PARIS
JULiBS TAHID£i , BDITBUH
2» RUE DE MARENGO Bl ckei fm lea i^lbralrca
LB
Hittoirft i Toi d'oiieau de la littérature dramatique pCJi<Unt le» foixante première! années de ce siècle.
Céoi 4t(i écsriront un jour ITiistoirednmatiqile
et liftéi^ire de ce siècle seront bien embarrassés. Jamais chaos plus embrouillé n'aura tenté un historien 1
A la littérature pédante et boursouflée de TKai*
pire; à cette époque de compression et oertainient de décadence, succède une série d'œuvres ternes et grises, inspirées par une réaction trop prédpitée. La liberté n*était pas venue encore, et rélan pour être moins retenu ne pouvait avoir cependant le champ assez «vaste ou assez libre pour devenir productif. L'art se relevalentement, et le grand jour fut long à se faire pour lui.
-Aussi, qu'a donné cette époque tiraillée et impuissante? Des poètes fatigués, des auteurs sans haleine, des écrivains sans nom. L'ardeur des discussions politiques, l'émotion du temps, le long enfantement d'une liLerté gèuée dans chacun de ses pas, ont laissé une trace ineffaçable de leur influence malheureuse sur les lettres pendant la Restauration. La grande littérature de la tribune domine de très haut toutes les autres tendances, tous les autres essais. Mais cette littérature, libre d'allures, large, puissante, colorée, souvent terrible, n*est que le caractère d'une heure de transition sans résultat et sans avenir. Elle est morte celle-là, avec ceux aux({ueis elle devait la vie. £iie n*avait ni assez de précision, ni assez dé correction pour rester comme modèle et comme exemple. Elle est tout au plus un indice dans la roule
Digilizea
8 vaste,, et malheureusement si mai fréquentée l
C'est peut-être au roâumtisme que nùt^s devona la résurrection momentanée de notre littérature. Les trois journées de juillet ont plus fait pour notre époque littéraire que les grands encouragaments mal distribués, d'un temps ob la gloire militaire dominait toutes les gloires.
L'Empereur n'aimait point les poètes; son règne en a peu produit. Louis XVIH, poète lui mèmê, favorisa médiocrement ses rivaux ; les œuvres nées sous Charles X, n'étaient guère que des motifs à pension et à rubans; la courtisanerie se glissa jusque dans la littérature. 1830 nous a débai rassé de tout cela: Hugo, de Vigny, Dumas et quelques autres ont déblayé le terrain, brisé les faux dieux, et arboré leurs révolutionnaires étendards sur le temple en ruine.
C'était plus qu'une résurrection; rartalbutse renouveler. Mais aussi gare les exagérations !
A cette époque, on cria: à bas Racine! la tra^ gédie fut singulièrement délaissée et bafouée ; on tira à boulets rouges sur cette pauvre vieille, et on la relégua dans un coin, où Rachel devait la venir rechercher quelques années plus tard* Les dranMt Hugotiques envahirent nos soènas. Stngullèraait-
présentations que celles de ce temps là; mêlées
saii<^Iantcs; la sallese partagerait en deux camps; on se jetait des banquettes à la tête I Ceux qui ailuaiept flugo engageaicut la lutte avec ses détracteurs, et le succès d'une pièce se débattait et souvent se décidait à coups de poings.
Alors chacun écrivit son drame, comme autrefois chacun avait rimé sa tragédie.
Le genre était à ia mode; le drame shakespearien trônait. Aussi quelles exagérations bizarres enfanta ce genre torturé! On défigura h\ vraisemblance et la raison ; on en vint à mettre à la scène les plus grandes impossibilités comme les plus absurdes passions. On fit des drames qui n'avaient ni queue ni tète, ni intérêt ni esprit, mais dans lesquels ou avait amoncelé les situations les plus grotesquement terribles. On ne vit que nîaris tra* his, femmes perdues, amants poignardés, enfants empoisonnés. Il n'y avait plus de rires, plus de gaité ; le drame noiret sanglant étalait ses terreurs d*une scène à l'autre ; on y venait goûter un plaisir dangereux ; on savourait dans des transports inouïs ces folles intrigues, ces nuisibles passions exagérées à plaisir» embellies, grossies, terribles. On ne rêvait plus que mort et assassinat ; c'était une hor-
l'ibie époque. L'arl avait dégénéré ea bétise» et le succès encoairageait la persévérance de nos auteurs dans cette voie fatale t
L'histoire fournissait la plupart du temps le fonds et rintrigue de ces sombres récits ; mHîs on la défigurait de la belle fiiçon. On fiiisalt vivre, pour les besoins de la cause, les personnages d'un autre âge à un âge suivant; on élisait un roi, on en détrônait un , autre; on faisait tuer par l'un celui qui avait tuéFautre ; ce n'était plus de l'histoire, du drame ou de la comédie, c'étail de la mascarado. .
Un jour, un homme qui avait beaucoup contribué à ce bouleversement, qui avait écrit lui-même les drames les plus osés, un homme qui se rapprochait beaucoup du grand genre shakespearien et qui s'était fait un nom immense dans cette révolution de lettres, Alexandre Dumas trouva le genre usé, absurde. On avait tant abusé des grosses noirceurs et tant déshabillé l'histoiro et ses épisodes tes plus repoussants, qu'il imagina un genre nouveau: le drame purement historique. On y mêlerait une intrigue étrangère, et la pièce côtoierait l'histoire d'une époque en lui empruntant ses &its les plus marquants, mais cette fois les
Digitizoa Ly Li(.)0^le
t^liis amusants. Il iotroduisii la galté dan;> ie drame, lé variété et l'esprit dans Thistoire mise
à la scène. Il imagina les conceptions Les plus brillantes et les plus hasardées; en un mot il innova un genre.
Çértes, ce n'était pas non plus l'histoire irraie et juste; mais les traditions étaient conservées, et on ne mentait pas trop au peuple en lui montrant ses rois mêlés à deus intrigues vulgaires. On grandissait, on illustrait ainsi un sujet ; le récit qu'on mettai.t en scène frappait davantage parce qu'on le voyait traversé par un roi, par une. reine et par leur cour, il y avait toujours un héros, grand» généreux, puissant; il y avait un traître; il y avait un fort et un faible. On flattait ainsi les goûts de toât le monde, sans trop défigurer l'histoire» la littérature et le bon sens.
Mais ce genre, le grand dramaturge seul sut l'exploiter avec succès; ses imitateurs furent maladroits et impuissants. C'était trop difficile pous la plupart; il fallait* un tel esprit, une telle variété, un tel génie même, que pas un ne sut mettre à la scène une pièce qui pût, non seulement faire concurrence à l'une des siennes» mais simplement les rappeler. Chacun fat battu dans la .lutte par
cet homme seul, qui avait créé un genre où personne n'était de force à joùter avec lui.
Il fallut se tourner d'un autre côté. Puisqu'on ne pouvait régner là où régnait le colosse, on pouvait régner autre part.
C'est alors que le fils de cet homme inventa la Dame aux Camélias, Jusqu'alors on avait peu mis ces dames à la scène; cette fois on les réhabilitait du coup. — La pièce eut un succès fabuleux^ Cela était si nouveau, si-osé, si hardi! Leshonnéte.s •gens trouvèrent bien que c'était un peu fort, mais tout le monde accourut et la pièce sembla avoir raison contre tout le monde.
Âh! la belle aubaine! Le chemin était facile à suivre. Chacun connaissait plus ou moins une lorette dont il pouvait raconter l'histoire. On mit à la scène toutes les lorettes, toutes les griseLtes^ les unes pour les flétrir, les autres pour les exalter.
Après dix ans, ce genre s'usa à son tour; il fallut encore du nouveau. Alors, on imagina de faire jouer sur la scène ces mêmes femmes qu'on avait jusqu'alors mises dans les pièces. On inventa Rigolboche, Alice la Provençale et tant d'autres! On éleva des autels à des drôlesses qu'on avait auparavant honnies et conspuées, et on trouva
des gens pour applaudir ù cette honteuse. exhibition!
• ' Lq théâtre én est là. Si la décadence doit c^linuer encore » où diable nous mènera-t-on ?
'Quelles choses plus absurdes peut-on nous montrer» et par quelles artistes plus dégradées (je parle quelques-unes), les fera-t-on interpréter^ Ici, Fastrologue le plus instruit sur les choses de Tavenif pourrait hardiment laisser tomber sa
' lunette. Puisque nous ne pouvons songer à voir plus mal et plus hideux que ce que nous avons,
. espérons encore le salut. Le théâtre peut se relever, parce que nous avons peut-être quelque part des auteurs sérieux ai honnêtes; seulement nous les supplions de se montrer !
BIBUOGRAPfilE DU SCANDAL&.
Oik eil l'esprit. — Fannyy de M. Feydeau. — Les Mémoim de Ri§olffoche, — La moralilé du 5iécl«.
L*68prit, dît-OD, court Ids rues; omis qiii l'a jamais rencontré'en ce siècle de scepticisme et do paradoxe? Lui a-t-on élevé un temple quelque • part? Où sont ses autels, ses prêtres, sés fervents, ses adorateurs? *
L'esprîti il est partout et nulle part, et beau-
eoup plus nulle pari que partout On Tachèle,
puisque l'argent le donne; et quiconque est riche, bien riche, a dix fois plus d'esprit que tous les ^ Uérf du inonde^ le parangon dçs gens dits : gefu d*espr%i.
Est-il dans nos livres , au théâtre, dans les salons, sur le boulevard, chez le peuple? Non; on l'a partout remplacé par des phrases de convention, et il est tout à fait passé dans la matière. Ce n*est plus ce petit rien subtil et léger laissant sur son passage un parfum délicieux. Ce n'est plus ce /Uinfeurcharmaot des réunions gaies, simples et honnêtes, où il «*en coqsommait plus en une heure qu'aujourd'hui pendant tout un siècle.
C'est une ç'osse chose maintenant, pleine de 6^ et de raison, selon le temps, et qui a. fui tout aussi bien nos .livres, nos théâtres et nos salons I
Nos livres? En voici le titre :
Fanny, passion invraisemblable, décrite en
deux cents pages, par M. Feydeau ; livre lourd, fatigant ; mais en revanche , descriptions peu .chastes d'étreintes amoureuses et de baisers volup* tueux; extases outrées d'un amant ridicule qui
assiste du balcon de sa maîtresse au coucher de
ion mari 1 Définition presque impossible, à iire et à penser même, de larmes 4*amoor et de soupirs
étouffés. Livre sans téte, sans milieu, sans fin !... Pâges qu'on dirait tirée$. au sort dans la corbeille du hasard» et réunies péle-méiesous ime ooi|vertore blanehe et bleue I. . .
Nos livres? Mémoires de Rigolboche ? .. Sonnez trompettes! quinze iniile exemplaires ont été vendus, colportés ; la Francse, l'étranger,, le monde entier se les disputent 1... Un portrait merveilleux orne ma première page. Accourez!... Je ne me vends qu'un franc cinquante centimes I...
La femme et le livre k eux deux valent-ils ce
prix-là!...
Âb ! qui croira dans cent ans, quand un siècle nouveau succédera à ce siècie dégiôoéré, qui croira, dis-je, qu^un peuple entier a couru sur les pas d'une sauteuse? Elle était donc bien jolie, ' bien spirituelle, bien vaporeuse, bien séduisante?
« Eh ! non, Messieurs, répondra un vieillard » accroch4 aujourd'hui au ch^irde la balleriiiè; » cette Rigolboc^ célèbre, elle était laide, elle B buvait du rhum et de l'absinthe ; sa bouche » empestait la liqueur, sa voix était rauqi^e et » fêlée, se» gestes étaieut sale» et hiérâxi sa danse
t> n'était qu'un atfreui cancan de carnaval, et| * par dessus le marché, elle était béte comme une » otel., (la jour, il s'est trouvé un journaliste » qui a écrit vingt feuilletons et publié un volume » sur elle; il s'est trouvé un théâtre qui a re- » cueilli cette sauteuse de carrefour; et un peu- » file» messieurs^ un peuple entier de gandins » é&ontéS) de filles de joie et de vieillards dépra* » vés est venu applaudir aux cabrioles de cette ji prétendue danseuse. Sa vogue si été si loin, » qu'un auteur» un Jeune homme pourtant, a » écrit un livre quMl a intitulé: Mémoire$ de » Rigolboche, et a fait un trafic scandaleux de sa A plume en la mettant au service de la honteuse » réputation de cette femme 1 »
Ibe siècle le plhs dépravé des siècles n*aura certainement rien à nous envier, car si ramuur du scandale a remplacé chez nous l'amour du vrai betUf d'autre part Tamour de l'or a remplacé Tesprit. Frappez hardiment au coeur d*une femme et vous y trouverez unécu! Mettez à ses pieds Jeunesse, honnêteté, talent, vertu, elle vous tournerale dos; mais prenez gcavemesi une pièce de cent sous, et soyez laid, quinteux, caduc et béte» — ce que vous serez d'ailleurs dans ce cas, ^ et
toutes les femmes vous suivront où voué voudra. Vousn'aurez qu'à tendre la main pour donnery
elles tendront toujours la main pour recevoir.
D'ailleurs, vous n'irez pas loin pour savoir ce qu'elles valent, commercialement parlant. Entres cheiun libraire, achetez-y deux petits volumes; l'un est jaune et s'appelle : Ces Dames ; l'autre est rose et se nomme; Lei Ét,udiant$ et Us Fmmu du QmrtUr latin. Vous aurez là le catalogue de toutes les femmes à vendre dans Paris; pas une n'y manque; chacune y est cotée à sa juste valeur.
Vous trouverez dans ces pages inqualifiables le moyen d'avoir ces dames, le prix de revient de chaeune d'elles ; on vous y indique à mots couverts leurs habitudes, leurs passions spéciales et pai'ticulières^ le quartier qu'elles habitent, et Jusqu'au nom de la rue où vous les devez diercfaer.
Et vous vous demandez comment dans ce temps de lumière et de progrès, des livres semblables se laissent imprimer, afficher, vendre sur la Voie publique I et comment les gardiens de nos mœurs n'empêchent pas le trafic de ces volumes honteux qui semblent défier les çboses honnêtes, ea élevant sur ua piédestal de boue et de fange des filles perdues et des jeunes gens usés avant l'âge,
et dont le visage frelaté respire l'oisiveté et le vice!...
Tollé noti« litlérature! voilà nos mœurs!...
L'esprit esl-il là? Mains qu'ailleurs, certes!
Le oroyez-votts davautage dans nos théâtres?
On y a transporté ce monde-là même dont noua venons (le parler. Les comédies de ce 'siècle vivent de lorettes et de gens tarés. On met en scène tous les scandales de la rue et des livres ; on défigure la vie, les mœurs, Thonneur, la vertu, sous prétexte de littérature; on fait jouer tout cela par des acteurs qui font des tirades à propos de bottes, et on paie cent claqueurs à la soirée pour ' fiiire applaùdir cette à mascarade de toutes les choses sensées et véritablement bonnes. On broche vingt pièces au mois sur de semblables sujets, et logiquement on a pour spectateurs les ainants de ces dames, leurs cochers, leurs portiers et leur valetaille! Les honnêtes gens s'éloignent, protestent; mais comme ils sont en minorité, la farce recommence le leudemainj et ce siècle la léguera inévitablement à l'autre.
Le véritable esprit de ce siècle, c'est l'argent; mais celui-là ne ccoirt pas les rues: le proverbe a tort. Ayez-en beaucoup. si vous voulei. être
Digitizoa
recherché ; il vous tiendra lieu de cœur, de seos moral, d'honneur même.
Vous êtes riche, c'est tout l 'Etes vous pauvre? Eh! que voulez-vous, mon cher?.. Allez vous enrichir d'abord, on vous estimera ensuite selon que vous vous serez plus ou moins enrichi!...
LS'SCANDAli AU THftàTBi.
\M piMii iMunef. — Lm at||«iiii. «- 1m
Lm fpeelatoun.
Aujourd'hui un livre u'a chance de se vendre que 8*il esl eciMSulaieuz. Esprit, styll, morale, qu'importe ? Là u*esl pas le soeoès. C'est avec la
biographie de telle lorette conque, le nom de tel saltimbanque c^ièhre étalé sur une page bleue au rose <pie Ton cbeodie à qafitMor Ja £(Htie. Les vi-
trines .de dos libraires sont remplies de livres à couvértures capricieuses qui attirent le regard (juand même, et qui sont comme une sorte d*ai* mant jeté à la face du public.
Direz*vou8 que c'est par amour du beau, du sensé, de l'honnête ; dife-vous que c'est comme étude littéraire que l'on publie et les Mémoires de Rigolboeh4 et les Mémoirei de Uotard et dix autres livres de la même valeur et du même acabit?
Au bout de cela, il v a un double succès : succès de scandale, succès d'argent. Le reste importe peu!
Donc, puisque le scandale donne l'argent, faisons du scandale.
£t la chose est facile !
Hais si le scandale réussit dans les livres, quelle chance plus grande de succès n'aara-t«il pas au
théâtre?
Et voyez I
Nos tbiôàitres ont mis à la mode depuis quel- ^ ques annéâs un certain genre de pièces qui échappe à l'analyse sérieuse. Ces pièces, exclusivement destinées à l'exploitation sur la scène d'une * eqièee de fiemtnes tropf connues, péiiiEent se passer aasàl blefir de'liftérature que d'invention. L*in-
trigue y roule perpétitellement aur un mèoia sujet btnal, usé déjà, et que nos «uteme rajeimis-
sent à grand renfort d'actrices demi-vêtues, de mots graveleux et de situations indécentes.
Ils en sont venus, ces prétendus dramatuigçs, jusqu'à spéculer sur la réputation scandaleuse de telle ou telle lorelte^ ils mettent en scène son nom , ses toilettes, ses amants, et ils arriveront à lui faire jouèr par elle-même^ ainsi que oela se praticfue au théâtre des Délassements-Comiques, le rôle pour lequel elle aura pose !
Le théâtre a pour but d'amuser, d'instruire et de critiquer. Faites dix pièces comme les f<mx BoHshmmêê; moquez-vous des boursier^, des artistes, voire môme des journalistes, et nous serons les premiers à vous applaudir si la charge est * bonne. Mais, pour Dieu^ laissa en paix dans leur splendeur de strass ces femmes et leurs.amants I Que nous importent leur histoire et leurs scandales ?
Gomment, nous venons, nos mères ou nos sœurs au bras, de coudoyer ces dames dans la rue, sur le
boulevard, aux courses, au bois, partout enfin, puisqu'elles ont droit de cité partout ; nous eutronsau théâtre, nous les retrouvons dans les
meilleures loges; la toile se lève, et les voici enoore'Surla scène I .
Ihie loDgae et péiiifoie fntrigae, cinq ades tn* termiiiablcs iiousexposent la biographie au naturel d'une de ces drôlesses; nous assistons à un délUé de loreMesf de gandins, de pères dupés, de sœurs ' Mhlites^, dennariff bernés... iout cela est* terne, vil, monstrueux, fatigant; nous jurons de ne plus remettre les pieds dans le théâtre qui nous a servi une semblable malpropreté ( qu'on me passe le mot, en feveur du sens que je lui veux donner) ; nous retournons le lendemain dans un autre théâtre, et l'on nous sert le même plat acconmiodé à irae sauce différente 1
Â^cela, vous allez riie répondre que le théâtre qui est fait pour amuser, est fait aussi pour .châtier et pour flétrir.
Ghfttierqui? flétrîrquoi? Gbs femmes? Mais,, qui pense h les réhabiliter ? Est-il besoin de les flétrir ou de les châtier? Combien vous paient-elles pour les mettre ainsi en scène, pour leur sérvir d*historiographe et d'enseigoe?
Votre pièce n*est pas un blâme, c'est une réclame : elle est-encore moins une flétrissure, c'e^t ime affiche 1..,
El je ae oooiiirends rnéine pas qiie ^les aiil^rs
osent signer de semblables pièces !
Vous les connaissez donc bjea feiuiues» vous avez doac bieu Longtemps dans leur injiimité pour nous donner dans de si mincea-défauls leurs roueries et leurs misères? Avant d'être des auteurs de scandale, vous avez donc été des g^udios, aiyourd'htti dégcummésî qui.yenez brûler devant nous le veau d*or qu*on né vou§ permet plus d'adorer?
^0 prouvcut-elic'S ces pièces ? L miaioratité de ceé femmes ou bien :ia vôtre? Vous avez pQmgé leur vie, encouragé et payé loues turpitu4es, et vous venez à présent les flétrir?
Mais pour que voire pièce eût une portée sé« rieuse» il fondrait que nous vous connussions austères et sérieux! et vous n'êtes tous que des hommes usés qui vivez des tripotages de la bourse et de ceux du théâtre, et qui venez le soir nous raconter vos petites vengeancès sous prétexte dto littérature et de comédie !...
Et vos artistes ? 11:> s'incarnent dans ces rôles hideux. L'un joue un pài*e prodigue plus Jeune et plus débauché à soixante ans que son fils qui n'eu a pas trente.
célèbre, el imite ses cabrioles, ses cris et ses gestes! Et les journaux applaudissent dans leurs feuiiletohs à la réalité du type et de l'incarnation
Certes voilh une jolie réclame: X... du théâtre de,,., joue dam la perfeetion les duchesseê de paeffime H («i' «mrjitiMf 'à faitm d toon / > £a 'provflfio»'e8t plus sage que nous. Slle sffle impitoyablement, quand par hasard sa police permet qu'on les lui joue, ces pièces où je vois se fMiar d'aîse à taris une foule qui ne se peut (ilus quaMer.
Digitizoa by vJooqIc
a QI7I-88IUIT A FAIBB.
La peloliir« réélit .aa IhéâU* 4«t mjBurt q)i*oii 7 dé^ulii*
Mais quand s'en tronvert-t-fl on pftrmt vous d'assez osé pour nous les montrer, ces femmes, telles qu'elles sont réellement?
Au lieu de nous les présenter sous leur fooek plus séduismle, &Ue8*les nous voir tous leur vé-
rilable aspect. Vous nous parlez de leur esprit? parlez-nous de leur ignorance. Vous nous mon^ trez leur luxe? moiîtrez-nous leur misère, alors que Fftge et les rides ont tué leur beauté et qu'on les a abandonnées, ainsi que dit le poète, comme une bêle de somme inutile qu'on laisse au rebut.
Vous en faites des filles généreuses et mém^flf^ estimées» faites une bohrie fois la peinture de leurs prodigalités et de leurs vices. Que le tableau soit chargé pour nous mieux dégoûter ; et si vous êtes fnmcs, si vous avez le courage de nous dire cette vérité monstrueuse dissimulée jusqu'à ce jour dans vos livres et dans vos pièces, la pièce et le livre que vous écrirez ainsi seront inévitablement les derniers. Le public écœuré vous tournera le dos, votre^lîvre sera jeté, votre pièce ne fera pas un sou ; mais vous passerez pour un honnête homme, et vous aurez le mérite d'avoir fait un scandale plus grand que tous les autres, mais qui au moins nous guérira du goût des scandales.
Pour que cela pût être, il faudrait trouver un auteur qui ne regardât pas son métier comme un commerce ; et cela' est ràre par le temps qui court fiien mieux, il foudràit trouver un directeur dé-> voué à j'art, qui ne fit pas de son théâtre une bou*
tique et une spéculation, chose impossible à rbe«re
où nous parlons!
Portez-leur une pièce saine, sensée...
»T 8-t-il du scandale là-dedans?
—Non.
— Eh, mon cher ! meltez-moi une loretle dans votre pièce, un boursier qui fait iailiite^ un mfiri qu'on Irompe, une femme qui a des amants, et nous verrons !
— Mais elle est bien écrite.
— Qu'est-ce que cela me fait? Us Mim(fim,de Mimi Bamboehêt est-ce écrit cela? On a fiiit 3,000 francs de recette par soirée ; apportez-moi une pièce dans ce genre, el nous verrons î
Si Tun des vingt directeurs des thé&lres de Paris vous tient un autre discours, nous Tirons dire à Rome!
Le premier théâtre littéraire du monde joue cent €inquante fois le Due Job^ pendant qu'un théâtre relativement secondaire, le Gymnase, fait ce qu*il peut pour sortir de la routine, et donne souvent de vraies comédies. — Je ne parle pas de celles de M. Dumas fils, qui sont des plaidoyers en faveur de toutes les lorettes de la créition.
L Odéon reçoit THonneure^ l Argent ^ de U. Pon-
éUrd, eC les pièees très littéinhres de If. Bouilhet,
pendant que le Thé*Mi e-Fiançais joue les Doigts de Fée, Feu Lionel y et autres vaudevilles de M* Scribe.
Mais OD fait de Targènt avec M. Scribe, le reste e^t totalement indiiférent. On a une grossè sabvtmtion pour jouer des choses sensées; on a des acteurs-excellents, le répertoire le piiiis vaste et le pltiv estimé qài soit) et au liéu d'être un théâtre sérieux, utile, on devient un magasin delittérature à bas prix, on joue le répertoire classique par force, et Ton r^plit sa caisse eç se moquant du public.
. L'ABUS AÉàULXANX DES SUBY£NTI0If3.
1« TbèAtrerPrançais ei 1 pdéPB.
La km^ racef laUtitêi a publié à ce sajel un. article très remarqué de M. luIes Jfaret-Leriebé,
sous ce titre : De la subvention théâtrale. J'extrais 4e cet article le passlage suivant :
« Quelle est la raison d*Atre des subveDtioiis pour les^iliéltrei impésiaux, .notanuôeiii pour les
deux théâtres fraoçais ; lu Comédie Française et rOdéon?
» Conserver iraditioonellement la littérature et Fart classiques; simultanément Civoriser Tessor et
le développement des vrais poètes comiques, versificateurs et prosateurs, et ceux des acteurs sérieux qui préfièrent la pratique du grand art, de Fart digne, l'interprétation des œuvres avouables et civilisatrices aux succès trop éclatants de nos fausses célébrités, si haut nionlées sur la corde de la réclame et de leur nullité. Les conditions de ce programme sont^Hes remplies auThéàtie-Français et à l'Odéon? Nous ne craignons pas de l'affirmer, elles ne sont pas remplies et ne peuvent Tétine.
» La pratique constante/variée des œuvres das* siques est abandonnée, ou c'est tout comme; la quotidienneté (ou très peu s'en faut) des représentations des œuvres modernes a remplacé l'interprétation fiféquente de l'ancien répertoire»
» Les deux théâtres français obtiennent ou tâchent d^obtenir, à force d'affiches et de réclames, des succès de vogue, absolument comme fontl* Ambigu et les DélassementSrCômiques, qui n*0Qt pas de subvention.
» Sous la dictature Empis, la Fiavmim acca-
pwe raffiobe peinbnt plusieurs H>oi^t aa iMMb
quart de Tannée, quatre fois par semaine, et n'est pas même escortée d*iiiie.pièee en -un aete Ai Mo- Irère, de Harhaax ou autres.
» Sous l'adminislration actueUe, le DuoJob continue la tradition; M. Mario Ucliard a ouvert Ja voie à M. Léon Laya. Ce ne sont plus des succès de gloire et d*honnear, ni de modestes bénéfices qu'on veut au Théâtre-Français, ce sont des succès d'argent, et de beaucoup d'argent. Si le. théâtre des Funambules augmentait de 50 fr. par soir les droits d'auteur, déjà trop élevés, étanl* de quinae pour cent sur la recette brute, ceux-ci porteraient leurs œuvres sur les tremplins et les trucs de Pierrot et d'Arlequin.
» Touchant des dividendes proportionnels» non seulement au nombre d'actes dans lesquels ils jouent, mais encore aux recettes cfiectuées, les comédUens sociétaires ne manquent pas de préférer Tînterplrétatlon des succèa d'argent aux autres, et d'abandonner ainsi l'objet de la subvention.
» L'interprétation des œuvres classiques aux deux théâtres français devient de plus en plus une hypocrisie qui n*est pas seulement nuisible aux progrès des artistes, mais même aux auteurs mo-
dernes, car kurs œuvres en sQBftJnoias bien exé^
'iiMSeb dèox théâtres français; qui ne davnieûi
pas avoir de rivaux , se font les' concurrents des liréâtros non subventionnés, qoi dans ce cas se- *faient tout aussi fondés à denoander une subveùtîtm, que ron 'séraît én droit d'eo demander la
suppression pour tous.
. 1» M^is telle n est pas .la pensée des bommes du pVôgrèâ, qui désirent coninoe nous le maintien de kl subvention, demandant au contraire, au nom de tous, qu'elle soit maintenue, augmentée s'il le faut, niais au moins que son objet soit rempli. . D Si vous êtes, disent-ils, le Tbéàtre-Français, c'est bien^ soyez-le^ voilà de l'or ; mais soyez une gloire!
» Si, Tbéâtre-Français, vous devenez simple-' m^t une entreprise vénale, aléatoire, faites; mab alors point' de subvention, car au lieu dtétre un
temple vous n'êtes plus qu'une boutique I » .
^ Digiiizea by Li(.)o^le
Ce qu'un direcifur 4e théâtre noui a répondu.
*Nous avons dit un jourlout cehien présence d'un directeur de théâtre de Paris, très intelligent, Ute kêhilû et très coionu. U iious a.é^uité froideflMUtret iMiOs a répondu ceoi :
a Tout ce que vous venez de dire estpaifaite- » ment juste, je^suis'le pcenrier à le recooniBttre. » Nos théàtres' jouent des pièeês d^tfrgëiitivant
p tout; nous sommes des commerçants et nous • vendons beaucoup de paçutille, c'est là notre
» meiHeut débit. Le public est un grand capri- » oieiix, et surtout un grand enfant ijui veut qu'on » ramv^ à tout prix. Il écoutera dem, cents fois » ie sttîtedes oeavres amusantes ou scandaleuses » et s'occupera fort peu de savoir ce que vaut » l'esprit de la pièce. Oaiui a montré Uk Dame aux » Camélias; c'était un \genre nouveau, cela a » réussi; tous les théètrés ont voulu avoir leur » Dame aux Camélias y et depuis ce tempsces sortes » depièces son( encore à la mode» Prenes-vous en à » IL fiitinas^lsi c*ç$t lui qui ia attaiché le grelot. » Ihis si au lieu de la littérature d'épicier que 0 nous vous donnons journellement, vous voulez * » une œuvre forte,. sensée, brillante, écrite en » vEai français, et comme nous savons qu'il en A eifsie, donnez nous cent raille francs de rente.
Alors nous vous jouerons cet idéal introuvable, xr^ nous ne forons pas unseuide raaâtte^lparce • que B0tepîècei)'e3Bliibe»a^lolrelteâ,âyBraMs » adultères, ni danseuses de boulevard; mais nous » aurons, fait un peu d'art pour Tart; la oriiique « nous en lîMidsa compte, aii^ le pufc^ nous » iMitaia d'Idiots, et il aura taisen t »
A .cela,,nj[>us répondrojis tout à l'heure. *
vu
UNE PUEMliRB REPRÉSENTATION.
€on|piifiit 16 eonpose la salle. — Comnent se fait le luccéi. — Allilodfl 40 la prene et du pubîic
Nous pouvons signaler maintenant quelques petits scandales d'une importance moins élevée, nais dont Tabus toléré est passé à l'éUi de véritable coutume.
Comment se donne une première représentation?
Bien simplement, va-l- on dire ? on affiche, et on joue.
Il en est peu aujourd'hui qui croient cela. Un
provincial bien nouveau, ira un jour de première représentation chercher sa place au théâtre. On lui répondra qu'il n'y en a p^iM, et il se tiendra pour battu en se disant que bien d'autres plus habiles et plus heureux sont venus avant lui.
Le Parisien, lui, sait bien qu'on n'assiste pas aux premières représentations. Ah bien 1 il ferait beau voir un auteùr et un directeur exposer bravement une pièce nouvelle à un vrai public. Ce jour-là, et ce jour-là seulement^ la salie se donne, mais ne se vend pas, Cest tout juste encore si on l'ouvre. Il est des théâtres où, à ces fameuses premières représentations, on ne délivre au bureau ni parterres ni poulaillers.
Il y a d'abord l'auteur qui place ses amis, ses ennemis, sa maîtresse, ses employés, ses ouvriers, soncoilîeur, son tailleur, sa bonne; tous ceux enfin qu'il jsait ne pas lui être indifférents, ou qui ont intérêt à applaudir et à foire réussir sa pièce. Voilà des approbateurs assurés. En est-il un parmi ceux* là qui consentirait à sifiler un auteur si complaisant et débiteur ou créancier?
De son coté, le directeur fait le service des journaux et celui des acieurs. On leur donne une loge ou une stalle selon leur importance. À l'actrice principale, il fout vingt places-de parterre pour ses claqueurs spéciaux; il en&utautantau principal acteur.
Puis viennent les aumnts de ces dames, qui louent les meilleures loges et les plus apparentes pour parquer et afficher leurs mattresses.
On remplit ainsi les trois quarts de la salle avec des journalistes, des amis,, des lorettes-et des cla-* queurs. Le quart restant, on le distribue encore à des amis supplémentaires qu'on inventera au besoin, afin de se passer du public payant. Puis, le soir venu, on délivrera vingt places au bureau, si on en délivre, et on vous dira hardiment qiie la salle est louée.
Alors , soirée singulière ! Applaudissements, fleurs, rappels!... bisl bis!., tous!... tous!... PauteurL.. PauteurK.*et le malheureux, on le traînera sur la scène pour Poffrir en' spectacle, comme le bœuf gras, à tout un peuple en délire!.. Quel succès 1 Quel triomphe !... M"*" X... a reçu vingt-deux bouquets. La êcène étaii lUiéraU' .mmt jonché 'dêfimrs. Les journaux le prociame-
roDt le lendenoain à leur quatrième page. La réclame est tOQtè faite; ell^estdejà imprimée, sinon parue I
A la première représentation à l'Odéon du Mé^ decin d§ l'âme de H. Guillard, j'achetai la Patrie^ et avant le lever du rideau, je las à la quatrième page ces lignes singulières:* Demain, deuxième » représentation du Médecin de l'âme qui a obtenu » hier un si grand et si bruyaùt succès, i
Bruyant? Oui. On siffla toute la soirée.
Donc la salle, un jour de première représentation , appartient à tout le monde, hormis à ce qu'on peut appeler le vrai public, celui qui n*est ni journaliste, ni acteur, ni lorelte, ni gandin, ni ami du directeur ou des journitlistes influents, mais qui paye par exemple, et qui n aime pas qu'on le vole.
Qu'arrive- t-il?
La pièce ainsi emmaillotée, gardée à vue par les amis de l'auteur et de la direction, serrée de près par la claque, obtient un de ces succès que ' n'auront jamais les œuvres vraiment méiitpiros jouées dans les conditions voulues. Les journalistes eux-mêmes, perdus dan.s ce camp des Philistins, ahuris et étourdis an milieu de ces bravos
incessants, en viennent à se demander, avec la meilleure bonne foi du monde, 8*ils n'ont pas la
berlue, et si vraiment la pièce ne vaut pas mieux qu'elle ne leur parait. Ils sortent à demi-persuadés iMur les bontés de la direction^ les cajoleries des actrices, les bravos da public et les hurlements des claquears.
Le lendemain M. Janiii, dans les Débats, déclinera sii verbes latins; M. Gautier fera un feuilleton à Teau sucrée; M. Fiorentino écrira six colonnes brillantes et spirituelles; M. Jouvin publiera UD feuilleton sérieux et raisonné ; M. Paul de St-Victor trempera sa meilleure plume dans le meilleur encrier de Shakespeare; M. Sarcey écrira un article logique et brillant; M. Ch. Monselet dira la vérité en dépit des soufflets; et tous déclareront que l'ouvrage leur a semblé bon, charmant et spirKuel.
Le surlendemain le public, alléché par ces comptes rendus, accourra ; il trouvera l'œuvre nouvelle absurde et criera que les journalistes
sont des idiots et des crétins ! La pièce qui a obtenu ravant-veillc un vrai succès de serre-chaude, ira rejoindre, au bout de dix représentations, ses compagnes oubliées, et le jour suivant on recom-
mencem la même histoire sans retrancher un seul article à ce programme.
Il y a cinquante ans que cela dure, et, si nous y sommes, uous le verrons encore dans cinquante àns'!
LÀ CLAQUE El LES CLAQUÉURS.
Hiiloire rapide de la elaque. — Ses abus. — Li claque à l'Opért el à rOpéra-<:omiqnc. — La cUquo gtnté« dM lUUeni. — Amélioralions à iulroduire.
Bans nos théâtres, ia claque occupe la plusgrande moitié du parterre.
Oit a bien crié contre elle ; on a essayé de la
supprimer : rexpérieiice n'a pas réussi. Nous sommes des premiers à reconnaître son absolue nécessité.
Un chef de claque achète très cher le droit d'applaadir à forfait. Jemè snislaijssé dire que la place
de chef de claque se vendait 50,000 fr. à l'Opéra. J'aimerais mieux les employer à autre chose ; mais enfin» tous les métiers sont bons s'ils sont bon* nétes.
Le claqueuren chef introduit dans la salle telle quantité de personnes, dont le nombre est fixé entre lui et l'administration. Il paie, par chaque tdle entrée, une faible redevance au théâtre, et garde comme bénéfice le surplus de la somme donnéC'par les spectateurs qu'il amène.
Car on paie pour applaudir. Là claque se recrute chez une classe de gens peu fortunés qui aiment les arts, et ne peuvent s'en passer la fantaisie qu'à prix très réduit.
Mais, le chef de claque ne fait pas entrer les seuls claqueurs. Il introduit avec eux dans la salle une autre dasse de personnes, qu'on a justement nom- ' mées les Soif4a«ret.Geux-là^oyemiantunesomii|e insensiblement inférieure au prix du bureau, en-> trent au parterre avec la claque; mais dès qu'ils sont placésj, toute relation cesse entre eux et ces bruyanis messieurs.
Il y a double bénéfice pour le solitaire; bénéfice-
d argent, et certitude d'être placé: l'entrée des cla* queurs ayant lieu avant celle ^lu public.
Les deux claques les plus connues soni celles de rOpéra et de VOpéra-Gomique^
Le chef de claque de l'Opéra, M. David, est un petil monsieur brun» court, assez bien mis, et qui n'a pas trop Tair de ce qu'il «st. C'est au café Favart, vis^-vis Tenlrée des artistes de l'Opéra-Coml" que, que cet important personnage tient son petit cénacle.
Le ciaqueur verse 5 francs* sur lesquels le chef prélève 2 francs ; il vous rend vos 3 francs à la. Un de la soirée, si vous vous êtes consciencieusement acquitté de votre devoir de bon et bruyant ciaqueur.
Le solitaire paie 2, 3 et 5 francs, selon la saison et Timportance des pièces.
Le chef de claque deropéra-Gomique senomme Albert. C'est un grand et long monsieur, mince et iluet, quoique de taille très bien proportionnée.
Vous le trouverez invariablement à cinq heures au café Rossini, jouant au piquet avec son fidèle Meyer, allemand d'origine, à visage atroce, à mine repoussante; c'est un fort brave liomme, dit-on. £t la chose est probable. Il est^tant de canailles qui
ont la mine charmante, ouverte, gracieuse et pré-» venante!
Le claqueur paie 75 c., t fr. 50, â fr., â fr. 50, selon les circonstances.
Le solitaire est enrôlé moyennant 1 fr. 50, 2 fr. 2 lr. 50 et môme 5 et 10 fr. dans les grands jours de solennelles représentations.
Les claqueurs et les solitaires se rendent au ihéfttre par escouades de cinq personnes. *
Les uns entrent à TOpéra, par la galerie ferm'ée . qui mèoe, à la rue Drouot; les autres à l'Opéra- Comique, par la petite porte des artistes, rue Favart. Us traversent les coulisses, la scène, les loges du rez-de-chaussée, et viennent s'entasser au parterre, dans Tordre in^qué par le chef de claque.
Les solitaires se placent où bon leur semble, et au premier banc du parterre que la claque n'a pas le droit d'envahir.
Le Théâtre-Italien est le seul qui n'ait pas de claque proprement dite.
Là, le service se fait en gants blancs, et de la foçon la plus convenable. L'adofinistration ne paie pas les claqueurs, mais Tartiste est libre de leur distribuer diverses places ; et la chose est toujours faite si adroitement qu'on ne sait pas
sMl y a bravos sincères, otr bravô» provocpjiés pèr
des gens amis ou soudoyés.
Voilà bien certains petits abus ; mais ils sont de minime importaoce.
Messieurs de la claque doivent applaudir aax entrées des arti?tes célèbres, aux plirases saillantes, aux mots spirituels*- Tout cela est noté et indiqué d'avance. Comme la . pièce,* le obef de claque a ses répétitions ; il reçoit très souvent^ acteurs en renom une somme d'argent pour chmffer leur succès.
La claque entraine le public; du moins c'est là le but «de son institution. Il est certain ^u*uiie salle sans claque serait froide comme glace, et qu'il est des théâtres et des pièces où pas un bravo ne serait donné sans elle. .
Or généralement iUrrive ceci :
La claque payée et bien payée pour assurer le succès d'un ouvrage, s'acquitte consciencieusement de sa mission. Ces messieurs, placés au milieu du parterre, tous réunis, applaudissent comme un seul homme aux endroits désignés.
Au milieu d'eux, le chef donne le signal ; alors la colonne edUère s'ébrantet et des bravos sans fin édatent comme une tiombe.
Mais qu'un spedaleur s'avise de. protester,^ qu'il vienne lui, imprudent, trouver la pièce
mauvaise^ quand incssieurs de la claque la trouvent bonne 1 Que ce ne soit pas uo^ mais dix, vingif trente spectateurs qui manifestent leur opinion hostile? Âh! pour le coup, voici la guerre allumée. La i^alie se partage en deux camps, .le public et la claque. Le public siffle» la claque applaudit. On on vient aux infures; et ces estimables, messieurs n'en sonl pas chicbes, croyezmoi! £tpar dessus le marchjé la police intervient, et met la.public sifflant à la porte, sous prétexte de Vacaune. La claque fiè^e et triomphaiàte <con- • tmueî^ applaudir sur toute la ligne.
La cbôse parait violente, mais elle est vraiQ, Nous l'avons dix fois constatée. Le public payant a tort vis-à-vis de la claque diargée de tsàre les succès.
A cet abus intolérable, viennent ^'ajouter d'an* très grieii* Les.claqueurs sont massés en un seul
endroit du théâtre, au milieu du parterre. *
Je pe veux pas déprécier ces messieurs, mais on m'accordera qu'ils ne font pasj[)artie de la fine fleur de' la société, et que leur goût en ftit d^art et de musique est fort constçstable. 11 faut
bieiiunpealesooiisidérerooiiinieâeft machines,
mais terriblement bruyantes par exemple !
£h bien, je trouve illogique et partant scandaléttse, la disposilion des claqaeora dans la mkïe : Aun moment donné, et dans un "seul point de cette salle on entend et on voit les battoirs de ces messieurs. Leurs det» cents mains léunies' se lèvent, frappent et se'baisseni à la fois. Où.esl rillusion?
On assure que la claque doit entratner le public! mais le public n'applaudi^ pas, d'abord pour ne pas avoir Pair de se laisser guider par la
claque, et ensuite parce que la claque applaudit pour lui.
léserait très facile de remédier à cet inconvé* nient, en disposant les daqueurs d'une &çon
plus ingénieuse et plus logique.
Qu'on ne la réunisse pas en un seul endroit, font qu'elle n^ait pas l'air de donner avec l'entrain et la précision d'une charge de cavalarie.
Vous avez cent claqueurs? mettez-en vingt au parterre, vingt aux secondes loges, vingt aux troi- ,8tèmesgalerie(^atii troisièmes loges; disséminezles» séparez-les le plus possible; qu'il* soit convenu qu'on applaudira . tel acteur, à telle phrase,
k telle situation» et qtt*au moins les bnvos peraisr sent sortir àe tous les coins de la salle I
Enfin que la claque fasse son métier qui est de donner des bravos aux bonnes comme aux mauvaises ohoses, nous y consentons encore; mais qu'il ne-hii soit pas permis d'imposer son opinion quand môme au public payant, d'insulter ce (ttibHc, et souvent d'avoir raison contre lui.