MON D O R
Nous verrons , monsieur , nous verrons. Voilà un diable de savetier qui rne donnera du fil à retordre.
.. ( il se retire. )
SCENEIV.-
,C R E P I N , seul.
Il est bon , le cher homme , avec ses menaces^. et habit de cérémonie.... c’est étonnant comme il fait peur.
A I R : Ah ! ça ira.
Ah ! ça ira , ça ira , ça ira ,
J’aurai tout à Thture une voix plus forte.
Ah' ça ira, etc. -
Un bon coup de paf, me dérouillera. ;
Sortez bien vite , et rentrez ... je serai là ;
Ma sérénade aussi-tôt commencera.
Ah ! ça ira , etc.
t Quand je suis àjeun ma voix s’en, va; ^ ^
D’encor, en encor , presque à quia;
Avec pinte on la rapporte ,
Puis après c’est pis qu’un opéra* ■' y. ' Ah ! ça ira, etc.
J il':--, '-i .
CREPIN, BLANCHETTE.
Ou vas-tu dono , Crépin ?
îl ne faut pas te demander où tu vas , toi , avec, ton panier.
B L A ÎS C K E T T E.
Réponds moi donc; pourquoi n’es-tu pas à tabesogne? CREPIN.
Pourquoi ? parce qidiî a plu à monsieur ton maître de me déranger , et de m’imposer silence.
BLANCHETTE
Ah I vraiment, cela est Lien naturel , et je conçois qu’il airr-e à dormir le matin , car il se couche ordinairement si tard ; et c’est pour en être certaine , car sa chambre k coucher donne juste au- dessus de ma cuisine.
CREPIN.
Et qu’est-ce qu’il fait donc comme cela toutseuL^
BLANCHETTE
Ce qu’il fait , mon ami ? ce que nous ne faisons ni toi ; «i moi .... attends , j’ai peur qu’il ne soit aux écoutes.
CREPIN,
Oh ! que non ... il s*habille pour aller cne déooncey
chez le, commissàire, comme un voisin d’une gaite trop incommode.
BLANC METTE
Tu plaisantes ? ^
'' Non J d’honneur , non. Mais qu’est-ce qu’il fait donc ^ie soir ?
BLANCHETTE
Je vais te le dire,
. Al K : Je crains de lui parler la. nuit.
Mon maître , dès que rient la nuit,
Compte et recompte à petit bruit Ce cher argent qu'il aime ,
Et j’entens malgré moi
Tomber unsac, deux sacs, trois sacs, et jusquàcent, mafoi.
^ Ensemble.
Tomber un sac , deux sacs , trois sacs , et jusqu’à cent . . ;
BLANCHETTE
Ma foi .
Tu croi.
Ah! morbleu! qu’est-ce que j’apprens là.
Air : Fort bien, maïs qui le dicterai D’abord , votre maître a grand tort D’amasser dans son coffre fort ,
Un pareil numéraire. S
Puisqu’il reste dans son foyer ,
Il vaudrait bien mieux lempioyer Peur les frais de la guerre.
Et vous de dormir toiit-à-fait,
Au lieu d’avoir l’oreilie au guet,
' Vous feriez mieux sans doute.
Car ce son ciair , ce son d’argent Qui plaît au sexe qui l’entend , Le perd quand il l’écoute.
V a , Va , mon ami , ia preuve que les trésors rien , c’est que ce n’est pas d’argent que je rêve. C R E P I N.
Et de quoi donc }
cirai en revenant,
Bien vrai ?
Finis donc
Eh mais, je t’accompagne jusqu’à moitié chemin,
Je ne serai pas long-tems. Je ne vais que là.
Je ne serai pas îong-tems , non plus. Je ne vais qii’ici près, à la Treille de la Réunion, (appercevaiit Monder qui Vépie en entrouvrant sa port i^.') Voici Mondor, il nous
a vus eîlsemhle .... ne te déconcerte pas oui ,
mademoiselle Blaechette , quand on est dans une bonne maison. . . il faut prendre les intérêts de ses maîtres . . . il ne faut pas , comme dit le proverbe , faire danser l’anse du panier. Voilà que vous allez à la boucherie . . .
D O R, sortant tout-a-fait dt che^ lui J et apres un moment de silence.
ME Toici revenu dç chez le commissaire .... j’irais porter plainte contre un homme qui fait la morale à nsa
cuisinière eequi prend si bien mes intérêts , ce serait
aussi trop injuste .. . .’ il est vrai que sa gaité me ,tue , et que ses chansons me réveillent ; mais en m’y prenant par la douceur , je viendrai peut-être à bout de le corriger. Quand je ferais même un petit sacrifice ... quel inconvénient . oui . . , je peux faire un petit sacrifice s^ans me gêner. ^
CREPI
Trop de réjouissance; Vous m’entcndez-bi
Au revoir , ma voisine.