‹ Le savetier de la rue Quincampoix drame en cinq actesChapitre 85 sur 102 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

PAPILLON

Moi?... Je vous donne ma parole d’honneur que, dans quatre jours, je veux être gueux... comme un savetier... et, la meilleure preuve, c’est que c’est à vous que je m’adresse pour arriver à mon petit résultat...

Pas mal, ceci... et j’avoue que, dans d’autres circonstances, à un autre moment, tout ce que vous dites là aurait pu me faire rêver... mais aujourd’hui...

PAPILLON

Aujourd’hui?...

» FLORA

Aujourd’hui, mon cher Monsieur, j’aime...

PAPILLON

Vous aimez?... Oui, c’est une plaisanterie qui dure depuis quinze jours, et il est temps que ça iinisse.

FLORA

Et pourquoi?

PAPILLON

Parce que je vous apporte un moyeu ben plus amusant et ben plus malin de faire enrager vos petites amies de l’Opéra, qui se moquent de vous...

FLORA

On se moque de moi à l’Opéra?...

PAPILLON

Pardienne !... elles disent que vous avez vendu vos chevaux, parce que vous ne pouviez plus les nourrir ; que vous parlez d’aller vivre dans les champs, parce que vous n’avez plus Vie quoi briller à la ville, et que si vous vous êtes mise à faire semblant d’aimer, c’est de peur qu’on s’aperçoive qu’on ne vous aimait glus!

FLORA

, Ah! elles disent ça?...

Je l'ai entendu de mes oreilles, dans les coulisses... (a part.) Je sais pas où c’est. (Haut.) Enfin, elles se promettent de vous écraser de leur .luxe, comme vous les écrasiez autrefois.

FLORA

Oh! nous verrons!

PAPILLON

Nous verrons! car, au fait, vous vous ruinez pour faire parler d’ vous... Est-ce qu’il u’ vaut pas ben mieux faire parlur de vous en me ruinant?...

FLORA

Vous ruiner!.. En valez-vous la peine, seulement?

PAPILLON

Vous ne trouverez jamais mieux... Je vous dis que je cherche quelqu’un qui jette l’or par toutes les fenêtres; qui fasse mourir’ d’envie les femmes les plus huppées... qui me mange

dix mille, quinze mille, vingt mille livres par heure.... Et on laisserait ces petites quenottes-là dans leur étui?.. Allons, allons, bon appétit, ma petite dame, et croquez-moi ce croquanWà!..

FLORA

Ah! mes bonnes amies!., cent mille livres par jour !.. Que de jalouses on ferait avec cela?.. Voyons, franchement, pourquoi me tentez- vous ainsi?

Pourquoi?., (a part.) V’ià qu’elle aiguise ses quenottes... ça va mordre.

FLORA

Pourquoi m’éblouissez-vous?

PAPILLON

Pourquoi?.. Eh ben, tenez... descendez dans vos écuries, vous y retrouverez les chevaux que vous avez vendus, et que j’ai achetés.

FLORA

Que dites-vous ?

PAPILLON

Ouvrez ça... (il tire des écrins de ses poches.) Vous y verrez les perles et les diamants que vous avez vendus, et que j’ai achetés.

FLORA

Mes diamants!..

PAPILLON

Enfin, reprenez ces titres, et vous redeviendrez propriétaire de cet hôtel, que vous avez vendu et que j’ai acheté... Voilà!..

FLORA

Ce n’est pas possible!... Mais c’était donc sérieusement que vous m’aimiez?

PAPILLON

Si c’était sérieusement?.. Parbleu!., (a part.) A présent, de l’amour, ferme ! (Haut.) Oui, Flora, oui, il y a ben longtemps que mon cœur vous... que mon cœur vous... adore! (a part.) Ça ne pouvait pas sortir !.. (Haut.) Et je jure à vos pieds, à vos délicieux pieds... Oh! ma jolie F.... Oh! comme elle est bien

Chaussée !.. (il reste en admiration devant les mules de Flora.)

- FLORA, étonnée.

Vous dites?..

PAPILLON, plongé dans l'admiration.

Comme c’est travaillé!... C’est pas des souliers, c’est des petits écrins à bijoux!..

FLORA

Ah! mon Dieu!., l’artiste reparaît!.. (Riant.) 11 admire ma chaussure... Ah! ah ! ah !

PAPILLON, revenant à lui.

Oh! oh! pardon, pardon... QuVst-ce que je disais donc?...

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