V. LES PARTIS A ANTIOCHB
réclamait de Damase qui avait, en effet, sur la recommandation d*Athanase, reconnu les apoUinaristes en la personne de Timothée de Béryte, Tun des chefs du parti (1).
Lorsqu'il revint à Antioche après sa longue absence, Evagrios dut choisir entre les trois églises qui se réclamaient de la foi de Nicée. Il ne s'affilia point, comme le lui avait demandé Basile, à la communauté mélécienne (2). Une lettre qu'il écrivit alors & révéque de Césarée ferait plutôt supposer qu'il pensa un instant à se poser comme arbitre. Basile, qu'il avait invité à le seconder, lui répondit, non pas ironiquement, comme on Va cru, mais avec l'accent sincère d'une âme désenchantée dans ses désirs de pacification. Sous les formules polies, l'évéque voile mal la douleur profonde que lui a causée la défection d'Evagrios. Trouvant l'occasion de dire sa pensée tout entière sur le schisme, il lève
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(1) Adu. fraud. Apollin. I^G.SG II. 1976.
{2) Quelle influence se mil h la traverse ? Y eut-il ici encore une question de personnes? C'c^t rcxplicatiou la plus vraisemblable da changement d*attitude d'Evagrios. On a rois quelquefois en avant 1 influence occidentale. Hien n'est plus contraire aux faits. Si, dès ce moment, Rome avait arrête avec qui elle communiquait en Orient à l'exclusion des autres, Evagrios n'aurait pu faire à Basile la prome*se que celui-ci rapporte et aurait au contraire indiqué clairement Ui solution romaine. 11 faut plutôt renverser les rôles.
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BASILE £T KVAGRIOS 159
les voiles, fouille au plus profond des cœurs, met à nu toutes les petitesses, tous les calculs mesquins d'amour-propre et de vanité qui entretenaient ces malheureuses divisions. On ne saurait mieux dire(l). Malgré sa longueur, la lettre doit c^tre citée en entier.
« Ta longue missive loin de m*ennuyer m*a plutôt paru courte, par le plaisir que j*ai éprouvé à la lire. Quoi de plus doux à entendre que le nom de paix? Qu'y a-t-il de plus convenable a un ecclésiastique que de réfléchir à ce sujet? Quoi de plus agréable au Seigneur? Qu'il te donne la récompense de la pacification à toi qui as si hcureusementchoisi et si activement essavé cette œuvre bienheureuse.
« Pense, cher ami, que s'il s'agit de vouloir et de souhaiter voir enfin le jour où tous ceux qui ne sont pas séparés par les dogmes formeront une même assemblée, je ne le cède à aucun de ceux que leur zèle met au premier rang. Nous serions en vérité les plus étranges des hommes si nous trouvions plaisir aux schismes et aux scissions des Eglises et n'estimions point l'union des membres du corps du Christ comme le plus grand des biens. Mais sache que plus mon désir est grand, plus la puissance me fait défaut. Ta parfaite sagesse n'ignore point que les maux affermis par le temps demandent d'abord du temps pour leur guérison ; puis il faut une conduite ferme et rigoureuse si l'on veut aller au fond, pour arracher jusqu'aux racines le mal de ceux qui souffrent. Tu comprends ce que je dis et, s'il faut parler plus clair, je n'ai aucune crainte.
« Arracher Tamour-propre enraciné dans les âmes
(1) Kp. KiG, hiver :i74.
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par une longue habitude, ne peut être Tœuvre ni d*un seul homme, ni d'une seule lettre, ni d*un court espace de temps. Les soupçons et les froisse* ments provenant des contradictions ne seront complètement supprimés que s'il y a quelque médiateur pour la paix digne de confiance. Si nous avions en abondance les dons de la grâce, si nous avions la puissance de la parole, des œuvres, des charismes spirituels, pour fléchir ceux qui sont opposés, je devrais me charger de l'aflaire. Même alors, peut* être ne nous conseillerais-tu pas de venir seul pour tout arranger, car il y a Tévêque, grâce à Dieu, à qui incombe principalement le souci de l'Eglise. Il ne peut venir chez nous et nous rendre chez lui à cause de l'hiver n'est pas facile ou plutôt est complètement impossible; non pas seulement parce que mon corps s'y refuse après une longue maladie, mais parce que bientôt les passages des monts d'Arménie vont devenir infranchissables, même pour ceux qui ont toute leur vigueur.
« Je ne refuserai pas de l'en instruire par lettre; je n'en attends pourtant aucun résultat appréciable, d'après ce que je -conjecture sur l'acribîe du personnage et la nature même de la correspondance épistolaire qui n'est évidemment pas faite pour persuader. Il y a beaucoup à dire et à entendre en réponse; il faut résoudre les difficultés qui surviennent, renforcer ce qui est faible, prévenir les écueils cachés. Or tout cela est impossible au discours paresseux et mort jeté sur le papier. D'ailleurs, comme je l'ai dît. je ne refuserai pas d'écrire. Sache cependant, frère vraiment très religieux et très cher, que je n'ai aucune inimitié particulière, par la grâce de Dieu, contre qui que ce soit. Je n'ai fait aucun
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BASILB ET LB SCHISMB 161
effort pour connaître les reproches auxquels chacun est sujet ou qu'on lui adresse. Aussi devez-vous (1) appliquer votre esprit à ma pensée, en réfléchissant que je ne puis rien faire par inclination ou par préjugé quand une accusation est portée contre quelqu'un. Puisse seulement, par le bon plaisir de Dieu, tout se faire conformément à la loi ecclésiastique et convenablement I
« Notre très cher fils Dorothée, le diacre, m*a fait de la peine en m'écrivant à propos dé ta piété, que tu as différé de participer à sa synaxe. Pourtant ce n'était point lace dont nous avions parlé, si j'ai bonne mémoire. Quant à écrire en Occident cela m'est complètement impossible, car je n'ai personne qui puisse accepter ce ministère. Si parmi les frères de chez vous (2), on choisit quelqu'un qui accepte ces labeurs pour l'Eglise, il sait évidemment chez qui il va, dans quel but, près de qui et de quelles lettres il doit se munir. Pour moi je regarde autour de moi, mais je ne vois avec moi personne. Je souhaite d*ètre au nombre des sept mille qui n'ont point fléchi le genou devant Baal. Il est vrai qu'ils cherchent aussi mon âme, eux qui jettent les mains sur tous; je ne laisserai pas pour cela de donner les soins que je dois aux églises de Dieu. »
Il n'y a pas d'autre lettre de Basile à Evagrios et la correspondance avec Mélèce est muette sur cette afl'aire. On peut conclure que le projet de réunion avorta encore une fois. Evagrios passa définitive*
(1) '*ilTst o"x(i»; C;iiE; rpovi/ctv t( i,)Lf:ip^ StivoCx iipoW.xti (G16 C). PouFt quoi le pluriel ? En conclure qu*Evagrios est déjà du parti de Paulin est excessif. La lettre de Basile ne le permet pas. Il dit pour Dorothée : oTi faixv/,7a; jjicTagycîv sÙTtÔ rf,; 9*jvi;cii»; ;n* 3 début G17 A).
(2) O'Antioche : Tûv Si s^tôOcv ioiX^ûv îiv Tt; xtpvsi t6v O'slp tûv «xxXr.vtûv xôrov ivxô^^ssOxi. 017 A.
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ment du côté des Pauliniens. Grâce à ses relations personnelles avec Damase et à sa connaissance de rOccident, il ne pouvait qu'être leur plus ferme appui. Son amitié intime avec Jérôme devait à la longue enrôler aussi ce dernier dans le camp pau-. linien. S*il marqua tout d*abord quelque hésitation, le fougueux Dalmate ne mit ensuite que plus d'ardeur à soutenir la cause de Tintrus. Au même moment, près de Damase, Paulin trouvait aussi un puissant auxiliaire dans la personne de Tévêque Pierre d'Alexandrie. Le successeur d'Athanase entretint avec Basile une correspondance où de part et d'autre on sent l'estime (1). Mais il se déclara nette-^ ment contre Mélècel II faut tenir compte de ces faits pour apprécier équitablement la conduite des Occidentaux.
La double influence d*Evagrios et de Pierre explique comment, Tannée suivante à propos de l'apollinariste Vital, le pape qui avait jusqu'alors communiqué avec l'Orient et reçu les lettres de Mélèce et de ses suffragants, pencha nettement vers Paulin, sans cependant rien décider sur la question du schisme.
Vital, on l'a vu, s'était mis à Técole d'Apollinaire et avait pleinement adopté ses idées sur l'Incarnation. La doctrine toutefois se donnait encore des airs d*orthodoxie ; on usait de formules ambiguës. Les soupçons s'éveillaient, attirant l'attention des gens susceptibles ; mais ceux qui, à l'exemple de Mélèce et de Basile, souhaitaient pardessus tout la paix, laissaient courir les accusations et attendaient une erreur formelle pour condamner des gens qui
i; Ep. 133 à prop«»s de rélcction,, 2UG pour Taflaire det évèquet égyptiens exilés).
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VITAL A ROMB 163
affichaient énergiquement leur catholicisme et se défendaient de toute mauvaise intention (1). Cepen-> dant ceux qui étaient directement mêlés à la lutte des partis et chaque jour discutaient avec Apollinaire et ses partisans, étaient bien placés pour se rendre compte de la vraie portée de ses doctrines. Harcelé par eux, Vital prît le seul moyen qui pouvait lui assurer un bon renom d'orthodoxie : dans l'état de division où se trouvait TOricnt, il n'avait qu'à suivre la voie où tant d'autres l'avaient précédé, recourir à Rome. Il s'y trouvait en 375. .Damase l'examina sur la foi ; Vital satisfit à toutes les questions et l'on peut croire, sans étendre plus qu'il n'est permis les droits de la conjecture, que le pape l'interrogea sur l'Eglise d'Antioche. Le transfuge du parti mêlécien ne pouvait guère être favorable dans son rapport à ceux qu'il avait abandonnés.
Damase lui donna des lettres de communion (2), mais avec la réserve d'une décision dernière de Paulin. Il écrivit en conséquence une lettre à ce dernier, que Vital même devait remettre. Peu
1 Ep. 129 à Mélèce.
'2; s. Greg. Naz. ep.ad Cledon 2* (ep. 102/ : Tvx Zi jit, xxtr.Topwvtv T,{iâv
'CoO xf,; 'pMjjLf.c (siTXO'Rou i^^n^w triôi6«a«t, 'n^ÔTt^ov jaIv à-RO$c/0}Uvwv vOv ci âva'.vo}t<vh»v, xxl -rë^X xotStou ^?r/jix ôtXw9u)}Acv (196 B) ; la date de la lettre est discutée. Un peu plus loin (200 A), il explique comment plusieurs se sont laissés prendre à de fausses déclarations d'orthodoxie, lui entre autres et Damase : xxl Aa^iavo; xOt^; ^uTaotSa/Sclc xxl x}jix iR/S^jirMK t^t TMv rptSxcpov jxivttv svxoC»; i\r,'^^9tiiip* ài:oxr,p*jxTO*j; xÛTo6c 'nt'ROtftoOxi xxl xi 7l»x«AuxTt?ov xvxxtxpx^^^xt xf,; 7:{7xsu>; 9jv xvxOt{jLxxt9|jii^, xxl 'Kp&c «Ot^,v x>,v xrixT.v xvxûv c'jT/cpivx; f,v IttxOtv i\ xi:X&xT,xtç. D'après M. Voisin {VApollinarîame, p. 229*33), il faudrait reconnaître la profession de foi signée à Rome par Vital dans le fragment intitulé : OùïxxXCou «ri«ôTO'j SX x'iû TA^l rîjxtw; X^^o'j (CjrriU. Alex. De recta fide ad regU nan PG 70. 1216 et d'après Diekamp aussi, /acharias Rhetor IV. 12 od elle est attribuée au pape Jules. — Lietzmnnn. fg. 172. p. 273.) Draeseke voulait à tort la retrouver dans les anathèmes du pseudo-Grégoire le Thaumaturge; cf. la réfutation de Funk [Ahhandlungen II. 329-38).
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aprèSy frappé de quelques expressions louches, il chargea le prêtre Petronius d'un second message où il revenait en partie sur sa décision. Enfin une troisième lettre, seule conservée, mettait au point la vraie pensée de Damase.
« Au TRES CHER FRERE PaULIN, DaMASE.
« Par mon fils Vital,, je t'avais écrit, abandonnant tout à ta volonté et à ton jugement; puis, par lè prêtre Petronius, je t'avais brièvement fait savoir qu'au moment même de son départ^ j^avais été quelque peu troublé. Aussi, pour t'ôter tout scrupule et éviter que ta prudence louable écartât des gens peut-être désireux de s'unir à l'Eglise, nous t'avons envoyé notre profession de foi moins pour toi uni à nous par la communion de cette foi que pour ceux qui, en y souscrivant, désireront communiquer avec toi, c'est-à-dire avec nous par ton intermédiaire, très cher frère,
« En conséquence si mon susdit fils Vital et ceux
qui sont avec lui veulent s'unir à toi, ils doivent souscrire à l'exposition de la foi confirmée par la pieuse volonté des Pères à Nicée. Puis, comme personne ne peut porter remède aux maux futurs, il faut arracher complètement cette hérésie qui a depuis pullulé en Orient, à ce qu'on dit, c'est-à-dire reconnaître que le Fils de Dieu, Sagesse et Verbe, a pris corps, Âme, sentiment, c'est-à-dire Adam tout entier et pour parler plus expressément, tout notre vieil homme à l'exception du péché. Reconnaître en effet qu'il a pris un corps humain n'est pas lui ajouter en même temps les passions des vices ni dire qu'il a été soumis au péché des pensées humaines. Mais si quelqu'un affirme que c'est le
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