DÉFINITION
Avant de donner de l’image de notre corps une définition plus complète et plus actuelle, il nous paraît nécessaire d’examiner rapidement les différentes étapes qui ont présidé à l'élaboration de ce concept.
Il est curieux de constater que, bien avant la période « neurologique » du schéma corporel, où se placent les remarquables travaux de PICK, de SCHILDER, de HEAD, de VAN BOGAERT, se place une période « psychiatrique ». Pour la première fois, en effet, c’est à propos de cas psychiatriques que l’on insista sur les troubles de l’image du corps.
KRISHABER, en 1873, décrivit sous le nom de « névrose cérébro-cardiaque » un syndrome voisin de la psychasthénie avec des troubles de la personnalité morale et physique, et les attribua à un déficit de la « perception brute » provoqué par un défaut de vaseularisation du mésocéphale.
À la même époque se situent les travaux moins importants de GRIESINGER, BRIÈRE DE BOISMONT, LEU- RET, FRIEDMANN, SÉGLAS, STORRING.
Le mérite de KRISHABER est de tenter une explica-
tion des phénomènes constatés, et des philosophes comme TAINE et RIBOT se rangent à son avis en admet-
te
tant, à la base des troubles de la personnalité, une perturbation dans la perception du sens du corps. C’est à une explication semblable que l’école de WERNICKE a recours, avec ALTER, STORCH, FOERSTER, dans des cas voisins du syndrome de COoTARD. WER- NICKE, à côté de la thymopsyché, et de l’allopsyché, reconnaissait une autre fonction, la « somatopsyché », et FOERSTER attribue les phénomènes de négation corporelle au déficit ou à la perte de cette somatopsyché, ce
déficit étant dû lui-même à la perte des sensations musculaires. |
En France, DENY et CAMUS, dans une publication sur « Une forme d’hypocondrie aberrante due à la perte de conscience du corps », firent appel à une explication voisine en interprétant cette perte de conscience comme un trouble de la cénesthésie.
Si, déjà, l’idée d’une image corporelle, d’un sens de notre corporalité est entrevue, cette conception demeure excessivement floue et imprécise, de même que les mécanismes susceptibles de lui donner naissance.
Il est alors question du sens musculaire de Charles BELL, du sens de la force de WEBER, du sens de l’activité de GERDY et LANDRY, de la conscience musculaire de DUCHENNE DE BOULOGNE, du sens du mouvement de BAIN, du sens de l’innervation de WUNDT, etc.
Un neurologiste francais, P. BONNIER, aux travaux duquel LHERMITTE a restitué leur juste place, critiqua vivement ces notions et particulièrement le terme de cénesthésie dont il se fit ressortir l’imprécision et l’absence de signification physiologique.
Dans un remarquable esprit de synthèse, il montra que le fait commun à toutes les sensations, c’est la définition topographique, la notion d’espace, de localisation. Il montra qu’à l’origine de notre activité, à la source de toutes nos sensations et de nos perceptions on retrouve, en permanence, la « notion de l’es-