‹ Le scepticisme: Ænésidème, Pascal, KantChapitre 17 sur 39 · PREMIER ARGUMENT · texte numérisé non relu

PREMIER ARGUMENT

Cet argument comprend la discussion de quatre hypothèses :

i" et 2™* hypothèses : Le corporel cause du corporel. L'incorporel cause de l'incorporel.

Preuve générale contre ces deux hypothèses. — Si A était cause de B, il le produirait, ou en demeurant en soi, ou en s'unissant à G. Or, s'il demeurait en soi, il ne produirait rien qui différât de soi-même. Car supposez qu'une unité A pût causer une dualité AB, chacun des éléments de cette dualité causerait une dualité nouvelle, et ainsi à l'infini. — Si au contraire A produisait B en s'unissant à G, alors l'union de G avec l'un quelconque des deux autres termes en pourrait produire un quatrième , puis un cinquième , et ainsi encore à l'infini.

Preuve spéciale contre la 2"® hypothèse. L'incorporel est intangible; il ne peut donc agir ni pâtir en aucune façon.

• 3"* et 4"® hypothèses : Le corporel cause de l'incorporel. L'incorporel cause du corporel.

Ges deux hypothèses sont absurdes. Gar le corporel n'est pas contenu dans la nature de l'incorporel et réciproquement. Ou bien, si l'un est contenu dans l'au-

avec des objections tout à fait analogues. VoirSext. Hyp. ^yr, Liv. III, ch. 2 et 3.

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tre, il n'est donc pas produit par lui, puisqu'il existe déjà. Donc aucune cause n^eét possible.

Dans cette première série d'arguments, deux points méritent seuls un examen attentif. I. La multiplicité ne peut sortir de l'unité, suivant iEnésidème, ce qui renverse les deux premières hypothèses (et il aurait dû ajouter, toutes les hypothèses pôssihles). it. Une cause ne peut produire que ce qui est contenu dans sa nature; voilà pour les deux dernières hypothèses.

iEnésidème, à la vérité, emploie un argument particulier contre la seconde hypothèse; mais ce n'est qu'un paralogisme assez grossier qui ne peut nous arrêter longtemps. L'incorporel, dit-il, est intangible. Donc il ne peut ni agir, ni pâtir. Raisonner ainsi, c'est supposer cette majeure : une cause ne peut agir que par contact. Or, qui accorde cette majeure? Personne, que je sache, excepté les matérialistes, c'est-à-dire, les philosophes qui font profession de ne rien admettre qui ne soit corporel. J'avoue qu'il n'est pas malaisé de prouver l'impossibilité des choses corporelles à qui la reconnaît en principe. Arrivons aux arguments sérieux.

L iËnésidëme oppose ce dilemme aux dogmatistes : Ou la cause demeure en soi potir produire son eSet, ou elle s'unit à un second terme. La question nous semble bien posée. Deux systèmes en effet partagent les philosophes sur le grave problème du mode d'action des causes. Les uns pensent qu'une cause ne peut agir sans

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qttel(j[Ue objet extédeut* auquel s'applique son action. Une bille fait mouvoir par le choc une autre billo^ yoilà le type de la (Causalité 4 Ûe point dé tuë est celui des philosophes physiciens et de la plupart des tnatétia'* listes. Suivant d*autfes philosophes, une cause n'a besoin pour agir que d'elle seule, c'est-à-dite^ de la fbrce qui lui est propre. C'est aihsi que dàUS le phênoUiène de la réflexion, lé moi, tout en déployant avec éUérgie son activité, ne l'applique alors qu'à lui-môme. Toutes les autres causes, fusseflt-elles privées d'intelligehcé et de sentiment, peuvent être Cofiçuesà l'image de cellelà. On reconnaît ici le point de vue de la monadologie et de toute la métaphysique de Leibnité.

DaUs le premier système^ l'action de la cause est en quelque sorte extérieure, et il semble qu'elle puisse être aisément représentée aux sens et à l'ithagination, explicûH imaginabîlitef, comme dit Leibnitz*. Cette action est tout interne au contraire, dans le second système. Mais si elle échappe aux sens, elle se fait concevoir distinctement, distincte intelligij au sein de nousmêmes par la plus immédiate aperceptidn.

Plaçons- nous tour à tour avec iGnésidème à ces deux points de vue. Si la cause demeure en soi, dit-il» elle ne pourra donner qu'elle-même, et par conséquettt, ne produira rien. De quelle cause s'agit-il ici , je le demande? D'une cause inerte, destituée par hypothèse de toute énergie intérieure? Cette cause est assurément une contradiction dans les termes. Mais qui fait une

* Opéra Leibn. Ed. Dutens. Tom. II, 2^ partie, p. 49. De ipsa natura sive de vi insita, § 7.

supposition aussi étrange? Ce n'est pas nous, mais bien iEnésidème. Nous supposons, nous, une cause qui demeure en soi, il est vrai, mais qui dans son indépendance de tout terme extérieur, reste une véritable cause , c'est-à-dire , un principe de vie, un principe riche de tout un ordre de développements internes, et capable de les faire passer de la puissance à Tacte par la vertu de sa fécondité propre. Un tel principe^ s'il existe, se développera par la condition même de sa nature, et ses effets seront parfaitement distincts de luimême, quoiqu'ils n'en soient pas séparés. Voilà notre hypothèse, celle qu'il faut combattre et non pas une autre. Mais pourquoi parler d'hypothèse ? Est-ce vraiment une supposition gratuite que l'existence d'une cause, féconde sans sortir d'elle-même ? N'est-ce pas pour Thomme le fait le plus certain, le plus simple, le plus intime, le fait même de son existence morale? Le moi nous est donné à chaque instant comme une cause. Bien plus, il est la source et le type de toute idée de causalité. Or, n'est-il pas vrai que souvent (un disciple de Leibnitz dirait toujours) cette cause demeure en soi et n'agit que sur soi-même? Quand notre âme, agitée par une passion violente, lutte pour se contenir, qui pourrait dire que cet effort interne, qui souvent nous coûte si cher, ce nistis à chaque instant renouvelé, n'est pas une production, une causation véritable? La conscience parle ici plus haut que tous les raisonnements.

iEnésidème ne l'avait pas consultée, sans doute. Au lieu d'observer la nature, il raisonne sur des abstractions. Il est absurde, dit-il, qu'une unité A produise

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une autre unité B. Oui certes, cela est absurde, si vous parlez d'une unité abstraite, comme celle des mathématiques; il est trop clair qu'une telle unité ne se multipliera jamais elle-même. Mais il n'est pas question ici d'une unité stérile ni d'une multiplication arithmétique; il est question d'une exertion de force. Nous n'avons pas affaire à des termes abstraits, à des chiffres; mais à des causes réelles, à des unités vivantes. Et quand nous supposons qu'une force entre en action, il ne faut pas dire qu'une unité devient deux unités, trois unités. Il faut dire qu'un principe simple, mais fécond, tire de soi ce qu'il contenait en germe ; il faut dire que Tunité se développe en multiplicité, de façon que cette multiplicité n'est au fond que l'unité développée, et que cette unité ne peut être séparée, quoiqu'elle s'en distingue, de la multiplicité qu'elle produit.

Les véritables unités, dit supérieurement Leibnitz, ne sont pas jdes points mathématiques, ni des atomes de matière, à la façon d'Épicure ; pures abstractions de l'esprit humain. Ce sont àes atomes de substance^ et pour ainsi dire, àes points métaphysiques iouès d'activité^; simplicités fécondes , unités de substances mais virtuellement infinies, par la multitude de leurs modifications, centres qui expriment une conférence infinie '^.

Voilà, dans sa pureté, la notion de cause qu'iEnésidème a totalement méconnue, substituant sans cesse

ï Leibnit. 0pp. Ed. Erdmann. Pars I, p. 12i>. Système nouveau de la Nat. et de la Commun, des Substances, * Ropl. de Leibn. à Bayle. Rec. de Des Maiz. t. IL p. 438.

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aux causes réelles des termes abstraits et immobiles, et résolvant ainsi la question par la question.

La même confusion revient encore, quand il examine si la cause peut produire quelque effet, en agissant sur un terme extérieur. Il y avait ici matière à de graves objections, iËnésidëme se borne à dire que si A produisait B en s'unissant à C, il n'y aurait pas de raison pour que Tunion de C avec B ne donnât D et ainsi à rinfini. Supposez en effet deux unités abstraites, ou même deux unitfJs matérielles analogues aux atomes d'Épicure , iËnésidème a raison. Mais laissez de côté les abstractions mathématiques et les chimères d'une métaphysique matérialiste, mettez en présence ienx forces véritables, on aura à prouver non pas que deux unit& sont incapables d'en produire trois, mais que le développement d*une certaine force ne peut avoir pour condition l'action d'une autre force, ce qui est parfaitement différent. iËnésidème, cette fois encore, résout donc la question par la* question, et en définitive, son dilemme pontre les causes n'est qu'une double pétition de principe.

IL Voyons s'il raisonne mieux contre ses 46ux dernières hypothèses : le corporel cause de l'incorporel, et l'incorporel cause di; corporel.

Disons d'abord qu'il choisit cette fois son terrain en habile homme, et porte la controverse sur les problèmes les plus embarrassés de la piétaphysique. Il ne s'agit en effet de rien moins que de savoir si une substance corporelle peut agir sur une substance spirituelle et réciproquement. Toute la question de la communication

des substances est là. Ce n'est pas tout; iEnésidème soulève une question plus épineuse encore, s'il est possible, quand il demande si un être incorporel peut produire un corps. Je ne parle pas de la question inverse, si un corps est capable de produire un esprit ; car il en coûtera peu aux métaphysiciens de consentir sans discussion à la négative. Mais le débat devient très-sérieux quand on recherche comment une substance matérielle peut être Touvrage d'un principe immatériel. C*est ici le côté le plus obscur de Tobscur problème de la création. Certes, il faut l'avouer avec humilité, s'il était nécessaire d'expliquer complètement la communication des substances et la créa lion pour répondre aux objections d'^ïlnésidème, elles pourraient attendre longtemps une solution. Que possède en effet la philosophie 3ur ces niystères de la métaphysique? Des hypothèses de génie? Oui sans doute, et en abondance. Mais cette abondance même accuse sa stérilité en fait de solutions définitives.

Est-ce à dire qu'il faille nier la possibilité de l'action de l'esprit sur la matière et de la jnatière sur l'esprit, parce que nous ne la comprenons pas? Mais comprenons-nous mieux au fond l'action d'un corps sur un autre corps, d'une âme sur une autre âme? En général, l'influence d'une substance sur des substances étrangères n'est-elle pas uue énigme dont la nature nous cache le secret? Jugerons-nous de sa puissance par notre faiblesse?

J^n dis autant, non pas du fait mên^e de la création de la matière, mais de l'impénétrable comment de cette création. Il n'y a rien à conclure de notre ignorance

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sur cet objet, sinon que l'essence des choses nous surpasse infiniment. À moins qu'on ne dise, en prenant le parti contraire , que Tintelligence humaine est la mesure de l'intelligible, en d'autres termes, que l'homme sait tout, comprend tout et ne peut rien ignorer, dogmatisme énorme qui dans la bouche d'un sceptique serait le comble de l'extravagance.

Si donc iEnésidème veut établir l'impossibilité de l'action réciproque et de la création des substances, il faut qu'il articule des preuves directes. Voyons ces preuves.

Une cause, dit-il, ne peut produire que ce qui est contenu dans sa nature. Or , le corporel n'est pas contenu dans la nature de l'incorporel et réciproquement. Donc, etc.

Il faut fixer d'abord avec précision le sens du principe qu'on invoque ici. J'ai peine à croire qu'JEnésidème ait voulu prétendre qu'une cause n'est capable de produire que ce qui déjà existe en elle, comme une de ses parties ou qualités, ce principe étant une contradiction dans les termes. Ce qu'il a pu raisonnablement vouloir dire, c'est que l'effet, pour être produit, doit exister en puissance dans la cause. Mais alors, quand il ajoute que si l'effet . existe dans la cause , il n'est donc pas produit par elle, puisqu'il existe déjà, je ne vois là qu'une confusion sophistique de l'existence virtuelle et de l'existence réelle , à peine voilée par une sorte de jeu de mots. Je pense que si l'on dégage le principe d'iEnésidème de toute argutie verbale , ce principe signifie au fond que l'effet et la cause doivent être deux

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choses de nature homogène, et contenues dans ia même espèce. Or, je dis qu'il est téméraire de s'appuyer sur un tel principe sans l'avoir démontré ; et ce principe même, je le nie positivement.

Qu'il ne puisse y avoir dans l'effet rien de plus que dans la cause, que certains caractères d'une cause doi* vent se reconnaître dans ses effets, en un mot, qu'il existe une correspondance et une proportion nécessaires entre ces deux choses, c'est ce que nous ne songeons pas à contester. Mais il y a loin de là à l'absolue homogénéité.

Un cheval ne produira pas un arbre , dit iEnésidème, mais bien un animal de son espèce. Cela n'est pas douteux. Mais qui m*assure que les lois de la génération des corps organisés soient les lois universelles de la causalité? Et puis cette génération n'est pas une véritable production , une causation , au sens métaphysique de ce mot , mais une transformation organique dont les conditions internes sont profondément inconnues.

Mais la conscience va nous fournir des preuves plus directes. C'est là qu'est la source de la notion de cause. C'est toujours là qu'il faut en revenir en fait de causalité. Or, les actes que produit sans relâche la cause personnelle , le moi , ne sont-ils pas multiples et variables de leur nature? Et quels sont les caractères de leur principe? Ce sont les caractères directement opposés à la variabilité et à la multiplicité, savoir l'identité et l'unité, attributs constitutifs de la personne. Se peutil trouver une preuve plus décisive qu'entre la cause

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et Teffet, rbomogéoéité n'est point une condition nécessaire ?

De la cause imparfaite que nous sommes ^ élevons*' nous à la cause suprême qu^adore le genre humain. Je ne cherche pas en ce moment si cette cause existe réellement. Je me borne à constater que le genre humain la conçoit. Or, le genre humain conçoit en même temps, sans aucun doute, que les œuvres du divin Ou* vrier doivent porter la trace de sa parfaite sagesse. Mais cette harmonie de Tunivers avec son principe implique-t-elle leur homogénéité? Elle l'exclut tout au contraire* Tout homme conçoit en effet la cause première comme nécessaire et éternelle, Teffet comme contingent et périssable ; lartiste, comme absolument parfait, ToU'^ vrage comme doué d'une perfection relative qui enve^ loppe une nécessaire imperfection. Qu'iËnésidème con« teste maintenant tant qu'il voudra la possibilité ou la réalité de la cause suprême , toujours est-il que son principe sur Thomogénéité de la cause et de l'effet est démontré contraire à la conscience individuelle et à la foi du genre humain.

Je conclus que si l'action réciproque de deux sabs* tances hétérogènes , et la création de la matière sont deux choses très*difficiles à comprendre, je dirai pltts, deux choses impénétrables, nul n'a le droit de soutenir que ce soient des choses impossibles. Les hautes difficultes de ces deux problèmes, nous l'avouons aisément, restent donc , après ce court débat , dans toute leur force ; mais si l'argumentation d'iËnésidéme a perdu la sienne, ce résultat nous suffit.

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SECOND ARGMENT.

Ces deux termes, la cause et l'effet , sont tous deux en mouvement , ou tous deux en repos ; ou bien, l'un est en mouvement et l'autre en repos.

Si la cause et l'effet sont tous deux soit en mouvement, soit en repos, l'un des deux termes n'est pas plus cause que l'autre. Car supposez que celui-ci soit cause en tant qu'il est en mouvement ou en tant qu'il est en repos, celui-là sera cause au même titre.

Si. les deux termes sont, l'un en mouvement, l'autre en repos, aucun ne peut être cause. Car une cause ne produit que ce qui est contenu dans sa nature. Donc, dans le premier cas l'uniformité de la cause et de l'effet; dans le second, l'hétérogénéité de ces deux termes détruit la possibilité de leur rapport.

En jetant un simple coup d'œil sur cette argumenta"tion^ on sera frappé , mais sans en être surpris « du oaraotèrd matérialiste dont elle est empreinte. Déjà dans la ooBiiDverse qui précède^ on a yu iEnésidëme s'appuyer avec une singulière confiance sur ce principe^ d'origine évidemment sensualiste, qu'un être ne peut agir sur un autre être que par le contact.. Icl^ il parait également oublier qu'il j ait une autre philosophie au âiotide que le sensualisme, et ne paè voir que ses yéri« tables adversaires sont ceux-là précisément qu'il néglige

de réfuter. Aussi, ne consent-il pas à considérer d*autres causes que des causes corporelles , et n y veut-il noter qu*un seul changement possible , le déplacement dans Fespace. Un disciple d'Épicure n'eût pas été plus exclusif.

Toutefois, les arguments d*i£nésidème ont plus de généralité qu*il ne songe à leur en donner , et il n*est pas difficile de les étendre à toutes sortes de causes et d'effets. Voyons ce qu'il faut penser de leur valeur intrinsèque.

La première hypothèse à discuter est celle-ci : la cause et l'effet en mouvement tous deux, ou tous deux en repos. Dans ce cas-là, dit JSnésidème, la cause' n'est pas plus la cause qu'elle n'est l'effet. Car pourquoi dirait-on que la roue se meut à cause du conducteur, plutôt que le conducteur à cause de la roue? En général, supposez deux corps A et B en mouvement ou en repos sur un plan. J'aperçois le mouvement. ou le repos de A. J'aperçois de même le mouvement ou le repos de B ; mais que A soit cause du mouvement ou du repos de B, voilà ce que je n'aperçois pas. Deux phénomènes distincts , la simultanéité ou la succession de ces deux phénomènes, les sens me donnent bien tout cela. Mais ils ne me donnent rien de semblable à un rapport de dépendance nécessaire ou de causalité.

N'est-ce pas là trait pour Irait le célèbre raisonnement de David Hume contre la notion de cause?

Le conducteur et la roue, dirait le sceptique anglais, le mouvement de A et le mouvement de B , en général, la cause et l'effet sont physiquement unis, mais ils

D'^NÉSIDËME. 16&

ne sont pas nécessairement liés: they seem conjoined^ but never connected (Hume, Essais and Treatises^ vol. II, p. 79). N'y a-t-ii pas quelque chose de singulièrement frappant dans cet accord de deux esprits d'ailleurs si différents qui, à dix-huit siècles de distance, ont été frappés de la même idée en discutant le même problème, et sont venus tous deux, à leur insu, remplir la même mission? Car on ne saurait trop le répéter, après Maine de Biran (Edit. Cousin, p. 368) l'argument de Hume est un coup mortel pour le sensualisme. Il n'y a pas un seul mot à y répliquer, tant qu'on reste dans la philosophie des sens. Et on est réduit, de deux choses l'une, ou à abjurer cette triste philosophie, ou à tomber dans le scepticisme absolu , ce qui est Tabjurer encore.

Entre ces deux alternatives , notre choix , comme on pense, n'est pas douteux. Nous croyons que la relation'de causalité est de celles que les sens ne peuvent saisir. Mais la conscience nous la découvre, dès l'origine de la vie psychologique, dans le premier déploiement de notre activité propre, et c'est la raison qui, l'élevant bientôt au caractère d'une loi universelle, la transporte dans la région des choses matérielles où les sens ne l'eussent jamaissoupçonnée. Doncjusqu'à cequ'-^nésidème et Hume aient établi que la conscience est un témoin trompeur ; jusqu'à ce que leur subtile dialectique ait triomphé de Tantorité d'un fait qui éclate à chaque instant aux yeux de l'homme ou plutôt qui est l'homme lui-même, nous maintiendrons que la notion et le principe de causalité ne sont embarrassants que pour le sen-

m LB SCEPTICISME

su^ismp dont ils accusent irrésistiblement Timpuis* sapce,

Le3 r^isQpueniQQtB d'iËnésidëme contre la seconde hypoihà^Q qu*il a posée ne peuvent pas nous embar* rasser dpyantage. Il se borne en effet à ramener ici son prinpipe de Tbomogénéité nécessaire des deux termes du rapport de causalité, afin de prouver qu*un corps en mouv^OPieat ne peut faire passer un autre corps au repos, et réciproquement ; ou en généralisant, qu'une suba^ tance qui change (^e peut arrêter le changement d'une autre substance.

On a vu dans quelles limites le principe d'iSnésidème pçut être accepté. Qui sans doute, il existe nécessairement entre un effet et sa opuse une correspondance étroite, une certaine proportion. Mais rbomagénéité parfaite n'est point du tout nécessaire. Or, si Ton fait cette réserve , Targument d'iSnésidème n^ subsiste plu^. -r-c Mais quoi? réplique-t-il, le mouvement pror dujra dope le repos, et le repos le mouvement ! Aussi bien alors, le froid naîtra du chaud, le donx de Tamer; Qt le plus petit sera cause du plus grand, ce qui estcon^* tjadictoire. — Nous répondrons que ce sont là des difficultés purement verbales. Car lo mouvement et h repos s'excluent sans doute dans une mémo substance au même moment du temps et sous le même point de vue ; mais le mouvement dans un corps, et le repoa dans un autre corps, qu*y a-t-il là de contradictoire ? L'expérience est ici d'accord avec la logique. One deuic projectiles soient lancés avec la même force et en sens contraire* Ils se heurtept bt restent immobiles* Vuilà

D'iSfftSiDÈllE. Ifi?

le mottvemôBt d'un corps qui produit, de f^it, le repos d'un autre oorp». Qu'on nous montre, dans un phé"nomène aussi aimpta , Tombrê d-une sérieuse difficulté ?

Il est inutile d'insister. Un seul point reste parfaite-

mant établi par Jinéiidèmt . e'#at qm h notion de causa et 1@ principa da causalité sont inexplicables dans la pbUoaopbia das sans. Sur aa point, iiïinésiâàmd a davanoé Hume at ruiné lans a'an douter , la doctrine d'Épioure et d'Héraalita, comme celui«ci a fait depuis la doctrine de Locke, Un instinct admirable sembla lai avoir poussés tous las daux à sa placer au point de vue du sensualisma dans leurs attaquas contre l'idâe de causa ; da sorte qua cela môma qui fait la faiblaaie da leur argumentation, en fait en même temps Tintérât et la force, invincibles tous deux, contre la matérialisma, impuissante pontra la saine môtapbysiqua»

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