‹ Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel [microforme]Chapitre 19 sur 52 · GA · texte numérisé non relu

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pécheur qui, selon toute apparence, devait fatalement mourir dans l'impénitence finale.

Par ce fait miraculeux, du même coup, Notre-Dame confirmela vertu du scapulaire du Mont-Carmel et la véracité de sa promesse; elle donne, de plus, une ratification solennelle au véritable sens de l’étonnant privilège accordé à tous ceux qui mourront revêtus de cette sainte livrée.

On le voit, la Vierge Marie a tout ménagé afin que les esprits et les cœurs soient doucement, maïs presque irrésistiblement attirés à se ranger sous l'égide de son saint habit.

Sous de tels auspices, ce scapulaire ne tarda pas à franchir les limites de l'Ordre.

Il se répandit rapidement, et d’une manière prodigieuse, dans tout l’univers catholique.

Des papes, des cardinaux, des empereurs et des rois, un nombre incalculable de fidèles se firent revêtir de l’habit de Marie.

L'Ordre du Carmel, jusque-là à peu près renfermé dans la retraite et la solitude, prit, par son scapulaire, une extension vraiment surprenante. Il se répandit dans tous les pays et pénétra dans presque toutes les familles. Comme un immense réseau de grâces, il enveloppa bientôt tout le monde

chrétien. Dieu, dans son infinie sagessse, permit que cet Ordre vénérable, dont on avait demandé l'abolition avec tant d’instances, devint la protection des bons et le refuge des pécheurs. Ainsi, comme un grand arbre, le Carmel couvrit de son ombre tutélaire, en cette vie et en l’autre, tous ceux qui, par le scapulaire avaient été greffés sur lui.

La dévotion au scapulaire du Mont- Carmel existe dans l'Eglise depuis six siècles et demi. Elle est encore bien vivante aujourd’hui ; elle paraît même s’enraciner plus fortement que jamais dans le cœur des fidèles,

Effectivement, de nos jours, le scapulaire est un des derniers signes religieux que quitte le chrétien négligent. Pendant la vie, ce saint habit fait l'espoir du pécheur qui le porte; après la mort, il demeure un indice de salut pour celui qu'on en trouve revêtu. C'est si vrai, que l'Eglise ne fait aucune difficulté d'accorder les honneurs de la sépulture ecclésiastique à la dépouille mortelle de l'inconnu portant le scapulaire, tant elle est persuadée que cette livrée sainte est l'emblème du catholique et de l'enfant de Marie.

Forme de ce scapulaire.— Le scapulaire, proprement dit du Mont-Carmel, celui donné par la très sainte Vierge aux membres de l'Ordre, consiste en deux bandes d’étoffe brune, de quatorze ou quinze pouces de largeur. Ces bandes sont réunies par des épaulières, et descendent jusqu'aux talons, en recouvrant le dos et la poitrine. Les Carmes et les Carmélites portent ce grand scapulaire par-dessus leur habit religieux, dont il forme une partie intégrante.

Le petit scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel. — Le petit scapulaire du Mont-Carmel, en usage parmi les fidèles, se compose de deux morceaux, à peu près carrés, d’étoffe de laine brune, réunis par deux rubans ou cordons. Il est permis d'employer de l'étoffe de laine noire (1).

Mais si, avec le scapulaire du Carmel, on porte celui de Notre-Dame des Sept-Douleurs, pour lequel la couleur noire est exigée, il semble plus convenable, ne fût-ce que pour les distinguer l’un de l’autre, que le scapulaire du Carmel ne soit pas noir, mais

(1) Décret authent. No. 278, d'après Beringer, tt. , p. 392.

qu'il ait la couleur de la bure (1) des Carmes (2).

Il est bon de remarquer, que la couleur noire n'est permise que pour les petits scapulaires, tandis que la couleur brune, ou tannée, est celle prescrite pour l’habit et le scapulaire portés dans l'Ordre du Carmel.

Comme le petit scapulaire, dont il est question, est un diminutif du grand scapulaire porté par les religieux, il semble plus rationnel de lui conserver sa couleur brune.

Nous ferons cependant observer que les dimensions n’ont aucune influence sur les avantages spirituels, qui sont absolument les mêmes pour le grand et le petit scapulaire,

Signification.— Par sa couleur et la grossièreté de son étoffe, le scapulaire du Mont-Carmel symbolise l'esprit de pénitence et de pauvreté. Conséquemment, ceux qui le portent doivent s'appliquer à se revêtir intérieurement de ce double esprit.

Il est donc important de conserver à ce scapulaire sa simplicité et sa couleur. C'est

(1) Bure, nom que l’on donne à l’étoffe grossière que portent certains ordres pénitents tels que les Franciscains, les Carmes, les Clarisses, les Carmélites, etc.

(2) Beringer, Les Indulgences, tome II, p. 202.

alors que, condamnant le luxe et la somptuosité des habits du siècle, il sera une prédication énergique et continuelle de ces deux vertus si peu pratiquées de nos jours.

Il ne convient pas, d’ailleurs, que l'emblème de la pauvreté et de la pénitence soit transformé par de fines étoffes et des broderies de fantaisie en un ornement frivole et mondain.

Les religieux du Carmel ont un soin jaloux de conserver à leur bure grossière son cachet d’austérité et de pauvreté, tant pour la qualité que pour la couleur. Pour tout au monde, ils ne voudraient pas employer une étoffe moins pau re pour leur scapulaire ; ils ne consentiraient pas davantage à en échanger la couleur et la forme antique. Ils sont mus, en cela, par un sentiment de piété filiale et de respect pour le saint habit qui leur fut donné comme gage de leur union spirituelle avec la Reine du Ciel.

Tous ceux qui reçoivent ce scapulaire, doivent se faire un devoir de le conserver dans sa matière, sa couleur et sa forme, tel qu'il a été donné par la Vierge Marie au bienheureux Simon Stock. Ils ne doivent donc pas hésiter à porter un scapulaire

d'étoffe grossière, ou mieux encore, un scapulaire fait de la bure même des habits que portent les Carmes et les Carmélites (1).

Outre que de tels scapulaires les exhorteront plus fortement à la pénitence et à la pauvreté, ils signifieront une union encore

plus étroite entre ceux qui le portent et Ordre du Carmel.

Respect particulier dü au scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel. — De tous les scapulaires, celui du Mont - Carmel est le plus vénérable, le plus célèbre et le plus répandu. La

sainte Eglise elle-même lui accorde un respect, une vénération exceptionelle.

Voilà pourquoi elle ordonne de le bénir et de l'imposer séparément des autres.

Elle semble par là donner, ou mieux conserver au scapulaire du Mont-Carmel, une prépondérance sur les autres scapulaires.

Au reste, les termes du décret suivant, que nous traduisons, feront encore mieux comprendre aux fidèles le respect exceptionnel dû à ce scapulaire.

(1) On peut se procurer ces scapulaires au monastère du Carmel de Montréal.

Nous citerons le décret en entier malgré sa longueur. C'est le Souverain Pontife lui-même qui parle; admirons les éloges qu’il donne à ce vénérable scapulaire :

De l'exception faite en faveur du Scapu- “ Zaire du Mont-Carmel, afin qu'il ne soit “bas donné simullanément avec plusieurs ‘ œitres scapulaires.

‘“ Au commencement de ce siècle, l'usage “s’est introduit de donner ‘simultanément, “ par une formule abrégée, quatre scapu- ‘“laires, savoir: ceux de la 7rès Sainte “ Tyanitlé, de Notre-Dame du Mont-Car-

mel, de l'Zmmaculée Conception, de Notre-

Dame des Sept Douleurs, auxquels on a

ajouté dernièrement un cinquième qui ‘est le scapulaire rouge de la Passion de “ Notre- Seioneur Fésus- Christ. Cette ‘“ faculté de bénir et de donner simultané- ‘“ ment ces divers scapulaires, fut d’abord ‘accordée à un certain institut religieux, “ surtout pour le temps des missions, re- “ traites, avec une formule approuvée par “la Sacrée Congrégation des Rites. La “ même faculté fut ensuite accordée à des “ prêtres séculiers avec le pouvoir de s’en “ servir, même en dehors du temps des ‘“ retraites.

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“ Mais quoiqu’on apportât pour raison, la plus grandefacilité de propager ces scapulaires, cela donna cependant occasion de diminuer surtout l'honneur particulier que les fidèles, de temps immémorial, ont rendu au scapulaire du Mont-Carmel; il en est résulté que 12 ferveur envers cette dévotion s'était un peu refroidie.

“ Or, le scapulaire du Mont-Carmel, admirablement recommandable par la noblesse de son origine, par sa vénérable antiquité, par sa très grande propagation parmi les fidèles, par les effets salutaires de piété qu'il produit, par les miracles insignes qui ont eu lieu à son occasion, ce scapulaire requiert, de droit, une distinction d'honneur, dans le rite même de sa réception, afin qu'il ne soit pas mêlé avec d’autres scapulaires, comme en faisant partie, mais qu'il soit conféré, ainsi qu'il le fut dans sa primitive institution, lorsque la tiè; sainte Vierge le donna au bienheureux Simon Stock comme marque de son Ordre, c’est-à-dire, imposé distinctement aux fidèles et non rangé parmi les autres scapulaires.

‘ Par là, sans aucun doute, sera conservée intègre la dévotion tout-à-fait particulière,

‘universelle et constante de l'univers catho- “ lique envers ce saint scapulaire de Marie, “ scapulaire, dont le nom seul dit par anto- ‘“ nomase (1) son droit aux faveurs, aux ‘“ grâces et aux privilèges que la très misé- “ ricordieuse Vierge a promis à ceux qui ‘“ porteraient dévotement son signe de “ prédilection.

“ Après de mûres réflexions sur les consi- “ dérations ci-dessus, le très révérend Père “ Ange Savini, aujourdhui vicaire des ‘ Carmes de l'antique Observance, désirant “favoriser l'honneur et la dévotion au saint “scapulaire de la Bienheureuse Vierge “ Marie du Mont-Carmel, et sur l'instance “des Frères de son Ordre, a proposé à “ cette Sacré Congrégation des Indulgences “et des Rites, le doute suivant :

“ Est-il convenable pour la dévotion et “ l'honneur du scapulaire du Aont- Carmel, “ de le bénir et de l’imposer plutôt séparé- ‘“ ment et distinctement, que conjointement

(7) Antonomase, manière de parler qui consiste à prendre un nom commun pour un nom propre, ou un nom propre pour nn nom commun, Exemples: L'apôtre des Gentils pour saint Paul ; le Refuge des pécheurs pour la très sainte Vierge ; le Scapulaire än Mont-Carmel pour indiquer l’habit donné par la très sainte Vierge ou encore le droit aux faveurs, aux grâces et aux privilèges de la très sainte Vierge,

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“et confondu avec quatre ou plusieurs “ scapulaires ?

“ Les Eminentissimes et Révérendissimes “ Pères dans une congrégation générale “ tenue au Vatican, le 26 mars 1887, après ‘“ avoir mûrement délibéré sur cette affaire, “ répondirent affirmativement, c'est-à-dire, “ qu'il fallait bénir et donner séparément le “ scapulaire du Mont-Carmel.—I]s déclarè- “ rent en outre qu'il était urgent de consulter “ Notre Très Saint Père le Pape afin de le “ prier de révoquer l’indult accordé à perpé- ‘ tuité aux ordres religieux et aux congré- ‘“ gations, de donner aux fidèles chrétiens le scapulaire du Mont-Carmel avec les autres scapulaires; que le temps indéfini soit limité, et qu'à l'avenir, cet induit ne soit plus accordé.

“ Le rapport de la Congrégation ayant été fait au Saint Père, par le secrétaire soussigné (dans une audience qui lui fut accordée le 27 avril 1887), Notre Saint Père le Pape Léon XIII approuva la réponse des Pères de la Congrégation des Cardinaux; et Sa Sainteté décréta que cet indult ne soit plus accordé à l'avenir, et que tous les Ordres réguliers, ou congré- ‘“ gations dontles membres auraient obtenu

“ cet indult du Siège Apostolique, sous “ quelque nom et teneur que ce fût, n'en “ jouirait que pendant l’espace de dix ans, ‘“ à compter de ce jour.

‘“ Donné à Rome, au Secrétariat de la ‘“ même Congrégation, le 27 avril 1887.

FRANÇOIS MARIE, Cardinal, Pré£et, ALEXANDRE, Evêque d'Ostie, Secrétaire.”

En conséquence, ajoute Beringer, le Saint-Siège n’accordera plus d’indult, qui permette de faire usage d’une même formule abrégée, pour bénir et imposer, simultanément avec les autres scapulaires, celui de Votre-Dame du Mont-Carmel.

Celui qui aurait antérieurement obtenu cet induit, fût-ce même à perpétuité, n’a donc pu en faire usage que jusqu'au 27 avril 1897, comme le porte le décret cité plus haut.

On le voit, il est définitivement réglé que personne (quelques soient d’ailleurs ses pouvoirs et ses privilèges) ne peut, ni imposer ni recevoir le scapulaire de Notre- Dame du Mont-Carmel simultanément, avec les autres scapulaires. La sainte

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Eglise veut par là, distinguer ce scapulaire des autres et lui donner une place d’honneur, afin de proclamer plus hautement sa noblesse, son ancienneté et le respect particulier qu’il lui est dû.

Cette nouvelle décision ne se rapporte qu'au Rite de la bénédiction et de l’imposition de ce scapulaire. Les fidèles peuvent encore le porter, comme auparavant, attaché aux autres scapulaires par un seul et même cordon, pourvu qu'il ait été bénit et imposé séparément.

Si le scapulaire du Carmel mérite un si grand honneur dans. l'Eglise, cela nous enseigne qu'il faut le traiter avec la révérence due à une chose qui tient au cœur même de la sainte Vierge. Le fait suivant va nous apprendre que souvent Dieu ne tarde pas à punir ceux qui méprisent cet habit sacré.

Le scapulaire d’un hussard.— C’est un jeune volontaire qui raconte ce trait dans une lettre qu'il écrivit à l’un de ses maîtres.

‘“ Permettez-moi un petit mot sur mon scapulaire. Un jour le cordon se casse, et je le perds ; un hussard le trouve dans ma chambre, il le froisse et marche dessus, puis

62 LE SCAPUL.AIRE

il le montre à tout le monde en disant: A

qui est-ce? ... À quiest-ce?... Je ne réponds d’abord rien, puis je pense à vous et je dis:-— À moi...— J'attendais une

décharge de railleries et de ricanements — mais personne ne dit mot. Le lendemain, cet homme qui avait craché sur men scapulaire, se noya en allant faire baigner ses chevaux. — A quoi faut-il attribuer sa mort? Je vous le laisse à penser, cher lecteur (1).

(1) CAroniques du Carmel d'Alost, juin, 1890.

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