SCÈNE VIII
GEORGES, HENRIETTE, JEANNETTE, amenant l'enfant, puis I.OU- VAR1), cache. Par intervalles, I N DOMESTIQUE.
HENRIETTE, montrant l'enfant.
Non, le chagrin eût été trop cruel, mon atni... et j’ai voulu
te l’épargner... (Elle prend l'enfant et le met dans les liras de son père.)
Tiens, Georges!...
GEORGES
Ma fille!... ma fille!... (il l’embrasse tendrement.)
LOUYARD, au fond.
Ah! v’ià donc le père et la mère!.. Écoulons, il doit y avoir à profiter pour moi... dans ce qu’on dit là...
HENRIETTE
Tu partiras, maintenant?..
GEORGES
Eh bien... oui, je partirai... Mais qui élèvera l’enfant, jus-
3 u’au jour où je pourrai revenir, ou vous appeler toutes eux auprès de moi?..
HENRIETTE, montrant Jeannette.
Celle aux soins de qui nous l’avons confiée depuis que nous sommes ici... ma bonne Jeannette, nia sœur de lait... ma meilleure amie...
JEANNETTE
Oh ! oui, Mam’selle... votre plus dévouée, allez... pour tout le bien que vous nous avez fait à moi et à mon pauvre cher défunt...
GEORGES
Je connais votre dévouement à Henriette... et je ne crains rien pour notre fille... Mais, puisque je vais partir, et que je ne sais ce que me réserve l’avenir... écoutez-moi, Jeannette... Le jour de la naissance de cette enfant, j’ai placé sur sa tète la moitié de ma fortune... Il eut été imprudent de me confier à quelqu’un de ce pays, mais il y a, à Paris, un homme dont le père gérait les affaires de ma famille... sa probité m’est connue. C’est à lui que j’ai confié la fortune de nia fille; dans quinze années, cette enfant aura dix-huit ans... la somme aura prospéré entre les mains de cet homme, qui, si je ne suis pas revenu, rendra à ma fille une dot princièi'o lorsqu’elle ira se faire reconnaître de lui... L’homme d’affaires s'appelle Bernard... f) uan f aux papiers qui établissent la naissance de Marie, ils sont contenus dans ce portefeuille... Tenez... et songez à l’importance du dépôt que je vous confie...
JEANNETTE
Oh ! monsieur Georges, vous n’avez pas besoin de me le recommander... c’est l'avenir de la petite... ça ne pie quittera jamais...
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HENRIETTE
Hélas!., je ne puis rien pour elle, moi... jeune tille, je ne possédais qu’un bien, mon honneur, et je te l’ai donné, Georges...
GEORGES
Henriette!., mon Henriette!., le ciel qui voit mon cœur, m’est témoin que j’étais digne de ton amour!... (in domestique paraît au fond.)
JEANNETTE
Mademoiselle, voici François...
HENRIETTE
Déjà!., mon Dieu!., déjà !.. mais je n’ai pas eu le temps de les embrasser seulement!.. (Jeannette fait signe au domestique qu’il s’éloigne.) Adieu! . mon Georges, adieu!.. Je souffre bien, va... mais je suis forte, parce que je te sauve...
GEORGES
Adieu tout ce que j’aime!.. Ab! tu es heureuse!., tu seras plus près que mot de notre enfant...
HENRIETTE
. Et qu’importe! si, comme toi, je ne puis la voir?., (s’agenouillant devant l’enfant.) Adieu ! chère petite tête blonde!., adieu!., pauvre ange, dont le berceau a été si souvent baigné de mes larmes!., tu n’auras pas les joies de l’enfance!., tu n’auras pas les baisers de ta mère! Le ciel nt’a envoyé un de ses chérubins qui doivent remplir de joie le foyer maternel, et je n’ai jamais pu lui donner mes caresses que dans l’ombre et en me cachant!.. Mon Dieu!., il doit être pourtant bien bon d’embrasser son enfant devant tous... Georges, vois !.. qu’elle est jolie!., et il faut que nous la quittions!.. Ah! c’est Dieu qui nous punit!..
GEORGES
Henriette! Henriette!., ne me désole pas ainsi...
HENRIETTE; se calmant.
G’est vrai... je suis lâche, je te désespère quand je devrais te consoler... Jeannette, tu auras bien soin d’elle, ici... tu me le promets, n’est-ce pas?.. Parle-lui souvent de son père, de sa mère... dis-lui que tu les as vus bien malheureux... qu’ils ont bien pleuré en la quittant, n’est-ce pas?..
JEANNETTE
Mademoiselle, s’il faut que monsieur Georges arrive à Nantes avant le jour...
HENRIETTE
Oui... oui... c’est vrai... Adieu... Georges!., il faut partir... Ah!., (a Jeannette.) Encore un mot... jure-moi... juremoi... Mon Dieu!., je ne sais plus ce que je voulais te dire... je deviens folle... Ah! écoute, tu me jures, n’est-ce pas, que si Marie tombait malade, si la pauvre enfant était jamais en danger... tu me préviendrais... tu m’écrirais, sans riën me cacher, n’est-ce pas?., parce qu’alors il n’y aurait pas de fa-