ACTE IV, SCÈNE VII
Ah! (Essayant de s’animer de nouveau.) Ravissant*; Flora!.. Je jure...
FLORA
Relevez- vous... relevez-vous donc, mon cher, on croirait que vous me prenez mesure.
PAPILLON, tristement.
Y a pas de danger. Madame... en vous regardant, on ne s’y tromperait pas, je ne travaille que dans le vieux.
FLORA
Tiens, c’est gentil ce que vous me dites là... et je veux être franche avec vous, monsieur Papillon... J’aime Étienne plus encore... que je ne déteste mes bonnes amies de l’Opéra. — Je ne peux pas accepter vos offres.
PAPILLON
Eli bien ! moi aussi, je vas vous parler franchement : Je n’ai pa3 d’amour pour vous, Mademoiselle, mais j’aime Étienne... C’est un brave garçon qu’il faut sauver à nous deux.
FLORA
Le sauver ?
PAPILLON
Il faut l’arracher à cette vie de désordre ; à cette vie inutile, sans travail, sans honneur, sans estime des autres, sans respect de lui-même ; il faut le sauver de vous, enfin.
FLORA
De moi!... Mais en quoi puis-je le perdre?
PAPILLON
En quoi?.. Eh! ma pauvre enfant! vous ne voyez que le bonheur d’aujourd’hui, vous autres, qui n’avez qu’à ouvrir la main en souriant pour la voir remplie d’or; nous qui payons à grand’peine le pain de la veille par le travail ae chaque jour, nous songeons à l’avenir. Eh bien ! dite3-moi un peu ce qui se prépare pour Étienne?... — Il est bien joyeux, bien brillant; il a de beaux habits et de l’argent dans ses poches... et tout ca ne lui vient ni de sa famille, ni de son travail!.. — É3t-ce bien honorable, dites?.. 11 est l’amant d’une danseuse, et, au lieu qu’il se ruine pour elle, ce qui ne serait qu’un malheur, c’est elle qui se ruine pour lui, ce qui est une honte!..
FLORA, émue.
Enfin, Monsieur...
Et quand vous ne l’aimerez plus... et ça ne sera pas long...
FLORA
Qui prétend cela?
papillon. «■
Ça ne sera pas long, je vous dis... Vous n’aimerez pas longtemps l’homme qui se sera dégradé à vos yeux, et vous pleurerez VOUS-même de l’avoir amené là. (Mouvement de Flora.) Oui, vous pleurerez, car vous avez le cœur bon.
FLORA, très-émue.
Moi!., une danseuse!
PAPILLON
Oui, vous avez le cœur bon... Je le sais bien, je travaille pour vos pauvres.
FLORA
Continuez, continuez, monsieur Papillon.
papillon.
Eh bien! un jour viendra oii vous vous séparerez. 11 vous aitnefa toujours, lui, parce qu’il vous aura tout sacrifié, et, comme il aura perdu l’habitude du travail, comme il sera sans consolation et sans ressources, un matin, une de vos bonnes amies de l’Opéra viendra vous dire en riant : Tu sais bien, ton ancien, ton Étienne, eh bien ! ma chère, il s’est tué.
FLORA, avec terreur.
Tué!..
PAPILLON
Oui, Mam’selle, oui. Voyons, vous disiez que vous vouliez * être franche... eh ben, je m’en rapporte à vous : répondez!., ça peut-il Üuir autrement?.. (Moment de silence.)
FLORA, avec émotion.
Monsieur Papillon, cela finira autrement...
PAPILLON
Que voulez-vous dire? t
FLORA, très-émue.
Aujourd’hui... tout à l’heure... vous emmènerez... Étienne, et je ne le reverrai plus.
PAPILLON
Ah! Mam’selle! Mam’selle!.. si vous saviez tout ce que vous faites de bien en disant ça!., c’est pas une existence, c’en est deux... (changeant de ton.) Non, c’en est trois que vous sauvez.
(il se jette à ses genoux et lui baise les mains.) VOUS êtes line brave fille!..