pour les amener à la blancheur que l’on recherche dans ces toiles.
Jusqu’aux premières années de notre siècle, on a blanchi les étoiles de coton sortant des fabriques de tissage, par l'antique système qui consistait à étendre les tissus sur le sable, ou plutôt dans des prés exposés au soleil, et dont l'herbe assez longue, permet à l'air de circuler librement sous les deux faces des tissus entretenus humides. Par l’action simultanée de l'air, de l'humidité et de la lumière, la matière colorante qui masque la blancheur des fibres, s’oxyde peu à peu, et se change en une substance nouvelle, que l’on peut enlever par des lessives. ]1 ya un siècle, la plupart des étoffes tissées en Angleterre étaient envoyées en Hollande, aux environs de Harlem, pour y être blanchies par ce procédé ; on les renvoyait ensuite en Angleterre. On abrége aujourd'hui singulièrement l'opération du blanchiment des toiles par l’emploi du chlorure de chaux. Cependant l'opération est encore longue et difficile.
L'art de teindre les étoffes de coton en couleurs variées a été connu chez les Indiens dès les temps les plus reculés. Comme ces étoffes devinrent de mode en Europe, sous le nom d’indiennes ou de toiles de Perse, il fallut alors s'occuper sérieusement de cette teinture.
Teindre une étoffe en diverses couleurs constitue un problème très-difficile à résoudre ; aussi pendant longtemps les procédés des Indiens pour la teinture des cotons furent-ils inimitables pour les Européens.
Comme les tissus de coton ont, en général, par eux-mêmes, peu d’affinité pour les matières colorantes, on est obligé de les soumettre à la réaction de certains corps appelés mordants, qui modifient en quelque sorte leur nature ou leur contexture, et les disposent à former des combinaisons permanentes avec les particules du corps colorant. Les mordants les plus employés sont des acides organiques, des sels à base soluble ou
insoluble, des astringents empruntés au règne végétal. L’étofle, plongée, après le mordançage, dans un bain de teinture, se colore partout où le mordant a été fixé, tandis que les parties non mordancées restent blanches. C’est ainsi que le coton peut recevoir les dessins les plus variés au moyen de couleurs différentes et solides pour la plupart.
Les mordants qu’on applique sur les toiles de coton sont ordinairement l’acétate d’alumine et l’acétate de fer. On les emploie quelquefois mêlés dans différentes proportions, alin d'obtenir plusieurs nuances avec un même bain de teinture. Après avoir passé dans un bain d’eau chaude et fait dégorger dans l’eau froiäe ces toiles mordancées, on les place dans le bain de matières tinctoriales. La couleur se fixe solidement sur les parties mordancées ; pour ramener au blanc pur celles qui ne le sont pas, on les lave à l’eau chaude.
En passant dans un bain de garance une pièce de calicot chargée, par places, de mordants d’alumine, de fer, et d’un mélange de ces deux combinaisons salines, on obtient des dessins rouges avec le premier mordant, noirs avec le second, puces avec le troisième. De même, en passant dans un bain de quercitron (matière colorante jaune du chêne quercitron) une toile chargée par places de mordant d’alumine, puis de mordant de fer, puis d’un mordant mixte des deux premiers, on obtient des dessins jaunes, jaune verdâtre et olive.
Quand on veut obtenir des dessins blancs sur un fond bleu, on applique à l’avance , sur les parties qui doivent représenter ces dessins, des compositions qui rendent l’indigo employé comme teinture complétement insoluble, et partant, impropre à se fixer sur la toile. C’est en oxygénant l’indigo au moyen du sulfate et de l’acétate de cuivre, qu’on le rend insoluble; ces sels portent le nom de réserves, parce qu’ils servent à ménager des réserves sur les tissus teints : l’indigo teint en fond uni toutes les parties réservées. Si, au lieu de dessins blancs, on : voulait obtenir des dessins colorés sur un fond bleu, il faudrait introduire des mordants dans la réserve. Au sortir de la cuve à indigo on lave la pièce pour enlever la réserve et on la met dans le bain de teinture.
Mais voici un autre moyen d'obtenir des dessins de diverses
couleurs sur un fond uni. Après avoir mordancé une toile, on applique sur des points déterminés des substances qui, dissolvant le mordant, empêchent la couleur de prendre dans ces parties. Il se forme ainsi des dessins blancs sur un fond coloré. Ces agents, qui sont d'ordinaire des acides végétaux (citrique, tartrique, oxalique), portent le nom de rongeants. Qu'on applique sur du calicot un mordant d’acétate de fer pour le teindre en noir, qu’on fasse agir les rongeants en des points déterminés, ceux-ci enlèveront le mordant en formant des sels de fer solubles et produiront ainsi des points blancs. C’est ainsi qu'on fait les étoffes de demi-deuil.
Dans d’autres cas, après avoir teint une toile en une certaine couleur, on applique sur la partie colorée des rongeants qui détruisent cette couleur. Par exemple, si l’on applique un rongeant de sel d’étain sur une étoffe uniformément teinte au moyen du peroxyde de manganèse, ce rongeant transforme le peroxyde en protoxyde soluble, qui est entraîné par le lavage, en laissant la toile blanche dans les parties où le rongeant a agi.
Ce rapide coup d'œil jeté sur la teinture en général, à propos de la teinture des étoffes de coton, fera comprendre les principes élémentaires de la teinture et expliquera comment, par de simples réactions chimiques, on peut animer les étoffes de couleurs si variées.
Comment se fait l'application sur les tissus, des couleurs ou des mordants, des réserves ou des rongeants? Par des moyens mécaniques. Ces moyens ont été très-perfectionnés depuis le commencement de ce siècle. C’est le célèbre Oberkampf, de Jouy, qui, en 1801, opéra toute une révolution dans cette branche de l'industrie. Oberkampf remplaça la pièce de bois portant en relief le dessin à colorier sur les étoffes, et la planche de cuivre gravée, dont on faisait usage autrefois, par des cylindres de cuivre portant en creux sur toute leur surface le dessin à imprimer. Ces cylindres sont disposés de manière à tourner et à se presser contre l’étofle, après avoir emporté avec eux les mordants ou les couleurs qu’il faut déposer sur le tissu. L'invention des cylindres à imprimer, a permis de fabriquer en fort peu de temps, très-économiquement, et d’une manière très-correcte, des masses de toile peinte.
Depuis 1834, une autre machine, la perrotine, du nom de l'inventeur, M. Perrot, a été introduite avec succès dans nos ateliers. Elle se compose de trois, quatre et même six planches en bois gravées en relief, ou de planches en fonte revêtues de clichés métalliques, placées sur un bâti en fonte. Par un mécanisme très-simple, elles se chargent de couleur et viennent se presser successivement contre l’étoffe à teindre ; cette étoffe se présente d'elle-même au devant de chacune de ces planches. Avec la perrotine deux hommes suffisent pour imprimer en trois couleurs environ vingt-cinq pièces de calicot par jour. On a imaginé depuis, soit en France, soit en Angleterre , d’autres systèmes, qui ne sont que des modifications plus ou moins heureuses de ceux que nous venons de présenter ici.
Passons à la teinture des laines.
En général dans la teinture des laines, on combine le mordant avec l’étoffe dans une opération qu'on nomme bouillon, et qui est suivie presque aussitôt, ou à quelques jours d’intervalle, du bain de teinture. Pendant le bouillon qui dure ordinairement deux ou trois heures, les laines éprouvent l’action du mordant dissous dans la chaudière, c’est seulement après que la combinaison du mordant a eu lieu, que l’on présente le sujet à teindre au corps colorant dans un nouveau bain.
La teinture de la laine et des draps présente beaucoup plus de difiicultés que celle du coton. Une des causes principales de cette difficulté tient au soufre qui entre dans la composition de la laine. Ce soufre, en s’unissant à plusieurs matières métalliques qui peuvent exister dans la laine, produit accidentellement des sulfures, qui colorent cette étoffe en noir, en brun ou en couleur de rouille.
Les étoffes de laine peuvent recevoir, comme les étoffes de coton, la teinture au moyen de la simple impression, ce qui permet de livrer ces étoffes teintes à bas prix.
Les couleurs vives et brillantes qu’on imprime sur les étoffes de laine, et laine et coton, présenteraient peu de résistance si l’on n’exposait les étoffes à la vapeur. Les couleurs peu durables sont, par ce moyen, consolidées à un haut degré, et
acquièrent une vivacité qu’elles n'avaient pas avant le traitement.
Avant de teindre la soie, il faut la blanchir. Mais comme la soie est une matière animale très-altérable, elle ne pourrait Supporter impunément les opérations que l’on fait subir au coton pour le blanchir. On ne peut exposer la soie à l’action du chlore ni à celle des alcalis ; on ne peut employer que le savon, auquel on ajoute un peu de carbonate de soude. On pionge ensuite la soie pendant plusieurs heures dans une dissolution d’alun, on la passe à l’eau pure et elle est bonne alors à mettre en teinture.
La cochenille, le bois de Brésil colorent la soie en rouge; la gaude ou le quercitron, en jaune : lindigo dissous par la potasse la colore en bleu, etc. Peu de nuances sont produites directement sur la soie par une seule matière colorante; il faut que la soie passe successivement dans plusieurs bains pour prendre la teinte désirée.