‹ Le scepticisme. Aenésidème, Pascal, Kant: Études pour servir à l'histoire critique duChapitre 14 sur 41 · Sext. Adv. Math. p. 212 sqq · texte numérisé non relu

Sext. Adv. Math. p. 212 sqq

* Ibid. p. 339 sqq. — Cf. Àc qu. II, 29 sqq.

»Cic. Ac* qu. !I, 16. —Cf. Sext. Adv» Math. 1^7 sqq.

sont égales entre elles*. Or dégagez cet axiome du caractère mathématique qui en voile la généralité, vous avez le principe de contradiction, qui, sous une forme logique, n*exprime rien moins que la foi de la raison en elle-même. Le nier, c'estnier la raison et atteindre la dernière limite et la suprême extravagance de la négation. Carnéade n'hésita pas. Seulement, il fit une réserve pour la pratique. Déjà la théorie du Vraisemblable lui montrait la route de Tinconséquence ; il y suivit Arcésilas. Toutefois, disciple toujours original, il fit d'une opinion indécise un système régulier, et porta dans l'analyse de la probabilité, de ses degrés, des signes qui la révèlent, la pénétration et l'ingénieuse subtilité de son esprit^. Mais à quoi sert tout l'esprit du monde, séparé du vrai? La première condition d'une théorie de la probabilité, c'est une théorie de la certitude. Car, qu'est-ce que la probabilité, sinon une mesure? Et comment mesurer sans une unité? Or, ici, cette unité, c'est la certitude. ,

On n'échappe pas à la logique par l'inconséquence. Ârcésilas et Carnéade avaient nié la certitude. Il fallut, bon gré, mal gré, aller jusqu'au nihilisme universel.

Concluons que la nouvelle et la moyenne Académies représentent dans le mouvement de la pensée grecque, tout comme l'école des Sophistes, non pqs l'esprit sceptique, mais l'esprit critique et négatif.

Et ce n'a pas été là un accident dans l'histoire de la

' Galen. De op^ die. gm* dans l'ëc. lat. de Sextus, p. 558. * Sext. AdVn Math. 169, B. — Cf. Ac. qv. II, 22 sq. — Cf. Uyp. Pyrr. I, 33.

philosophie, mais une suite des lois de rinlelligence humaine.

Il faut que l'esprit négatif se soit donné carrière, il faut même qu^il ait pénétré profondément dans les âmes, avant que l'esprit sceptique puisse avoir un développement considérable. Qu'est-ce en effet que le doute? La tentative de la pensée pour échapper tout à la fois à l'affirmation et à la négation. Logiquement, il impliquerait contradiction que le doute précédât, soit l'affirmation, soit la négation. Transportez cette nécessité logique dans l'histoire ; le scepticisme ne s'y montrera qu'après le dogmatisme, et le dogmatisme y apparaîtra sous sa double forme, l'esprit de système et l'esprit critique. L'intelligence humaine est ainsi faite, qu'il faut qu'elle ait mis en usage tous les moyens de croire avant de se précipiter dans le doute. La foi, c'est la vie. Le doute n'est pas une situation normale de la pensée; c'est une crise, c'est un désespoir. Après avoir épuisé l'affirmation, il reste encore un asile au besoin de croire qui tourmente l'humanité, c'est la négation. Nier, c'est croire, car c'est encore affirmer. Cette foi, toute négative qu'elle est, trompe, si elle ne la satisfait pas, la soif de croyance dont nous sommes altérés, parce que la négation mène à la lutte, et la lutte ouvre une carrière à l'activité de l'esprit humain. C'est seulement à la fin du combat que l'âme, revenant sur soi, s'aperçoit qu'elle n'a poursuivi qu'un fantôme. Le prix de la lutte lui échappe, par l'effet même de la lutte, qui a tout détruit. Le doute alors peut et doit apparaître; son temps est venu.

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Appliquons ces principes au développement de la philosophie grecque. L'école de Pyrrhon fondée après Socrate et s' éclipsant dès Torigine, voilà, ce semble, une anomalie. Mais Tanomalie est, en fait d'histoire, ce qu'est le hasard en physique, un asile où notre ignorance prise au dépourvu met à couvert notre vanité. Le scepticisme est venu en Grèce quand il devait venir. Avant les sophistes, il était impossible; l'esprit négatif n'avait pas fait son œuvre. Protagoras et Euclide devaient préparer Pyrrhon.

Le scepticisme est sorti de l'école de Mégare et de celle des sophistes. II apparaît pour la première fois avec Pyrrhon, à côté du dogmatisme qui triomphe au Lycée, à TAcadémie. Déjà il se glisse dans les âmes, à la suite de l'esprit négatif que Socrate n'avait pu détraire et y pénètre sourdement. Mais il était impossible, — à une époque où l'esprit dogmatique avait encore tant de sève et de vie et, à la place du Platonisme et du Péripatétisme affaiblis, enfantait des écoles nouvelles, pleines de force et d'avenir, — il était impossible que le scepticisme pût jouer un grand rôle sur la scène philosophique. Qu'arriva-t-il? Pyrrhon laissa la place à Arcésilas. Le scepticisme s'éclipsa derrière l'esprit négatif, comme s'il avait compris qu'un autre ferait en ce moment ses affaires beaucoup mieux que lui-même. Il y a un mot spirituel d'Ariston sur Arcésilas qui rendra fort bien notre pensée. « Arcésilas, disait-il, est triple comme la chimère. Par devant, c'est Platon; c'est Diodore par le milieu; par derrière, c'est Pyrrhon*. » Ar-

* Sext.Adr.Afa^A. I,33,p. 48,C. — Cf. Laert. IX/p. 104, E.

césilas, en effet, n'a d'un platonicien que le nom. L'esprit des sophistes revit en lui S et il semble que le scepticisme le pousse par derrière pour précipiter sa chute dans le nihilisme universel.

Cette chute ne se fit pas attendre. Après Garnéade^, Philon et Antiochus, fatigués de la lutte, passent à l'ennemi.

Philon combat avec mollesse le critérium stoïcien, et il accorde qu'à parler absolument, la vérité peut être comprise^. L'académie n'existait plus après cet aveu,

Antiochus donne la main au Portique ^ Il ne veut reconnaître dans les diverses écoles académiques que les membres dispersés d'une même famille, et rêvant entre toutes les philosophie» rivales une harmonie fantastique, du même œil qui confond Xénocrate et Arcêsilas, il voit le stoïcisme dans Platon ^

Cette tentative impuissante d'Antiochus est le signe manifeste de la décadence de l'esprit de système à cette époque de l'histoire de la philosophie.

Représenté par quatre grandes écoles, celles de Pla-

ï Vjd. Numen. ap. Euseb. Prœp. Evang. XIV, 5, p. 731.

* Le disciple immédiat de Garnéade fut Clitomaque, qui écrivit les doctrines de son maître, mais sans y rien ajouter de considérable. Cic. Ac. qu. U, 31 eqq. — Cf. Sext. Adv, Math. p. 308. — Après Clitomaque, Tacadémie eut pour chefs Charmidas, Mélanchthus de Rhodes, Métrodore de Stratonice et Philon. Cic. Ac, qu. II, 6.

• Sext. Pyrr. Hyp. I, 33.

* Cic. Ae, qu. II, 22. Ibid. 42, 43. Ibid. 46.

• Sext. Fyrr. Hyp. h 33, p. 48, G. «- Cf. Cic. DeNai. Deor.

ton, d'Aristole, de Zenon et d'Épicure, le dogmatisme positif est épuisé. Le dogmatisme négatif dont Arcésilas et Carnéade sont les grands représentants, en détruisant les autres doctrines, s'est détruit lui-même. C'est alors que le scepticisme qui depuis Timon suivait dans Tombre la Moyenne et la Nouvelle Académies, lève la tête et prend position à Alexandrie, aveo iËoéaidëma.

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