UNE QUESTION AU SUJET D'UN ABUS
La pren^ère représentation de Ce qui plaU aux Fetnmu, Peut-on Tendre dans la rue. plus cher fu^iuz prix, du biintu lei plaeet qui Mae louent pay ?
Maîntenant, nous présentons ayec là plus gifande
humilité, la question suivante à qui de droit.
A la première représen tation, au théâtre du VaudeviUe, de C# quiplaU auxFeumm^Q M. Ponsard, nous avons été témoins d'un fiiît singulier.
Nous^ citons cette représentation sans intention
méobaqle» mais parce que c'est ^e joar qae noué avons surtout constaté Tabus que nous allons signaler.
Ce soir-là on délivra au bureau dix parterres peut-être et des plaees de troisième galerie.
Or, le parterre n'est pas stallé (nous parlons du Vaudeville) et ne se loue pas. Dans la salle, on rdfusait des places; on en vendait dans la rue. Prise au bureau la place coûte* deux francs; les marchands de billets les cotaient si)^ francs sur le trottoir.
Qn ne me' dira pas que, Tadministration est étrangère à la chose, où du moins qu'elle l'ignore, puisque le marché se passe sous ses yeux, et qu'il est fait par quatre ou cinq personnes.
Dana la salle, le parterre est aux trois quarts rempli par la claque. Soit. Mais le quart restânt? C'est celui-là qu'on trafique aux portes du théâtre. A vous, directeur, que le marchand ne connaît pas, il a peut-être offert un billet i
Que devient alors la loi sur les théfttres? Il est défendu de louer le parterre ; vous le refusez à vos bureaux. On peut le croire rempli, pas du toutl On le crie à voe portes à des prix ex)iorbitants. Il y a donc abus. Vous savez que votre représen-
tation sera courue, et vous faites vendre vos billets dehors, phis chers que le prix marqué; ou igi moins vous laissez la chose se fairOi ce qui revient absolument au môme.
Or le prix fixe est une chose invariable, moins ..partout ailleurs qu'au théâtre.
Que dirieE-vous d*ane' administration de chemin de fer qui, un jour de fête publique, triplerait le prix de ses places? Yous-ètes exactement dans le même cas, et aucune lôi ne tous autorise à outrepasser les' règlements étaUîs pour la police des théâtres.
Ne peut-on obtenir qu'un Jour de première représentation le parterre ne soit pas donné entiè" remenià la claque ; qu*on ne réponde pas au bu* reau au public payant, i/ n'y a plus de places l pendant que ces places mêmes qu'on refuse, qu'on n*a pas le droit de louer dans la journée, on les laisse vendre scandaleusement sur' le trottoir à des prix exhorbitants ?
LBS miXBTS I/AITTECIR.
Du droit égal qu'ils ont avec les billets pris au bureau. — Ce qui le pasfe à la PorterSt-MartiQ. — Uoe queiUon à M. Marc- Fournier.
Les théâtres paient leurs auteurs de deux laçons, en billets et en argent. Chaqqe auteur reçoit je suppose, une vingtaine de biilets par soiréâ La direction d'un théâtre trouve uti très grand
avantage à payer ainsi, et sans bourse délier, ses dettes de chaque soir.
^ De sot)- o6té, Vâttteur qui ne peut distribuer à
ses amis une* quantité de billets aussi grande, et qui d'ailleurs, doit trouver dans le papier qui lui est donné comme paiement» une rémunération en argent; l'auteur, disons-nous, vend ces billets à un entrepreneur qui se charge de les placer chaque soir à prix réduit.
Vous 'pouvez voir ainsi établis à côté de nos différents théâtres, chez les marchands devins ou de pommade, des crieurs de billets jaunes signés Porcher^ qui vous donnent à bas prix les places des théâtres voisins. L|acheteur gagne de cinq à vingt sous sur le prix de la place, selon le succès de la pièce qu'il va voir jouer.
Devant chaque théâtre, se promènent un ou deux de ces mftrdiandff de places: on vous les crie tout haut dans la rue ; on vous poursuit ; on \ous harcelle pour vous les faire prendre : Mon-êUut^ voilà des parUrreSt des sUMes, des baiignoi-^ ru, fhùins ekem qu*au bureau J
Ce mot magique: moins cher, vous entraîne souvent malgré vous, et vous voilà entrant dans un théâtre auquel vous ne songie%guère.
àu contrôle, on prend. avec défiance le billet que vous venez d'acheter; on vous regarde de
travers, à peu près comme si vous Bliez un mal^ •
faiteuFi et c'est tout juste si on ne vous envoie |»as v -
au po6t^ pour vous fiûre foire des révéUtious sur
Porigine de ce billet. On vous jette votre petit »
carton (un carton spécial connu des ouvreuses),
pour ainsi dire au visage, et l'on vous eoviûe.à la
place indiquée. )
. Là, nouvelles tribula^nsl L'ouvreuse vous reçoit encore plus mal que ne vous a reçu le contrôle ; elle vous place aux plus mauvais endroits ; vous donne des fonds <le loges ou derniers ^ rangs de stalles; ne vous offre n! petit banc ui ^ programme; et affecte de vous traiter le plus grossièrement du monde.
Si devant vous vous voyez une plaee-llbre, non
•louée, non encore occupée, et que vous la
demandiez, l'ouvreuse et le contrôle vous la reûi- ' sent énergiquement, et aussitôt cette place est
donnée à quelqu'un qui arrive après vous et qui
ne Ta pas retenue d'avance.
Vous avez beau réclamer, dire que vous êtes
arrivé le premier, crier à la faveur, à l'injustice,
au passe droit; tout le qpîonde vousdooneraiort,
jusqu^au commissaire de police si vous invoquez
son secours; on vous répondra invariablement
ceci: Pourquoi (mx-vous acheU un In'M dans la rwe?
Là précisément ^st toute la question.
Vous payez vos auteurs avec des billets; ces bitteU repféseDtent uôe . somme d'argent qui leur esl.duepar vous. Il vendent ces billets à des marchands dont vous autorisez le trafic à la porte, de vos théâtres. La chose se fait sous vos yeux depuis un temps immémorial. S'il y avait là fraude, ou même simple infraction à des règlements établis, la chose ncsubsisterait plus depuis longtemps.
. ' Maintenant, ces billats sont bon& ou mauvais. Il n'y a pas de milieu ; vous devez les prendre ou l^s refuser. Si vous les prenez, puisqu'ils représentent votre argent, vous leur ilevez un aussi bon accueU<|a'à ceux qui sont payésà vos bureaux. Si vous les refusez, il &ttt faire fermer la boutique des trafiquants et empêcher leur commerce devant les théâtres. .
La question nous semble bien nettement posée. Cela est bon ou mauvais, mais cela ne peut p^s être à moitié bon seulement.
Le' public n'a pas besoin de coanaitre la provenance de ces billets. On lui ^t que ce sont des
billets d*aiiteurs» il en stit assez comme cela. En
le traitant mal à cet égard ; en lui contestant, bien plus, en lui niant le droit d'oceuper de bonnes ' places, muni de ces billets qu'on lai vend tfvcc votre autorisation et celle de fa police, vous le forcez à mettre le nez dans vos petits tripo'ages et dans vos mesquins arrangements de directeur à auteur. Il apprend qu'il peut vous forcer à traiter vos billets comme son argent comptant, el qu'il est libre de vous faire un procès^ qu'il ga< gnera certainement.
La chose est arrivée il fa trois ans, au Théâtre- Français. Un monsieur fit un procès h Tadminis- Iratioii, qui voulait le iorcer à prendre une place de second rar^ au balcon, aVec un billet acheté dans la rue, tandis que les stalles du premier rang étaient libres. II gagna son procès, qui a été célèbre en son temps.
Qùïlise trouve lencore aujourd'hui un bourgeois pointilleux , auquel vous refuserez une bonne place en échange d'un billet de la sorte? le souvenir du l'arrêt rendu, la conscience de son droit, le raisonnement très simple qu*il peut se foire, qii'un billet vendu dans la rue au va et au su de la police ne peut être qu'un bon billet, l'amène-
Digitizoa Ly Li(.)0^le
ront cerlainçment à vous faire un procès. Il le gagnera, parce qu'il y a encore des jugea à Berlin, et qu'il est évÛeDt que vous avez tort, môme avant le procès.
Vous devez donc recevoir les billets de vos auteurs avec autant de respect que l'argent du public. Ils se valent. Si vous trouvez dans l'autorisation de ce trafic une perte d*argent pour votre théâtre, supprimez les billets; payez vos auteurs en argent; la chose sera beaucoup plus simple, et coupera court à de très nombreux différends. Hais si vous laissez subsister Tusage étabU, faites bon accueil aux billets , recevez-les comme de l'argent comptant, et traitez le public, qui les pré* sente avec autant d*égards et de sqin que îe public qui verse directement à votre caisse.
À propos des billets yendus dans la rue, je ne me suis jamais bien expliqué ce qui se passe au ThéAtre de la Porle-Saint-Martin» et je supplie M.Marc Fournier de raetirer d'embarras à cet égard.
Il y a, à gauche du théâtre, sous une porte b^jBC, une barraque en bois, qui contient le plan du théâtre, poàé sur une petite table, avec uu monsieur qui vend des billets numéroU^s pour la représentation du soir.
A la porte de ce petit bazar, un autre monsieur que vous reconnaîtrez à son nez fendu à la manière holtentote, yoos ôffire les ditsbillets.
Or, ce sont des billets loués, numérotés, et qui se paient 2, 3 et ô francs plus chers qu'au bureau, où on vous refuse invariablement dès places.
C'est donc un second bureau de location, ouvert après la fermeture de celui qui fonctionne pendant la journée dans le théâtre. Seulement, ce ne. > peut être un bureau installé par Tadministrationt puisque les places s*y vendent à des prix varia* bles, suivant le succès des pièces. Mais c'est un bureau autorisé par elle, puisqu'on crie ces places très fort sur le trottoir, aux portes du théâtre, et qu'on vous interpellé souvent trè» vivement, pour vous les offrir.
Les bureaux ouvrent; on vou5 tefuse stalles tt fauteuils, pendant que ces marchands là vous les ' offrent au prix double I Vous m'accorderez que la
• chose est un peu violente, n'est-ce pas?
Maintenant, éloignez-vous. Revenez une heure après aux bureaux du théâtre, et iilors on vous offrira les places qu'on vous refusait tout à l'heure. Ces messieurs, qui crient très cher des places • ouées, les ont-ils rapportées parce qu'ils n'ont pu
les v^dre? L'administration veut-élle faire ainsi
de lu réclame ou de la banque? Nous Tignoroiis ; nous nous bor-nons à constater la chose que nous avons vue dix fois pour le moins.
11 nous est môme arrivé à ce théâtre, quelque cbo^e de plus curieu j encore.
" On nous refusa des places au bureau. En déposant jm louis au contrôle, je pus entrer dans la salle, et, j'allai trouver l'ouvreuse qui m'offrit sans hésiter qu^itre feuteuils d'orchestre dont j'avais besoin. Je payai le prix au bureau des suppléments, et j'eus ainsi dans l'intérieur de la salie, sans l'intervention d'aucun contrôleur, les places qu'on m'avait refusées au premier bureau.
Comment cela se fait-il? Je l'ignore encore. .
Je veux croire qu'en laissant se jrépandre le bruit qu'on ne trouvepas de places dans son théâtre, le directeur fait ainsi une grande réclame, et force, en quelque sorte, les spectateurs désappointés à venir louer le lendeo^ain, les places qu'on n'a pas voulu leur donner la veille.
Ne pourrait-on instituer un Sgent, préposé à la surveillance et à la répres::ion de toutes ces gabgies. Les divers délégués des directions de nos théâtres se moquent du public atf nec de l'auto-
rité, avec une focilité excessive, et la chose ne fera
qu'accroître, si l'on n'y met bon ordre.
Nous pourrions encore relever une très grande quantité de ces petits abus. Nous signalons les plus faciles à réprimer, et surtout ceux qui peuvent être le plus aisément connus du public. En attirant son attention sur des choses qui lui crèvent les yeux, et qu'il ne s'est jamais très bien expliquées , on lui enseignera à ne pas se laisser tromper, et à faire valoir ses droits trop légitimes, en des circonstances qui se renouvellent tous les jours.
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