‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 50 sur 96 · LA LETTRE A PAULIN · texte numérisé non relu

LA LETTRE A PAULIN

Verbe qui a pris la place du sens humain, dans le Seigneur incarné, l'Eglise catholique l'anathéma-* lise. Elle anathématise aussi ceux qui reconnaissent deux fils dans la personne du Sauveur, à savoir Tun avant Tlncarnation et l'autre après avoir été fait chair de la Vierge et qui ne reconnaissent pas que c'est le même Fils de Dieu avant et après.

« Quiconque voudra souscrire cette lettre, mais en souscrivant tout d'abord les canons ecclésiastiques, que tu connais parfaitement, et la foi de Nicée, tu devras sans autre hésitation le recevoir^ non pas que tu n'aies pu proposer ce que nous écri^ vons, pour la réception des convertis, mais pour que notre consentement te donne un libre exemple de réception (1). »

On imagine l'effet que produisirent à Antioche ces diverses lettres, la dernière surtout si expressive. Vital qui avait espéré un instant séduire Damase fut v^ite détrompé (2) ; les Pauliniens eux ne pouvaient qu'être satisfaits et manifestèrent bruyamment leur joie. Ils tenaient enfin entre leurs mains l'acte qui assurait leur suprématie. Le pape autorisait maintenant Paulin comme évêque légitime puisqu'il le saluait du nom de frère et le considérait comme son légat en Orient : s'unir à Paulin c'était par le fait s'unir au successeur de Pierre.

Un pas considérable était fait dans la question du schisme mais qui n'en devait guère avancer le

(1} Dam a si opp. Ep. III. PL. 13. 3DG-57. La date de 375 est communément acceptée.

(2, Ce qui ne veut pas dire quMl n'ait continué k se servir des lettres de communion de Damase. I^s apollinaristes ont totgours eu le défaut de ne pas agir franchement (cf. leurs nombreuses contrefaçons littéraires).

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dénouement, au contraire. Le fait était là et il avait toute sa signification, car il n'y a pas trace jus* qu alors d*une approbation explicite donnée à l'élection de Paulin. La conduite d*Evagrios l'année précédente serait inexplicable s'il en était autrement. L'on peut se rendre compte des influences qui pesèrent sur cette décision de Damase et, si on la regrette, il est juste d'en faire porter la responsabilité sur ceux qui l'ont provoquée (1).

La consternation des méléciens fut profonde : accablés par la persécution de Valens, ils s'étaient tournés vers rOccident pour en avoir du secours, et l'Occident, après leur avoir donné de belles promesses, leur répondait d*abord par un blâme pour le ton de leurs lettres, puis les invitait indirectement à se ranger sous l'autorité de Paulin. Basile fut aussitôt averti. Ce nouvel acte de Damase augmenta singulièrement l'impression pénible que lui avait laissée le message d'Evagrios quelques mois auparavant. La connaissance qu'il avait des besoins de l'Orient, son esprit de justice et sa vénération pour Mélèce furent vivement froissés : il voyait avec raison et constatait dans cette lettre une nouvelle source de déchirements. Cela explique le découragement qui perce dans ses lettres à cette époque et les plaintes vives de sa correspondance intime à propos de Damase.

Lorsque l'évêque de Césarée apprit ces événements, il revenait de longs voyages en Pisidie, puis dans le Pont, où les gens de Néo-Césarée l'avaient abreuvé d'amertume. Il informa aussitôt Mélèce des

(1 Outre les innucnccs signalées, rorthi>doxie toujours éclatante de la communauté eustathienne créait, il faut en convenir, un préjugé favorable, tandis que Mélèce était compromis par ses relations avec certains Orientaux versatiles.

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LES PAULINIBNS BT TéRENCB 167

mesures qu*il avait prises pour parer au coup nou« veau (1) :

« Quand nous revînmes avec une grande faiblesse occasionnée par les pluies et le découragement. Ton nous écrivit aussitôt d'Orient pour nous informer que les Pauliniehs avaient reçu d'Occident des lettres qui étaient comme le pacte d'une certaine supériorité, que les dissidents de ce parti en avaient conçu de grandes idées, se réjouissaient de ces lettres et proposaient une profession de foi, déclarant qu'à cette condition, ils étaient prêts à s'unir à notre Eglise. En outre, on nous apprit aussi qu'il avaient entraîné à prendre chaudement leur parti, l'excellent homme Térence à qui j'ai vite écrit pour l'empêcher dans la mesure où il m'était possible, de se lancer et lui apprendre leur tromperie. »

Térence était un général arménien, vieil ami de Basile (2). Il a été fort sévèrement jugé par Ammien Marcellin qui le représente comme un hypocrite, sanguinaire et perfide sous la feinte gravité de son extérieur {3). Basile en dit beaucoup de bien et le présente comme un fervent chrétien désireux de travailler uniquement au salut de son Ame, mais faisant passer le service public avant ses intérêts propres. Il avait la confiance de Vàlens. La lettre que Basile lui adressa est peut-être le document le plus explicite et le plus lumineux sur cette question du schisme. Elle complète la lettre à Evagrios. Là, Basile insistait sur les petits côtés de la querelle,

(1, Ep. 210.

2 Cf. les IcUres de Basile h Térence Oî), 2U, à ses filles diaconesses 105 et la leUre 64.

3 Amm. Mar. 1. XXX. 1. — Sur Térence, cf. Weber. Dit Katholiêche Kirche in Arménien (1903;, pp. 257 sq. Il y discute son rdle dans les événements politiques de 1* Arménie.

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