CHAPITRE XIII
Second privilège du scapulaire—La prompte délivrance du purgatoire — Authenticité de ce privilège — Décret du pape Paul V et explication du décret — Trait — Confiance d’uue jeune enfant dans la bonté de Marie.
ee OMME nous l'avons vu au chapitre précédent, il existe un purgatoire ; même parmi les chrétiens fervents, la plupart y vont, et les peines qu'ils y endurent sont longues et terribles.
Ce n’est donc pas sans raison, que la très sainte Vierge promet de secourir ses enfants du scapulaire jusque dans ce lieu de souffrance.
Second privilège.--Non contente de préserver des flammes éternelles les con-
frères qui meurent revêtus du scapulaire, la Vierge clémente s'engage encore à les consoler, à les soulager dans le purgatoire, surtout le samedi, jour qui lui est consacré, et à les faire entrer au ciel le plus tôt possible. C'est cette promesse mémorable qui constitue le second grand privilège du scaoulaire. Elle fut faite, environ soixante-dix ans après la première, au pape Jean XXII qui la publia dans une bulle célèbre, communément appelée Bulle sabbatine, en date du 3 mars 1322. | Authenticité de ce privilège.—L'authenticité d’un privilège si extraordinaire fut attaquée à diverses reprises avec une violence extrême ; mais plusieurs souverains pontifes en prirent la défense. Enfin, Paul V, en 1613, fit publier un décret général dans lequel,—sans mentionner certains détails sur lesquels la controverse demeure libre,—il déclare et ordonne ce qui suit :
“Il est permis aux Pères Carmes de précher que les fidèles peuvent admettre la pieuse croyance du secours accordé, après leur mort, aux religieux et aux confrères de l'association de Notre-Dame du Mont- Carmel. Il est permis en effet de croire que la très sainte Vierge aidera les âmes des
religieux et des confrères morts en état de grâce, pourvu qu'ils aient porté pendant leur vie le scapulaire, gardé la chasteté selon leur état et récité le petit office de la sainte Vierge, ou, s'ils ne savent pas lire, pourvu qu'ils aient observé les jeûnes de l'Eglise et se soient abstenus de manger de la viande le mercredi et le samedi, à moins que la fête de Noël ne tombe l’un de ces jours. Les prières continuelles de Marie, ses pieux suffrages, ses mérites et sa spéciale protection leur sont assurés après leur mort, surtout le samedi, qui est le jour consacré par l'Eglise à la très sainte Vierge (1).
Ce n'est pas tout, un siècle plus tard, le pape Benoit XIII, voulant sans doute augmenter dans les âmes la dévotion du
(1) La traduction que nous donnons plus haut est empruntée à Beringer, traité des Indulg. tom. II, p. 198. Voici le texte latin :
Patribus Carmelitanis permittatur prædicare, quod po-
ulus christianus possit pie credere de adjutorio animarum Ératrum et compatrum in Charitzte decedentium, qui in vita habitum gestaverint, et castititem pro suo statu coluerint, Officiumque parvum recitavsrint, vel si recitare nesciverint, Ecclesiæ jejunia observaverint, et Feria quarta, et Sabbatho a carnibus abstinuerint nisi ubi in iis diebus Nativitatis Domini Festum inciderit, suis intercessionibus continuis, suis que suffragiis et meritis, et speciali protectione post corum transitum,
ræcipue in die Sabbathi (qui dies ab Ecclesia eidem B. Virgini dicatus est) adjuturam.
(Benoit XIV. De festis B. Mariæ Virginis tom. II, p. 298).
scapulaire et en faire apprécier davantage le second privilège, ordonna que dans toute l'Eglise, chaque année, le 16 juillet, l’on réciterait l’office et l’on dirait la messe de Notre-Dame du Mont-Carmel. A cette occasion, il fit insérer dans le Préviaire Romain, une leçon— la sixième—qui, tout en reproduisant la substance du décret de Paul V, fait connaître davantage l'affection et la sollicitude maternelle dont la Vierge Marie entourera ses protégés du purgatoire. Citons quelques-unes de ces paroles si encourageantes que tous les prêtres récitent en la belle fête de N.-D. du Mont-Carmel.
“ La très sainte Vierge ne borna pas à la vie présente les nombreuses prérogatives qu’elle prodiguait à un Ordre qui lui était si agréable; mais il est permis de croire pieusembnt que, comme sa puissance et sa bonté éclatent partout, elle console, avec une tendresse toute maternelle, dans l’autre vie, tandis qu’ils sont purifiés par les feux du purgatoire, ceux de ses enfants qui, admis dans la confrérie du saint scapulaire, ont été fidèles à observer les conditions requises, et qu’elle leur obtient de Dieu l'entrée du ciel le plus promptement possible.”
Pesons maintenant chacun des termes de ces documents qui méritent toute notre vénération et toute notre confiance.
1° Permission accordée aux Pères Carmes.—D'abord c'est de ROME que les Pères Carmes reçoivent la permission de prêcher partout le privilège tel qu'il est expliqué ci-après. On ne peut donc les accuser de propager une doctrine douteuse, suspecte ou téméraire sans en faire tomber la responsabilité sur le souverain pontife lui-même, qui leur donne solennellement cette autorisation.
2° Le peuple chrétien peut croire à ce privilège insigne.—Il ne s’agit pas d'imposer aux fidèles la croyance à ce grand privilège. La sainte Eglise se contente de dire qu'ils peuvent y croire pieusement, sans les y obliger. Comme, en effet, il n’est ici question que d’une révélation privée et d'une dévotion qui n’est pas indispensable au salut, on comprend facilement que cette adhésion soit laissée dans le domaine de la piété. Toutefois, en accordant de nombreuses indulgences à l'usage du scapulaire, et en déclarant expressément que la croyance à ce privilège est pieuse, l'Eglise encourage par là même les fidèles
à l’'admettre avec une entière confiance.
Ainsi donc le téméraire qui prétendrait que cette croyance n'est pas conforme aux règles d’une piété solide et éclairée, se rendrait coupable d’injustice envers les Pères Carmes et d'irrévérance envers l'Eglise elle-même.
3° À qui cette promesse est-elle faite P—Cette faveur insigne est réservée à trois classes de personnes que la très sainte Vierge veut spécialement protéger dans le purgatoire, moyennant certaines conditions qui seront indiquées plus loin. Ces personnes sont : 1° les religieux et religieuses du Carmel ; 2° les tertiaires de ce même Ordre; 3° enfin les membres de la confrérie du scapulaire.
4 Sens et portée de cette précieuse promesse.—Pour avoir une juste idée de la valeur du second privilège, il ne faut pas perdre de vue le délaissement, les angoisses, la douleur où se trouvent les justes dans le purgatoire. Pendant leur vie terrestre, Dieu exerçait envers eux sa bonté et sa miséricorde ; mais en sortant de ce monde, ils sont tombés sous l'empire de la justice divine qui les contraindra à payer leurs dettes jusqu’à la dernière obole.
Notre-Seigneur n’a pas jugé à propos de nous révéler tous les secrets de cette prison si sainte mais en même temps si redoutable; toutefois, ce que la tradition et l’enseignement de l'Eglise nous en font connaître suffit pour nous inspirer une salutaire frayeur. De plus, Dieu a bien voulu, parles révélations de plusieurs saints, nous mettre en état de plonger nos regards dans ces brûlants abîmes, et d'entendre les gémissements de ces saintes âmes à qui l'Eglise fait dire dans l'office des morts : “ Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous, au moins, qui êtes mes amis, parce que la main de Dieu m'a touché.” Il est donc prudent de s'assurer dès maintenant la protection d’une mère qui nous soulagera jusque dans le purgatoire.
Sans doute, la très sainte Vierge s'intéresse avec une tendre sollicitude à tous les enfants de l'Eglise souffrante; mais elle a daigné promettre un secours spécial à ceux qui auront porté son scapulaire. Dès leur entrée dans le purgatoire, elle s’empresse de les assister avec une tendresse toute maternelle; elle déploie en leur faveur l'efficacité de sa miséricorde, de sa puissance et de ses suffrages. Mais, le samedi, ‘jour qui lui est spécialement consacré par
l'Eglise, la sainte Vierge, toujours fidèle à ses promesses, redouble d'efforts, et ne se donne pas de repos qu'elle ne les ait introduits dans la céleste patrie.
Pendant leur cruelle captivité, la Mère de Dieu ne se contente pas de diminuer les douleurs de ses enfants souffrants, mais encore elle les console dans leurs tristesses et leur isolement. Qui pourrait se former une idée des témoignages de tendresse qu'elle leur prodigue? Il faudrait pour cela comprendre l'affection toute maternelle qu’elle porte à ses enfants privilégiés; ce qui n’est pas possible ici-bas. La promesse d’avoir dans l’autre vie une mère qui nous recevra avec tendresse est bien de nature à calmer l’effroi que nous cause souvent la pensée de la mort. C'est le bel exemple que vous offre le trait suivant.
Exemple.—Confiance d'une enfant dans la bonté de Marie.—A\] y a neuf ans, raconte un prêtre, j'étais appelé près d’une jeune enfant qui se mourait. — “ Mon enfant, lui dis-je, vous souffrez bien ?—Pas beaucoup. Mais, ajoutait-elle, en sanglotant, j'ai bién peur de la mort.—De la mort ?—Mais vous ne savez donc pas ce que c’est que la mort ?—Non.—La mort c’est le chemin le
plus direct pour aller au ciel, c’est la petite porte par laquelle on passe pour y entrer, et, une fois cette porte dépassée, la sainte Vierge vient elle-même à la rencontre de ses enfants.”
‘“ Oh! alors, je veux mourir, mais ditesmoi bien comment il faudra m'y prendre pour la saluer, lui parler, et pour être polie avec elle.”
Devant une naïveté aussi angélique, je créai une petite scène d'entrée au ciel où je mettais ma malade en dialogue avec la sainte Vierge.
À un moment donné, l'enfant s’écria :
“ C'est ça, j'ai compris: En entrant au ciel, je dirai tout de suite que je veux parler à la sainte Vierge. Si on me dit qu’elle a trop à faire, je répondrai que j'ai le temps de lattendre, et dès qu'elle pourra venir, je me jetterai à son cou en l’embrassant, et je lui dirai que je suis sa fille” —Parfaitement, mon enfant.—Et je partis heureux d’avoir pu rassurer ma petite malade,
Le 13 avril, au soir, elle me fit appeler :
‘ Mais, me dit-elle, vous avez oublié de me recevoir du scapulaire. . . .Si je partais sans ce petit habit, c'est la sainte Vierge qui ne serait pas contente!” Je lui imposai donc
ne onc
le saint habit de Marie. “ Oh ! que je suis heureuse ! me dit-elle, maintenant je n’ai plus qu'à mourir ; à propos, quand faut-il partir ? demain ?” Non, lui dis-je en souriant, pas demain; partez le 16. J'avais dit le 16, simplement pour la contenter. Or, le samedi 16 avril, dès sept heures du matin, j'allai voir ma petite malade, mais elle était partie pour aller voir Marie à quatre heures. Vous jugez de mon émotion (1).
Comme on le voit, le second Privilège du scapulaire offre des avantages très précieux, et qui sont de nature à inspirer au confrère du Carmel une confiance pleine de joie et d'espérance dans la Reine du ciel. Toutefois, il faut bien se garder d’une fausse sécurité qui nous ferait négliger l’expiation de nos fautes dès cette vie, sous prétexte que la très sainte Vierge nous soulagera
dans le purgatoire et nous en fera sortir promptement.
Il ne faut jamais perdre de vue les principes suivants : 1° les secours fournis aux âmes du purgatoire par les bienheureux du ciel et les fidèles de laterre, ont toujours leur efficacité, parce que Dieu l’a promis; 2° en général, Dieu est incliné à les appli-
quer aux âmes pour lesquelles on les offre ; (1) CAroniques du Carmel d’Alost, janvier 1894, page 316.
3° cependant, il s’est réservé le droit de faire participer, chacune des âmes, dans telle mesure qu'il voudra bien fixer luimême; et à moins d’une révélation expresse, nous ignorons, complètement, les secrets de sa sagesse, de sa justice et de sa miséricorde dans la distribution des suffrages offerts pour les défunts. :
Le mystère qui enveloppe les secours que les âmes du purgatoire reçoivent, par n'importe quelle voie, est aussi profond que celui qui nous dérobe leur état après le jugement particulier. En nous cachant ainsi, comment il distribue ses dons, Dieu veut sans doute nous maintenir dans l’humilité, la ferveur et nous inspirer une crainte salutaire, tout en nous excitant à prier indéfiniment pour les fidèles trépassés.
Il pourrait même arriver que le défunt, pour lequel on dit le plus de messes, ou pour lequel on fait le plus de prières, ne soit pas toujours celui qui en bénéficie davantage. Et vraiment si l’on considère la sagesse de Dieu et sa justice, ne paraît-il pas juste que cette application soit plus abondante en faveur de celui qui a été bon envers le prochain, miséricordieux envers les âmes du purgatoire, qu'envers un homme
égoïste, dur à l'égard de ceux qui l’entouirent, froid, indifférent, sans compassion pour ceux qui souffrent. D'ailleurs, Notre- Seigneur n’a-t-il pas dit : On se servira envers vous de la même mesure dont vous aurez usé envers les autres.—Qui sait même, si ces milliers de messes dites pour l’âme d’un riche, qui a évité l'enfer, grâce aux prières et aux larmes d’une pieuse famille, ne sont pas en grande partie appliqué aux victimes de sa dureté et de ses injustices, ou à ces bonnes âmes pour lesquelles personne ne prie en particulier ?—Delà l'importance, non pas de chercher uniquement à s'assurer des messes après sa mort, ce qui est sans contredit une chose excellente, mais encoïe de s'appliquer, en même temps, à être bon et miséricordiceux “nvers le prochain. Ce sera un moyen puissant de participer plus abondamment aux prières et aux bonnes œuvres faites en notre faveur et même quelquefois aux suffrages qui sont offerts pour les autres. Cette considération doit exciter les confrères du scapulaire à détruire les obstacles capables de diminuer en eux l'efficacité des œuvres pies qu'on fera pour le repos de leur âme: car l'assistance promise par la très sainte Vierge est en harmonie avec Îles
règles établies par la sagesse, la bonté et la justice de son divin Fils.
Ces obstacles sont principalement : la dureté envers le prochain, la difficulté à se réconcilier, les aversions envers ceux qui nous déplaisent, l'indifférence envers les pauvres et les âmes du purgatoire, la disposition à cemmettre facilement le péché véniel, sous prétexte qu'on en sera quitte pour un peu de purgatoire, enfin le délai de la conversion jusqu’à la mort, quand, par la miséricorde de Dieu, on a échappé à l'enfer.
L'Eglise approuve qu’on fasse des fondations de messes pouï cent ans, mille ans et même à perpétuité. Elle nous fait comprendre par là que Jésus ne l’a pas initiée à ses secrets sur la durée du purgatoire de n'importe lequel de ses enfants, et qu'il est possible qu'une âme soit si pe: soulagée par les suffrages offerts en sa faveur que son expiation se prolonge jusqu’à la fin du monde.
Toutefois, si des révélations confirment cette juste sévérité de Dieu à l'égard de certaines âmes, nous avons d’autres faits, plus consolants et non moins certains, qui nous font apprécier davantage le grand
privilège d’une prompte délivrance, tel que nous l'avons expliqué plus haut. — Nous avons, entrautres, le témoignage de sainte Thérèse qui fut témoin du fait suivant.
Trait.—Un religieux du Carmel exemplé du purgaloire pour avoir fidèlement observé la règle de l'Ordre. — “ Un très bon religieux de notre Ordre, dit la sainte, était fort malade, je connus dans un grand recueillement, qu'il était mort, et je le vis monter au ciel sans entrer au purgatoire. J'ai appris depuis qu'il était mort, en effet, à la même heure que je l'avais vu. Je fus fort étonné de ce qu'il n'avait point passé par le purgatoire; mais il me fut dit que, pour avoir bien observé sa règle, il avait jout de la grâce accordée à l'Ordre par les Bulles articulières touchant Les peines du purgatoire (1).
Exemple. — Cessez de pleurer. — Une dame d'Otcante, dans le :oyaume de Naples, frappée des précieux avantages du scapulaire, s’empressa de s’en faire recevoir. Elle observa les règles de cette confrérie avec la plus parfaite ponctualité.
Après quelques années, elle tomba malade. Le mal fit de tels progrès, que
(1) Vie de sainte Thérèse par elle-même, ch. XXX VIII,
re
les médecins déclarèrent qu’elle ne passerait pas le mercredi suivant. On était au commencement de la semaine. La pieuse mourante, au contraire, assurait qu'elle mourrait le samedi conformément à la demande qu'elle avait faite chaque jour à Notre-Dame du Mont-Carmel. Son existence se prolongea, comme par miracle; elle rendit en effet son âme à Dieu le samedi, comme elle l'avait espéré.
Sa fille, très pieuse, était inconsolable.
Or, pendant qu’elle épanchait sa douleur dans un oratoire de la très sainte Vierge, un saint homme qui était favorisé de communications surnaturelles, vint la trouver, et lui dit:— Cessez de pleurer, ou plutôt que votre tristesse se change en joie. Je viens vous assurer, de la part de Dieu, qu'aujourd'hui même, samedi, grâce au privilège accordé aux confrères du saint scapulaire, votre mère est montée au ciel.
Réjouissez-vous, car si vous avez perdu une mère ici-bas, vous avez une puissante protectrice au ciel (1).
Conditions pour avoir droit au privilège d'être soulagé dans le purgatoire et d'en sortir promptement. — Pour participer à (1) Chroniques du Carmel, Alost, 1889, No, 6,
la seconde faveur appelée le privilège de la Bulle sabbatine, c'est-à-dire à la prompte délivrance du purgatoire, il faut, outre les conditions requises pour le premier privilège: 1° garder la chasteté de son état.
‘“ L'obligation de garder la chasteté, qui est un devoir général et rigoureux dans tous les états, devient ici une obligation particulière; toutefois, le fait d'appartenir à la confrérie du scapulaire n'empêche pas le changement d'état des confrères... D'autre part, il est juste que les confrères et les consœurs de Marie se distinguent du reste des fidèles par une profession toute spéciale de mœurs chastes, imitant le mieux qu'ils le pourront la pureté de l'auguste Vierge Marie.
“ Un confrère ou une consœur, qui a commis quelque péché contre la pureté, acquiert de nouveau son droit à l'effet des promesses de Marie du moment qu'il se relève de sa chute; mais il faut qu'il évite soigneusement ces funestes habitudes qui le priveraient de tous les avantages de la confrérie et le rendraient indigne de la protection de Marie (1).
(1) Brocard, 2nstructions swr de scapulaire, p. 479.
2° Réciter tous les jours le petit office de la sainte Vierge, selon le rite approuvé par le Saint-Siège. On ne pourrait satisfaire à cette obligation en récitant un office différent de celui qui est assigné au bréviaire romain (1).
Le pape Pie V dans sa bulle: Syperni du 11 mars 1571 a prohibé la récitation de cet office en langue vulgaire. C’est donc en latin qu'il faut réciter le Petit Office de la très sainte Vierge, et l'on doit considérer comme illettré en cette question celui qui est incapable de lire le latin (2). Mais ceux qui, tout en sachant lire, sont empêchés de réciter le petit office de la très sainte Vierge, ne sont pas par le fait même obligés au jeûne et à l'abstinence du mercredi et du samedi, une autre œuvre pie quelconque peut être imposée en compensation.
Par le petit office de la sainte Vierge, on entend /e nocturne du jour, avec les Laudes et des autres Heures du mémeoffice. L'office canonial tient lieu du petit Office pour les prêtres, les religieux, les religieuses tenues à le réciter. Il en est de même pour
(1) Décret 7 octobrer 840, d'après le Père Brocard, p. 485. (2) KR. P. Brocard, Znstructions sur le scapulaire, p. 481.
l'office de la très sainte Vierge récité par obligation (1).
Ceux qui ne savent pas lire, doivent, d’après la bulle de Jean XXII, n’omettre aucun des jeûnes prescrits par l'Eglise, et faire maigre tous les mercredis et tous les samedis, excepté la fête de Noël si elle tombe l’un de ces jours (2).
On voit par ce qui précède qu'il n’est pas libre à ceux qui savent lire, d'observer les jeûnes et les abstinences mentionnés cidessus, au lieu de réciter l'office de la très sainte Vierge (3).
L'obligation du petit Office, de l’abstinence le mercredi et le samedi peut être commuée, selon le besoin des personnes en d’autres œuvres pies. Lorsqu'il y a un grave empêchement, les confrères ne sont tenus ni au jeûne ni à la récitation du petit Office ni à l'abstinence: Toutefois, même dans ce cas, la sainte Eglise conseille au fidèle de se soumettre au jugement d'un confesseur docte et prudent pour obtenir une commutation (4). Dans les autres cas, surtout s’il
(1) Rescrit du 18 août 1868, Décret authentique 419. (2) Beringer, IT, page 190.
(3) Le P. Brocart, Znstructions sur le Scapulaire, p. 480.
(4) Reponse de la Sacrée Congrégation des Indulgences, 12 août 1840, d’après Brocard, Znsé. sur le Scapulaire, p. 488.
Done
252 LE SCAPULAIRL
s’agit d'une commutation à perpétuité, il faut cecourir à ceux qui ont des pouvoirs spéciaux à ce sujet. Ordinairement, celui qui possède la faculté de recevoir du scapulaire, “est aussi en même temps délégué pour faire cette commutation. Mais il faut que ce pouvoir soit spécialement indiqué dans l’indult.
Le prêtre qui obtient cette autorisation doit donc en peser attentivement tous les termes; car il arrive parfois, qu'on exige qu'il ait été approuvé pour entendre les confessions. En tout cas, ce pouvoir ne peut être exercé d'une manière générale, par exemple en faveur d’une communauté ou d'un certain nombre de confrères du scapulaire; mais il faut l'exercer à l'égard de chaque personne en particulier. C'est ce que dit clairement le R. P. Brocard. ‘Ze pape seul peut commuer universellement une œuvre prescrite en une autre, par exemple, ordonner que dorénavant on récitera le chapelet ou la couronne de la sainte Vierge au lieu des Heures Canoniales Mais les prélats de notre Ordre ne peuvent faire la commutation qu'à l'égard de £ersonnes particulières ei privées, et cela toutes
(1) Décret authen. No. 305, 22 juin 1842, d’après Beringer, Traité des Indulg., tome II, page 199.
itera ainte vent perputes
eringers
les fois qu'ils le jugent à propos (1): Conséquemment tous les autres délégués, les recteurs des confréries, etc., ne peuvent avoir un pouvoir plus étendu que celui des supérieurs eux-mêmes de l'Ordre du Carmel.
I] ne faut pas oublier non plus que, pour faire cette commutation, surtout à perpétuité, il faut des raisons graves, de réels empêchements. Autrement, on interpréterait arbitrairement et trop à la légère, les promesses de la très sainte Vierge (2).
“ C’est une erreur de croire, dit le Père ‘“ Sérapion, qu’il suffit de réciter sept Paéer ‘“ et sept Ave, pour suppléer à toutes les “autres obligations du privilège de la ‘ Bulle sabbatine, lorsqu'on est empêché de “ les remplir. Il n’en est rien. La décision “à cet égard dépend uniquement du prêtre “ qui a le pouvoir de faire cette commuta- “tion. Il peut, sans doute, substituer aux “ conditions ordinaires la récitation de ces “ prières, mais il peut aussi prescrire d’autres “ œuvres, plus ou moins considérables selon ‘“ les circonstances et les besoins de chaque ‘ associé (3)
(1) Brocard, Znsfructions sur le scapulaire, page 483. (2) Beringer, Zraité des Indulg., tome II, page 190. (3) Sérapion à saint Andréa, p. III, cité par Beringer, ibid