TROISIÈME ARGUMENT
1® La cause ne peut être contemporaine da Taffat ; car, puisque ces deux objets coexistant, celui-ci n^est pas plus cause que celui-là, tous deux possédant égale* mant raxisienee,
â"" La cause na peut ^tre antérieure k Veffat ; car uni^ cause sans effet cesse d'être une cause, et un effet sup* pose une causa qui coexiste avec lui ; deux termes corrélatifa ne pouvant être l'un sana Tautra, ni par conséquent, l'un «ivant l'autre.
3"" Enfin , la cause ne saurait être postérieure à Teffet; car autrement, il y aurait un effet sans cause. Donc, il n'y a ni cause, ni effet possibles.
Voici enfin une argumentation d'un caractère universel, et dont la forme est irréprochable. On accordera aisément qu'entre la cause et l'effet, les seuls rapports de temps concevables, sont la simultanéité, l'antériorité et la postériorité. On accordera aussi sans difiiculté que la cause n'est jamais postérieure à l'efiet. Mais ne peut-elle lui être antérieure ? C'est une question.
Il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que d'une relation dans l'ordre du temps, car, pour l'antériorité ontologique , elle est si nettement impliquée dans l'essence de la cause, qu'il n'y a pas lieu d'hésiter.
Pour.résoudre sûrement la question assez délicate du rapport chronologique de la cause et de l'effet, il faut considérer la cause sous deux points de yue, relativement à tel ou tel effet qu'elle produit au moment actuel, relativement à tel autre effet qu'elle contient seulement en puissance.
Dans le premier cas, il est évident, par hypothësej que la cause et Teffet sont deux choses contemporaines. Dans le second cas, il y a aussi contemporanéité ; mais elle est plus difficile à apercevoir. Dans quel sens peuton dire qu'une cause envisagée exclusivement dans son rapport avec les effets qu'elle contient en puissance, soit une véritable cause? Certes, si vous prenez pour type de l'existence réelle, l'existence actuelle, une
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cause en tant qu'elle ne produit actuellement aucuii effet, n'est vraiment pas une cause ; car, par hypothèse, ses effets sont purement virtuels, et par conséquent, elle ne possède, en tant qu'elle est leur cause, et rien de plus, qu'une existence virtuelle. On dira qu'elle existe en même temps d'une existence actuelle relativement à d'autres effets. Gela est vrai ; mais on confond ici les points de vue. Relativement à ses effets actuels, la cause existe actuellement et réellement ; mais relativement à ses effets virtuels , que nous considérons à l'heure qu'il est, la cause n'existe que virtuellement; et si l'on prend l'existence actuelle comme mesure de la véritable existence, il est parfaitement clair que la cause virtuelle n'a pas d'existence véritable, et par conséquent elle n'est pas antérieure à ses effets. Que st l'on considère l'existence virtuelle comme une vraie manière d'exister, alors la cause existe sans doute; mais ses effets existent aussi bien qu'elle, de la même existence et au même titre. Donc encore, elle ne leur est pas antérieure.
Ainsi, une cause prise comme actuelle, ne précède pas, et ne peut précéder, dans l'ordre du temps, ses effets actuels; et une cause, prise comme virtuelle, ne peut davantage être antérieure à ses effets virtuels. Donc, d'aucune façon, la cause n'existe avant l'effet.
A moins, je le répète, qu'on ne considère la cause actuelle A de l'effet actuel a relativement à l'effet virtuel h. Alors, sans doute, on peut soutenir en un sens que la cause est antérieure à l'effet ; mais c'est un abus de mots, car on entend le mot cause au sens de l'existence ac-
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tuelle, et U mot effet w sens de rexiste^ce virtuelle, confoodant ainsi deux choses entièrement différentes,
Leibnilz répétait sans cesse : Il n*y a pas de force sans action. c( C'est bien vainement, ajoute un disciple ori*" gina) de ce grand homme, qu*on cherche ii confondre le rapport da succession avec celui de causalité. Toute força productive est essentiellement simultanée avec Teffel ou le phénomène en qui et par qai elle se mani^ fçste, » (Maine de Biran, Ed. Cousin. p« 376.)
I^ptre débat avec iSnésidëme porte donc tout entier sur ce seul point : la cause peut'^elle étr^ contemporaino de Teifet? car nous lui abandonnons tout le reste,
Si Teffet coexiste avec la cause, dit-til, Teffet n'a dpUQ pai^ besoin de la cause pour exister, Il n*est donc pas un effet, et la cause n*estpius elle-même, Notre subtil ad** versaire a pensé, sans doute, qu'on lui laisserait dire que la simultanéité de deux termes implique leur indé<^ pendance réciproque, et il m $*ost pas donné la peine de le démontrer,
Sans doute, si Ton supposait, comme ^nésidëme in^ cline toujours à. le faire, que la cause et Teffet sont deux termes non^seulem^nt distincts, maia séparés l'un do Tautre, et, qui plus est, deux termes matériels; et si Ton cherchait, à Taide des sens, à découvrir un rap** port de causalité entre ces deuxtermea, j'aecorde qu'on n'y parviendrait pas, et qu'il faudrait encore nne fois donner gain de cause au scepticisme*
Mais laissons les hypothèses et les sens ; portons nos regards sur la cause qui est le plus près do nous, c'està-dire sur nous-mêmes; contemplons dans la conscienoe
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le modèle primitif dont toutes nos idées sur les causes sont des copies, noua verrons s*dvanouir aussitôt les subtilités d*iE!nésidème. Je médite en ce moment sur la notion de causalité. Il faut pour p^la un eertain effort de réflexion» C^t effort, c*e«tiuoi qui Vpcoomplia.Yeilà une cause, le moi, et un effet, le nism interne duQtoiy dont rexisteooe est irrôco^ablQ. Or, la qausa et Teffet, ici, coexistent dans le tempi, et cette eoexistence e«i nécessaire, car le moi n^est cause qu^en tant qu*il agit, qu'il fait effort, et son action, son effort, ne sont rien, s*il n*existe lui-même. Maintenant quel homme de sena pourra dire que Teffort du moi est indépendant du moi, et Teffet de la cause? La question n'est pas dQ ^voir ni tous deux existent ensemble, mais s'ils existent au même titre. Et il est clair, il est certain, certissima scientia et clamante conscientia, comme ne cessait de le dire Maine de Biran, que Teffort a une autre existenae que Texistenoe du moi, puisque le moi produit, crée à chaque instant Teffort, at qu'à chaque instant l'effort eut produit, créé par le moi. En un mot, le moi est cause et n'est pas effet \ Teffort est effet, et n'est pas cause. Il n'y a pas ici à définir et h raisonner* U suffit de conduire un adversaire de bonne foi à mettre le doigt, pour ainsi parler, sur un fait de eonaeience.
Ce fait, si simple, et que la vie ramène h chaque point du temps, ce fait qui 9St la vie même, voilk l'i*cueil où tous les argummts du ioepticiam^ viendront toujours se briser.
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