‹ Le savetier de la rue Quincampoix drame en cinq actesChapitre 100 sur 102 · ACTE V, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE X

LOUVARD

« Entre les mains de l’homme d’affaire Bernard, «ne somme de cinq cent mille livres, qu’il fera valoir pendant dix-huit ans.

PAPILLON

C’est ma foi bien, ça. .. C’était très-bien de penser comme ça à la dot de la petite!.. Continuez donc!

LOUVARD, lisant.

« Peut-être, mon enfant...»

PAPILLON

Ah! voilà ce qui est intéressant!

LOUVARD

« Peut-être ne te reverrai-je jamais. N’accuse pas ton père de t’avoir abandonnée volontairement; si je m’éloigne aujourd’hui de toi, c’est que je suis condamné à... »

PAPILLON

Eh bien! vous n’achevez pas?... «C’est que je suis condamné à mort pour crime de conspiration. »

LOUVARD

De conspiration ?

PAPILLON

« Et de lèse-majesté. »

LOUVARD

De lèse-majesté !.. /

PAPILLON

11 paraît que vous ne savez plus pourquoi vous avez quitté la France... Continuons! « C’est que ma tête est mise à prix; c’est que le premier homme venu peut me tuer s'il le veut, et obtenir une récompense au lieu d’être puni par la loi. »

LOUVARD

Me tuer !

PAPILLON, avec force.

Oui, Monsieur, oui, on peut vous tuer comme un chien, vous écraser comme un reptile... et c’est ce que je vais faire !

LOUVARD, avec effroi.

Vous!., me tuer!

PAPILLON, saisissant son tranchet sur la table.

Je vais vous tuer en savetier... avec mon tranchet!..

LOUVARD, tremblant.

Non, non, vous ne l’oserez pas!

PAPILLON

Je ne l’oserai pas!., quand vous assassinez lâchement tout ce que j’aime!.. Ah ! je suis un fidèle sujet du roi, moi... Vous êtes le comte d’Aurillac, vous avez conspiré contre Sa Majesté le roi Louis XIV, et au nom du roi je vous dis... je vas vous tuer...

LOUVARD

Non, non... c’est impossible!

PAPILLON

Regardez-moi bien en face, et vous comprendrez que je suis décidé... Allons! monsieur d’Aurillac, à genoux... vous allez mourir!..

LOU VA RD

Vous voulez m’épouvçinter.. on menace, mais on ne tue pas...

PAPILLON

Comme il n’y a qu’un Dieu, si vous êtes le comte d’Aunllac, je vous tue.

LOUVARD

Grâce ! grâce !

PAPILLON, le prenant à la gorge.

Êtes-vous Georges d’Aurillac î

LOUVARD

Eh bien !.. non... je l’avoile...

PAPILLON

Allons donc!., ca été long!.. Écrivez-nous ca... et signezle...

LOUVARD

Je suis prêt.

PAPILLON, toujours menaçant, le met devant une table, dictant.

« Je recoupais m’être faussement donné pour le comte Georges d’Aurfllac, mort depuis dix ans en Amérique, et dont j’ai volé les papiers... » Le mol n’y fait rien, allez !... Ce n’est pas tout, il faut signer ça... et de votre vrai nom, vous entendez... (il le menace.) OÙ étes-VOUS né?

LOUVARD

Au village de Saint-Jussieux.

PAPILLON, à part.

C’est lui !.. (Haut.) Écrivez... «Etje me nomme...» votre vrai nom... « Pierre Louvard. »

LOUVARD

Vous savez?..

PAPILLON

Parbleu!.. Allons ? allons... «Pierre Louvard.» (Louvard signe.) Ça y est?.. J’en étais sûr.

C’est écrit... Maintenant?..

PAPILLON

Maintenant, je ne vous retiens plus... (Montrant le fond.) C’est l'affaire de ces Messieurs...

Page 1