‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 62 sur 96 · ORAISON FUNÈBRE DE MELECB · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE MELECB

triarche» l'Eglise de Mélèce est dans la douleur : ce J'ai pitié de toi, Eglise d'Antioche, je te plains pour ce soudain changement. Comment a disparu l'ornement de ta beauté ? comment s'est dissipé tout son éclat ? O triste nouveUe ! qui annoncera à l'Eglise son malheur, qui dira aux enfants qu'ils sont devenus orphelins, qui apprendra à l'épouse qu'elle est veuve ?... Oh! quelle voix sera de nouveau entendue à Rama, Rachel pleurant non sur ses enfants mais sur son époux et n'admettant pas de consolation ! » Et poursuivant hardiment son allégorie, Grégoire de Nysse rappelle les premières amours si vives, sitôt interrompues, mais si fidèles : « Quand il parut l'Eglise d'Antioche fut divinement blessée, mais à peine jouissait-elle de son bonheur, qu'elle fut laissée seule, les épreuves appelaient l'athlète au combat, pour honorer la Trinité dans le nombre môme de ses exils. Il luttait et peinait au loin, elle persévérait dans la défense intacte de sa chaste union. Un temps assez long sVtait écoulé et quelqu\tn s'approchait en adultère du chaste lit nuptial^ mais Vépouse restait sans soinllure (1)- Il revint alors puis de nouveau fut exilé, et une troisième fois encore, jusqu'à ce que le Seigneur, dissipant les brouillards de l'hérésie, fit espérer quelque repos de ces longues fatigues. Quand ils se furent revus et qu'ils eurent renouvelé leur saint amour et leurs joies spirituelles, le dernier départ interrompit la jouissance. »

Hélas ! c'est la grande séparation ne laissant après elle que les larmes et la douleur. Elie a disparu et n'a pas laissé d'Elisée ; celui qui devait faire tra-

1) I^ long temps dvOu1(5 indique nettement qu'il s'agit non pas d*Euzoios dlu aussitôt après la déposition de Mdlèce mais de Paulin.

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vu. RETOUR ET MORT DE MELECB

verser le fleuve de Babylone, la confusion hérétiquei n*est plus là et eux s*atlardent à pleurer sur la rive. Mais non, il entre dans le sanctuaire a la suite du Pontife divin et il y intercède pour ceux qu'il a laissés, il a délié sa chaussure pour entrer et s'avancer dans la terre sainte où Ton voit Dieu.

« C'est votre consolation, frères, qui rapportez les os de Joseph sur la terre de bénédiction ; écoutez aussi Paul et ses recommandations : « Ne vous chagrinez point comme les autres qui n'ont point d'espérance ; » parlez au peuple de là-bas; faites-leur de beaux récits. Dites ce prodige incroyable : ce peuple ondoyant comme une mer, ces foules innombracles, qui formaient ensemble un seul corps refluant comme l'eau autour de la splendeur du tabernable; dites comment le beau David (l) s'est multiplié entre ces milliers de rangs et dansait autour du tabernacle parmi les indigènes et les étrangers, — comment de chaque côté, les fleuves de feu coulaient en sillon ininterrompu par la continuité des torches et s'étendaient aussi loin que l'oeil pouvait les saisir. Dites l'ardeur du peuple entier, la réunion des apôtres, les suaires de la face mis en pièce pour être conservés par les fidèles. Peignez Tempereur attristé par la douleur abandonnant son trône et la ville tout entière accompagnant le cortège du Saint. »

Ces honneurs extraordinaires ne suffirent point. Théodose voulut qu'ils fussent continués tout le long de la route et, contrairement à l'usage, fit ouvrir les portes des villes pour que leurs habitants

(1 I^ suite semble indiquer qu*i] s*ogit ici non de Tcmpereur mois de l'ëvèque de Constontinople.

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GLOIRE POSTHUM8 ' 227

pussent vénérer la dépouille funèbre (1). Le corps fut reçu à Antioche par un peuple désolé dont la douleur touchait au désespoir (2). Après de solennelles funérailles, il fut placé près du saint martyr Babylas, en attendant le jour où Flavien élèverait à ce dernier un beau monument (3).

La mémoire de Mélèce demeura chère non seulement aux Antiochiens, mais à tous les Orientaux ; son nom leur restait comme un signe de ralliement à Torthodoxie. Domnos d*Antioche rappelait plus tard avec une légitime fierté ce nom de « méléciens » que les ariens jetaient aux orthodoxes comme une injure. Aucune récompense terrestre ne pouvait être plus agréable au vieil athlète de la foi.

La mort de Mélèce ferme une période dans Thistoire du schisme d'Antioche ; avant de poursuivre ce récit, il ne sera pas inutile de rappeler brièvement ce que furent durant son épiscopat les relations des deux communautés orthodoxes entre elles ou avec

î rOrient et Rome.

A Antioche, au lendemain de Texil de Mélèce et sous Julien, les Pauliniens repoussent deux fois

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