PREMIERE ET0DE
LE
SCEPTICISME D'iENÉSIDÈME
^NÉSIDÈME
jEnésidëine est peut-6tre te premier sceptique de l'anliquité. Esprit plus sérieux que Protagoras, que Gorgias, plus ôtendu que Pyrrhoii, s'il a moins d'felal dans le talent, s'il est moins IngéDieusement subtil qu'un Arcésilas, an Caméade, il les surpasse tous deux en force, en rigueur, en profondeur.
On se fera iine idée juste du rdie que cet émineat sceptiqtie a rempli dans la philosophie grecque, si l'on veut rapprocher deux faits qui n'ont pas été assez remarqués : le premier, c'est que la Sophistique a moins été nn scepticisme véritable que la tentative audacieuse de Quelques hommes bfillauts et corrompus pour combattre et détruire t leur profit tons les systèmes philosophiques et toutes les croyances religieuses ; le second, c'est que l'école qu'on appelle quelquefois l'Académie sceptique n'a pas réellement combattu le di^atisme dans son essence, mai» seuleiHnt une de , ses formes, Ssroir, le dogmatisme stotcien; et que tqut
en niant la certitude , cette école timide dans sa hardiesse a expressément reconnu la probabilité. Il résulte de U que le scepticisme en Grèce n'a été aérieux et rigoureux tout ensemble que dans deux écoles , celle de Pyrrhott et celle d'jEnésidème. Or , si Pyrrhon a conçu le premier dans toute sa sévérité la philosophie du doute , on ne peut refuser à ^nésidëme l'honneur de lui avoir donné pour lapremière fois une organisation puissante et régulière. Et c'est là ce qui assigne à ce hardi penseur une place à part et une importance considérable dans l'histoire de la philosophie ancienne.
j^nésidème a dirigé contre l'autorité de la raison humaine deux attaques hardies qui, souvent répétées depuis, ont fait jusque dans les temps modernes une singulière fortune. Soit qu'il s'efforce d'établir la nécessité et tout à la fois l'impossibihté d'un critérium absolu de la connaissance/soit qu'il entreprenne de ruiner d'un seul coup la métaphysique en ébranlant le principe de causalité qui en est le fondement, il semble iju'il lui est réservé d'ouvrir la carrière ans plus illustres sceptiques de tous les âges. Par sa première attaque , il a devancé Kant ; par la seconde , Hume ; par l'une et par l'autre, il a laissé peu faire à ses successeurs.
N'est-ce pas une chose regrettable qu'un sceptique de cette originalité et de cette profondeur soit en général si peu connu et si imparfaitement apprécié? En Allemagne, l'histoire générale de Brucker', comme l'histoire spéciale de Stsudlin ^, sont sous ce rapport
■ Bist. crit. phihs., t<.l, p. 1328.
■ GeKhiehte wid Beist d«r Sceptk., I, p. S99 sqq.
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D'^NËStDËHE. IT
d'une égale sécheresse ; et si Ton consulle le dernier ^nd travail historiqae qui ait paru sur la philosophie ancienne, celai de Rilter, on reconnaîtra avec surprise combien cette partie du savant ouvrage, confuse, embarrassée, incomplète, est au dessous de tout le reste '. Ed France, M. Cousin, dans sa rapide et éloquente revue des systèmes philosophiques*, a caractérisé jEnésidème en quelques traits justes et fermes; et l'on ■ doit aussi, sur ce sujet, à M. de Gérando*, quia misa profit la grande histoire de TeoDemann', plus d'une ?ae excellente; mais ces indications, si précieuses qu'elles soient, ne peuvent cependant remplacer un travail spécial et complet.
Nous avons entrepris ce travail. Il nous a paru de qiMique utilité de réunir pour la première fois les fragments çà et là dispersés des écrits d'^nésidëme ; d'ï joindre tous les témoignages anciens qui peuvent les éclaircir; de discuter le sens 8t au besoin l'auihenticilé de chaque passage ; et d'aboutir ainsi, dans la mesure de nos forces, tant à restituer le caractère propre et l'ensemble de cette doctrine perdue, qu'à en reconnaître les origines, les suites et la valeur dé- Unitive.
Nous permetlra-t-on d'ajouter qu'il y a dans l'étal actuel de la philosophie une raison puissante qui a
' Hist. de la pkU. anc, trad. Tissot, iv, p. 223 sq. 'Cours de 1829,1, p. 310 sq.
' fltsi. cOTit. des Sysi-, lil, f. 238 sq.
* TeDaemann a publié, dans VEncyclopédte deBrsch, 2*part., un art. sur lEnëHdëme que Je n'ai pu me procurer.
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GonSnDé à nos jeux l'otilité de ces recherches? C'est on fait qui doit attirer l'attention âe tous les hommes Hârieux, que la philosophie Critique dont tes destinas semblaient dpvisdes avec te dlx-hultième siècle , fail effort aujourd'hui ponr s'accréditer et renaître. Cornbaltae en ce qu'elle a d'essentiellement faux et de tuneste aux progrès de la philosophie, on sait avw quelle force et quelle autorité, elle n'en a pas moins fait de nombrcnses conquêtes parmi les plus exceDeotg esprits de notre temps. Or on ne peut se dniimuter que la doctrine de Kant, quelque admirables que soient lea travaux de ce grand homme snr l'esprit bamain , quelque sévérité , quelque élévation qne son génie ait communiquées à sa morale, cette doctrine au fond couvre le scepticisme, et un soeptleiame d'autant plus dangereux qu'il est plus profond et plus sage, d'autant plus menaçant pour la raison qu'il a l'air d£ lui laisser une asses belle part, d'autant plus difficile à déraciner de nos joars qu'il s'allie aveo un des besoins du slèole, l'esprit d'observation et d'analyse appliqué à la nature de l'homme et a toutes choses. Nous avons petisé qu'i) ne serait pent-étre pas inutile d'éclairer par un cAté les origines d'une philosophie si digne d'être envisagée sous tous les aspects, et de montrer que le sceptioiame moderne, dont l'apparente originalité peut contribuer à séduire beaucoup d'esprits, ne diffère guère que par là forme de cet antique pyrrhonisme qui semblait désormais relégué dans l'histoire,
Gerlea. il est loin de notre pensée de voulol)- établir ici UD parallèle complet entre iïlnésidéine et le père de
D'^NÉSlDfcHK. 19
la philosophie Critique. Mai* il noas est imponible d« ne pas signaler aa moins, dans l'idée-mère dn Criticisme, comparée aa point de vae général dn aceptiqne 8DçieD, une analo|^e frappante qui tklaire et honore toDt ensemble la doctrine que nous avons entrepria d'exposer.
Dogmatiqoes dans le domaine de la coDscience et de la raison pratique, jËnésidAme et Kanl sont Sceptiques absolut dans celui de la raison pure. Tout l'effort de ta philosophie Critique est d'opérer une distinction sévère entre l'élément sabjectif et l'élément objectif de la connaissance, ou comme Kaot dit encore, entre les phéntmténes et le» nouménes. Cette célèbre distinction, ce langage même, noua les trouvons dans jËnésidème, Le philosophe allemand a pour jamais attaché son nom à la solutioQSceptiqiie du grand problème du critérium de la vérité ; nous allons voir j^nésldéme lai frayer ta route. Pour tous deux, un critérium absolu est un rêve de l'orgueil dogmatique; pour tous deux, l'esprit humain, condamné h un critérium tout relatif, ne peut franchir le cercle de la subjectivité. Ce critérium, pour jflnéeidéme, c'est l'apparence, ib çaivétjisvev ; y at-il bien loin de là au critérium formel de Ksnt, qui n'est rien de plus, comme on sait, que l'accord de la raison avec ses lois subjectives? iEnôsidôme a épuisé Ben génie b combattre le principe de causalité, fondement de toute spéculation rationnelle; mais qu'on y prenne garde, il n'a jamais nié que ce principe n'apparût à la conscience, et ne s'imposât à nos jugements avec une autorité irrésistible. L'auteur de V Analytique
30 LE SCKPTICISHE
transcendantale a-t-il an fond dit antre chose, qnand il a rédnit les premiers principes à de simples taiiAxiwma priori de l'expérience, à des formes, à des catégories de l'esprit hnmain? Enfin, la base dn scepticisme d'jïlDésidème, ce sont les contradictions de la raison spéculative ; il oppose à tout principe dogmatique, ôéoiç, nn principe contraire, ivttOMii;. N'est-ce pas là le genne dëjâ développé de ces fameuses antinomies, où parcourant tour à tour les grands objets de la pensée, l'âme, l'univers et Dieu même, la dialectique de Kant oppose avec une audace que rien n'arrête l'affirmation à la négation, la thèse à l'antithèse, pour les briser l'une contre l'autre, et arracher à la raison spéculative que ces contradictions déconcertent, l'abdication de sa légitimité?
Il ne nous appartient pas de signaler les différences, d'ailleurs trés-manifestes, qui séparent le génie de Kant et celui d'^nésidëme; qu'il nous suffise d'avoir mis en lumière l'identité de leur point de vue. On suivra peut-être avec plus d'intérêt et de patience la restitution laborieuse de la doctrine de notre philosophe, en songeant que son doute n'a pas été un vain jeu d'esprit, un accident stérile de l'histoire, mais l'expression la plus rigoureuse et la pins profonde du scepticisme antique ; scepticisme qui n'a pas péri avec la Grèce, mais que le progrès des temps devait ramener à toutes les époques de la philosophie, parce qu'il a sa source dans la constitution de l'esprit humain.
CHAPITEE PREMIER
DE LA VIE ET DES ÉCRITS D'snÉSa^UX.
L'antiquité ne nous a laissé sur la vie d'^Eoésidème qu'un petit nombre de renseignements indécis. A peine y peut-on découvrir l'époque ou il vécut, sa patrie, le lieu où il enseigna, et le titre de ses écrits. Sur tout le reste il faut renoncer même aux conjectures. Il semble, comme on l'a spirituellement remarqué', que la mémoire de ces grands douteurs de l'antiquité, devenue elle-même l'objet du doute, subisse par un juste retour l'arrêt dont ils vonlurent frapper l'esprit humain. Que sait-on de la vie de Sentus, d'A^ippa, de Mé- Dodote 7 ce qu'on sait *de celle d'^Ënésidëme, c'est-àdire presque rien.
Mais si les hommes ont été bienlAt oubliés, les idées
qui rendirent jadis leur nom célèbre leur ont survécu.
Or comment l'historien pourra-t-il en saisir l'origine et
le progrès, en peser la valeur, en mesurer l'influence,
' l. V. Le Clerc. Btog. univ. Art. Sextus.
3î LK SCEPTICISME
s'il ignore le temps où elles firent leur première apparition, les écoles où on les enseigna , et le titre des écrits perdus qui les contenaient et dont il cherche à ressaisir les traces? Les questions de date et de biographie ne paraissent oiseuses qu'aux esprits superficiels. Pour qui sait en voir la portée, elles sont d'un intérêt capital dans t'hlsloire des idâes.
Essayons, pour notre part, de résoudre ces questions en ce qui touche ^Enésidème.
On admet assez généralement qu'jîlnésidème fut contemporain de GicéroQ. Fabricius', et sur son autorité sans doute, Brucker^ et plusieurs autres historiens^ ont fait prévaloir cette opinion. Sur quel fondement est-^ls établie 7
Fabricius invoque le témoignage d'^nésidème luiméOM, qui dans un ouvrage dont Photius nous a consent un précieux extrait', s'exprimait ainsi : ol Ë'èrà ti); 'Aiuiî^^xi, lAi^STOi t4); vDv, Mit ^tuûuitt (nj|i^povtai iviere SA$«ï, iuiî tî y^ xi'xr^i eîicetv, ^xuïxoi foitmrat iiMfi^va. IwUrxXi. Or quelle «st cette Académie qui se rapproche des Stoïciens en ayant l'air de les combattre etse fait presque stoïcienne? N'est-il pas évident qae c'est l'école d'AnUochus'' î ^oésidéme ne se déciare-t-it pM positivement le contemporain de ce philosophe, 'nj; vûv 'A)ia5ï][jiaç î
t Fabr. ad Sext. Emp. Uyp. Pyrrh. i, 23H.
' Hist. cril. fhil., 1. 1, p. 1328.
' De Ger. Bisl. comp. des Syst, t. III, p. 240.
' Wiol. Sfyrtoft. cod.2lî,p. 169. Bekk.
• Sext. Hyp. Pyrrk. I, 33. — Gic. Acad. Il, Î8. Ibid. 42-43.
Nous adoieltODe avec Fabricius que c'est bien l'école â'Anliochus qu'^Enésidème a voulu dësigotr. Maie a-t-on lu drait de ooaclure de ii qu'il ait vécu en mâine temps que le chef de cette école ? Nous ne le pensons pi. Car enfia, s'il «st vrai que la dernière Jk!badéaiie ail rapidement décliné après la mort de son fondateur» elle ne périt poiirtant pas tout entière avec lai. Or, les paroles dl^nésidéme peuvent aussi bien s'appliquer aux disciples qu'Aatiochus laissa certaioem«at à Âthènes/â Rome et à Alexandrie, qu'à AnlioetiDsIui-^Qéme qa'^nésidème ne nomme pas. Si donc des témoignages 4'«necerlaiBe autorité se réunissaient pour reculer de plus d'un demi-siècle la date assignée au peu légèremont par Fabricius^ y aurait-il aucune difficulté à les mettre d'accord avec le leste daat il s'est appuyé?
Or, nous lisons daM Gicéron * : « Fuerant edsm alia gênera philosopheFum qui se tuamea fere Socraticos «ese dicebaal; Ëretriacorum, Herilliorum, Megancerum, Pyrrhoueorum { sed ea horum vi et dispntationibus «tuit jamâiu Iracta ateutinctâ. n Cicéron regardaitdoDC l'éttolfl Pyrrhonienne comme entièrement éteinte de son temps. Et ce n'est pas ici us jugement porté à la ié^ra. Oicéron, dans plusieurs écrits ^ où il passe en revue toutes les opinions philosophiques de ses devanciers et de ses contemporaiBs, reviest eur c«tle dissolution de l'école de Pyrrhon, et il ne dit pas seuTement
'DtOrat.,iii, 17.
'Oe^n.ll, 12. — Ibid., la.
qu'elle fut dédaigoée, mais détruite et épuisée, frmta
et exslincta.
Je le demande maiotenant. Peut-on sapposer que Cicéron se fût exprimé de la sorte, Cicéron qui a fait à tant Vhommes obscurs l'honnenr de citer leur nom et de discuter leurs doctrines, si, au momeut même où il écrivait, un esprit distingué, un écrivain célèbre eût relevé, non sans éclat, le drapeau abattu du Pyrrhonisme, et fondé à Alexandrie, sur laquelle éuient déjA touroés les regards de tous les amis de la philosophie, une école nombreuse, florissaole, une école si peu épuisée que trois siècles aj^rès elle durait encore *?
A cette induction si légitime ajoutez un témoignage qui semble décisif. Nous l'empruntons à Aristoclës, philosophe péripatéticien dn ii' siècle, qui fut le maître d'Alexandre d'Aphrodisée. Dans un livre composé contrôles Pyrrhoniens, il parle d'jËnésidème eu ces termes : MTjSsvbç S'Imarpaçév^oî aùtûv, û? d (j-i^Sà èYÉvovto tintapisav, ix^i<; xai xponfjv Iv 'AXEÇavSpeti xi^ jwcc' Aî-fwrt5ï AivijotSiîtiii; ■«; dvaÇowuupeïv T]p^aTO -ubv B6ï,ov Toihsv. Remarquons d'abord que cette expression A!vT|dâi]|j;i; Ti; dans la bouche d'un homme aussi animé qu'Âri&toclès contre le scepticisme ne doit pas être considérée comme un signe du peu de célébrité d'^Qésidème à cette époque. Car, au moment même ou
> SexUis est le dernier philosophe célèbre de l'école de Pyrrhon. Sa daifi a élë Giée Bolidemeot au commencement du troisième siècle de l'ère chrétienne. Voir Bruck. Rist. crit. t. II, p. 63i. — H. Le Clerc. Biog. Vniv. Art. Seitus.
Aristoclès preod cet air de profond mépris, il cilc les écrits d'j£Désidème en homme qui les connaît parfaitement, etguinelesjuge pas si peu considérables, puisqu'il s'emporte si fort en les combattant. Au surplus, ce qui nous intéresse surtout ici, c'est qu'un philosophe du II' siècle atteste que l'école pjrrhonienne, dont il fait l'histoire, a été relevée par ^Enésidème à ane époque toute récente, ix^ï^ ««'i r.piativ. Supposez maintenant avec Fabricius qu'Jinésidème soit contemporain d'A.nliochus et de Cicéron, ly^^ÏQ v^i xpiiniv est inconcevable,, appliqué à un philosophe mort depuis deux siècles. Mais -placez jËnésidème au commencement du i"' siècle, le passage de Photius s'explique à merveille ; les réflexions de Cicéron sur le déclin de l'école pyrrhonienne sont d'un parfait à-propos, et i-/fii.z vm xpb»;v reçoit un sens raisonnable, dès qu'on le rapporte à un philosophe dont Aristoclès aurait pu dire : il florïssait dans le siècle dernier.
On pourrait élever une dernière difficulté à propos du catalogue que Diogéne nous a donné des philosophes de l'école de Pyrrhon depuis le fondateur jusqu'à Sextus Empiricus et son disciple Saturninus. D'après Diogène, voici l'ordre où ces personnages se sont succédé ' :
Pyrrhon,
Timon de Phlionle,
Euphranor de Séleucie,
Eubulus d'Alexandrie,
Ptolémée,
Héraclide, ' Laert.Uv. IX, 12, p. 265-266. (Éd. de Londres, 1664.)
„ïCt)oglc
16 LK SUKPTICISMli:
^Déeidèmede Gnosse,
Zeuxippe Politès,
Zeuxis,
Anliochus de LaodJcée,
Ménodole de Nicotnédie,
Hér«dote de Tarse,
Sextus Empiricus,
Saturninus de Cythénée.
D'aprè* ce catalogue, entre ^nésidème et Pyrrhoo, il s'eat écoulé cinq générations de philosophes; et il se trouve justement qu'entre J^nésidéme et Sestus pareil nombre de générations se sont succédé. Or, la date de Pyrrhon » été filée avec Bftreté de 380 à 288 av. J.-C; et celle de Sextus, quoique un peu incertaine, a pu l'être également par la sagacité des critiques au commencement du tu* siècle de l'ère chrétienne. Il pourrait donc sembler raisonnable d« placer Jilnésidéme dans l'ordre chronologique à une distance égale de Sextus et de Pyrrhon, c'est-à-dire au temps d'Àntiodiiu et de Cicérou, ce qui s'accorderaitayec l'opinion de Fabricius. Mais il (aut observer que cette façon matbématique de traiter de semblables questions est la chose du monde la plus chanceuse. De plus, il n'est pas sûr que la liste de Diogènesoit complète. Agrippa n'y est pas nommé, ce qui est une grave lacune; et en entre Diogène lui-môme rapporte ' que, suivant le pjrrhoniea Ménodote, fprt compétent sur ce point, l'école de Pyrrhon fut quelque temps inteirompue après Ti-
> Laert. liv. IX, p. 26S.
moD, jusqu'au moiaent dû Ptolémée de Cyrène la reprit.
N(Ais persistons donc, sans nous arrêter à cette objection, à rejeter ayecRilter 'l'opinion de Fabricius, qni n'oppose à un passage décisif d'Ârisloclès et aux inddction!; légitimes tirées du témoignage de Gicéron, que ta conséquence arbitraire d'un texte de Photios ma) interprété. Au contraire, en fixant l'époqae d'jEnésidème an commencement du i" siècle de l'ère chrétienne, on a l'ayantage d^ s'appuyer de Ions les témoignages en les conciliant tous.
Les historiens de la philosophie ne sont guères plus d'accord sur la patrie d'jEnésidème que sur l'époque où il florissait. Les uns le font naître à Alexandrie', les autres à jEgè en Achaïe', les autres S Gnosse dans l'Ile de Crète*.'
Ceux qui soutiennent la première opinion se fondent sur le passage d'Aristoclès déjà cité * : iyôkç xai ■sp<rtr,v bi 'AXe^stvSfîfa tÏ] xaT' A'fUTcrov Avrrial^\iai;. Mais d'abord Aristoclès ne dit pas qu'^nésidème soit né à Alexan^ie, et de plus Diogène Laërce ditposittTement le contraire, AÎ'jïjoîct;!».;; Kvwcsto;, i% xal ITuf piDVEÏuv X6ftù-/
Il n'est pas difficile de concilier ces deux tèmoigna-
' Hist. de lapkil. anc. IV, p. 222.
» Voy. Brnck. Rist, crit. I, 1328.
» Phot. Myriob. 1. 1.
' Laert. IX, 12, p. 26S.
' Arist. ap. Euseb. Prœp. Erang. XIV, J8.
ges '. ^nésidëme élail de Gnosse en Crète comme rassure Diogëne Laërce, mais il enseigna à Alexandrie, comme le rappelle Aristoclès. Et en elTel, ce n'est pas dans son obscure patrie qu'i^nésidème pouvait songer à relever une école déchue et à créer un mouvement philosophique dé quelque portée. Il dut se sentir entraîné vers la cité philosophique par escellence. Or Athènes qui longtemps avait été cette cité, venait de perdre avec les restes de sa liberté cette haute suprématie intellectuelle qui ne survit pas à une grandeur politique éclipsée. Déjà le fondateur de la dernière Académie désertait la patrie de Platon * pour Alexandrie, devenue la nouvelle Athènes. jEnésidème l'y suivit bientôt après pour porter les derniers coups au dogmatisme qui déclinait et féconder à son propre insu les germes d'un dogmatisme nouveau.
Nous ne dirons qu'un mot du passage de Photius qui a induit à supposer qu'âgé fut la patrie d'^nésidème Atv7i(iîSj5i*3; c è^AJ-fâv, dit Photius. Ménage propose de lire il Mfùxnvj, au lieu de l| AtYûv. Mais cette altération d'un texte bien établi est arbitraire, et il nous paraît plus sage de penser que Photius s'est trompé sur ce point comme sur tant d'autres.
Proposons-nous maintenant de retrouver et de réunir ce qui nous reste des ouvrages d'^nésidème. Aucun des nombreux écrits qu'il a composés n'est
■ Vid. Is. Casaub. ad Laert. IX, J2. — Menag. ibid. » Cic. Acad. Qu. Il, 4.
D'j:nësidëhe. j9
pairenu JQSqa'à nous. S'il en est un doot la perte soit particnlièrement regrettable, c'est sans contredit l'ou- Trage en huit livres intitulé Ouf jitivEioi \irjoi ' ou IluffwvfuvXii^ct''. JËnésidèmey Boamettait à un examen régalier toutes les questions philosophiques et tous les systèmes, s'efforçant d'imposer aux philosophes et à l'esprit humain lui-même, comme leur commune loi, la contradiction universelle. C'est dans cet ouvrage que le scepticisme absolu, qui n'avait parujusqu'alors qu'un accident et presque une folie, s'éleva pour la première fois, de l'humble rang d'une tradition dédaignée à celui d'une doctrine philosophique organisée, d'un système vaste et complet.
S'il faut renoncer aux lumières qu'eût jetées sans doule sur les systèmes philosophiques de l'antiquité la conservation d'un tel mouument, essayous du moins d'en rassembler les débris dispersés, afin d'y ressaisir la pensée fondamentale du sceptique ingénieux et profond qui le composa.
Photius nous a conservé dans sa Bibliothèque ^ un extrait assez étendu du Uuffwvtwv Àf^foi. Cet extrait fait connaître avec précision le caractère propre du scepticisme d'jEnésidème, le plan de l'ouvrage, et ses divisions principales. Nous trouverons là, dans la suite de ce travail, une excellente base pour reconstruire la doctrine d'^nésidëme. Mais l'extrait de Photius n'est
' Photius, p. lti9,B«kk.
■ Laert. IX^ p. 268.
> Phot. cod. 212. p. I6f)-ni, Bekk. — p. S(2-544, Hœscb.
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gu'noe sorte de cadre k peu près vide. Il faut le remplir.
Nous savons qu'^nésidëme a attaché son nom à la discussion du problème de la caosalilé. Dirigeons de te côté nos premières recherches.
Noos tronvons dans Sextus un passage très-étendu, où la question de la causalité est traitée avec une subtilité, une régularité et une profondeur singulières'. Si nous parvenions h nous assurer que Sextus a emprunté à ^nésidème le fond et même la forme de celte argumentation, nous croirions avoir restitué à l'habile sceptique la partie la plus originale de ses idées, et celle qui a le plus de droits à être conservée par l'histoire.
Sextus, dans son premier livre contre les physiciens, aborde le grand problème de l'existence des causes. Après quelques arguments où le sujet n'est qu'effleuré, il s'exprime ainsi : 'Açeï.é(rc£po"» \lïi oStw tivIî icapa- (ju>6wmai Ta ToO iYXSi^jivou "Kifoa Xf]i*.jw(Ta' 6 îl Atvr,a£5>]jw; 8iaçop(trtipov èx' oùtGiv i^piiTo xatç itEpl -rii; Yîviaewç abcoptan;. Tb -^ip 5Ûi«t toD 0(4)[Jjïxo; oin âv êÏt] aïiiov, èxe(irep ?! jrfévTitàt Itv, ib toiaÛTov uôpia.,. 1) yvtiT&i. xtX. Suit une argumentation où la notion de causalité décomposée dans tous ses éléments et considérée sous tous ses aspects est comme enlacée dans les nœuds de la dialectique la plus déliée. L'argumentation épuisée, le morceau se termine par ces paroles qui ont tout k la fois le caractère d'une conclusion et d'une transition : ToCvuv
' Seul. Adv. Math. p. 34B, B. Je cite ici et partout ailleurs l'éditian de Genève et Paris, (6%!, n'ayant pu avoir â ma dispo-
sitioD celle de Fabridus que j'ai seulement coDSuiye.*
U3«.z™»vCt)C)gle
DÛÎÈ xatà BicBûoi'* icôieï tb oïtiov $ lirrt*t, ti t^ijî'îîj.tç aï- •ctov aùib -nrfxsheiv. "Evsirti îè xat iiti tfj^ àf^jq xoivitîpov Tfïi TE TToloOr:! jiaî tO TCîBiy arrt èitaTtopEÏv, ^va -^ip xtX ' .
Il nous parait certain qne le morceaii toot entier qni est compris entre ces deux passages appartient k'Maésidëme. Car d'abord, dans le premier passage cité, Sextus indique positivement qu'après avoir emprunté les argnments qui précèdent h différents sceptiques qn'il ne jnge pas à propos de nommer, il Ta maintenant suivre les traces d'^nésidème, et il est clair que s'il nomme jËnésidème, c'est à cause de la supériorité avec laquelle il a traité le sujet, Biaçoptirtspsv IxP^-cs*; de façon que cette longue argumentation qui se déroule immédiatement après, est opposée par sa profondear et son étendue à tout ce qui précède, en même temps qu'attribuée expressément à ^nèsidème. Ainsi, dans ta pensée de Bextns, les premières objections n'étaient en quelque sorte qu'une escarmouche. C'est i jEnésidème qu'il veut laisser le soin et l'honneur d'engager sérieusement le combat.
Nous voilà donc conduits à une restitution importante presque sans effort. Et cependant un savant historien de la philosophieen conleste la légitimité*. Voici son objection principale : Si l'on attribue à ^flnésidëme le morceaa qui suit le passage où son nom est cité, il
1 Sext. Adv. Math. p. 961, C.
* Pab. ad Sexl. l. e. entend ainsi Jnif^pÛTip cv : plmibut et in vtaioi species adomatis argumentis. Qu'on l'entende de cette bçon ou comme nous faisons, notre conclusion subsiste.
■ Ritter. Hist. de ta phil. lom. IV, p. 228.
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M LE SCEPTiCISKE
n'y a pas, snivant H. Ritter, de raison poar en limiter l'étendue, ce qui condait de proche en proche à l'absurde conséquence de substituer ^oësidème à Sextus dans toute la suite de l'ouvrage.
Mais cette objection ne peut nous arrêter. L'argumentation développée dans Sextos est comme une chaîne dont tous les anneaux sont étroitement liés. Si l'on reconnaît que la première partie en est empruntée à ^nésidème, il faut lui faire honneur de tout le reste. On dit maintenant : où vous arrêterez-vous? Nous répondons : avec l'argumentation elle-même.
La question se réduit à déterminer le point précis où finit l'argumentation, et il ne peut y avoir là-dessus que des dissidences d'opinion peu sérieuses.
Fabricius' est d'avis que l'on doit attribuer à^nésidème tout le morceau compris entre les lignes oii se trouve son nom et les mots ib \xhi o3v xoioOv «ïtiov
&topoç 3k latc na-c'ESiov Wi S icspi -ïsu itiuxonroi; Xi^oç ".
La raison qui sans doute a déterminé Fabricius, c'est que ta question de la causalité n'est complètement épuisée qu'à cet endroit. Mais il faut user ici d'une critique plus sévère. Dans un écrit de Sextus, on n'est fondé à mettre positivement sur le compte d'^Enèsidème que ce qu'il est impossible d'attribuer à un autre que lui. Or, à la rigueur, l'argumentation d'jEnésidème peut être considérée comme tenninée aux mots déjà cités : toEvuv oOSk
' Fabr. adSextum. p. B97.
» SecL 266 de l'éd. Fabric. — Adv. Math. VIII, 3S3, A. Ed. Gen. et Par.
D.GNËS1DËHE. 33
xarà SwSeoiv xxk., lesquels ODt le double caractère d'une concldsion et d'une transition. Il est vrai que la question de la causalité n'est pas absolument abandonnée après ces paroles; mais elle est envisagée sous de nouveaux aspects, et la discussion qui suit perd sensiblement en force et en profondeur. On ne peut donc l'ajouter sans une certaine réserve au morceau qui, suivant nous, revient seul de droit à /Euésidème.
Maintenant à quel ouvrage d'^Euésidème Sexlns a-l-il emprunté cette citation? Il nous parait à peu près certain que c'est au cinquième livre des Ilu^^djvetci À^su Photius dit en effet dans son extrait ' : UpoiiWfzta ti xni^ Hai 5 lueiJiTnbî Xi^oî tàîTwttà tÙw «hioiv ii:ofr|Tt*àî ')<àîa^, ijLv^Slv \>.h i^TîSEvbî aÏTisv èvîiSotn; eTvai xt),. Cette indication se rapporte à merveille à l'argumentation développée ou plutôt copiée par Seuus, et j'ajoute qu'elle confirmerait au besoin la légiiimité de la restitution qui vient d'être opiérée.
Photius ajoute : i\T:x-:fi'Aca S zolç «{twXîyoûvtoî çiîxnw, xoti TpéKiw; ipi9[ui)v, xa6's&; oiETai oi-roy^ aJxioXoYS?"',
Ces -îpiixoc dirigés contre les chercheurs de causes, MT.a),o-ïoiJr:ac , et qu'il ne faut pas confondre avec les UrM tfimsi T^; ivi^fii attribués aussi par quelques-uns à jEnésidème, ces -cp^si dont parle Photius sont évidemment ceux dont Sextus nous a donné l'énumération dans une de ses compilations^ et qu'il copie évidem-
' Pbol. loc. cil.
' Pyrrh. Hj/p. I, i7.
ment dans^Enésiâèine'. De façon qu'en rétiDisaant le chapitre de Sextus où ces èxTÎD tpiTcat sonl déreloppéa et le grand passage sur ta causalité, nous recomposons presque tout entier le livre )e plus imporlant du plus imporlant ouvrage d'jEnésjdème.
Nous croyons pouvoir effectuer encore dens resliliitions toQt aussi légitimes, quoique d'une moindre importance.
On trouve dans Sextus deux argumentations sceptiques, l'une contre la vérité, l'antre contre les signes; tontes deux, selon nous, reviennent à j^nésidëme.
Pour la seconde, qui a, nous le verrons, une portée considérable, le doute n'est pas permis. L'autehr, en effet, est cité ainsi que son ouvrage : b -(àf Aivijiidijijic; iv TîJ TSiipTii) TÛv nufpwvËÎijiv Xi-j-wv xtX'.
Pour la première, toute incertitude doit céder k un examen attentif.
Sextus, dans son second livre contre les logiciens*, entasse sur la question de la vérité un grand nombre d'ai^umenls sceptiques qu'il puise, selon sa coutume, dans la tradition. Puis il continue en ces termes : Suvi;«i ^ %sà b AÎYr)i&ti\j.oz t«î i[j.oioTpiK5'j; xoTà -riv léTrov ixoptas tWiiSty. Et yàp être! ti àXtfiï^, tj-ts; xl^Aiftin imn, ï] vo»)Tiv xtX*. Nous n'hésitons pas â regarder le morceau qui suit jusqu'aux mots Kl [liv xccSéXsu dhc9p(at x£^\ -dC iXijOoû; loiaûtai xvi'i sitnv * comme la propriété
' Fab. ad. Sext. **, Y,
• Adv. £o(f. il, p. 258, E,
' Loc, cit. p. 221-S27,
» Loc. cit. p. 2î7, C.
' Loc. cit. p. 229, C.
U-MUtUlDkltE. 36
d'j£aésidëme. Ga{, en thèse générale, Sexius n'est guère qu'un compilateur instruit'. Loin fU préteodre h l'originalil^, comme on l'a dit, ii s'efface sans cesse et ne parle presque jamais en son nom. Toujours k la Irace de son école, il a du moins la modestie et la boone foi d'en convenir. Lora donc qu'il cite un philosophe pfrrhoaJeu dans le cours d'une alimentation, ou peut se tenir pour à peu près sûr qu'il le copie ou le résume. A plue forte raism quand il lui attribue expressément les pensées qu'il lui emprunte; et c'est le cas où nous sommes ici; le passage cité plus haut en fait foi. Nous remarquerons seulement que plusie&rs parties de celle ai^umentatioD contre la vérité étant peu développées, il y a lieu de penser que Sestus n'a pas copié, mais résumé l'ouvrage d'iËnésidéme.
Quel peut être cet ouvrage? trés-vraisemblablement le deusième livre des Uu^^Euv \iiai. CarPhotins nous apprend dans son extrait' qu'^Ëuésidème traitait de la Vérité dans le second livre : "Ev làç lis» Uvzépt^ iweià
iXrfiGn xai cd-dmv StoXJ^ovei xta.
Ce sont là les seuls morceaux de quelque étendue qui nous restent des écrits d'.£nésidème.
Il est certain pourtant qo'iadépendamment dn Du^ fir/vM '/.6-(v,, il avait composé plusieurs autres onrrages, l'nn Uep'i !;i]T^a£i<i;, l'antre UepXaoïfiai, tous deux cités par Diogéne Laërce et nettement distingués des Ua^^an
' Voir notre cil. VIII, ' PboU p. (70, Bekk.
se LE SCEPTICISME
XiYot'- C'est vraisemblablement danj quelqn'un de ces ouvrages, on peut-être dans l'an et dans l'autre, qu'jEnésidéme sortant, par une singulière évolution dont nous aurons à nous demander compte, de l'école de Pyrrhon pour entrer dans celle d'Héraclile, exposait sur les questions du temps*, du mouvement^, des éléments du langage*, sur l'être*, le tout et ia partie*, sur la raison ' individuelle et la raison générale', cesthéoriessouventsi obscures dont nous retrouvons dans Sexlus quelques vestiges indécis.
Quant auK s^si/Eulmen; dont parle avec tant de colère le très-zélé dogmatique Aristoclès, xaxai airoiysiûwm; * et à la wp(iKït d<ia.yii)-{i citée par Sexius', sont-ce là des ouvrages distincts ou bien des façons particulières de désigner les Iluffi^eioi X^yst et les traités IIsp'i mfittz et IlEpi lr,Tijittùq, OU encore sont-ce des parties de ces divers ouvrages? Ces questions sont de si peu d'intérêt ({u'il n'y a pas lieu de regretter qu'elles soient insolubles.
Enfin, l'ouvrage cité par Diogène '" et Aristoclès"
< Laert. IX, H, p. 263.
ï Adv. jthys. U, p. 417, A, B. - Cf. Eyp. tyrrh. III, H, p. 138, C.
» Ado. pftys. p. 38(1, E. — Ibid. p. 387, A, B. * Adv.'phys. U, p.4n. A, B.
< Adv. phys. U, p. 419, D.
' Adv. phys. p. 363, D.
' Adu. I09. p. 22s, B.
' Ariat. ap. Euseb. Prœp. Evang. XIT, 18.
» Sext. ^dt). phys. II, p. 417, A.
" Laert. IX, 11, p. 256.
" Arist. ap. Euseb. Prœp. Evang. XIV, 18.
SOUS ce titre : èv ■vfi t\i -m IIufpùvEKi ûico-wmioîi, était-il dirrérent ou non des Du^^^eisi Xi^st. Ce qni poarrait faire adioeltre avec Fabricius'et malgré l'opinion de Riller'' la dislinclion de deux ouvrages, c'est que les Uxx xp6T:n -zfii ii:syjii étaient déreloppés, an témoignage d'AristOClès * it -Oi eî; ti Ilu^^veia uTCoruxtàuEi, et que nous n'en trouvons aucune trace dans l'extrait donné par Photiusdes IL^pwvîr,'. ».;;.
Du reste, comme nous ne possédons pas une ligne de l'hypotypose d'vEnésidème, en supposant qu'elle ait été un ouvrage à part, il est parfaitement inntile d'insisler sur ce point.
En résnmé, des hait livres dont se composait le Ilu^priivEvîi Xiys'-) Dons sommes parvenus à retrouver pour le fond des idées, sinon pour leur exposition développée :
Le I" livre, dans le résnmé net et précis de Pholîus;
Le II* livre, dans Sexius Adv. log. II, p. 227, C à 229, G.
Le rV* livre, dans Sexius Adv. log. II, p. 258, E.
Le V* livre, 1° dans Seitus Adv. pkys. 345, B ï 351, C.
2* dansSext. Pyrrh. Byp. \, 17.
< Fabr. ad Sixt. —Adv. Log. H.
• Vint, de la phil. anc. t. IV, p. SÎ7.
' AriPl.l. c. — Aristoclèsdil J"i«rf5iewi;, ce qui a Ent croire qu'il avait réduit à neuf les J«« Tfoitm -rât Jouit. Hais il est certain que le texte d'Arisloclès a ëië alb5ré, ou qu'Aristoclès se trompe, car Seitus [Adv. Logicoi, p 201, A) cite les •».«« rfiva exposés par .£nësidème, el Dio$:éne l.aërce men^nne expreàsément sou diiLiàoie t^mik. Laert, JX, 1 1 .
an LE SCEPTICISHU; D'.CHÊSIUËH):;.
Pour les VI', Vil' et VIII* livres qui iraitaîent, au rapport de Pholius ' les questions morales, nous sommes rëduils au résumé du Myriobiblwn et à quelques indications de Diogène Laërce * et de Scslus *.
Quant aux traités t.i^\ ï^i-rfioEw; et i:epl «fia;, on peut a?ec vraisemblance y rapporter les indications dispersées rà et tîi du dogmatisme héracliléen d'jtlnésidème*.
Voilft les débris de la doctrine d'^Enésidème que le temps a épargnés. La critique, après les avoir recueillis, doit tes féconder et restituer autant que possible dans ses traits essentiels la pensée dont ils sont restas les uniques dépositaires.
Mais, avant d'expostïr avec étendue la doctrine A' JE' nésidëme et de la soumettre à une discussion approfondie, il est nécessaire, pour en saisir l'esprit et le sens, pour en mesurer la juste portée, comme aussi pour eu apprécier plus tard l'inttuence historique, de reconnaître attentivement ses origines.
' Loc. cit. p. t70-l7l.
» Laert. IX, la.
» Adv. phys. il, p. 446, B.
* Voir les end. dtës pltU haut.