‹ Le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel [microforme]Chapitre 20 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Réception du scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel. —I1 faut le porter constamment — Exemple — Confrérie — Ce qu'est l’Ordre du Carmel à la Confrérie du Scapulaire — Avantage pour un pays, pour une localité d'avoir un Carmel.

N ECEPTION du Scapulaire de Notre-Dame du Mont- Carmel. — Tous les fidèles,

quel que soit leur âge, peuvent

recevoir le scapulaire du Mont-

Carmel. Dans certaines contrées,

les mères chrétiennes ont même

coutume de faire imposer ce saint habit à

leurs enfants, aussitôt après leur baptême.

La réception, faite dans de telles conditions,

est valide; mais il n’est pas expédient

d'introduire cette pratique là où elle n'existe pas.

La Sacrée Congrégation des Indulgences, interrogée à ce sujet, a déclaré que, si cette imposition était faite conformément aux prescriptions voulues, elle suffisait pour faire gagner les indulgences à ces enfant$ une fois arrivés à l’âge de raison (1).

Il faut recevoir le scapulaire d’un pretre autorisé, et le porter constamment.— Le seul fait de se revêtir soi-même du scapulaire, ne constitue pas une véritable réception (2). Pour participer aux indulgences et aux privilèges du scapulaire du Mont-Carmel; :ïl faut :

1° qu'il soit bénit et imposé, pour la première fois, par un prêtre délégué à cet effet. Dans la pratique, les curés sont généralement autorisés à recevoir du scapulaire du Mont- Carmel. Ils se trouvent, par là même, les représentants, les fondés de pouvoir de l'Ordre du Carmel. C’est ordinairement au jour solennel de la première communion qu'ils revêtent les enfants de cet habit sacré de la reine du Ciel. La Confrérie du scapulaire devient ainsi presque partout une

(1) Beringer, tome II, p. 70, des enfants en général.

(2) Le prêire qui est autorisé à donuer le scapulaire à tous les fidèles sans distinction ni restriction, peut se l’imposer à lui-même, Décret authentique No. 280, d’après Beringer, traité des Indulgences, tome I, page 396.

œuvre paroissiale. Aussi, par une concession du Saint-Siège, dans les endroits où il n'ya pas de chapelle du scapulaire, on gagne toutes les indulgences locales de la confrérie en visitant l’église de sa propre paroisse. Quelle ne doit donc pas être la reconnaissance du confrère envers son pasteur qui l’a revêtu du saint scapulaire. Non seulement, il lui doit la vie et la nourriture spirituelles de la parole divine et de l'Eucharistie, mais encore l'insigne bienfait d’un vêtement sacré qui le préserve de l'enfer.

I] lui doit ce que l'enfant doit à sa mère, qui, après l'avoir mis au jour, le nourrit, lui confectionne des habits et l'en revêt en temps opportun. Il est permis de répéter à ce confrère: Ne repoussez jamais la main qui vous a donné la livrée de Marie.

2° Il faut porter son scapulaire et le jour et la nuit, en santé comme en maladie. Si l’on passait une seule journée sans.

le porter, on ne gagnerait pas les indulgences ce jour là. On ne doit donc jamais le quitter par respect humain, ou pour éviter la gène. Il vaut mieux ne jamais s'en dépouiller un seul instant, pas même pour se laver ou pour prendre un bain.

Ce serait manquer de respect à ce saint habit que de le porter trop usé. Quand il est détérioré, il faut le brûler et le remplacer immédiatement par un autre. Il est même bon d’avoir toujours un scapulaire neuf en réserve, afin de s'en revêtir sans délai, si l’ancien vient à se rompre ou à se perdre, tant il est important de ne pas passer un seul instant sans le scapulaire du Mont-Carmel ; car, comme nous le verrons plus loin, c'est à ceux-là seuls qui meurent revêtus de ce saint habit que la Vierge Immaculée a promis le ciel. Et comme on peut mourir à chaque moment, il ne faut en passer aucun sans être revêtu de son scapulaire, si l’on veut avoir droit à l’étonnante et consolante promesse de Marie.

Les Chroniques du Carmel nous racontent à ce sujet un trait digne de remarque.

Lisez-le attentivement.

Un méchant écolier mort sans scapulaire. — Dansle collège queles Jésuites dirigeaient à Fribourg, en Suisse, il y a une quarantaine d'années, vivait un élève d’une conduite déplorable. Il semblait être auprès de ses camarades, un vrai suppôt de Satan. Il ne perdait aucune occasion de

les porter au mal; il se raillait de la religion et détournait par ses moqueries et ses sarcasmes ceux qui voulaient être de bons écoliers. Les supérieurs, voyant que toute correction était inutile, avaient résolu de le congédier, quand il tomba subitement malade. Le mal prit bientôt un tel caractère de gravité, que sa vie fut en danger.

On lui administra les derniers sacrements.

Il n’osa pas les refuser, mais il témoigna par son attitude qu'il ne prenait pas au sérieux ces cérémonies si touchantes. Il était cependant aux portes du tombeau. Soudain le mal, au lieu de s’aggraver, s'arrêta au grand étonnement du médecin, qui attendait, d'heure en heure, la triste fin de ce pauvre écolier. Cet état dura une semaine, le docteur ne pouvait s'expliquer ce phénomène. Enfin, à bout de remèdes, il ordonna un bain chaud. L'infirmier le prépare et y met le jeune malade en lui enlevant sa chemise, A peine le moribond touche-t-il l’eau, qu'il reste mort dans les bras de l'infirmier, sans pousser un soupir, sans donner aucun signe qui pût faire présager une fin aussi brusque. Cette mort restait mystérieuse, mais on en eut bientôt l'explication. Dansla chemise, qu’on avait

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ôtée au malade pour le mettre dans le bain, on trouva un scapulaire du Carmel dont il ne s'était point séparé jusque-là, mais qu’on lui avait enlevé avec ses vêtements sans le savoir, Ce fait extraordinaire frappa d’étonnement les témoins de cette mort, qui semblait n'avoir été retardée que par miracle (1).

Qui ne verra, dans ce triste dénouement, la confirmation d’une doctrine souvent affirmée, savoir: que, d’une part, la promesse de la Vierge Marie est infaillible, et que de l’autre, quiconque exploite cette promesse, pour se livrer à ses passions, fait un mauvais calcul. La justice de Dieu sait choisir l'instant précis, où le scapulaire ne protège plus le présomptueux qui la bravée. Le malheur de ce pauvre écolier, expirant dépouillé de son scapulaire nous avertit de ne jamais demeurer sans ce vêtement sacré, même pour nous laver ou prendre un bain (1).

Nous ne pouvons résister à la pensée de citer le trait suivant, il est aussi édifiant que le précédent est lamentable. Toutefois, tout en nous invitant à ne jamais passer un

(1) Chroniques du Carmel, de Bruxelles, sept. 1895.

instant sans être revêtu du scapulaire, il ne nous rappelle pas moins le précepte de l'Evangile qu'il faut toujours être prêt à mourir, que Notre-Seigneur viendra comme un voleur, au jour et à l'heure où nous y penserons le moins.

Le saint scapulaire et !e bon écolier. — Un soir que, dans un petit séminaire de Toulouse, le R. P. Leblanc, Jésuite, faisait la visite du dortoir, il vit un écolier à genoux près de son lit. — Pourquoi n'êtes-vous pas encore couché, mon ami, lui dit le père? — J'ai donné mon scapulaire à racommoder au portier, et il ne me l'a pas encore rendu. Je n'ose pas me mettre au lit, j'ai peur de mourir cette nuit sans mon scapulaire. — Ne craignez rien ; couchez-vous ; demain, dans la journée, on vous remettra votre scapulaire. En attendant, dormez bien. —‘“ Mon Père, je ne puis me coucher, je mourrai peut-être cette nuit —et en disant ces mots, le pauvre petit pleurait à chaudes larmes. Le bon Père, touché de la disposition et de la confiance de ce pieux élève, descendit chez le portier, prit le scapulaire et le remit à l'enfant. Celui-ci le baisa dévotement, le

mit à son cou et se coucha en invoquant le nom de Marie. Le lendemain matin, le Père faisant la visite, pour voir si tous les élèves étaient levés, s'aperçoit que celui dont il s’agit, était encore couché. Il suppose qu’il reprend le temps perdu la veille.

Il s'approche de son lit et le pousse...

Quelle ne fut pas sa surprise, quand il vit que l'enfant privilégié de Marie était mort pendant la nuit. Il tenait encore son scapulaire entre ses mains. Il l’avait, sans doute baisé une dernière fois avant de s'endormir dans le Séigneur (1). N'est-il pas vrai qu'il est prudent de ne jamais quitter un seul instant le saint habit de Marie.

Confrérie du scapulaire du Carmel.

— La dévotion au scapulaire du Carmel n'est pas une dévotion isolée. (Celui qui veut participer aux indulgences et privi-

lèges de ce scapulaire, doit devenir membre d'une confrérie et être par là même agrégé

à l'Ordre du Carmel.

L'érection canonique de cette confrérie est exclusivement réservée aux généraux des Carmes tant chaussés que déchaussés.

(1) Faveurs obtenues, et l'Enfer évité par le scapulaire, page 108.

Les deux généraux accordent facilement la faculté d'ériger des confréries de leur scapulaire et le pouvoir de rendre les fidèles participants aux biens spirituels de l'Ordre. Les évêques de ce pays reçoivent ordinairement à ce sujet des pouvoirs communicables à leurs prêtres; c’est par cette voie que presque tous les curés obtiennent la faculté de recevoir du scapulaire.

Conditions. — Deux choses sont requises pour recevoir validement le scapulaire du Carmel. 1° Il faut qu'il soit imposé par un Carme ou par un prêtre délégué, ou sub-délégué, du général des Carmes (1.) Cette délégation est absolument nécessaire, attendu que le scapulaire a été donné par la très sainte Vierge aux enfants du Carmel. Cex-ci sont donc de plein droit les gardiens et les dépositaires de ce précieux signe de salut. Le scapulaire est, de plus, le signe de l'alliance céleste contractée avec la Reine du ciel. Or, toute alliance requiert un consentement mutuel des partis contractantes. Ce consente-

(1) Quand un prêtre a reçu un pouvoir personnel, il ne lui est pas permis de se faire remplacer par un autre à moins qu'il n’ait obtenu une autorisation spéciale de sub-déléguer. Décret authen. Nos. 206 et 319, d’après Beringer, traité des Indulgences, t. I, p. 394.

ment le confrère le donne par le fait qu'il reçoit de plein gré le scapulaire; la très é sainte Vierge n’exprime pas moins claire- é ment sa volonté, en faisant remettre en e son nom, le signe même de cette alliance, | a

Or ceux qui la représentent dans ce contrat sacré, ce sont les Carmes ou leurs délégués. t C'est donc d'eux qu'il faut recevoir le é scapulaire si l’on veut devenir l'allié et le ; d protégé de Marie. | 2° Il faut, de plus, que celui qui reçoit le L scapulaire fasse inscrire son nom dans un registre spécial. d Le pape Grégoire XVI avait dispensé + 1e les fidèles de cette inscription, mais cette À

dispense a été révoquée le 27 avril 1887.

Au reste, que tous ceux qui ont été reçus dans la confrérie du scapulaire avant le 29 juin 1894, ne s'inquiètent, pour aucun motif, de la validité de leur réception, attendu qu'à cette date, Sa Sainteté Léon XIII, dans sa sollicitude pour le bien des âmes, a daigné revalider, jusqu’au 29 juin 1894, toute admission qui, pour une raison quelconque, aurait été entachée de nullité.

Ce qu'est l'Ordre du Carmel à la Confrérie de son Scapulaire. — Les deux conditions que nous venons de signaler, dénotent, par voie de conséquence, une

relation spirituelle entre tout confrère du scapulaire et l'Ordre du Carmel. Celui-ci est, en effet, le fondé de pouvoir de Marie, son représentant chargé de répandre le scapulaire. Le Carmel est à la confrérie ce que la source est au ruisseau, ce que le tuteur est à son pupille. Il est le dispensateur, l'administrateur immédiat et visible de ce précieux trésor. (Car, ne l’oublions pas, c’est bien aux religieux du Carmel, que la très sainte Vierge s’adressait quand elle disait à saint Simon Stock, leur supérieur général :

“ Reçois, mon cher fils, ce scapulaire, comme la livrée de ma Confrérie. C'est la marque du privilège que j'ai obtenu pour doi et tous les enfants du Carmel” La Mère de Dieu déteimine ici sa pensée ; elle contracte alliance avec l'Ordre même du Carmel, et lui confère ses privilèges.

Aussi, pour recevoir validement ce scapulaire, et jouir de ses avantages, il faut qu'on puisse en vérité être appelé : ## enfant du Carmel. Ce titre est donné quand le général des Carmes, ou tout autre prêtre autorisé par lui, impose le scapulaire. Répétons-le encore une fois, la dévotion au scapulaire n'est pas, comme beaucoup d’autres, une

dévotion isolée; elle est attachée à un Ordre religieux. La dévotion zu Sacré- Cœur, par exemple, ne requiert aucune confrérie. Il suffit d'être dévot privément au Sacré-Cœur, pour avoir droit aux admirables promesses de Notre-Seigneur; mais, pour jouir des privilèges du scapulaire, il faut être affilié à l'Ordre du Carmel. Onne peut aller à Marie par le scapulaire qu’en passant par le Carmel.

L'Ordre du Carmel est donc le propriétaire, ou mieux, le dépositaire, le gardien du scapulaire. Il est là comme dans sa source et son essence. Conséquemment, toute confrérie du scapulaire est une extension de l'Ordre du Carmel, ou, pour parler plus justement, une affiliation à cet Ordre antique, affiliation telle qu’elle communique à chaque membre ce qu'il y a de plus riche et de plus précieux dans les trésors spirituels du Carmel. Ainsi, séparez de l'Ordre du Carmel la confrérie du scapulaire carmélitain, elle cesse d'exister par le fait même; ou bien que l'Ordre luimême disparaisse, toutes les confréries de son scapulaire tombent du même coup.

De là l'importance et l'avantage pour tout membre du scapulaire d'aimer et de

soutenir l'Ordre du Carmel. Plus l'Ordre sera vigoureux, plus ses monastères seront fervents et multipliés; plus fortes, plus vivantes seront ses confréries, parce que chaque monastère est un centre d’action, un foyer qui réchauffe et une source qui alimente chaque confrérie de l'Ordre. La distance, il est vrai, ne diminue en rien la valeur du scapulaire. Ses privilèges, ses avantages restent absolument les mêmes partout, mais la dévotion elle-même, l'attachement à ce scapulaire, la connaissance parfaite de ses privilèges extraordinaires dépendent, en grande partie, des relations, plus ou moins intimes, avec l'Ordre du Carmel.

Les membres du scapulaire, en voyant le Carmel de plus près, estimeront davantage la pénitence, la solitude et la prière continuelle, si souvent méprisées dans le monde.

En songeant que ce sont de tels religieux qui ont reçu la promesse de ne pas aller en enfer, le confrère se sentira pénétré d’un sentiment de vénération envers ces enfants privilégiés de Marie, et il portera le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmei avec une dévotion plus profonde, il sera naturellement porté à imiter ses devanciers dans

la vie spirituelle. Ainsi il bénéficiera du voisinage du Carmel, il recevra comme une étincelle du feu divin dont brûlent les enfants de la bienheureuse Vierge Marie.

Avantage pour un pays, pour une localité d’avoir un Carmel.— L'époque que nous traversons semble entraîner avec elle, toutes les forces de l'esprit vers la matière, Là paraît se borner le développement et le progrès des sciences. Affirmer, dans de telles circonstances qu’une communauté qui ne fait que prier, est un grand avantage pour la localité qui la reçoit, est chose délicate, parfois même diffcile.

Comme cette question ne touche qu'indirectement à notre sujet, nous n’en dirons qu’un mot, et encore, nous l’emprunterons d’un religieux plus compétent que nous en cette matière. Toutefois, nous ne pouvons résister à la pensée de rapporter, auparavant, une conversion bien merveilleuse, opérée sans doute par le scapulaire, mais aussi préparée et obtenue en grande partie par les prières ferventes d’un couvent de Carmélites. |

Il s’agit d’un franc-maçon endurci et sur le point de mourir dans le désespoir. Le malheureux habitait tout près d’un monas-

tère de Carmélites. Les religieuses, averties de l’état déplorable du pécheur, se mettent en prières et lui envoient un scapulaire.

Voici le fait assez récent, tel qu'il est raconté dans les CAroniques du Carmel.

Exemple. — Un franc-maçon converti par le saint scapulaire et les prières des Carmélites. — Pendant l'automne de l'année 1873, un franc-maçon très malade, habitait une maison située dans le voisinage d'un couvent de Carmélites. (Celles-ci, averties de l’état déplorable de ce pauvre pécheur adressèrent à Dieu de ferventes prières pour lui. La figure de ce malheureux était rongée par un cancer affreux, le mal empirant toujours, il fallut le transporter à l'hôpital, où il fut soigné par des religieuses. Mais à l’hospice, pas plus que chez lui, il ne voulait entendre parler de confession. Les Carmélites lui envoyèrent un saint scapulaire que les hospitalières placèrent, à son insu, sous son oreiller. A partir de ce moment, il devint si furieux qu'on fut obligé de retirer le scapulaire.

Peu après, comme il allait plus mal, on le lui passa au cou, pour ainsi dire de force.

O miracle ! la même nuit, il demanda de lui-même un prêtre, il se confessa avec un

repentir sincère, il reçut ensuite une parcelle de la sainte hostie, car il ne pouvait presque plus rien avaler. Sur le point de mourir, il s'écriait d’un ton ému : “ Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde, .... bienheureuses donc les bonnes religieuses Carmélites qui, malgré mon endurcissement, n’ont cessé d’implorer la miséricorde divine pour moi, pauvre pécheur: elles obtiendront certainement miséricorde, et par elles, j'espère que le bon Dieu aura pitié de moi.” Après avoir prononcé ces paroles, il s'endormit doucement dans le Seigneur. O quel précieux trésor est le saint scapulaire que la Mère de Dieu nous a apporté du ciel. La vertu triomphe des cœurs les plus endurcis (1).

Quel avantage inestimable d’avoir un monastère de Carmélites priant, s’immolant sans cesse pour la conversion des pécheurs.

Qur serait-il arrivé, si ce malheureux francmaçon n’eût pas habité dans le voisinage d'un Carmel? Eîût-il bénificié de l'avantage de tant de prières, et les personnes de sa maison, laissées à elles-mêmes, auraient-elles eu le courage, ou même la

(1) Chroniques du Carmel, de Bruxelles,année 1891, No. 7, page 237. À

pensée, de passer de force le scapulaire au cou de cet endurci ?

Comme on le voit, l'Ordre du Carmel apporte des biens inappréciables partout où il existe. Les monastères de Carmélites, comme d’ailleurs ceux de tous les ordres contemplatifs, sont par excellence des maisons de prière et de pénitence.

Chaque Carmel est un sanctuaire d’expiation, un paratonnerre placé au sommet de nos cités, une sauvegarde pour nos sociétés.

Pour être logique, chaque ville devrait avoir autant de maisons d’expiation, autant de lieux de prière et de pénitence, qu'elle tolère de maisons de crimes et de débauches.

Afin de mieux faire sentir quelles bénédictions un Carmel apporte à la ville qui le reçoit, citons quelques passages du sermon que le Révérend Père Braun, de la Compagnie de Jésus, prononça lors de l’installation des Carmélites à Montréal.

L'orateur, après avoir développé le dogme de ia Communion des Saints dans un premier paint, développa le second en ces termes :

‘“ La fonction du Carmel, dit ce Père, sa vocation, c'est d'affaiblir, par l’immolation et

8o LE SCAPULAIRE

par l'exemple, les principes de mort qui minent les sociétés ; c’est d'obtenir, par une prière continuelle, la grâce qui assure aux sociétés la stabilité et la vie.

“ La prière, mes frères, la prière voilà la puissance du Carmel; voilà par quel moyen la silencieuse Carmélite, éloignée du monde, cachée derrière ses grilles, appelle sur le monde et sur les âmes la grâce, sans laquelle le monde ne saurait durer, ni les âmes vivre.

“ C'est la prière qui appelle la grâce, c'est donc par la prière que la vie surnaturelle se répand et s’augmente dans la société qui forme le corps mystique de Jésus-Christ.

C'est par la prière que la vertu s’affermit et prend un nouvel essor.

“ Qu'elle est donc glorieuse, qu’elle est nécessaire à la société la fonction de ces âmes que Dieu s’est choisies et qu'il appelle à mener une vie de prière, de contemplation et d’oraison.

‘“ La prière est la respiration de l'âme :

elle attire, elle soutient, elle conserve la vie. Que la respiration cesse, le corps animal perd la vie; que la prière vienne à cesser, le corps mystique perdrait la vie; que la prière se relâche, il y aura malaise,

faiblesse et souffrance. Or, Dieu, dans son infinie bonté, veut qu'une vie plus abondante se répande sur notre Canada, voilà pourquoi Dieu nous envoie des Carmélites.

“ N'est-ce pas en effet, par la prière des âmes pieuses et vouées à la contemplation que Dieu s’est plu à opérer tant de miracles, et à rappeler tant de pécheurs à la vie de la grâce ?— L’'Ancien et le Nouveau Testament sont pleins de ces exemples. Qu'Elie, le père du Carmel, ressuscite un mort, c’est à la prière d’une femme (1). Qu'Elisée, son disciple, ressuscite un mort, c’est encore à la prière d’une femme. Et dans le Nouveau Testament, Jésus rend la vie au fils de la veuve, à la porte de Naïm; les larmes de la mère éplorée avaient touché son cœur.

Il ressuscite Lazare : Marthe et Marie avaient prié pour leur frère. N'y a-t-il pas dans notre Canada, un grand nombre de morts à ressusciter ? Parmi les personnes qui vous sont unies par les liens du sang et de l’amitié, n’y a-t-il pas des morts à rendre à la vie? Que les prières donc se multiplient, et les résurrections à la grâce seront plus nombreuses parmi nous.

# Dans le corps humain, les organes de (2) III Roi, chap. XVII, v. 17.

la respiration sont intérieurs, mais leurs fonctions sont les plus importantes : ce sont les fonctions vitales. On peut vivre sans voir, sans entendre, maïs non sans respirer.

L'Eglise ne peut pas exister sans la prière; la sainteté, la vie lui manqueraient.

‘“ Filles de sainte Thérèse, âmes vouées à la prière, vous êtes les organes respiratoires de l'Eglise. Par vous, et par toutes les âmes à qui Dieu a confié la fonction presque exclusive de la prière, la vie se répand plus abondante dans le corps mystique de Jésus-Christ. Vous menez une vie obscure et cachée, on ne voit pas vos travaux pour les âmes, mais vos prières sont le salut d’un grand nombre de pécheurs, vous les rendez à la vie. Un jour on le verra.

“Mes frères, un des plus illustres écrivains et philosophes de notre siècle r = 15 dit quelle est la nécessité de la prière pour le salut de la société. Ecoutez ses paroles et vous remercierez Dieu d’avoir appelé au milieu de vousles Filles de sainte Thérèse :

“ Je crois, dit ce philosophe chrétien, que “ ceux qui prient font plus pour le monde, “que ceux qui combattent, et que, si le ‘“ monde va de mal en pis, c'est qu'il y a “ plus de batailles que de prières. Si nous

“ pouvions pénétrer dans les secrets de ‘“ Dieu et de l’histoire, je suis convaincu “ que nous serions saisis d’admiration de- “ vant les merveilleux effets de la prière, ‘“ même dans les choses humaines. Pour “ que la société soit en repos, il faut qu'il y “ait un certain équilibre, que Dieu seul “ connaît, entre les prières et les actions, “ entre la vie contemplative et la vie active. “ Je crois, tant ma conviction sur ce point “est forte, que, s’il y avait une seule heure “ d'un seul jour, où la terre n’'envoyât “ aucune prière au ciel, ce jour et cette “ heure serait le dernier jour et la dernière “ heure de l'univers.” —Donoso CorTEs.

‘“ Le monde ne comprend rien à la contemplation des mystères de Jésus-Christ, à la retraite des cloîtres, à la vie silencieuse d'un amour surnaturel, sans partage, et d'une prière qui ne cesse ni jour, ni nuit.

Chose étrange! Ce sont les siècles et les pays qui ont le plus besoin des secours d'en haut, qui comprennent le moins la nécessité d’une pareille intercession auprès de Dieu.

‘ La manifestation extérieure, le mouvement actif et visible de la charité chrétienne gardent leurs attraits, même aux époques

les plus troublées. Pourquoi faut-il que la notion de la charité, dans sa forme la plus surnaturelle, l'attitude de Moïse en prière sur la montage, ou de Marie-Madeleine assise aux pieds du Sauveur, le sacrifice à sa plus haute puissance, la continuation par les âmes privilégiées des immolations de Gethsémani et du Golgotha, ne soient plus comprises que d’un très petit nombre ? — Comme si l’œuvre de notre rédemption eut été complète par les seules œuvres de miséricorde extérieure du Divin Maitre!

comme si dans l’agonie et sur la croix, Jésus n'avait pas plus fait pour la gloire de Dieu et le salut du monde, que quand il rendait la vue’ aux aveugles et la santé aux malades ! ”

Qui a l'intelligence spirituelle des hautes vérités que le Révérend Père vient de nous enseigner dans son allocution ? — Un certain nombre de bons catholiques sans doute ... mais en général on a une fausse idée de l’importante fonction des ordres contemplatifs dans la société. On ne les envisage pas sous leur véritable point de vu. C’est un malheur.

Mais, dira-t-on peut-être, les ordres contemplatifs vivent d'aumônes. Ils sont une

charge à la localité qui les reçoit? D'abord, presque tous les Ordres contemplatifs vivent en grande partie du travail de leurs mains. D'ailleurs, l’aumêône n'a jamais appauvri personne. Au contraire, l'Esprit saint nous dit: “Celuï-là prête à Dieu à intérêt qui a pitié du pauvre; et il lui rendya son Gienfait (1). Et l'on pourrait ajouter: Celui qui donne aux pauvres volontaires partage le centuple promis à ces âmes d'élite. Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit: Donnez... et l’on vous donnera,

Ce qui appauvrit, ce qui fait la misère de la famiile et d’un peuple, ce sont les dépenses inutiles. C'est le luxe de la table, des habits ; c’est la dépense des voyages, des théâtres, etc., etc, mais jamais l’aumône. Que l’on donne en bonnes œuvres, non pas tout ce que l’on dépense inutilement, mais simplement la moitié des sommes dissipées en boissons enivrantes, et chaque ville pourra non seulement soutenir les ordres contemplatifs, mais encore fonder et supporter ses hôpitaux, ses orphelinats, etc., sans aucun autre revenu,

Qu'on nous permette une toute petite digression. Les faits que nous allons citer

(1) Prov. XIX, v. 17.

ne manqueront pas de convaincre les plus incrédules.

Il y a dans une ville de cette province une maison faisant un commerce d’épicerie, qui vend chaque année, pour guatre cent mille piastres ($400,000.00) de boissons enivrantes. Notons, en passant, que sur cette sommme, la vente du wiskey fabriqué au pays fournit plus de $200,000.00, En supposant que cinq maisons de ce genre atteignent le chiffre de deux millions de Diastres, on a déjà un aperçu des sommes incalculables dépensées pour cette boisson funeste,

Voici maintenant le montant dépensé dans deux paroisses de la campagne : l’une a payé à un seul marchand licencié $4,000.00 dans l’espace de 4 mois; l’autre, encore peu avancée, a payé en 14 mois, à un seul aubergiste, plus de $6,000.00 ” (1).

D'après les statistiques fournies à la Semaine Religieuse de Montréal, quand en Canada les dépenses totales pour le pain et la viande. sont de $44,150,000.00, celles pour les boissons fortes sont de cinquante millions de piastres, $50,000,000.00 (2) ;

(r) Lettre pastorale de Mgr Laflèche, No 205, p. 188. (2) Semaine Religieuse de Montréal, 12 février 1898.

vraiment, c'est à n’y pas croire! Que de bonnes œuvres ne ferait-on pas avec la moitié de cette somme ?

La consommation du tabac n'est pas moins exorbitante. Sans parler du tabac en feuilles vendu sur le marché, ni de celui que: les cultivateurs récoltent pour eux-mêmes, les statistiques de l’année 1895-96 nous font constater qu'il se dépense annuellement pour la somme de sept millions de piastres (1).

En face de telles statistiques, il ne serait pas hors de propos de dire un mot de ce que l’on doit donner pour l'entretien du:

culte et des pasteurs. Nous voulons parler de la Dîme et des offrandes faites pour le culte divin. Ces dons religieux paraîtraient: petits en comparaison des sommes énormes:

dépensées pour les boissons et le tabac.

Mais nous avons hâte de revenir à notre sujet. Nous ferons plutôt quelques considérations spéciales sur cette question à la fin de ce présent ouvrage.

(1) Il se consomme chaque année tout près de dix millions de livres de tabac préparé et au delà de cent millions de cigares. Or, en calculant le tabac à quarante sous (0.40 cts) la livre, et les cigares à trois sous (0.03 cts) le cigare, nous aurons la somme de sept millions de piastres.

fc

sc CHAPITRE VI Fe Communion des saints en général — Com- de munion particulière entre l'Ordre du Car- ne mel et la Confrérie de son scapulaire — qt Richesses spirituelles du Carmel— Pri- co vilèges, indulgences — Bonnes œuvres : gr

et mérites des saints de l'Ordre. qu

ES

J EVENONS au scapulaire et , essayons de faire connaître son riche trésor spirituel.

Toutefois, comme la Communion des saints est le fondement et le principe fécond de ces richesses, nous dirons première- | ment un mot de la communion des saints

en général ; nous parlerons, en second lieu,

de la communion particulière qui existe

entre l'Ordre du Carmel et sa confrérie.

La communion des saints en général. — Dans le symbole que nous récitons tous les jours, nous disons: Ÿe crois la communion des saints. Par cet article de foi, dit Mgr Gaume, nous faisons profession de croire que tous les membres de l'Eglise sont unis entre eux ; ceux qui sont au ciel, ceux qui sont sur la terre, et ceux qui sont dans le purgatoire. Par ce même article, nous faisons également profession de croire que tous les biens spirituels de l'Eglise sont commüns entre les fidèles, en sorte que, les grâces que chacun reçoit, les bonnes œuvres que chacun pratique profitent à tout le corps et à chaque membre de l'Eglise. En vertu de cette union, toutes les bonnes œuvres, telles que la sainte messe, la communion, l’aumône, etc., etc., servent à tous les fidèles de la terre s'ils sont en état de grâce (1).

Citons un exemple à l'appui de cette doctrine.

Exemple.— Dans son traité sur le purgatoire, l'abbé Louvet rapporte qu'un religieux dominicain décéda le même jour que le bienheureux Gilles, l’un des disciples de saint François d'Assise. Or,

(r) Mgr. Gaume, Catéchisme de Persévérance t. IV, p. 96.

quelques jours après son décès, le dominicain apparut à l’un de ses frères et lui dit : “ Je suis bienheureux d’être mort le même jour qu'un frère mineur nommé Gilles.

En récompense de ses grands mérites, cet illustre saint obtint la faveur d'introduire, avec lui dans le ciel, la plupart des âmes détenues dans le purgatoire. J'ai été de ce nombre, et me voici délivré par les mérites de ce grand saint (1).”

Ce fait indique sans doute une faveur sur laquelle il ne faut ordinairement pas compter ; mais il ne suppose pas moins l’existence d’une communion spirituelle entre les fidèles. Car, après tout, un seul religieux a pratiqué de grandes vertus, et ses mérites personnels ont obtenu la délivrance d’un grand nombre d’âmes du purgatoire. Un seul s'est sanctifié, et plusieurs en ont profité Essayons d’avoir une vue d'ensemble sur cette vérité doctrinale.

Le fondement, le principe vital de la communion des saints n’est autre que Jésus lui-même. Il se communique par la grâce sanctifiante à tous ses élus, et, par cette communication, il leur infuse une vie spiri-

(x) Les Petits Bollandistes, le 23 avril, t. IV, p. 630.

DE N.-D. DU MONT-CARMEL gi

tuelle. Notons en passant que quatre vies différentes résident dans l’homme. La vie végétative, la vie sensitive, la vie intellectuelle, la vie surnaturelle. L'idiot jouit des deux premières. L'homme qui comprend et qui raisonne, possède la vie intellectuelle. La vie surnaturelle s'ajoute aux trois autres ; elle a pour racine la foi, mais elle n’est complète que par la charité. C'est de cette vie surnaturelle que nos premiers parents furent privés par leurdésobéissance.

C'est cette même vie que Notre-Seigneur a méritée pour tous les hommes par sa sainte passion. Or cette vie surnaturelle, qui n’est autre que la communication de la vie divine dans les cœurs, est ne et zndivisible. Bien qu’elle soit propre à chaque juste qui la possède, elle n’est pas étrangère à tous les autres membres du corps mystique de Jésus-Christ. Elle est le principe d'union de tous les justes, comme la vie naturelle est le principe qui unit tous les membres du corps. Or, comme c’est par l'unité de la vie naturelle que les membres du corps entrent en participation de biens et de maux, en sorte que, la joie ou la douleur d'un seul membre est ressentie par tous les autres; ainsi, c'est par l'unité de

la vie surnaturelle que les âmes entrent en communauté de biens spirituels. En vertu de cette union, le plus humble mendiant peut soulager les maux du plus grand roi; et l’inconnue Carmélite peut, du fond de son cloître, appliquer le fruit de ses prières et de ses pénitences aux habitants des régions les plus éloignées de la terre.

La communion des saints s’alimente d’une triple source :

1° Des mérites infinies de Notre-Seigneur, de ceux de la très sainte Vierge et des saints.

2° Du trésor spirituel de l'Eglise, qui consiste dans les fruits du saint sacrifice de la messe, des sacrements, des rites sacrés, et de toutes les bonnes œuvres et prières faites au nom de l'Eglise, etc., etc.

3° Enfin, des mérites individuels des fidèles, c’est-à-dire, du fruit des pénitences, des prières, des bonnes œuvres que chaque fidèle verse dans le trésor de l'Eglise.

C'est cette triple source qui alimente le grand leuve dans la Communion des saints, dont les eaux bienfaisantes arosent l’univers entier. Les mérites de Notre-Seigneur s'étendent à tous les fidèles sans exception.

Les biens spirituels de l'Eglise sont mis

en commun, selon que cela se pratique dans toute famille bien réglée. Il faut cependant distinguer différentes sources de richesses : d’abord, en vertu des mérites surabondants de Notre-Seigneur, toutes les âmes, à quelque triste condition qu’elles soient réduites, reçoivent toujours les grâces nécessaires à leur salut. Puis la sainte Eglise a reçu en dépôt, pour les fidèles dont elle est la mère, des trésors inestimables, savoir :

les sacrements, les indulgences, les prières publiques, etc., etc. — Enfin chacun s’enrichit lui-même, par ses prières, ses bonnes œuvres, la réception des sacrements, etc.; et il peut librement disposer, non pas du mérite qui consiste dans le droit à une augmentation de grâce sanctifiante ici-bas, et de gloire dans le ciel, mais de la valeur satisfactoire de ses actions, faites en état de grâce, afin de soulager les âmes du purgatoire; il peut encore disposer de la valeur impétratoire de ses prières, afin d'obtenir aux vivants des grâces de conversion et de persévérance, et aux défunts la prompte délivrance du Purgatoire.

Cette application se fait par manière de suffrage ou d'intercession. Elle a certaine-

ment une grande efficacité. Le trait suivant nous en offre un témoignage frappant.

Exemple. — Une âme délivrée du purgatoire par les mérites d'un pieux chanoine, el par les prières de toute une assemblée. — Un prédicateur se livrait un jour à l’ardeur de son zèle apostolique. Soudain, au milieu de son sermon, une femme, connue par ses désordres, se lève dans l’assemblée.

— “ Mon Père, s'écrie-t-elle, tout en larmes, confessez-moi tout de suite.” Le prédicateur l'engage à se calmer et à attendre la fin du sermon. La pauvre femme se tait en effet, mais, un moment après, elle s’écrie de nouveau : “ O ! serviteur de Dieu, ayez pitié de cette malheureuse pécheresse, et accordez-lui l'absolution de ses énormes fautes.’— On lui impose silence, elle se rassied. Mais au bout de. quelque temps elle s’écrie encore : “ Point de retard, mon Père, je vous en supplie...la douleur de mes fautes me brise, ... je meurs...” A ces mots, elle tombe sur le pavé et elle expire aussitôt.

Le prédicateur, désolé de n'avoir: pas acquiescé à la demande de cette femme,

pria ses auditeurs de s’unir à lui pour implorer la divine miséricorde en faveur de cette pécheresse.. Il jeûna lui-même trois jours à cette intention. La troisième nuit après son décès, la défunte lui apparut avec une figure rayonnante et lui dit : —“ Voici la pécheresse pour laquelle vous avez tant prié Aujourd’hui même est passé à la vie bienheureuse, le grand serviteur de Dieu, Jean de Nivelle, chanoine de Liège, dont la vie s’est écoulée dans la pratique de toutes les bonnes œuvres, particulitrement des œuvres de miséricorde, C'est pourquoi Dieu lui a accordé de délivrer un trés grand nombre d’âmes du purgatoire, J'ai été de cette troupe privilégiée, c'est la raison pour laquelle le temps de mon expiation a été si court.”

Le religieux qui avait eu cette vision, s'empressa d'écrire à Liège, et il apprit des chanoines qu’effectivement, ce jout-là, Jean de Nivelle, leur confrére, avait fait une mort précieuse devant le Seigneur (1).

Union particulière entre l'Ordre du Carmel et la confrérie de son scapujaire. — On n’en peut douter, la prompte

(1) Louvet, Le Purgatoire, d'après les révélations des saints, page 215,

délivrance dont nous venons de parler, est due aux mérites individuels d’un chanoine et aux prières ferventes d’un pieux auditoire. Il y a donc, outre le trésor général de l'Eglise, une richesse spirituelle que chacun peu recueillir aans le fruit de ses bonnes œuvres personnelles. Or, nous l'avons vu, Dieu permet à tous les fidèles de communiquer leurs biens spirituels, à leurs semblables par voie de suffrage. En plus de cette communion générale des saints, il peut conséquemment se former une union admirable, particulière, soit:entre des personnes qui conviennent de mettre en commun leurs biens spirituels, soit entre les associés d’une confrérie religieuse, soit enfin entre les membres d'une même famille monastique.

Cette communion spéciale suppose la première qui en est l’origine, le fondement et le printipe fécond. Cette seconde communion n'est, en définitive, que l'effet, l'application de la première sous une autre - forme : ou plutôt, c’est la communion générale des saints dans son plus bel épanouissement, vu que, aux mérites infinis de Notre-Seigneur, à ceux de la très sainte Vierge et des saints, enfin au trésor commun

de l'Eglise viennent s'ajouter tous les fruits spirituels des bonnes œuvres individuelles pratiquées et offertes par un grand nombre d’âmes d'élite. C'est cette addition d'œuvres privées, si je puis ainsi parler, qui caractérise cette seconde communion ces saints. Voilà pourquoi on l'appelle cowmunion particulière.

Un moyen simple et puissant de s’assurer une large part dans les mérites d’un grand nombre de bonnes œuvres, c'est de s'associer à une famille religieuse fervente, dont la fonction spéciale est toute de prière et d’expiation. Telle est la vocation du Carmel. Il s'en suit que la confrérie du scapulaire de Notre-Dame garantit, à ceux qui en sont membres, une ample participation à toutes les prières, bonnes œuvres, privilèges de cet Ordre antique, ainsi qu'aux mérites de tous les saints qui l'ont illustré. En un mot, c’est un héritage spirituel qui est acquis à tous les associés du saint scapulaire. C'est l’union de famille sous son plus noble aspect entre l'Ordre du Carmel et ses agrégés ou, si l’on veut, c'est une nouvelle famille qui se forme dans la grande famille chrétienne dont Notre- Seigneur est le chef commun.

Afin de mieux saisir cette affinité, cette union de famille, établissons une comparaison. Tous les hommes sont frères en Adam; conséquemment, tous se doivent assistance et secours mutuels. C'est le précepte général de la charité fraternelle.

Toutefois, il y a des degrés dans c= précepte, qui varie et devient plus étroit selon la nature des relations. Ainsi, les habitants d'un même pays sont plus unis entre eux qu'avec les étrangers ; parce que, à la fraternité universelle s'ajoute le lien du patriotisme.

Mais, de toutes les fraternités naturelles, la plus sacrée, la plus étroite, la plus féconde en bienfaits c'est, sans contredit, la fraternité qui existe entre les membres d’une même famille. Glissons sur les liens d’affections, pour ne considérer que la communauté de biens et de maux. D'abord, la fortune des parents est la fortune des enfants ; ils ont le droit d'y puiser selon leurs besoins. Si les parents sont riches, les enfants le sont aussi ; si ia famille a des privilèges, les enfants en jouissent. Ce n'est pas tout, entre frère et sœur, on donne sans compter; on se dévoue jusqu'à l'oubli de soi.

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Or, ce qui se passe dans l'ordre naturel, se reproduit avec une perfection infiniment plus grande, dans l’ordre surnaturel.

La communion des saints, dans sa plus large acception, embrasse l'humanité entière; c’est la communion des saints représentée par la fraternité en Adam.

La fraternité que crée le patriotisme, figure une communion des saints plus pleine et plus parfaite : c'est celle qui existe entre tous les chrétiens.

Enfin, la fraternité du sang, ou de la famille, est le symbole frappant de la fraternité parfaite qui s'établit entre l'Ordre du Carmel et les confrères du scapulaire. C’est la communion des saints dans une de ses plus splendides efflorescences. Oui, tous les fidèles, revêtus du scapulaire, sont de la famille du Carmel. Le Carmel les a adoptés en les couvrant de son habit. Ils sont devenus ses vrais enfants ; et, à ce titre, par une concession formelle de ce saint Ordre, ils ont un droit spécial, incontestable à toutes les prières, pénitences, bonnes œuvres, ainsi qu'à un grand nombre de privilèges dont le Carmel dispose en leur faveur. Si donc, chers confrères du scapulaire, le Carmel possède de riches trésors,

des privilèges inappréciables, des mérites abondants, réjouissez-vous : tout cela est à vous. (C'est votre patrimoine, votre propriété.

Il est peut-être utile de donner dès maintenant un aperçu général des richesses proverbiales du Carmel. A cette fin, entrouvrons quelque peu la porte du sanctuaire qui renferme le trésor spirituel de cet Ordre béni.

Au premier coup d'œil, nous y découvrons une triple mine :

1° Celle des privilèges insignes accordés au Carmel par la très sainte Vierge.

2° Celle des riches indulgences et des grandes faveurs dont l'Eglise l’a gratifié.

3° Enfin celle des mérites abondants, des prières ferventes, des bonnes œuvres sans nombre, fruits précieux de l'Ordre et de ses saints.

Toutefois, nous nous bornerons à ne donner ici qu’une simple indication de cette triple mine.

Privilèges accordés au Carmel par la très sainte Vierge. — Premier privilège.— Le premier privilège, on le sait, consiste à exempter de l'enfer quiconque meurt revêtu du scapulaire du Carmel. Ce

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