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CHAPITRE HUITIÈME

DU SCEPTICISME EN GRÈGE ÂPRÂS JENÉSIDÂME.

Pourjuger une doctrine philosophique, il ne suffit pas d'apprécier sa valeur intrinsèque, je veux dire son rapport avec la vérité absolue; il faut savoir encore quelle influence elle a exercé sur la marche et les progrès de l'esprit humain. Qu'un penseur original conçoive une idée nouvelle, aussitôt il entraîne sur ses traces une foule d'intelligences, avides de reconnaître et d'étendre les perspectives nouvelles qu'on vient de leur découvrir. Si ce développement d'une pensée philosophique est régulier, s'il est considérable,. une école s'organise ; et la durée, la fécondité, la grandeur de celte école contribuent à donner la mesure de^la force et de la portée de celui qui l'institua.

Il arrive aussi nécessairement qu'une école qui a de la vie et de l'avenir fait sentir son action à toutes les écoles contemporaines. Car rien n'est isolé dans le

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domaine de la pensée, et l'impulsion donnée à un seul point se communique de proche en proche à tous les autres.

Si nous considérons la doctrine d'^nésidème sous ce dernier point de vue, il paraît certain que le résultatle plus immédiat de son enseignement et de ses écrits, ce fut de consommer la dissolution de toutes les écoles dogmatiques du temps. L*Épicuréisme et le Stoïci^ne chancelaient déjà par les coups répétés de l'Académie ; l'Académie fatiguée elle-même de la lutte, s'épuisait par ses victoires; quand l'école pyrrhonienne renouvelée vint attaquer avec ardeur ces systèmes vieillis et les heurter les uns contre les autres, aucun ne fut capable de résister à ce dernier choc, et il n'en resta plus que des ruines.

Ce fut l'ouvrage d'^nésidème. Avant lui, nous rencontrons à la tête des autres écoles, sinon des philosophes du premier ordre^ tout au moins d'habiles et éloquents disciples, défendant avec zèle, et non sans . honneur, l'héritage des Ghrysippe et des Garnéade; à Athènes, à Alexandrie, un Philon, un Antiochus ^ ; à Rhodes, un Panœtius ^, un Posidonius. Mais après jEnésidème, et dès le second siècle de l'ère chrétienne, on a peine à trouver, dans aucune de ces trois cités, la trace même des écoles qui les avaient récemment illustrées.

La doctrine d'^Bnésidème eut un autre effet, étroitement lié à la dissolution des écoles dogmatiques ; ce fut

* Cic. Acad. qu, II, 4.

«Cic. Ad AU. Il, l.

de préparer les esprits au mysticisme Alexandrin. Quand toutes idées qui avaient séduit, passionné, alimenté les intelligences, eurent perdu tout crédit et toute vertu par l'action destructive d'un scepticisme qui les condamnait à la contradiction, quand il ne resta plus à l'esprit humain aucune espérance d'atteindre la vérité par le développement régulier de la réflexion, il fallut bien tenter des voies inconnues et mystérieuses, et de la réflexion impuissante faire appel à la grâce divine. De là, ce grand mouvement mystique d'Alexandrie, qui a tant honoré le déclin de l'ancien monde et si puissamment contribué à l'enfantement du monde nouveau. Nul doute qu'un grand nombre de causes que la main de la Providence avait dès longtemps préparées n'aient concouru à le produire et à l'accélérer ; mais il est certain que le scepticisme fut une des principales K Ritter a commis une grave erreur, avec beaucoup d'autres, au sujet de l'école d'^Enésidème, quand il a dit ^ qu'autour d'elle on ne s'occupa presque nullement de ses objections. D'abord, le début du nu^fwvC(Dv Aéfoi ^ prouve qu'^nésidème eut à soutenir une lutte animée contre l'Académie. Il est également incontestable que les nouveaux péripatéticiens attaquèrent le scepticisme avec une sorte de violence, témoin l'écrit déjà cité d'Aristoclès *. Ajoutez que le grave et savant

i Tennem. Mm. I, § 178. - Ckmsin. Cowrs de 1829, I,

313 sqq.

« Ritter, Hist. de la phil am, IV, p, 281.

« Phet. I. Uyrioh, 542, 543.

* Ap. Euseb., Prœp. ^v, XIV, 17.

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Galien ne jugea pas au-dessous de lui d'écrire un livre contre un disciple d'iEnésidème ^ Enfin, ce qui est plus considérable encore, on trouve dans le grand ouvrage^ du fondateur de la théorie mystique d'Alexandrie, la preuve manifeste que le scepticisme préoccupait à cette époque les esprits les plus éminents.

Tennemann a donc fort bien pu placer l'école d'iEnésidèmeà la tête delà troisième période del'histoire de la philosophie grecque*. iEnésidème, en effet, ferme la seconde époque, puisqu'il précipite et achève la ruine des dernières écoles socratiques. Il ouvre la troisième, puisqu'on réduisant la raison spéculative au désespoir, et lui fermant jusqu'à l'asile de ce dogmatisme négatif où s'était réfugié l'Académie, il ne laissait au besoin de connaître et de croire inhérent à l'esprit humain que l'alternative de périr dans le doute absolu ou de renaître par l'élan mystique.

Si nous laissons maintenant de côté l'influence extérieure de la doctrine d'iEnésidème, pour jeter les yeux sur son progrès interne, nous trouverons qu'il a consisté surtout dans une organisation de plus en plus complète et régulière du scepticisme. Le dernier terme de ce progrès, c'est Sexlus Empiricus*. L'école d'iEnési-

* Gai., de opt* dic. gen. Ad Sext. vers. lat. de i 569, Paris.

* Hotin, Enn. V. lib. V, IL

* Manuel de rhùt de la pML I, § 171.

* Après Sextus, on trouve pourtant encore dans l'école sceptique un certain Saturninus, médecin, attaché à la secte de l'empirisme. Laerl. IX, 266.

dème a donc duré pendant les trois premiers siècles de Père chrétienne ", ralliant sans interruption autour d'elle surtout parmi les médecins * , un très-grand nombre de disciples'. Nous ne parlerons ici que des principaux.

Un des premiers qui s'attachèrent au nouveau pyrrhonisme fut Zeuxis, auteur d'un livre intitulé : IIspl Sittûv X6y(*)v*. Cet écrit, dont il ne reste rien, était probablement un développement du principe sceptique de Tigooeriveta Tôv èvovrCwv X^^wv, un recueil ou peut-être une classification d'antinomies rationnelles.

Le Gaulois- Favorinus, après avoir flotté entre diverses doctrines, finit par s'attachera celle d'^Enésidème ^ Dans son ouvrage Ilupfwvstwv Tpôr.my il parait qu'il développait, en les modifiant un peu, les Tp^Tîot tyjç

» Voir sur la date de Sextus, mal fixée par Tennemann (Man. de rhist. I, § 189) à la fin du second siècle, Brucker {Hists crit, II, p. 631 sqq.) J. V. Le Clerc {Biog,univ, art. Sextus), et Ritter (Hist. de la phil. IV, p. 322.) Ces trois critiques sont d'accord pour placer Sextus dans la première moitié du troisième siècle.

* Ménodote et Sextus étaient médecins aussi bien que Saturninus, et tous trois appartenaient à la secte empirique. (Laert. 1. 1). Zeuxis, Hérodote et Theodas sont aussi mentionnés parmi les médecins. (Ritt. Hist, de la phil, anc. IX, 220, note 6.)

* Voici la liste que donne Diogène des disciples d'^Enésidème : Zeuxippe, Zeuxis, Antiochus de Laodicée, Ménodote de Nicomédie, Théodas, Hérodote de Tarse, Sextus Empiricus, et Saturninus. Il faut ajouter à cette liste Favorinus, Agrippa, Apellas et quelques autres. Yid. catalog. sceptic. ap. Fabr. BibL Gr, m, éd. Harles. — Cf. Fab. ad Sext. Hyp. Pyrr. I, sect. 164.

♦ Laert. IX, 263, C.

• Galen. De opt. die, gen. passim.

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iTzoyri^ dePyrrhonMl composa aussi un ouvrage contre les Académiciens, TCepl çandataç xaTaXTQTwxtxïjç ^. Aulu- Gelle' el Philostrate* vantent son talent et sa subtilité. Galien écrivit contre lui son De optimo dicendi génère.

Comme on ne peut rien dire de Ménodote de Nicomédie ^, dont aucun ouvrage n'a survécu, sinon qu'il fut, d'après tous les témoignages ^, un des hommes les plus distingués entré les sceptiques, on esl réduit à juger l'école d'^Enésidème par Agrippa et Sextus, les seuls de ses disciples dont il reste des écrits ou des témoignages d'une certaine importance.

Agrippa mérite une place très-honorable dans l'histoire du scepticisme. Nous ne connaissons de lui que ses TcévTs Tp6iuoi TY)ç h:oy9\<; ^. Mais cette tentative, pour simplifier et coordonner les innombrables arguments de son école, suffit pour rendre témoignage de l'étendue et de la pénétration de son esprit :

Suivant cet ingénieux sceptique, le dogmatisme ne peut échapper à cinq difficultés insolubles.

1** La contradiction, Tp^iuoçàirb 5ti<pa)vCaç.

2* Le progrès à l'infini, Tp^xoç eJçàxetpov h£(iXkm.

1 Laert. IX, 258, F.

* Gai. 1. 1. p. 537. ad Sext. éd. de 1569.

8 Gell. XI, cap. 5.

* Vit, Sophist. p. 495.

» Laert. IX, 266.

« Sext. Hyp. Pyrr. 1, 33. Nous lisons avec Fabricius (ad Sext. 1. I.) Mnvo^oTov au lieu de nspiAiî^orov. — Cf. sur Ménodote, Galen, de ad, fig, Id. de lib, prop, — Cf. pseudo-Gai. Introd, cap. 4

' Sext. Hyp. Pyrr. I, io. 16. Cf. Laert. IX, p. 259, B.

3* La relativité, Tp^xoç àTzh idù'Kp6q xt.

4* L'hypothèse, xp6%oq ùtzo^xi%6ç.

5* Le cercle vicieux, TfxkoçStiXXVjXoç.

Voici le sens et le rapport de ces xpckot que les historiens n'ont pas assez remarqués ;

Il n'y a pas un seul principe qui n'ait été nié. Par conséquent, aussitôt qu'un philosophe dogmatique posera un principe quelconque, on aura le droit de lui objecter que ce principe n'est pas consenti de tous. Et tant qu'il se bornera à l'affirmer, on lui opposer^ une afiirmation contraire, de façon qu'il n'aura pas résolu l'objection de la contradiction.

Pour se tirer d'affaire, il ne manquera pas d'invoquer un principe plus général. Mais la même objection reviendra incontinent, et le forcera de faire appel à un principe encore plus élevé. Or, c'est en vain qu'il remontera ainsi de principe en principe, l'objection le suivra toujours, toujours insoluble, dans un progrès à rinfini, — Poussé à bout, le dogmatiste s'arrêtera brusquement et déclarera qu'il vient enfin d'atteindre un principe premier, un principe évident de soi-même, et partant inaccessible à la contradiction. Mais on lui dira : Qu'entendez-vous par un principe évident? C'est un principe qui vous est donné comme vrai, en d'autres termes, qui vous paraît vrai. Mais reste à savoir s'il est vrai en soi; reste à démontrer qu'il n'est pas une intuition toute relative, un :cp6ç Tt.

Renoncez-vous à établir ce point par des preuves? Votre principe reste une hypothèse.

Risquez-vous une démonstration? Vous voilà dans le

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diallèle; car vous entreprenez de séparer les apparences purement relatives d'avec celles qui sont absolues. Or il faut un critérium, et ce critérium ne serait encore qu'une hypothèse, si vous n'en démontriez pas la légitimité; mais il arrive que cette démonstration, chargée de donner au critérium l'autorité qui lui manque, n'a elle-même d'autorité que par le critérium. Le cercle vicieux est inévitable.

On ne peut méconnaître dans ces xév-cs Tp6xot d'Àgrippa, un grand art de combinaison et en même temps une certaine vigueur d'intelligence; au fond, tout le scepticisme ancien est là, et les âges modernes n'y ont rien ajouté de considérable.

Il faut s'étonner qu'un historien aussi éclairé que Tennemann n'ait vu dans cette remarquable systématisation des arguments sceptiques, qu'une sorte de copie des Séxa Tpikot de Pyrrhon ^ Pyrrhon avait réuni en dix catégories un certain nombre de lieux communs, où il retournait de mille façons et au point de vue le plus étroit de la connaissance, l'objection vulgaire des erreurs des sens *. Les TcévTs Tpiiuot d^ Agrippa tra-

* Mm. de Teim.I,§ 188/

* On 6*est deuiandë plusieurs fois (Teaa. Mon, Tom. I, 156, 262. — De Ger. Eût. comp. Tom. U. p. 490) s'il fallait appliquer les ^«ca Tpo«oi -riiç inox'ni à Pyrrhon ou à ^nésidème ; et cette question mérite à coup sûr d'être résolue, mais il ne faudrait pas s'en exagérer l'importance. On a établi par d'excellentes raisons qu'iËnësidème n'est pas l'inventeur des ^txa t^owoi, quoiqu'il les ait développés dans ses écrits (De Ger. 1. 1. — et M. Mallet. Étud. phil. tom. II). Sextus {Hyp. Pyrr. 1. 14) les attribue aux plus anciens sceptiques, àpxotoTtpot gxctrnxot, ce qui

hissent au contraire une analyse déjà savante des lois et des conditions de l'intelligence. La valeur purement relative des premiers principes, la nécessité et tout ensemble l'impossibilité d'un critérium absolu, le caractère subjectif de l'évidence humaine, en un mot, tout ce que le génie sceptique avait conçu depuis plusieurs siècles de plus spécieux, déplus subtil et de plus profond, tout cela y est résumé sous une forme sévère et dans une progression exacte et puissante.

Tennemann plus attentif eût reconnu sans doute que les U%a Tp^Tcot de Pyrrhon se ramènent finalement à un seul, le r.pàq Ti, et qu'ainsi justement réduits par la critique, ils ne sont plus qu'une partie d'un des cinq 'zp&icoi d'Agrippa \

ne peut s^entendre d'^nésidème. Mais il y a une raison plus décisive qu'on n*a pas donnée, c'est le témoignage de Plutarque dont un livre, suivant Lamprias, était intitulé : nepî t»v nupp'cûvoç $ix,% TpoTcwv (Menag. ad Laert. p. 251. — Conf. Suidas, art. Lamp.) Ces tçô-koi que développe abondamment Diogène (p. 257 sqq. — Cf. Sext. Eyp. Pyr. I, i4. — Euseb. prœp, evang. XIV, 1^), se réduisent aisément à trois et même à un seul, comme les sceptiques l'avaient remarqué. (Sext, 1. L). Tout en effet revient à ceci : toute connaissance est relative à l'animal qui perçoit ( 1 «' et 2« Tpdiroi), au sens qui est l'instrument de cette perception {3«), à la position de l'objet perçu (o«), aux circonstances où il est perçu (6«), à la quantité età la constitution de cet objet(7*), àla rareté et la fréquence delà perception (9«), enfin, aux mœurs, aux croyances, aux opinions de celui qui perçoit (10«). Il ne reste plus que le 8* rp^roç, celui de la relativité, lequel enveloppe tous les autres. Or, tout cela était déjà dit, d'un seul mot ; wàvra wpo« rt, et ce mot est deProtagoras (Sext. Adv, Math. 148, D.)

* On pourrait dire cependant que le premier rpoicoç d'Agrippa n'est que le dixième rpoTroç de Pyrrhon généralisé.

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Le besoin de rigueur et de simplicité qui paraît avoir été le caractère propre de cet habile sceptique, le conduisit à une réduction plus sévère encore.

Il ramena tout le scepticisme à ce dilemme ^ :

Ou une chose est intelligible d'elle-même, èÇ èauTou, ou par une autre chose, IÇ ètépou.

Intelligible d'elle-même, cela ne se peut pas, !<> à cause de la contradiction des jugements humains; 2® à cause de la relativité de nos conceptions ; 3** à cause du caractère hypothétique de tout ce qui n'est pas prouvé.

Intelligible par une autre chose, cela est absurde. Car du moment que rien n'est de soi intelligible, toute démonstration est un cercle , ou se perd dans un progrès à l'infini.

L'esprit net et ferme d' Agrippa avait donc parfaitement aperçu qu'au fond , la question entre le scepticisme et le dogmatisme est celle-ci : Y a-t-il une évidence absolue, oui ou non? Les lois de la raison sontelles les lois mêmes des choses, ou de simples formes de son développement?

* Je ne sais pourquoi Ritter (Hist de la phil, IV, 231) a voulu attribuer à Ménodote les ^6o Tp&iroi rHç ^woxw. Ils appartiennent à Agrippa au même /titre que les itwti. Il est vrai que Sextus, en rapportant les wivre et les ^uo Tpo'woi, ne nomme personnel et se borne à désigner vaguement les veûrip» oxcirTixci. Jusque-là, on pourrait aussi bien croire qu'il s'agit de Ménodote et de ses disciples, que d' A grippa et des siens. Mais Diogène (1. I.) tranche la question en désignant positivement Agrippa comme Fauteur des trfvTtTpoirot. Dès lors, on doit croire qu'Agrippa est aussi l'auteur des <^6o Tpoicoi. C'est l'avis de Tennemann. (Man. I, § 188.)

Simplifier ainsi les questions^ c*est prouver qu'on ' est capal)le de les approfondir^ c'est bien mériter de la philosophie.

Si la renommée d^Âgrippa est au-dessous de son mérite , il en est tout différemment pour Sextus Empiricus. Ce n'est pas que nous contestions la haute impor* tance des xjuvrages de cet utile écrivain pour Thistoire de la phibsophie sceptique. Loin de là ; nous y trouvons la preuve la plus forte du développement considérable que reçut la doctrine d'^nésidëme des mains de ses succesœurs. Mais si Ton veut rendre à chacun ce -qui lui est dû, il est essentiel de rechercher à quel titre on peut attribuer à Sextus Ëmpiricus les écrits qui portent son nom.

Sextus est un compilateur, rien de plus. Sa patience infatigable, sa mémoire vaste et sûre lui tiennent lieu de tout le reste. Venu le dernier dans son école , il a mis à profit en les réunissant (on pourrait dire plus d'une fois, en les amalgamant) les travaux de ses devanciers, et il est arrivé que ses livres sur le scepticisme, riches de la substance des livres d'autrui , les ont fait oublier en les remplaçant.

Presque tous les historiens de la philosophie inclinent plus ou moins à faire honneur à Sextus de Tesprit qu'il n'a pas et qu'il emprunte un peu partout. On ne dit rien de Ménodote, d' Agrippa, presque rien d'iEnésidéme. Mais Sextus qui les a copiés a une place à part, et, quelquefois, des éloges que sa modestie eût assurément répudiés. Bayle * a jugé Sextus avec une certaine

* Dict, art. Pyrihon.

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fayenr; on lui pardonne cette complaisance pour un des siens. Tennemann * et M. Cousin * sont plus justes, parce qu'ils sont plus sévères ; et ils ne le sont pas encore assez. J'oserai adresser la même remarque au savant auteur de l'article Sextus dans la biographie universelle.

Mais un historien contemporain n'a gardé aucune mesure. Aux yeux de ce juge très-recommandable du reste, mais prévenu, Sextus est un critique de premier ordre, un homme extraordinaire. C'est le Bayle de l'antiquité. C'est Lucien, mais Lucien sérieux, armé de logique et d'érudition ^.

Il semble que cet enthousiasme, quelque peu factice, se fût refroidi à une lecture assidue de Sextus. On eût infailliblement remarqué que son érudition est quelquefois très-contestable , et que la médiocrité de son esprit ne l'est jamais.

Un coup d'œil môme rapide jeté sur ses ouvrages fera juger de sa portée et de son originalité philosophiques.

On a de Sextus trois compositions distinctes* : 1" les

* Manuel de Vhist, phil. I, § 189 Sqq.

« Cours de 1837. 1, p. 319 Sqq.

» De Gerando. Hist. Comp, III, p. 261 Sqq.

^ U ne faut pas confondre sous le titre de irpo; iLoiAm^nMAç deux ouvrages bien distincts : !<> Touvrage de Sextus sur les sciences, [xaêxfiwtTa, c'est-à-dire sur Tensemble des études libëraies(pour le sens du mot lAaOmjAaiTtxoc, voir Brucker. Hist. criU n, p. 631 . Not. Cf. Fabric. dans son édition de Sextus.) ; %^ Tonvrage écrit par le même auteur contre les Philosophes*

Le premier ouvrage se compose d'une introduction générale

hypotyposes pyrrhoniennes en trois livres ' ; 2"" le npbç ^ (jLoOrjiJt.a'cwbuç en six livres ; 3"* cinq livres contre les philosophes dogmatiques *•

sur renseignement des sciences, et de six livres ; le premier contre les grammairiens, le second sur la Rhétorique, le troisième contre les Géomètres, le quatrième contre les Arithméticiens, le cinquième contre les Astrologues, le sixième contre les Musiciens. Ce dernier livre se termine ainsi : TocxOra 7rpx7p.aTa«ç xal îTpo; ràç tyî; .acuaucîî; swto'vtcç «px^C, êv tooootoi^ ttjv Tcpo; rà p.a6^p.aTa ^i£Ç6<5'ov àirapTÎCo|xgv, parolos qui indiquent nettement que le «pb; fi.a6yip.aTixou; est terminé. Ajoutez que Sextus dans l'introduction générale, distingue les sciences proprement dites, p.aôia|it.aTa, de la philosophie (Sext. Adv, Math» p. 2, G.) et que le début du premier livre wpoç x&^ixouç marque évidemment le commencement d'une composition distincte. (Ibid. p. 138,C.)

Le second ouvrage comprend deux livres «pèç Xotucouç, deux livres «pb; (fuaixouç, et un livre contre les moralistes, toù« to rducbv fi.6poç T^; çiXoa&cpiaç watrapiévouç. Ces cinq livres constituent un seul et même traité ; car les premières pages du livre P' tracent un plan régulier qui est exactement suivi dans ce môme livre et dans les livres suivants. On sait d'ailleurs que les sceptiques divisaient la philosophie, comme les Stoïciens et les Épicuriens, en logique, physique et éthique.

* Suivant Henri Etienne {ad Sext. p. Eî07), Sextus a peutêtre emprunté le titre de cet ouvrage à i£n«stdème. En effet, Diogène cite quelque part iEnésidème, iv jf elç rà 7tufp(àv£tq4^Tt6TUwwffei (Laert: IX, p. 256, F.).

* Sext. avait composé d'autres ouvrages qui ont péri. Il cito lui-même ses uitopTi|xaTx. {Hyp. Pyrr, 1, 33, p. 45, D. — Cf. Adv, Math. 136, C). Il parsut que le titre de ce complet ouvrage était nùppfdvtia uffOfi.vifipi.aTa. (Cf. Adv. Math. 137, B.). Les ûwop.vTipLaTa ffêpl ^yjfii (Cf. Adv. Math. i36, B. Cf. Ib. 428, A.) n'en diffèrent probablement pas, ni sans doute les weirTuà uwopxixara {Adv. Math. 6, A. — Cf. Ibid. 7, D.). Quant aux rà ^éxa tov Ixiirrtxiov que Diogène attribue à Sextus (IX, 266)^ on ne peut guère entendre par cette indication le n^hç ^dhi^d.-

D'iENÉSIDÈME. 229

Ces cinq livres ne sont guère que la répétition diffuse du 2"® et du 3"' livres des Hypoty poses ^ Dans cette lourde composition, sans caractère et presque sans but, tantôt commentaire^, tantôt abrégé ^ , il arrive même à Sextus, fatigué sans doute de développer ou de raccourcir son premier ouvrage, de se mettre purement et simplement à le copier*. Au fond , sauf un assez grand

Tixou;; d'abord parce que cet ouvrage ne se compose réellement que de six livres ; ensuite, parce qu'en y réunissant les cinq ivres contre les philosophes, on aurait onze livres et non pas dix. Il est encore question de deux autres ouvrages de SextuSjl'ua intitulé : tarpixà ùiro|AV7îtxaTa, (Adv, Math, 175, D.); l'autre w^pt ToO SxsTrrMcou tsXooç. (Ibid. 466, A.)

* Sur Tantériorité des Eyp, Pyrr. relativement aux cinq livres contre les philosophes, voyez Adv, Math. i43. C. et 220, D, où Sextus paraît bien renvoyer aux Hyp. Fyrr, II, 3 et II, 6. Cf. Adv, Math, m, B.

* Le passage du wpoç Xo-^txouç compris entre 142, D. et 144, C est le commentaire du chap. 3 du liv. II des Hyp. Pyrr.

Cf. Adv, Math. 144, D à 146, A. — et Hyp. Pyrr, II, 8.

Xes 14 pages 186 à 200, B du lïpb; Xc^mouc ne sont que la répétition ou le développement du ch. 5 du liv. II des Hyp. Pyrr.

Cf. Adv. Math. 223, D a 227, B. — et Hyp, Pyr. U, 9.

Cf. Adv. Math. 262 à 367 — et Hyp. Pyrr, III, 12.

Cf. Adv, Math. 457 à 466 — et Hyp. Pyrr. I, 12.

« Comparez le wpèç Xo^ucou;, p. 200 à 207, avec les ch. 7 et 8 du liv. II des Hyp,

Cf. Adv. Math. 367 à 380 — et Hyp. Pyrr. m, i et 5.

* Cf. Adv. Math. 345, B à 248, C. — et Hyp. Pyr. II, 10. Cf. Adv. Math. 409 à 422 — et Hyp. Pyrr. m, 18.

Cf. Adv, Math. 422 à 432 — et Hyp. Pyrr. III, 18. Le premier morceau cité est tantôt le commentaire, tantôt l'abrégé, tantôt la répétition littérale du second.

Même rapport entre les deux passages; Adv. Math, 474-480 — et Hyp, Pyrr. III, 16, 17, 18.

nombre d*indications historiques ^9 il n'y ajoute absolument rien de nouveau. Je le demande maintenant, quand un écrivain refait ainsi deux fois la même besogne, pour arriver au même but, à peu près par le même chemin, la fécondité de son esprit n'est-elle pas jugée?

Ce goût significatif pour les répétitions inutiles^ accompagne Sextus dans son livre Contre les mathématiciens. Retranchez-en ce qui a été dit ailleurs^, vous réduisez Touvrage d'une bonne partie. Otez les arguties verbales et les subtilités insignifiantes , que va devenir Tautre partie?

En résumé, les Hypotyposes Pyrrhoniennes sont le meilleur et presque le seul ouvrage de Sextus. C'est là qu'on peut le mieux saisir le caractère de son talent.

Le premier livre, où le scepticisme est défini* et

* Particulièrement aux passages que voici :

A(2d. Log. p. 146 et 186.

Adv. Phys. 308. Cà3i3. G. Ibid. p. 367, A. à 368, B. — U)id. 432 à 433.

Adv. Eth. p. 446 à 4S2.

s Cf, Adv. Math. 41i, C et ibid. 42i, A. La même aiigumeatation sur le temps est répétée à quelques pages de distance. .

s Comparez le passage du irpèç iloH^xikgôç compris entre la p. 3 et la p. 9, avec les Eyp. Fyrr. III, 28, 29, 30 et 1. Adv. Eth. 474 à 480.

Comparez ausû le^oç '^ttè^ix^ tout entier avec les passages suivants où l'on retrouve presque toutes les mêmes idées : Hyp. Pyrr. m, 5. Adv. Phys. 368 à 379.

Et le irpbç àpiO|AïïTixo6ç avec les Hyp. Pyrr. W, 18, et le Adv. Phys. 422 à 428.

* Du ch. i au ch. 12.

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séparé nettement des autres doctrines S a pour objet propre l'exposition des ii%ot, ou Tp6iuoi de l'école pyrrhonienne *. Or, on sait que les 8éxa xpixot tyJç li:oxn<; sont de Pyrrhon'. Les xévte et les 56o Tpéxct reviennent à Agrippa, et les 5xx(b Tp6xot à iEnésidème. Que restOrt-il à Sextus, pour l'invention? Exactement rien. Nous jugerons tout à Theure la mise en œuvre.

Le second livre traite deux ordres de questions, celles du critérium et de l'existence du vrai *, celles du signe et de la démonstration^ Si l'on prend deux parts dans ce livre, Tune qui revient à l'Académie ^, l'autre qu'on ne peut contester à iEnésidème', celle de Sextus sera bien petite en vérité. Ajoutez qu'il reste à débattre les droits des absents, je veux dire ceux de Favorinus auteur du Iluf f wveCwv Tp6iu(dv et du Ilepl çovraffCa; xata- X7jxnxî5ç, 'ceux de Xeuxis, auteur du icepl 8ittwv Xi^wv, ceux enfin d'Agrippa et de Ménodote, dont les ouvrages se sont fondus dans celui de Sextus, du propre aveu de celui-ci.

^ Du ch. 29 au du 34.

* Du ch. 13 au ch. 17. Les deux tiers du premier livre environ.

* Ind^[>6ndamment des travaux de Pyrrhonet de ses disciples immédiats sur les ^Ua. Tpcwroi t^ç iito^k, Sextus avait encore sous la main les écrits d'JElnésidème et de Favorinus où ces lieux communs du scepticisme étaient développés.

* Du ch. 3 au ch. 10.

* Duch. 10 au ch. 22.

* Le d). 7, par exemple, ainsi les ch. 10 et 11, très-probablement.

' Voir dans notre ch. 4 Targumentation d'iSnésidème contre le vrai, et celle qui attaque les signes.

Le dernier livre traite de Dieu, des causes, de la matière, du mouvement, et de la plupart des questions métaphysiques et morales. Or, il est certain que la controverse sur l'existence de Dieu appartient à l'Académie , surtout à Garnéade^ L'argumentation contrôles causes revient de droit à ^Enésidème^. Les objections relatives au mouvement remontent à l'école d'Elée , aux Mégariens ^ et aux sceptiques.

Il est inutile de pousser plus loin cette espèce d'inventaire de la fortune philosophique de Sextus. Nous en avons dit assez pour établir que son meilleur ouvrage, celui qu'il a imité ou copié partout ailleurs, est une compilation d'un bout à Tautre.

Au surplus, ceux qui revendiqueraient pour Sextus le mérite de Toriginalité, y tiendraient plus que luimême. Cet homme sincère en fait si bon marché qu'on a de la peine à le surprendre parlant en son propre nom. C'est toujours son école et jamais Sextus qu'il met en avant*; 6 <7xe7UTtx6ç, dit-il, oî (jxexrixoi, •?) axeicrix-^, ot

* Comparez avec le ch. 1 des Hyp, Fyrr, liv. III, VAdv. Phys. 333 à 341, et particulièrement 339. D. à 341, B.

* iEnësidème n'est pas nommé dans les ch. 2 et 3 ; mais il est clair que Sextus a ses écrits sous les yeux. Cf. Adv, Phys. 345, C. sqq.

* Particulièrement à Diodore que Sextus cite souvent. Hyp» Pyrr. III, 8. p. 125, B. —Cf. Adv. Phys, 394, C. 397, D. Adv. Math. 62, D.

♦. Je note comme une exception le ch. 15 du liv. II des Hyp. Pyrr. où Sextus dit vopÇco. Je cite ici quelques passages où il est évident que Sextus ne parle pas en son nom.

Hyp. Pyrr. I, 44, 15, 16, 17. — Ib. UI 13, 15, 16. — Adv. Math. 147, B. .

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xuf fàvtot, ot xepl A?vY)(rfSY3iJWv, oî -îtspi AYptxicav. Il est clair que le rôle modeste d'historien et de collecteur suffit pleinement à son ambition.

Il y a pourtant de certaines choses dans les ouvrages de Sextus qu'il faut bien lui imputer. Je parle des contradictions grossières, des équivoques et des subtilités ridicules qui y abondent ^ Car de deux choses Tune,

* Je citerai de préférence le chap. 5 du livre II des Hyp. Pyrr, destiné à combattre les différentes définitions de rhomme, et le cbap. 19 du même livre, sur Timpossibilité delà division arithmétique. Voici une des raisons données par Sextus du ton le plus sérieux : Si on pouvait diviser le nombre 10 en ses parties, il faudrait qu'elles fussent contenues en lui. Or, quelles sont les parties de 10? Ce sont par exemple les nombres 2, 3,4, 5, 6, etc. Mais si 2, 3,4,5, 6 étaient contenues en 10, 10 serait égal à 2 -|- 3+ 4 + S + 6 Ce qui est absurde.

Après cet exemple, il suffit d'indiquer dans le livre III des Hyp. Pyrr. le chap. 6 sur le mélange, le cbap. 10 sur l'addition et la soustraction arithmétiques, le chap. 12 sur le tout et la par- . tie, le chap. 15 sur le repos.

Quant aux contradictions de SexVus, Tennemann {Man, de rhist, de laphil. I, § 191) etRitter (Hist. de la phiL onc. IV, p. 235 Sqq.) en ont noté plusieurs. J'en citerai une seule qui me parait remarquable, en ce que Sextus dit le pour et le contre dans la même page. Dans le ic^hç Xc^txou; 307. Sqq. il suppose qu'on lui adresse cette objection : — Vous venez de démontrer qu'il n'y a pas de démonstration. Or, de deux choses l'une ; si votre démonstration est bonne, il y a donc des démonstrations. Si elle est mauvaise, elle ne prouve rien contre la démonstration. Sextus fait trois réponses consécutives : i^ Nous ne donnons pas nos démonstrations comme bonnes, mais comme probables. 2° Quand nous démontrons qu'on ne peut rien démontrer, nous exceptons notre démonstration, comme quand on dit que Jupiter est le père de tous les Dieux, on excepte Jupiter. 3<> En prouvant qu'il n'y a pas de démonstration, notre démonstration se

OU bien il en est Tauteur, et partant, son esprit en est responsable ; ou bien, il les enregistre les yeux fermés, et il faut encore s'en prendre à son esprit, ou si Ton veut, à son défaut d'esprit. C'est la triste fortune des compilateurs qui prennent de tous côtés le bien comme le mal, de répondre du mal sans avoir leur part du bien.

Mais pour qu'on ne nous accuse pas de rien exagérer, donnons au moins une preuve sensible du degré de pénétration de notre auteur. Il développe, comme on sait, dans le premier livre des Bypotyposes^ les li-m Tfdxoi de Pyrrhon, puis les iréyre et les Suo Tp6:cot d'Agrîppa. Il ne fallait pas une grande sagacité pour remarquer que les li-m Tp6xot, réduits à un seul , ne doivent pas s'ajouter aux xévre, mais s'y trouvent enveloppés sous une forme plus sévère. Et quant à la réduction des ^évre TpôTCot au dilemme ingénieux qui les résume, la plus médiocre intelligence suffisait pour l'apercevoir. Sextus semble étranger à tout cela. Il voit dix arguments d'une part, cinq de l'autre, deux d'un autre côté. Il ne lui en faut pas davantage. D transcrit le tout, et son chapitre est fait.

Nous avons jugé Sextus comme philosophe et comme critique. Dira-t-onque c'est surtout un érudit*? Mais

détruit elle-même avec toutes les autres démonstrations. — Sextus aurait fait un choix entre ces trois réponses, si son scepticisme eût été intelligent, car il est certain que la troisième seule est conséquente avec Tesprit de Viwfii pyrrhonienne. Les deux autres sont en contradiction tout à la fcHsavec la troisième et avec la doctrine sceptique.

1 Je n'ai pas considéré ici Sextus comme médecin. Toutefois,

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d'abord, qu'est-ce que rérudition sans la critique qui l'éclairé et la féconde? Et puis, ne faut-il pas rabattre beaucoup, même de cette érudition stérile dont on veut faire un titreàSextus? En réalité, il ne connaît bien que deux écoles, avec la sienne, l'école Stoïcienne et l'école Académique. Et j'avoue que sur ces trois parties de l'histoire de la philosophie , ses livres sont du plus grand prix. Mais il faut ajouter qu'il connaît à peine Platon, et semble tout à fait étranger aux écrits 4'Aristote *. Un homme qui aurait lu et médité le pre-

il ne sera point inutile de remaïquer que, tout attaché qu'il soit à la secte empirique, il n*en soutient pas moins que la secte métliodique a plus d'analogie avec le scepticisme que la secte empirique» et même que toutes les autres sectes médicales (Eyp, Tyrr, I, 34). Ce passage a fait croire à Daniel Leclerc {Eist. méd, II, 2) et à Marsilio C|ignati {Var, Obs. III. 18) que Sextus était méthodiste, et iion empirique, opinion démentie pso* le témoignage formel de Diogène (Laert. IX. p. 266) et par Sextus lui-môme {Adv, Math, 175, D. Ibid. p. 248, A.) — Ibid. p. 255, A.),commeBrucker(His*. crit. II, 631 sqq.) et M. Le Clerc ÏBiog. univ. Art. Sextus) l'ont fait remarquer. Gagnati et Daniel Ledere ont craint d*attribaer à Sextus une contradiction ; mais nous en trouvons chez lui assez d'autres pour étouffer ce scrupule. — (Sur la secte médicale de Sextus, voyez aussi Adv, Math, 171, A. Tbid, 248, B. 254, C. 255, E. 256, B. 259, B. 266, A. 180, C. 461, C.

* Voyez Eyp, Pyrr, III, 17. Cf. Adv. Math. 419, A. Il résulte du commencement de ce chapitre que Sextus n'avait qu'une connaissance très-vague et très-indirecte de Platon, d'Aristote, et même d'Épicure. Cf. Adv. Math. 437, c) La lecture des écrits de Sextus m'a convaincu que la plupart de ses expositions historiques ne sont pas fiiites sur les textes mêmes, mais sur des renseignements de seconde et troisième main. Voyez Pyrr. Eyp. III. p. 124, C. p. 131, D. p. 133, A p. 334, B. p. 135,

mier livre de la Métaphysique^ eût-il exposé à la façon de Sextus les opinions des philosophes grecs sur les principes? De Phérécyde et Thaïes, il va àOnomacrite, revient à Empédocle, puis il court à Aristote pour remonter à Démocrite et à Anaxagore, descendre à Diodore Gronus et finir par les Pythagoriciens ^ Qu'estce qu'un tel chaos? Est-ce de l'histoire? Est-ce de la critique? Est-ce de l'érudition?

Je ne dirai qu'un mot du style de Sextus. On n'en a guère vanté que la clarté. Et il est vrai que Sextus, excepté en de certaines rencontres, où il a bien l'air de rapporter des opinions qu'il ne comprend pas, Sextus, dis-je, est généralement fort clair; mais au lieu de cette clarté supérieure qui naît de la force et de l'enchaînement des pensées, il n'a guère que la stérile clarté que le style emprunte d'ordinaire à la pauvreté d'un esprit diffus. En général, tel esprit, tel style '. L'esprit de Sextus est celui d'un compilateur, et son style est digne de son esprit.

Du reste, il y aurait de l'injustice à lui contester les qualités estimables d'un commentateur studieux. Sa mémoire est exercée et sûre. Aucun soin ne lui coûte pour débrouiller et classer les matières. Il distingue, divise, résume. De peur que le fil de sa laborieuse

D. p. i47. B. Cf. Adv. Math, 133, A. Ibid. 148, D. 149, C. 156,

E, 159, B. 160, D. 226, A. 436, C. 437, C. 457, B. 1 Hyp. Pyrr, III, 4. Cf. Adv. Math. p. 367.

* « La manière dont Sextus rapporte quelque chose de complètement inintelligible est en général remarquable, d Ritter, Hist de la phil. anc, FV, p. 225, note I .

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exposition ne vienne à échapper, il prend la peine de le montrer sans cesse, sauf les cas, rares il est vrai, où lui-même Ta perdu.

Ainsi , des cinq principaux disciples d'^Enésidème, savoir, Zeuxis, Favorinus, Agrippa, Ménodote et Sextus Empiricus, tous, hormis Sextus, paraissent avoir contribué pour leur part, et Agrippa plus qu'aucun autre, à donner au scepticisme une organisation plus complète, et tout ensemble plus étendue et plus simple. Quant à Sextus, si de son chef il a peu ajouté aux travaux philosophiques de ses devanciers, il a su du moins, en les recueillant avec un zèle et une patience dignes d'éloges, nous en faire connaître le résultat définitif, et par là, autant que la nature particulière de son esprit le comportait, il s'est créé des droits à la reconnaissance des amis de la philosophie ancienne;

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