‹ Le savetier de la rue Quincampoix drame en cinq actesChapitre 96 sur 102 · ACTE V, SCÈNE Vif · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vif

MADAME DE FERRIÈRES

Qui vous a dit cela?

GENEVIÈVE

Je le sais... et ma résolution estbien prise. Je ne l’épouserai pas.

MADAME DE FERRIÈRES

Prenez garde, mon enfant, si vous alliez le regretter un jour.

GENEVIÈVE

Je... ne le... regretterai pas ; d’ailleurs, je le connaissais à peine, je ne lui ai pas parlé depuis trois ans : ce que j’aimais., ce que je croyais aimer en lui, c’était son honnêteté, son courage dans le travail, son énergie dans la misère; mais l’argent a détruit tout cela. Il a soufflé dans son âme l’insouciance, l’égoïsme et la corruption ; vous voyez bien, Madame, que je ne peux plus l’aimer.

MADAME DE FERRIÈRES

Mais votre père connait-il celte résolution ?

GENEVIÈVE

Non, Madame.

MADAME DE FERRIÈRES

Que pensera-t-il, lui qui a si énergiquement lutté contre tous les obstacles et contre son cœur même pour l’accomplissement de ce mariage ?

GENEVIÈVE, étonnée.

Contre son cœur!

MADAME DE FERRIÈRES

Oui, Geneviève, car ce bon et honnête homme, ce brave artisan qui vous a recueillie, élevée, vous regardait grandir avec admiration... il vous trouvait belle, belle comme un père trouve son enfant ; puis, peu à peu cet amour s’est transformé. Un jour, il allait vous ouvrir son cœur, et ce jour même il a appris que vous en aimiez un autre... Alors, il a étouffé en lui son secret, il a dévoré ses larmes et il s’est dit : Qu’importe ce que je souffre, si Geneviève est heureuse... car il était écrit au ciel que ce pauvre cœur épuiserait pour vous toutes les tendresses et tous les dévouements.

GENEVIÈVE

Oh! noble et généreux ami! Et je ne savais rien!.. Que de fois j’ai dû l’affliger, le désespérer!.. Aussi, je veux lui faire oublier... Mon Dieu ! (a part.) Et ma mère que je dois sauver! (Haut.) Hélas! pourquoi faut-il que je désespère encore?

Vous... et comment?

GENEVIEVE

Sera-t-il moius malheureux lorsqu’il saura qu’en oubliant Étienne... j’ai fait un autre choix?...

MADAME DE FERRIÈRES

Un autre choix?...

GENEVIÈVE

Oui, Madame , oui... je veux épouser un homme qui m’aime... je le sais... j’en suis certaine...

MADAME DE FEHRIERES.

Et c’est?...

GENEVIÈVE

Le chevalier de Marsy !

MADAME DE FERRIÈRES

Le chevalier de Marsy!.. C’est impossible!., cette pensée ne vous est pas venue...

GENEVIÈVE

Je vous assure que...

Elle ne vous est pas venue... on vous l’a imposée...

GENEVIÈVE

Non, Madame, non...

MADAME DE FERRIÈRES

On vous l’a imposée, vous dis-je!.. Geneviève!., tu te sacrifies pour moi!...

GENEVIÈVE

Moi!... Ne le croyez pas, Madame, ne le croyez pas!

MADAME DE FERRIÈRES

Tu te sacrifies, parce que... Geneviève, tu connais le nom de ta mère...

, GENEVIÈVE

Ma... ma... je ne sais pas ce que vous me dites, je ne vous comprends pas, Madame.

MADAME DE FERRIÈRES

Tu ne me comprends pas, et tu trembles... tu ne me comprends pas, et tu pleures... Eh bien!... ose donc le nier ■ encore, lorsque je t’ouvre mes bras .

GENEVIÈVE, se jetant dans ses bras.

Oh! ma mère! ma mère !...

MADAME DE FERRIÈRES

Ma fille !... ma fille!... ton premier mouvement, en retrouvant ta mère, était donc de te dévouer pour elle!... Oh î mais je ne le souffrirai pas ! c’est moi qui te sauverai, au contraire... et cet odieux mariage ne se fera pas.

Page 1