‹ Le scepticisme. Aenésidème, Pascal, Kant: Études pour servir à l'histoire critique duChapitre 32 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

Mon Dieu me quitterez-vous ? [Matth.^ XXVII, 46.)

Que je n'en sois pas séparé éternellement,

c( Cette vie est la vie éternelle; qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus- Christ. y> [Jean, XVII, 3.)

Jésus-Christ.

Jésus-Christ.

Je m'en suis séparé; je l'ai fui, renoncé, sacrifié.

Que je n'en sois jamais séparé.

Il ne se conserve que par les voies enseignées dans F Évangile.

Renonciation totale et douce.

Soumission totale à Jésus Christ et à mon directeur»

Eternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre.

Non obliviscar sermones tuos. {Ps. CXVIII, 16.) Amen ^ .

Qu'est-ce là, je vous le demande? C'est la crainte^^c'est Tespérance mêlée de crainte, le repentir, la résignation^ la joie, et à la fin l'engagement absolu. Qu'en dites-vous? Êtes-vous disposé à rire de l'amulette? Pour moi, je suis profondément louché. Je trouve ce fragment d'une profondeur admirable. Il me fait aller au fond de l'âme de Pascal. Je ne puis le comparer qu'au récit de la conversion de saint Augustin. II a lu Platon, et il s'est séparé des, Manichéens; mais son âme n'est pas satisfaite. Il entend saint Ambroise, et dans le Dieu nouveau dont on lui parle, il trouve une idée plus touchante, plus consolante que dans le Dieu de Platon. Mais bien plus engagé dans le monde que n*a été Pascal, car il a une maîtresse, il a un enfant qu'il adore, combattu entre le monde et Dieu, il a peine à briser ses liens et à se séparer de ce qu'il aime. Un jour, pendant qu'il se promène dans un jardin, il a, lui aussi, une espèce de vision et entend ces mots : Toile, lege; toile, Icge! Il s'arrête, cherche, ne voit rien qui lui explique les paroles mystérieuses, el croit que c'est une voix du ciel qui lui parle. Alors il ouvre le Nouveau Testament et y lit : ce Nf demeurez pas dans les festins et dans

> M. Yinet^ p. i 12, et H. Tabbë Flottes, qui en donne la reproduction p. 27, ont interprété dans le même sens cet admirable morceau.

a&2 LE SGEPTÎGISlfir ^E PASCAL.

riyresse, éaiis les ttls et les impudieités, dans les rivalités et les vaines jalousies; mais revêtez )e Sefgneur Jésos-Gbml et n^ayear pas soin de ¥Olre eKair jusqu'à la concupiscence. » Émerveillé de lapplication si parfaite de ces paroles à son état présent^ il verse des torrents de larmes, et son âme se donne à Tinstant : « Je ne voulus pas lire davantage, c^était inutile; mais avec cette pensée, une sorte de himiëre de sécurité sa répandit dans mon âme, et les ténèbres de mes doutes se dispersèrent K » Larmes, vision, lumière, joie, sécurité, voilà bien les sentiments communs de Pascal et de saint Augustin. Au fond^ leur manière d'entendre le cbristianisme est la même. Saint Augustin a été pbilosopbe avant d*être chrétien i il a connu et goûté la philosophie de Platon, comme Pascal la philosophie de Descartes : elle ne leur a pas suffi. Pourquoi? Ce n*est pas qu'elle manque de vérité; c'est qu^elle manque d'efficacité pratique. Elle montre le vrai Dieuj elle n'en montre pas la voie. Elle ne peut fonder un culte; elle ne peut faire notre salut. Telle est la grave accusation que saint Augustin et Pascal élèvent contre la philosophie. Je l'ai loyalement exposée; je la discuterai loyalement.

1 Cmfessions, Ht. YIIl, ch. il eti2.— Ttad. de M. P. Janet

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