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Si maintenant, dit Beringer, nous considérons d’une part l’enseignement de la foi, qui nous affirme que re» de souillé n'entrera dans le ciel, et qu'il faudra payer dans le purgatoire jusqu'à la dernière obole; si d'autre part, nous comparons le nombre et la gravité de nos péchés avec nos faibles et rares pénitences, nous devons trembler à la pensée des peines temporelles que nous avons encourues.
Ne nous faisons pas illusion, les fautes non expiées ici-bas, seront rigoureusement punies dans le purgatoire. Rien, absolument rien, n'échappe à la justice divine, C'est une faute d'enfance, ensevelie peutêtre depuis longtemps dans l'oubli, peu importe, si cette faute n’a pas été remise quant à la coulpe et quant à la peine temporelle, Dieu ne l’a pas oubliée, elle est inscrite dans son grand livre; et ces nombreuses souillures secrètes, qu'une âme aveuglée n'aperçoit même pas, lui deviendront évidentes quand elle paraîtra devant le Souverain Juge; il lui faud-a subir dans le feu de la justice divine une expiation proportionnée, en durée et en intensité, ‘aux fautes pour lesquelles elle n'aura pas fait pénitence en cette vie.
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Afin d'avoir une idée plus juste de la rigueur des peines du purgatoire, citons quelques exemples puisés, pour la plupart, dans les révélations des saints.
Rigueur des peines du purgatoire.
— À Zamora, ville d'Espagne, vivaient deux religieux d'une grande vertu, un:
dominicain et un franciscain. Tous deux se promirent mutuellement, que le premier qui mourrait apparaîtrait à l'autre, sil plaisait à Dieu, pour l'instruire de son sort en l’autre monde. Ce fut le frère franciscain qui mourut le premier; il tint sa promesse. Or, un jour que le fils de saint Dominique préparait le réfectoire, le frère mineur défunt lui apparut, et lui dit: “Je suis sauvé, mais il me reste beaucoup à souffrir pour une infinité de fautes dont je n'ai pas eu assez de repentir pendant ma vie. Rien sur la terre ne peut donner une idée des tortures que j'endure. En voulezvous une preuve sensible? En même temps, il étendit la main droite sur la table du réfectoire; la marque s’y enfonça aussi profondément que si l’on y eût appliqué un fer rouge. Cette table fut conservée à Zamora jusqu'à la fin du siècle dernier.
Depuis, les révolutions l'ont fait disparaître,
comme tant d’autres souvenirs intéressants pour la piété (1).
Révélation faite à sainte Brigitte.
.— Dans une extase, pendant laquelle sainte Brigitte fut transportée dans le purgatoire, elle aperçut une jeune demoiselle de haute condition, qui lui fit connaître combien elle souffrait pour expier ses péchés de vanité.
— Maintenant, lui dit-elle, en gémissant, cette tête qui se plaisait aux parures, et qui cherchait à attirer les regards est dévorée de flammes à l’intérieur et à l’extérieur. Ces flammes sont si cuisantes, qu'il me semble que je suis le point de mire de toutes les flèches décochées par la colère de Dieu. (Ces épaules, ces bras, que j'aimais à découvrir, sont cruellement étreints dans des chaînes de fer. Ces pieds, si légers à la danse, sont entourés de vipères qui les mordent et les souillent de leur bave immonde, Tous ces membres que je chargeais de colliers, de bracelets, de fleurs, de joyaux sont livrés à des tortures épouvantables qui leur font éprouver à la foi la consomption du feu, et les (1) Ferdinand de Castille, Histoire de saint Dominique, II
partie 1, chap. XXII, cité par Louvet, page 60, dans son ouvrage : Le Purgatoire d’après les révélations des saints.
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rigueurs de la glace. Ah! ma mère, ajoutait l'âme souffrante, ma mère, que vous avez été coupable à mon endroit! Votre indulgence, pire que la haine, en m'’abandonnant à mes goûts de parure et de vaines dépenses m'a été bien fatale. (C'était vous qui me conduisiez aux spectacles, aux festins, aux bals, à ces réunions mondaines, qui sont la ruine de tant d'âmes... Il est vrai, dit l'infortunée à la sainte, que ma mère me conseillait, de temps en temps, quelques actes de vertu et plusieurs dévotions utiles ; mais comme d’autre part, elle consentait à mes égarements, ce bien se trouvait comme perdu dans le mal qu’elle me permettait (1).
Exemple. — Voici un autre trait qui
est de nature à faire réfléchir ceux qui font, ou qui exposent, dans leurs maisons, des
statues ou des images indécentes. Il s’agit ici de peintures immodestes que, sous prétexte d'art, on trouve même chez des chrétiens, et dont la vue est la source de tant de péchés. — Un peintre de grand talent, d'une vie exemplaire d’ailleurs, avait cédé, sur ce point, à l'entraînement du mau-
(1) Révélation de sainte Brigitte, livre V, chap. LIII. Le Purgatoire d'après les révélations des saints, par Louvet p. 81.
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vais exemple, et avait fait des peintures inconvenantes, Depuis longtemps, ilavait complètement renoncé à ces malheureuses peintures et ne faisait plus que des images de piété. Son dernier ouvrage d'art avait été un grand table. : pour un couvent de Carmes déchaussés. Il venait de l’achever, quand il fut atteint d’une maladie mortelle, I1 demanda au Père Prieur la faveur d’être enterré dans le monastère, et légua à la communauté le prix assez élevé de son travail, à la charge pour les religieux d’acquitter des messes pour lui.
Il y avait quelques jours qu'il était mort dans la paix du Seigneur, lorsqu'un religieux, resté au’ chœur après Matines, vit apparaître le peintre tout éploré, et se débattant au milieu des flammes. Eh quoi!
lui dit le religieux, c'est vous qui êtes ainsi puni, après avoir vécu en si bon renom de vertu ? — Lorsque j’eus rendu l'âme, répondit le défunt, je fus présenté au tribunal du Souverain Juge, et aussitôt je vis déposer contre moi, plusieurs personnes qui avaient été excitées à de mauvaises pensées et à de.
mauvais désirs par une peinture immodeste que jai faite autrefois. Elles étaient condamnées au purgatoire pour
ces fautes. Mais ce fut bien pis, j'en vis sortir de l'enfer pour déposer contre moi à ce sujet. Tous déclaraient que, puisque j'étais cause de leur perte éternelle, j'étais digne au moins des mêmes châtiments. Alors, plusieurs saints qui descerdirent du ciel prirent en main ma défense. Ils représentèrent au Souverain Juge que cette malheureuse peinture était une œuvre de ma jeunesse, que j'avais expié cette faute là en faisant depuis une foule d’autres travaux à la gloire de Dieu et des saints, ce qui avait été, pour beaucoup d’âmes, une source de grande édification. Le Souverain Juge, après avoir pesé les raisons de “art et d'autre, déclara qu’à cause de mon repentir, et de mes autres bonnes œuvres, je serais exempt de la peine éternelle; mais, ajouta le pauvre peintre, je suis condamné à souffrir dans ces flammes, jusqu’à ce que la funeste peinture soit brûlée, pour ne plus scandaliser personne. Allez donc, de ma part, chez le propriétaire, et dites-lui en quel état je me trouve, pour avoir cédé à ses instances; conjurez-le de faire le sacrifice de ce tableau. S'il refuse, malheur à lui! Pour preuve que tout ceci n’est pas une illusion,
et pour le punir lui-même de sa faute, je vous déclare, mon père, qu'avant peu, cet homme perdra ses deux enfants; de plus, s’il refuse d’obéïr aux ordres de celui qui nous a créés l’un et l’autre, une mort prématurée sera le châtiment de sa désobéissance.
Le possesseur du tableau en apprenant ces choses, saisit la peinture immodeste et la jeta au feu. Néanmois, la prédiction qui Jui avait été faite s’accomplit ; il perdit ses deux enfants en moins d’un mois. Quant à lui, il s’appliqua, le reste de ses jours, à faire pénitence (1).
N'eussions-nous commis que des péchés véniels, nous devrions encore craindre les rigueurs de la justice divine. Car nous savons par des révélations dignes de foi que, même des âmes pieuses et saintes ont été condamnées aux flammes du purgatoire, pour des mois et des années afin d’expier des fautes légères en apparence. Citons encore quelques exemples à l'appui de cette doctrine.
Vision. — Vincent de Beauvais raconte qu'un moine bénédictin eut une vision de certains religieux en purgatoire. Les uns
(r) Rossignoli, Les merveilles du purgatoire, XXVe mer-
veille, extrait de l’ouvrage de Louvet, Ze Purgatoire d'après des révdations des saints, page 84.
étaient en proie à des flammes dévorantes qui les pénétraient comme autant de dards; d’autres étaient couchés sur des grils ardents dont la seule vue faisait frémir. Son ange lui dit: “ Ceux que tu vois livrés à des tourments si atroces, sont des religieux de tous les Ordres ; ils n'ont jamais commis de fautes graves, mais ils se sont rendus coupables de plusieurs négligences qu'ils doivent expier sévèrement avant d'être admis au ciel, |
Sainte Madeleine de Pazzi rapporta qu'une religieuse fut détenue seize jours dans le purgatoire pour trois fautes qui nous paraîtraient bien légères : 1° elle avait travaillé, sans nécessité, à des petits ouvrages de femme pendant trois jours de fête chômés simplement dans son Ordre ; 2° elle avait omis, par respect humain, de faire connaître à ses supérieurs certaines inspirations que Dieu lui avait données pour le bien de sa communauté; 3° elle aimait un peu trop naturellement ses proches ar nis, Ces fautes l’auraient même reten plus longtemps en purgatoire, si ses peine:
n'avaient été abrégées à raison de sa fidélité à la règle (1).
(1) Louvet, Le Purgatoire d'après les révélations des saints, page 119.
Remarquons, en passant, que ce ne sont pas uniquement les fautes légères des religieux, ou des personnes appelées par leur état à un haut degré de perfection, qui sont ainsi rigoureusement punies dans le purgatoire. Les révélations des saints nous apprennent que des hommes du monde ont été condamnés, eux aussi, à un long et terrible purgatoire pour des fautes légères en apparence. Oh! que les personnes dont la vie molle et sensuelle, n’est qu’un enchaînement de plaisirs, songent un peu à la pénitence terrible qu’elles se préparent par leur immortification, sans parler des dangers auxquels elles exposent leur âme.
Il est certain que, dans une vie d’où la pénitence est bannie, elles ne font qu’accumuler des dettes dont la pensée seule saisit l’imagination. Que ces personnes réfléchissent bien sur les faits suivants, rapportés par une vénérable religieuse dont le témoignage sur le purgatoire, fait vraiment autorité.
Vision de la vénérable soeur Françoise de Pampelune.— Dans une de ses visions, elle vit un homme du monde, assez bon chrétien d'ailleurs, qui était depuis cinquante-neuf ans dans le purga-
toire, à cause de son goût pour le bien-être. Un autre y passa trente-cinq ans pour la même raison. Un troisième qui avait eu en plus la passion du jeu, y demeura soixante-quatre ans (1), Après de tels exemples, qui osera vivre tranquille, mener une vie molle et efféminée, où la pénitence et la mortification sont inconnues ?
Exemple. — Voici une négligence qui a été punie encore beaucoup plus sévèrement, Un prêtre, à l'heure de la mort, soit qu'il se fit illusion sur sa maladie, soit qu'il fût sous l'empire du fatal préjugé, qui fait redouter à tant de malades la réception des derniers sacrements, mourut sans recevoir les secours que l'Eglise réserve à ses enfants pour cette heure suprême. Or, pendant qu'on se préparait à l’ensevelir, ses yeux s’ouvrirent et il fit entendre ces paroles : “ Pour me punir de mes retards à recevoir la grâce de la purification dernière, je suis condamné à cent ans de purgatoire. Si j'avais reçu les sacrements des mourants, comme je le devais d’ailleurs, j'aurais échappé à la mort, grâce à la vertu qui est propre à l'Extrême- Onction, et j'aurais eu le temps de faire
(1) Louvet, Le Purgatoire d'après les révélations des saints, page 87.
pénitence.” Cela dit, le mort ferma les yeux, et rentra dans son repos, laissant les assistants consternés (1).
Si des fautes que nous appelons légères, sont punies si sévèrement, quel ne sera pas le châtiment de ces pauvres malheureux qui, après avoir passé une partie de leur vie
dans l’état de péché mortel, n’ont à la mort
qu'une contrition suffisante pour éviter l'enfer ? À quoi doivent s'attendre, ajoute Beringer, ces chrétiens sans nombre, qui vivent dans l'habitude du péché véniel, qui le commettent avec préméditation et sans scrupule : qui le traînent après eux des années entières, et même toute leur vie ?
Quelles terribles et longues souffrances ils se préparent dans les flammes du purgatoire, dans ce feu, que l’on regarde parfois comme peu de chose, parce qu'il n’est pas éternel, mais dont les tourments, d’après saint Augustin, surpassent tout ce que l’homme peut endurer sur la terre (2).
Or, continue Beringer, pour éviter ces peines du purgatoire, ou en d’autres termes, pour payer en cette vie nos dettes envers
() Louvet, Le Purgatoire d’après les révélations des saints,
page 89.
(2) Saint Augustin, Æx#/ications, Psm. XXXVII,
la divine justice, nous avons deux moyens :
1° pratiquer les œuvres satisfactoires ; 2° gagner des indulgences.
1° Les œuvres satisfactoires. — Selon le Concile de Trente, aucun moyen ne parut jamais plus sûr dans la sainte Eglise, pour éviter les châtiments de la justice divine, que la pratique fervente des œuvres de pénitence, qu'on accomplit avec une véritable componction. Il est cependant évident, que ces œuvres satisfactoires n'ont de valeur que par Notre-Seigneur Jésus-Christ, sans lequel nous ne pouvons rien (1).
Les œuvres, par lesquelles nous pouvons expier en cette vie la peine temporelle due à nos péchés, sont, d'après le même concile,les pénitences que nous nous imposons nous-mêmes.
Or, bien peu de chrétiens ont assez d'énergie, pour pratiquer spontanément des mortifications, proportionnées au nombre et à la gravité de leurs péchés. Vu leur faiblesse et leur lâcheté déplorables, il leur faut donc recourir à un moyen plus facile pour obtenir, dès cette vie, la rémission de la peine temporelle qu'ils ont méritée. Ce moyen, aussi facile qu'efficace, c’est d’abord, (1) Concile de Trente, session XIV, chap. VIII,
pour les confrères du scapulaire, de se mettre en état de participer à la promesse de la très sainte Vierge, qui s'engage à retirer ses enfants du purgatoire, au moins le premier samedi après leur mort; le second moyen cest de gagner des indulgences en aussi grand nombre que l’on peut : deux questions importantes qui feront le sujet des deux chapitres qui vont suivre.