‹ Le Scandale Mousseau [microforme]Chapitre 4 sur 24 · INTRIGUES · texte numérisé non relu

INTRIGUES

Il est facile de deviner toutes les iutrigues qui eurent lieu à Québec, du premier décembre 1882, date de l'ouverture des soumi sious, jusqu’au moment de l'octroi du contrat,le 20 janvier 1883.

Ces intrigues apparaissent d’une manière bien claire dans la correspondance échangée à cet égard et publiée dans le document No 89, mis devant Ja chambre le 15 mai 1884, à la demande de l’hon. M. Mercier. La production de ce document avait été ordonnée jar la chaæbre dès le 3 avril et le gouvernement ne le produisit que le 15 mai, dans l’sspérance que, la session étant alors à peu près terminée, l'opposition n'aurait pss le tomps d'étudier un dossior aussi cone sidérable et ne pourrait pas être euffisamment renseignée pour mettre devant le pays la transaction scandaleuse que ces documents révèlent, mais, comme on le sait, la clôture de la session fut retardée et M. Mercier

fut mis en état de porter l'accusation qui fait l’objet de cette enquête.

Les soumissions furent ouvertes le premier décembre à l'hôtel St Louis, par l’hon. M. Mousseau lui-même, si l’on en croit celui-ci, ‘en présence re l’hon. M. Dionne et du secrétaire du Département des Travaux Publics. C'est déjà une circonstance assez extraordinaire, car la preuve constate que M. Charlebois, était à Québec en compagnié de M. Bergeron, l'ami irtime et le protégé de l’hon. M. Mous seau,ot qu'ils pensionhaient tous deux à l'hôtel St Louis, se trouvant en conséquence dans une excellente position dour être parfaitement renseigné.

Comme onse le rappelle, les noms de deux cautions solvables dovaient accompagner les soumissions ; c'était la seule condition exigée pour leur réception ei l'examen de leur mérite. Il n'avait jamais été question d’un dépôt en argent, jusqu'au moment où l'en jugea que tel dépot devenait néeessaire pour éloigner {es plus bas soumissionnaires et favoriser M. Charlebois.

Aussi dès le 4 décembre, le gouvernement se mit-il en communication avec M. Levallée, et la correspondance publiée fait voir qu’on était prêt alors à lui donner le contrat, du moment

: -qu'on serait satisfait de ses cautions.

Et M. Levallée affirme sous serment que ces Cautions étaient solva-

Œ bles, qu'on estimait queM. Philligs . valait au moins $30,000, et que lui- | même est coté à, peu près à ce | chiffre. MM. Phililps et Levallée } étaient deux propriétaires bien con- : nus dans Québec, et il semble n’y k avoir pas de doute qu'avec les deux

autros Cautions offertes, lo gouverne-

ment aurait obtenu toutes les garanties désirables, et qu’en accordant le

contrat à M. Levailée, comme il y était tenu, il aurait sauvé à la province la différence entre cette pius bassa

soumission et celle de M. McMillan, savoir : $41,964.00.

Dès le 11 décembre 1882, le département informait M, Levallée qu’ik n'aurait le contrat que s’il déposait dans une banque indiquée par le gouvernement uue somme de $15,000.00, comme garantie de l'exécution du contrat. C’est la première fois qu'il est question de cette nouvelle condi-

* lion, et l’on compren dra pourqnoi Ir

chose est faite, quand on saura que quatre jours auparavant M .Cbarlebois avait fait avec M. De Beaufort le marché suivant, qui est la clef de tonte cette honteuse transaction :

‘ Montréal,7 dècembre 1882

‘“ Nous sousignés Conveno»s des con- “ ditions suivantes, Savoir :

‘ Le gouvernement de Québee ‘6 ayant demandé des soumissiuns “ pour la construction de la maison ‘ du parlement à Québec, et M. Alex- “ ander McMillan, contracteur, uyant:

‘ fait une soumission et M. A. Char- “ Iebois, et Cie. ayant eux uussi fait “une soumission qui est MAINTE- “NANT SOUS LA CONSIDERA TION DU GOUVERNEMENT : IE ‘est par les présentes entendu que ‘ dans le cas où le gouvernement.

“ accorderait le contrat, soit d’après le ‘““ montant de la soumission de ‘“ McMillau ou de celle de Chariebois “ et Cie, que les dits A. Charlebois ‘ et Cie, payeront à M. Jean de Beau- ‘ fort ou à son ordre la. somme de dix:

“ mille dollars argent courant du Ca-

“ nada, aux conditions suivantes, s«-! qu'il s'en servait pour faire des prupo-

“voir : aussitôt que le contrat aura été “ signé entre le gouvernement et ls ‘6 dits A. Charlebois et Cie, soit d’après “la soumission de McMillan ou ceile de 6€ À, Charlebois et Cie, trois mille dol- “lars comptant, payables par uu billet “ on date du 7 décembre 1882, paya- “ ble à demande à l’ordre des dits A.

< Charlebois et Cie, un autre billet en “ même date à trois mois payable “ aussi à l’ordre de A. Charlebois et “ Cie pour deux mil!e dellars et la ba- “ lance de cinq mille dollars aussi en “date du 7 décembre 1882 par un bil- “ let de cinq mille dollars, payables “ Jors de l'estimé final de ce contrat “ et sera payé par le gouvernement “ aux dits contracteurs À. Charlebois ‘“et Cie, etles parties ont signé après “ lecture fuite.”

‘ (Signé) À, CHARLEBOIS

Jean DE BEAuroRT’”

Ce marché est bien clair ; M. Charlebois promet $10,000.00 à M. De Beaufort, l'ami intime de l’hon. M.

Mousseau, s’il obtient le contrat, que ce soit suivant la soumission de M.

McMillan ou la sienne, ces deux soumissions étant MAINTENANT, comme le dit le marché, SOUS LA CON- SIDERATION DU GUUVERNE.

MENT). M. DeBeaufort explique que M. Charleboiïs lui auraitdit qu'il avait besoin de son nom pour obtenir le contrat "ot que lui, DeBeaufort, tout ce qu’il aurait à faire pour gagner les $10,000.00, SERAIT DE PRETER SON NOM A LA TRANSACTION. Or tout le monde sait que l’hon, M Mousseau était tellemont intime avec M.

DeBeuufort qu'il en faisait le déposigaire de ses secrets les plus importants;

sitions de coalition à certains libéraux; qu'il leavait fait nommer chef de la police secrète, poste créé exprès pour lui, et que quand il lui écrivait, C'était sur le ton de la plus crande intimité ; l’appelait ‘‘ MON CHER JEAN ’ et enfin, le traitait en tout et partout sur le pied de la plus grande intimité.

M. De Beaulort dit qu'aussitôt le marché signé, il expédia monsieur Bergeron à Québec, lui fournit l’argent nécessaire afin qu'il pût travail- Jer au succès de la cause commune.

L'on se rappelle d’un autre coté que M. Bergeron, depuié du comté de Beauharnois à la chambre des Communes, est un avocat sans cause de Montréal, tenant alors son bureau Cars ia même maison et sur le même palier que M Mousseau, dont ïil était “L’ALTER EGO.'"

Aussi, On voit par les télégrammes produits que, dès le 12de décembre 1882, M. Bergeron était à Québec en correspondance avec M. DeBeaufort puisque à cette dats il lui télégraphie accusant réception de ses lettres et l'informant que les choses paraissent bien.

Voici le texte même de ce télégramme qui est d’une grande importance et qui fait bien comprendré ce qui se passait alors, et ce qui s'est passé depuis :

+ Québeo, 12 décembre 1882.

“ Jean de Beaufort, chef de police.

-46 Lettres reçues rorrect;chases pa- ‘ raissent bien ; dites à maman que je “me puis retourner avant que tout

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“ soit rglé, attondez patiemment que je télégraphie. ”

“(Signé)

| ‘ Horace.”

Commeon le remarque, ce télégramme est envoyé le lendemain du y où M. Levallée est informé qu'il ui faut faire un dépôt en argent au lieu du cautionnement exigé dans les spécifications déjà mentionnées ; on remarquera de plus que M. Bergeron devait être à Québec depu:s quelques jours, puisque son complice avait déjà eu le temps de lai écrire plusieurs dettres de Montréal. Enfin on n'oubliera pas qu'il y a déjà cinq jours que le fameux marché des $10,010 a été signé à Montréa!.

Deux jours plus tard, savoir le 14 de décembre, M. Bergeron envoie trois télégrammes à M. DeBeaufort, l’un

pour lui dire de lui cr:voye: 850.99, un |

autre pour contremander cet o1dre và qü’il montait le soir à Montréal; enfin un troisième pour l'iuiormer que, le onze, certains argents out ét8 envoyés à De Beaufort.

La preuve constate que, Aurant tout ce temps-là, M. Bergeron recevait de l'argent de M. de Beaufort, faisait diner les ministres à Québec, et accomplissait sinon avec habileté, du moins avec succès, la mission délicate dont il était chargé.

Durant ce temps-là on se hâtait à Québec de se débarrasser . des plus basses soumissions, et après avoir éloigné M. Levallée,on écrivait à Huot et Jobin, le 16 de décembre, qu'ils n'avaient que deux jours pour faire le dépôt, et le 21, ce dépôt n'étant pas fait, le secrétaire du département écrizait qu'il devait l'être dans lo cours de la journée, faute de quoi la soumission serait mise de côté; cette menace provoque l: lettre suivante:

“Québec, 21 déc. 1882.

« L'honorable M. Dionne, ministre

de l'Agriculture et des Travaux Publics.

Monsieur,

‘La condition nouvelle qui nous est.

imposée à notre grand détriment, de faire ua dépot à votre adresse, de $15.- 000 00 dans une banque, comme garaotie de l'exécution du contrat du nouveau palais légisiatif, au lieu do la caution de deux ou trois personnes solvables, ainsi qu'il était demandé dans un avis publié dans les journaux, nous oblige de refuse: C’entreprondre l'exécution de ce contrat, ce que nous faisons tout en protestant contre ce changement.

‘ Nous avons l'honneur d’être vos obéissants serviteurs

& (Signé) P. G.Huor, Cus JoBin.”

Pour obtenir ce résultat, M. Charlebois avait eu besoin de la présence üo M. De Beaufort à Québec, car le 20 décembre, il lui télégraphiait ce qui suit :

“ Important d'être à Québec ce soir; pouvez-vous lescendre ?”

C'est le lendemain, après l'arrivée de M. De Beaufort, que le gouvernement dit à Eiuot et Jobin de faire leur dépôt le jour même, faute de q: . leur soumission serait misede côté. On était débarrassé de deux soumissions, il ne restait plus que A.

Lortie à congédier afin d'arriver à Me Millan le prête-nom de M. Charlebois. On va voir qu’on enleva ce dernier obstacle assez lestement ? le 22 décembre, le département intormo M. Loïtie qu'il aurait le contrat, s’il faisait un depôt de $16,040 entre les mains du gouvernement (pas dans une banque cette foie-ci) avant 4 heures du lendemain après-midi.

M. Lortie proleste à son tour dans les termes suivants: “ Je ne puis

Ccepter le changement que vous

aites dans la condition du caution- « nement, c'est-à dire du dépôt, an L lieu des cautions ordinaires qui « °ffraient même une garantie plas k sûre au gouvernement, pour l’exécu- » tionde ces ouvrages,que le dépôt que

vous exigez maintenant.En termi- “nant, je ue puis m'empêcher de pro- ‘‘ tester contre cette décision du gon- ‘* versement de changer les condi- “tions du cautionnement à la dernière ‘“ heure et sans me donner un temps “xaisonnable pour réaliser un tel “ dépôt, et cela. à ma grande perte et “ dommage et malgré les dépenses “que j'ai faites pour me permettre de € faire la soumission.

‘, J'ai l’honneur d’être, Votre ob. serviteur

4 (Signé) ALFRED LoRrTre.”

Cette,lettre deM.Lortie est d'u 26,et le lendemain, on informe M. McMillan que sa soumission est acceptée, mais qu'avant que le contrat ne soit signé, il doit déposer entre les mains du trésorier 10 p. c. en argent sur le montant de sa soumission, et qu'il a jusqu'au deux janvier pour faire son

dépen

. Mousseau a voulu prouver que cette soumission de Lortie avait été faite pour rire. Mais M. Lortie est venu jurvr que sa soumission avait été faite de bonne foi,qu’elle était sérieuse et qu’il avait toujours été prêt à exécuter le contrat pour le prix qu'il avait démandé.

Le 29, M. McMillan demande un délai au huit janvier, et par une lettre du département en date du 30 décembre, cette application est accor

dées

ROr Te 20 décembre, M. Bergeron étant à Montréal, écrit à M. Do Beaufort, la lettre suivante ;

‘ Mon cher Jean,

“ Je viens de voir M. Mousseau ;

‘ tont va s'arranger comme le désire “Charlebois. Il est content. 11 me ‘“ demande, par rapport à ses associés, ‘: d'attendre à la semaine prochaine ‘ pour notre affaire ; je le comprends, ‘6 c'est mieux, Comme c'est une ‘{ affaire sûre, si vous voulez m'en- ‘‘ voyer encore $100.00 par le por- ‘“ teur, je vous remettrai le tout same:

‘ di prochain, ur à Aie Signé us GE. BERGERON. ”

Cette lettre est bien significative; , M. Bergeron, l’entremotteur, a vu le premier ministre ; tout va s'arranger tel que le désire M. Charlebois. Qu'on remarque bien cette phrase éloquente:

‘ II (Mousseau) me demande,par rapport à ses associés, d'attendre à la so.

Waine prochaine ‘pour notre affaire.” M. Bergeron ne dit pas «voir vu M, Charlebois; c'est M. Mousseau qu'il a vu ; c'est donc lui qui demande d’attendre PAR RAPPORT A SES AS- SOCIES.

Peut-on compromettre davantage un premier ministre qui prétend AVOIR IGNORE toute cette affaire ?

Muis M. Bergeron ost si sûr de réussir et naturellement de faire avoir le contrat à Charlebois qu'il affirme devoir être en état le samedi suivant de remettre à ‘“ SON CHER JEAN l'argent qu’il demande ainsi que ce lui qu'il a déjà obtenue.

Qu'on n'oublie pus que cette lettre est écrite le 29 décembre, le jour méme où McMillan écrit aussi de Monte réal,demandant au département un délai au huit de janvier pour faire son dépôt.

ous sommes rendus au dénouement de l'intrigue. Le6 janvier, Mc- Millan, le commis de Charlebois, donve une autorisation de subatituer le nom de celui-ci pour l'obtention du contrat ; et le 20 janvier, un ordre en conseil est passé, sanctionné le 22, accordant le contrat à Alphonse

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