‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 47 sur 96 · IV. PERSÉCUTION DB VALENS · texte numérisé non relu

IV. PERSÉCUTION DB VALENS

lait efràcer. Basile transmit aussitôt ces nouvelles à Mélèce :

ce Au sujet du très vénérable évéque Athanase» votre sagesse consommée sait parfaitement, je ne fais que le lui rappeler, qu'il est impossible que mes lettres obtiennent ou fassent quoi que ce soit d'utile si vous autres, qui alors avez différé de communiquer avec lui, ne le faites maintenant de quelque manière. On dît qu'il désire tout à fait s'unir à vous et 3^ contribuer selon ses forces, mais il est affligé de ce qu'on l'ait alors renvoyé sans communion et que, maintenant encore, les promesses restent sans effet (1). »

Nous ne pouvons suivre ces négociations auxquelles il n'est plus fait allusion dans les lettres de Basile. La mort du grand champion de l'orthodoxie (2/3 mai 373) les interrompit sans retour. Son successeur Pierre dut bientôt fuir, quand l'arien Lucius lança ses bandes contre les catholiques ; il se réfugia à Rome où il desservit plutôt la cause des Orientaux par sa partialité en faveur de Paulin. A ses yeux, en 377 encore, Mélèce et Eusèbe de Samosate n'étaient que des hérétiques.

Athanase disparu, il restait Rome et l'Occident. Hélas ! de ce côté aussi Basile et Mélèce n'éprouvèrent bientôt que déceptions. Basile écrivait, un jour, à son vénérable ami Eusèbe de Samosate «2) : « Le zèle que j'ai pour la pacification des Eglises, je n'ai pu encore le montrer dignement à l'œuvre, mais j'affirme qu'il y a dans mon cœur une telle passion que j'abandonnerais volontiers ma vie pour éteindre la flamme de haine allumée par les méchants. » Ceux sur qui il croyait pouvoir compter

(1) Ep. 89. % (2i Ep. 12B init

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pour cette œuvre lui réservaient à ce moment-là même un cruel mécompte.

Il vit un jour arriver dans sa ville épiscopale l'ancien compagnon d'Eusèbe de Verceil, le descendant de rillustre famille des Pompeiani ^1) d'Antioche. Evagrios venait de passer douze ans en Occident et tout récemment avait rendu un grand service au pape Damase. Dans une entrevue avec ValentinieUi il avait obtenu pour le pape, alors calomnié par le Juif Isaac qu avait suborné la faction d^Ursicin, un libre jugement (372) (2). Eusèbe était mort. Evagrios avait alors songé à regagner Antioche où il pourrait servir d'intermédiaire avec l'Occident (début de 374).

Son passage à Césàrée n*était pas fortuit. Damase l'avait chargé d'un message plutôt désagréable pour Basile, mais celui-ci fut heureux de plaider auprès de son illustre visiteur la cause de la pacification et de Mélèce, l'évéque légitime auquel toutes les autres communautés devaient se rattacher. On parla aussi des Occidentaux. Evagrios fit connaître avec les idées du pape, les moA'ens qui lui paraissaient bons pour assurer la concorde et l'on se sépara sur de bonnes paroles d'amitié.

Basile était alors en proie à une forte fièvre. Peu de jours après, lorsqu'il était au cinquantième jour de sa maladie, il racontait à Eusèbe de Samosatè cette entrevue :

« Le prêtre Evagrios, le fils de Pompeianos d' Antioche, qui jadis s'était rendu en Occident avec le bienheureux Eusèbe, est revenu maintenant de

(1) Hier. Chron. éd. Schoene. 11. 185.

i2) Cf. WiTTiG Papst Damasus /. ;iû sq. Evagrios partit d'Occident vers la fin de 373. Son entrevue avec Basile eut lieu en 374, d'après les divers événements synchroniques.

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Rome. Il nous demande une lettre qui renferme mot pour mot ce qu*eux-mèmes ont écrit, car il m'a rapporté ce que j'avais envo3*é disant que cela n'avait pas plu à ceux de là-bas qui sont pointilleux. II demande aussi qu'on envoie en hAte une ambassade d'hommes considérables pour que les Occidentaux aient un prétexte bien spécieux de nous visiter. »

Le coup était rude pour le pauvre évèque qui se débattait, à ce moment-là, avec les difficultés que lui créait la conduite d'Eustathe de Sébaste, l'ami qu'il avait défendu contre d'autres orthodoxes plus clairvoyants. L'ancien disciple d'Arius avait une fois encore changé de parti et venait de retourner à l'arianisme. Basile calomnié se tut pendant quelque temps encore, mais ces déceptions successives lui brisaient le cœur. S*il avait su quelle était la situation critique qu'à Rome même avaient créée à Damase ses ennemis acharnés, peut-être aurait-il moins sévèrement jugé son attitude. Aujourd'hui encore, cependant, nous nous l'expliquons mal. Quelques années plus tôt. Libère s'était montré bien plus accueillant pour dos hommes qui le méritaient moins. Il est vrai qu*ils s'étaient rendus de leur personne à Rome. Ce fut là, je crois, l'unique faute de Mélèce et de ses adhérents, pendant toute la durée des négociations. Damase. qui avait une idée très haute de sa dignité, trouvait mesquin Tenvoi d'un .simple diacre comme représentant de l'Orient. A Rome il était plus difficile que sur place de comprendre comment aucun cvt^que ne pouvait se détacher de son pays. Les Orientaux devaient

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paraître quelque peu exigeants, lorsqu'ils envoyaient un simple diacre ou un prôlre, de demander en retour une visite d*évèques nombreux et distingués. Si quelques prélats d'Orient avaient pu se rendre à Rome, ils eussent fait tomber bien des préventions et favorablement disposé les Occidentaux. S. Basile déclare que personne n'était assez libre ou assez qualifié pour faire ce voyage. Ce fut la cause d'un malentendu qui se prolongea plusieurs années. Il est regrettable que Damase n'ait pas eu l'esprit assez large ou le cœur assez grand pour mépriser ces questions d'étiquette et intervenir plus efficacement en faveur des persécutés.

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