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INTRODUCTION

On sait que sous les noms de « Schéma postural » (HEAD), « Image de soi » (L. VAN BOGAERT), « Schéma corporel » (SCHILDER), « Image de notre corps » (LHER- MITTE), est désignée l'intégration perceptive des états ou des mouvements corporels.

Que l’on retienne plus spécialement l’une ou l’autre de ces dénominations, la donnée demeure identique sous des étiquettes disparates.

Ce sentiment que nous avons de notre personnalité physique, de sa configuration topographique et de ses attitudes, ne nous est pas immédiatement et constamment perceptible.

L'existence de ce schéma tridimentionnel, toujours enténébré d’inconscient, peut cependant nous être révélée par la plus sommaire démarche d’introspection.

De même, à la base d’une activité motrice, nous saisissons la nécessité d’une image du moi corporel, d’une représentation de nos membres en action et de leurs relations spatiales sans laquelle il ne nous serait pas possible d'agir.

Si la réalité de l’image de notre corps peut nous être assurée par une simple démarche d’introspection, la pathologie vient en apporter la confirmation avec beaucoup plus de vivacité et de netteté.

Les membres fantômes fournissent une des plus belles illustrations de l'existence de cette image de

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soi. On peut les voir apparaître chez tout amputé, mais aussi chez des sujets dont les plexus, les racines rachidiennes ont été divisés, le ou les membres réels étant présents. Notons au passage que ces membres fantômes n’ont nullement les caractères imprécis et incomplets d’un schéma, mais qu'ils sont doués de qualités plastiques et motrices telles qu’ils donnent parfaitement l'illusion du membre réel.

Des membres fantômes analogues aux précédents peuvent aussi survenir au cours de lésions cérébrales en foyer ou comme témoins d’une crise comitiale.

Mais si des processus morbides sont susceptibles de faire apparaître des membres illusionnels, ils sont capables aussi de mutiler à différents degrés notre image corporelle.

C'est la « fingeragnosie » de GERSTMANN ; c’est l’hémiasomatognosie, qui, pour LHERMITTE, conditionne l’anosognosie dans le syndrome d’ANTON-BABINSKI.

A côté de ces dissolutions partielles, de ces amputations de l’image corporelle, l’éclipse totale, la fonte générale de cette image peut s’observer, comme en témoignent certaines observations d’asomatognosie complète dont certains auteurs rapprochent les états de négation corporelle et de dépersonnalisation décrits en psychiatrie.

Sans être ou complétée ou augmentée ou dissoute, l’image de notre corps peut encore se modifier, se déformer : s’allonger ou se rétrécir, prendre un volume inaccoutumé, être l’objet des distorsions les plus curieuses. Certaines de ces déformations relèvent d’une influence purement physiologique (sensation d’allongement ou de raccourcissement pendant la montée ou la descente dans un ascenseur), dont on peut rapprocher l'influence certaine de l'imagination à l’état de veille ou dans le rêve. Les déformations de notre image corporelle au cours de l’endormissement sont classiques.

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Les plus étranges modifications se rencontrent au

cours des intoxications les plus diverses, qu’elles soient dues à l’alcool, la morphine, la cocaïne ou le haschich. Elles sont plus particulièrement fréquentes et intenses au cours de l’intoxication mescalinique.

Enfin, et c'est sans doute là le phénomène le plus surprenant, l’image corporelle abandonnant en totalité ses limites normales est capable de s’émanciper, de se détacher du sujet qui croit voir, devant ses yeux surpris, l’image-copie de sa propre corporalité. C’est l’héautoscopie ou vision spéculaire, dont le caractère le plus étrange ne réside pas dans l'identité parfaite des formes, mais dans le sentiment d'appartenance éprouvé par le malade.

Le phénomène si curieux de l’héautoscopie a souvent été observé chez des sujets sains d'esprit et nombre de littérateurs, poètes, artistes, l’ont éprouvé CŒTHE, HOFFMANN, MUSSET, MAUPASSANT, D’ANNUN- ZIO, DOSTOÏEWwSKY, pour ne citer que quelques-uns.

Plus intéressants sont les faits d’héautoscopie dans les états morbides, soit à la suite de lésions focales de l’encéphale, soit à la phase initiale ou terminale des paroxysmes épileptiques, et, plus souvent, au cours d'une infection ou d’une intoxication : (typhoïde, grippe, typhus). L’héautoscopie n’est pas une rareté au cours des maladies mentales, et l’échappement de l'image y apparaît beaucoup plus poussé et plus durable.

Citons enfin l’hallucination autoscopique négative, caractérisée par la disparition apparente, la non-vision ou la non-reconnaissance de notre propre image, que nous trouvons encore réalisée chez MAUPASSANT.

Cette image de notre corps, réalité vivante et mouvante, capable des déformations et des distorsions les plus singulières, susceptible même de s’émanciper, de se détacher, et d’apparaître au sujet comme un double,

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un « alter ego » auquel on va jusqu’à confier ses sentiments, ses sensations, ses affections, s'étend sur les domaines cependant distincts de la neurologie et de la psychiatrie.

C’est essentiellement dans le domaine de la pathologie mentale que nous avons l'intention, dans ce travail nécessairement limité, de tenter une mise au point des problèmes que pose aujourd’hui la notion de notre image corporelle, en nous appuyant sur les travaux de nos prédécesseurs et sur les faits que nous avons pu recueillir personnellement.

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