‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 7 sur 96 · AUTEURS MODERNES · texte numérisé non relu

AUTEURS MODERNES

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Peu après le concile de Nicce, vers 330, Tadversûire le plus en vue d*Anus devint la victime de la réaction antinicéenne. Eustathe évoque d*Antioche est chassé dé son siège et exilé par Constantin. Des prélats semi-ariens le remplacent accentuant toujours la nuance hétérodoxe, bien que plusieurs années s'écoulent avant la rupture ouverte du parti avec Rome et l'Occident. Dès le début les orthodoxes d'Antioche se sont divises sur le parti à prendre. Les uns, sous la conduite de Flavien et de Diodore encore simples ascètes, restent en communion avec les successeurs d'Eustathe, tout en combattant Terreur arienne. Les autres, une minorité ardente, sous la direction du prêtre Paulin, se réunissent à part et rompent tout lien avec TEglise officielle d'Antioche; en revanche ils entretiennent des relations étroites avec S. Athanase. En 360, sous Tinfluence du chef des homéens, Acace de Césarée, mais du consentement général des évoques électeurs, orthodoxes et semi-ariens, Mélèce remplace Eudoxe sur le siège d'Antioche. Il se déclare pour l'orthodoxie nicéenne. Sa déposition immédiate et son exil provoquent une scission définitive au sein de la communauté officielle. Les orthodoxes, toujours conduits par Diodore

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et Flavien, la quittent et restent fidèles à Mélèce qu*a remplacé Tarien Euzoios. Ils font de vaines tentatives auprès des Pauliniens pour obtenir un rapprochement : on les repousse comme fils d'hérétiques. Deux ans après, Tédit de Julien rappelle tous les exilés. Tandis que Mélèce revient d'Arménie, Lucifer de Cagliari, de passage à Antioche, travaille à éteindre les dissensions, mais consomme irrémédiablement le schisme en ordonnant Paulin évêque. Les deux fractions orthodoxes vivent dès lors en lutte ouverte. Mélèce appuyé par S. Basile et tout rOrient, noue des négociations avec Athanase et Rome. Mais Athanase, puis Rome reconnaissent Paulin. Mélèce, à la fin, accepté aussi par Rome et vénéré par Théodose, meurt à Constantinople, au début du concile de 381 dont il était président. Malgré S. Grégoire de Nazianze, le concile décide qu'on lui donnera un successeur à Antioche et Tannée suivante, les mêmes Pères proclament dans une lettre au Pape et aux Occidentaux la légitimité du nouvel élu Flavien. Cependant Paulin qui, pour eux, n*existe pas, s'est rendu à Rome : un concile dont il fait partie, condamne Flavien. Paulin meurt quelques années plus tard en se donnant pour successeur Evagrios. Celui-ci se hâte de faire valoir ses droits auprès des Occidentaux. 11 n'y trouve qu'un accueil assez froid. Le concile de Capoue cite les deux adversaires et les invite à justiGer leur élection. Flavien oppose aux instances des Occidentaux et de Théodose lui-même la résistance passive. Bientôt la mort d' Evagrios (393?) simplifie la situation. Grâce surtout à son ancien disciple, Jean, devenu évoque de Constantinople (308), Flavien rentre en communion avec Rome. Quelques années

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après, Alexandre, son second successeur, réunit à son Eglise la grande majorité des Pauliniens, depuis longtemps sans chef. Un dernier groupe réfractaire cède à son tour, soixante ans plus tard, lorsque le patriarche Kalendion fait rapporter triomplialement de Textl les cendres d*Eustathe.

Ce résumé laisse entrevoir la complexité de la question dont j*ai à m*occuper, Tune des plus épineuses de Thistoire ecclésiastique au iv* siècle. Il montre aussi de quel intérêt son étude peut être pour Thistoire générale. Non pas que le schisme soit intéressant en lui-même : ces questions de personne où l'amour-propre semble jouer le principal rôle nous paraissent bien misérables et Timbroglio invraisemblable où elles nous jettent est de nature à lasser bien vite la patience. Mais ce schisme a éclaté dans la métropole même de TOrient chrétien; il a préoccupé à un instant de leur carrière presque tous les Pères illustres du iv« siècle et joué un certain rôle dans la vie de S. Athanase, de S. Basile, de S. Grégoire de Nazianze, de S. Ambroise, de S. Jean Chrj'sostome ; il a été un moment, — et le moment a bien duré un quart de siècle, — le pivot des relations entre les orthodoxes d*Orient et ceux d'Occident ; la politique impériale, depuis le début, s'y est trouvée à plusieurs reprises activement mêlée. Un historien même profane et un critique curieux de la littérature chrétienne au ix^ siècle ne saurait s'en désintéresser complètement. Etudier et discuter les documents primitifs si nombreux, les comparer aux données contradictoires des historiens du y* siècle, dégager de cette masse de faits et de ces discussions ingrates quelques conclusions positives, c'est du même coup projeter une plus vive

lumière sur un certain nombre d'oeuvres des meilleurs écrivains du iv^ siècle en les éclairant dans leur source, faire pénétrer plus avant dans la vie intime de ces hommes, connus surtout par leurs luttes contre les hérétiques déclarés; c'est apporter aussi une contribution utile à la connaissance du développement de l'Eglise, au moment où elle entre en contact direct avec le pouvoir séculier.

S'il n'eut pas éclaté à Antioche, le schisme n'aurait sans doute provoqué guère plus d'émoi que telle de ces dissensions banales, dont l'histoire du IV* siècle n'est point exempte et que signale à peine quelque allusion fugitive des contemporains. Mais la capitale de la Syrie était encore alors la reine de rOrient, elle formait avec Rome et Alexandrie Tun des trois centres du monde ecclésiastique. A nul moment d'ailleurs, depuis la chute des Sélcucides, son influence dans le monde politique, intellectuel et religieux, ne fut si considérable. Si, après 330, Alexandrie, dont le nom d' Athanase résume toute l'histoire à cette époque, fut le boulevard de la défense orthodoxe contre l'arianisme, protégé du pouvoir impérial, Antioche est la citadelle de l'opposition antinicéenne. Sans doute, dans ses origines, l'arianisme n'est peut-être pas, autant qu'on l'a dit, issu de l'enseignement du prêtre martyr, S. Lucien (1). Les ariens avaient trop d'intérêt à mettre de leur côté l'influence que ce patronage leur assurait pour que leur témoignage ne soit pas supect. Il n'en reste pas moins que Thérésiarque et ses amis de la première heure se glorifiaient du titre de « collucianistes »

(1) Voir sur ce sujet les excellentes réflexions de M. Gwatkin, StuditB ofArianhm, 2d. edit., ch. H, p. 17-19. Il discute ibid. note 1 le tdmoîgnoge si hostile à Lucien de S. Alexandre d*Alexandrie.

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et cherchaient un lien de! solidarité dans les souve*. nirs de renseignement commun reçu à Antioche. Tandis que Téclat intellectuel d'Alexandrie pâlit au lY* siècle et que l'école d'Origène ne nous offre, à côté d'Athanase, qu'un grand nom, celui de Didyme r Aveugle, l'école d'Antioche est en pleine prospérité. Aussi les luttes théologiques y sont-elles vîves^. Armés d'une méthode et de principes communs, les divers représentants de cette école arrivent aux conclusions les plus opposées. La discipline ration-r nelle et dialectique qu'ils cultivent, en théologie comme en exégèse, sert aux uns, comme Eustathe d'Antioche, à défendre l'orthodoxie, aux autres à modifier profondément l'enseignement traditionnel,. Tour à tour Léonce, Eudoxe, Aetîos, Eunome poussent plus loin le radicalisme de la négation arienne. Eusèbe Emisène se tient sur la réserve et penche plutôt vers les doctrines moyennes de son homonyme de Césarée. Un de leurs adversaires les plus déterminés, Apollinaire, fidèle lieutenant de son ami S. Athanase, dans la lutte pour l'homoousios, innove sur le dogme de l'Incarnation. L'immensité de son érudition et la facilité de sa parole lui créent des disciples nombreux et pleins de zèle, Vital et Timothée de Béryte au premier rang.

S'opposant aux uns comme aux autres, aux ariens de toute nuance comme aux nouveaux venus les Apollinaristes, aussi fervents dans l'ascétisme de leur vie personnelle que vigoureux dans leurpolé* mique, les disciples du vaincu de 330, Eustathe, mènent le bon combat pour l'orthodoxie. Flavîen et Diodore surtout, encouragés par leur évoque Mélèce, puis par les grands docteurs cappadociens leurs amis, se jettent dans la mêlée des partis. Les

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disciples de Paulin prennent aussi part à la lutte sans qu'une trêve s*établisse pourtant entre les rivaux orthodoxes. Le feu de la polémique est ainsi activé sans cesse : les brochures, les pamphlets se succèdent sous toutes les formes et de tous les genres, lettres, traités, dialogues, poèmes, hymnes, dissertations d*allure scolastique, tout est bon qui peut porter un coup sérieux à l'adversaire. Ces luttes intérieures ne suffisent point à l'activité littéraire des Antiochiens (1), il leur faut aussi combattre les ennemis du dehors. Ni le manichéisme, ni le paganisme et les superstitions vulgaires ne sont oubliés. Un impérial adversaire entre en lice à Àntioche même pour défendre les dieux qui s'en vont. Tandis qu'il malmène dans sa correspondance Diodore, l'ascète aux joues pAles et creuses, au corps épuisé, que les dieux punissent ainsi de ses blasphèmes, Julien l'Apostat essaie de le réfuter dans son livre contre les chrétiens.

Ainsi bouillonne à Antioche une vie intellectuelle intense. Le dogme du christianisme qui peut maintenant s'épanouir au grand jour et a conquis droit de cité, fournit aux lettrés dont regorge la grande métropole orientale, une occasion perpétuelle d'exercer leur talent et de montrer leurs connaissances. Là est le grand intérêt de l'histoire littéraire à cette époque et il faut bien reconnaître que le représentant le plus distingué des lettres profanes, Libanius, un Antiochien lui aussi, quelque illustre que soit son nom et quelque éclat qu'il jette sur âa ville natale, ne saurait soutenir la comparai-

(1) La lecture des notices littéraires sur les écrivains dont je parle est fort intéressante et suggestive. Voir, par exemple, la biographie de Oiodorc de Tarse chez Suidas ou dans Fabricius Harles.

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son. D'ailleurs à ce moment même se forme et débute rhomme qui unira en lui toutes les gloires intellectuelles dont Antioche est alors parée, qui, disciple ue Libanius et de Diodore, sera pour ses maîtres le plus beau titre de gloire parce qu*il illustrera à jamais leur enseignement. Il revêtira les doctrines de l'un (1) des splendeurs de la forme et de Téloquence dont Tautre lui a fait connaître les secrets. Cest Jean, celui que Tadmiration de la postérité a salué du nom de Chrysostome, le plus beau fruit, peut-être, de cette rencontre amicale entre la civilisation antique à son déclin et la civilisation chrétienne triomphante.

Ces écrivains, si l'on excepte sans doute le repré* sentant du paganisme, Libanius, n'aiment pourtant point l'activité littéraire pour elle-même. Tous sont des hommes d'action, des convaincus pour qui la plume n'est qu'une arme de combat, ceux-là surtout dont le nom reviendra plus fréquemment dans ces pages, Flavîen et Diodore. Bien que ce dernier donne plus de place à la littérature dans son œuvre et s'essa3'e, vainement semble-t-il (2), à imiter Platon dans quelque dialogue plus soigné, le souci artistique de la forme ne vient chez lui qu'au second rang et parait a peine dans les fragments trop peu nombreux qui nous restent de lui. Aux prises avec les ennemis de toute sorte, dans les polémiques qu'il engage et soutient de tous les côtés à la fois, iavec Aetios, avec Apollinaire, avec les fatalistes, les philosophes, les théurges, les juifs, sa parole se fait inci-

(1) Les erreurs auxquelles Diodore se laissa entraîner dans sa polémique avec les Apollinaristes ne se retrouvent point chez son disciple.

(2) Cf. S. Bas! ep. 135.

b INTRODUCTION

sive, nette, toute dialectique. L'action le réclame. En présence de l'évoque arien d'abord, puis, pendant l'exil prolongé de Mélèce l'évoque orthodoxe, c'est à lui et à Flavien qu'incombe la charge de protéger la part des catholiques qui les reconnaissent pour chefs. Vie rude, car, de môme que sur le terrain littéraire, mais ici avec une écrasante infériorité, Diodore doit encore faire face à un empereur. Cette intervention impériale achève de caractériser la vie antiochienne à cette époque.

Depuis le jour où Constantin a officiellement arboré sur ses étendards le monogramme du Christ et s'est déclaré l'évêque du dehors, l'Eglise, en Orient surtout, s'est abandonnée sans défiance et avec enthousiasme à la protection impériale. Quel changement aussi avantageux qu'étrange et inespéré, au sortir de la persécution sanglante de Dioclétien ! Désormais un élément s'introduit dans la réglementation des affaires ecclésiastiques, même les plus soustraites par leur nature à l'influence séculière^ dont la puissance pèsera d'un poids souvent écrasant sur les destinées ultérieures de l'Eglise. Amis et alliés, l'Etat et l'Eglise forment le beau rêve de marcher toujours de concert et de s'entr'aider dans leur œuvre propre en se prêtant un concours empressé. L'Etat prête à l'Eglise la force matérielle dont il dispose, pour contenir les fidèles dans le devoir et la défendre contre les périls extérieurs ; l'Eglise met à la disposition de l'Etat la force morale immense qu'elle tient de sa mission divine et lui communique quelque chose de son caractère sacré et de sa pérennité. Mais le beau rêve, sans cesser de rester l'idéal, se heurta vite aux désillusions de la réalité. Cinq ans ne s'étaient pas écoulés depuis que«

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prêtant main forte à rKglise, Constantin avait banni Ârius, et les adversaires de l*hérésiarque, Eustathe h leur tôte» sur un ordre impérial, prenaient eux aussi le chemin de Texil.

Presque toutes les pages de ce livre seront un écho de cette perpétuelle immixtion du pouvoir impérial dans les afTaircs ecclésiastiques. Antioche eut beaucoup à en souffrir. Il est vrai, Alexandrie fut témoin des scènes sauvages qu'occasionna l'intru* sion de Georges et plus tard celle de Lucius, mais le héros qu'elle avait pour évêque finit par s'imposer à Valens lui-même. A la tête d'un épiscopat uni, puissamment aidé par les moines, il n'eut pas de graves défections à déplorer. Constantinople ne joua jusqu'à Théodose qu'un rôle assez effacé. Le catho* licisme y subit une humiliante défaite jusqu'au temps où S. Grégoire de Nazianze, en dépit des outrages et des lapidations, parvint à le relever, peu après la mort de Valens. Antioche, au contraire, devint, à plusieurs reprises, la véritable capitale. Outre le César Gallus, favorable aux semi-ariens. Constance, puis Julien, Valens surtout, s'y établirent pour mieux surveiller les frontières orientales de l'empire. Mais Julien n'est pas seul à s'y attribuer les fonctions de Pontife. Après avoir interdit aux Pau* liniens les églises, Constance s'établit juge de la doctrine épiscopale et pour n'avoir pas eu le don de lui faire agréer la sienne, Mclèce est déposé et exilé. L'épîscopat de cour, un moment dispersé, se reforme autour de Valens qui en suit docilement les inspirations. Paulin cette fois est respecté ; on lui laisse même une petite église, mais les Méléciens subissent la rigueur impériale. Chassés de tous les lieux de prière, poursuivis dans les grottes ou au gymnase, ils

tiennent leurs réunions en pleine campagne et deux fois privés de leur évoque, redoutent moins encore les souffrances que le prestige exercé si puissamment par la croyance de l'empereur.

La persécution cessa avec la mort de Valens mais non pas l'intervention du pouvoir laïque. Le débat se circonscrit maintenant entre les deux fractions orthodoxes restées seules maltresses du terrain. Après la mort de Mélèce qui avait gagné toute la confiance de Théodose, la situation se complique. Rome et les Occidentaux tardivement intervenus semblent vouloir réparer le temps perdu par la vigueur de leur action. Théodose échoue dans ses tentatives de conciliation. Mais le parti de Paulin s'est épuisé dans la lutte; minorité importante au début, il s'est réduit presque à rien. L'Etat se dé.sintéresse de la question dès lors qu'il n'y a plus deux évoques à se disputer le siège. La condamnation de saint Jean Chrysostome et la persécution des joannites à Constantinople et à Antioche même vont d'ailleurs détourner son attention. Il n'intervient plus dans l'histoire ultérieure du schisme que près d'un siècle après la mort de Paulin, sous la forme d'une concession gracieuse de l'empereur Zenon au patriarche Kalendion. Il est vrai que, grâce au savoirfaire de ce dernier, elle porte le dernier coup au mal déjà presque éteint.

Une discussion détaillée des sources est inutile à cette place. Elle forme la trame même de cet essai. Je .me contenterai de caractériser ici d'une, façon

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générale les documents contemporains et les historiens du v** siècle auxquels il faudra le plus souvent recourir.

Les sources contemporaines peuvent se classer commodément en trois catégories : sources ariennes, peu nombreuses; sources méléciennes et sources pauliniennes, assez abondantes. On ne sera pas étonné de trouver tous les Occidentaux parmi ces dernières.

Sources ariennes.

Je donne au mot d'arianisme son acception la plus large : les ennemis d'Eustathe, auteurs de sa déposition, s*y rangent naturellement. Elles se ramènent à trois d*intérét fort inégal. Le document le plus ancien sur les origines du schisme est à chercher dans la Vita Constantini d'Eusêbe de Césarée aux chapitres 59-62 du livre III (éd. Ilcikel). L*auteur joua l'un des principaux rôles dans la déposition de Tévêque d'Antîoche mais ne parle qu'à contre-cœur de ces événements (III, 59). Par ses réticences voulues et ses documents soigneusement triés il ajoute encore aux obscurités du problème. Photius (Cod. 127) a relevé avec raison cette singulière attitude d'Eusèbe toutes les fois que Tarianisme est en cause (1). On trouve dans la synodique du Concilia^ bulc de Philippopolis (Pseudo-Sardique 343) une allusion infamante à Eustathe (2). Georges de Laodicée^ un J moment successeur éventuel de ce dernier, avait eu

(1) Il blâme notamment la manière dont Eusèbe raconte la dépo«tien d'Eustathe et les troablet qui la suivirent.

(2) Hilar. fgm 11. PL. X, 071. Labbe 11 dlO sq. 11 s*ogit d'Osias.

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Toccasion dans son Eloge d'Eusèbe Emisène de raconter la déposition, mais son œuvre a péri et son témoignage ne nous est plus connu que par la brève mention de Socrate (I,2'i) qui le critique plus qu'il ne le rapporte. Beaucoup plus tard, le Chronicon Paschalc rapporte un témoignage d'origine arienne sur l'envahissement de la Palée par les Mélcciens, au début du règne de Julien. M. Gwatkin (1) a extrait de la chronique alexandrine quatorze fragments qu'il a restitués à cette source dont Mgr Batiffol fixe la date au plus tôt à 374 (2). Cette date est trop ancienne pour le fragment concernant Mélèce : la manière dont on y parle de Vital et des Vitaliens oblige à descendre jusqu'à la fin du iv* siècle ou au début du V*.

Sources Méléciennes.

Au premier rang parmi les amis et défenseurs de Mélèce, se place saint Basile de Césarée. Près d'une soixantaine de lettres dans sa correspondance ont trait directement ou indirectement au schisme d'Antioche. Elles nous conservent sur les relations entre Mélèce et Athanase, entre Mélèce et l'Occident, sur les querelles des partis à Antioche et leur situation, des détails importants qui nous seraient par ailleurs totalement inconnus. La correspondance officielle des Orientaux avec l'Occident s*3' trouve presque en entier. Trop souvent cependant, saint Basile se contente d'allusions rapides qui excitent notre curiosité sans la satisfaire. Plusieurs lettres ont

(1) Gwatkin^ Studies ofArianiêin, c. VI, note I, pp. 220-23.

(2) RQ. IX 00 sq. — ca 375, dans Lîtt. gr. chrét., p. 215.

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une valeur de premier ordre pour la saine appréciation du schisme : la lettre à Evagrios (15G) met à nu les motifs d*amour-propre qui entretiennent la querelle; la lettre au comte Térence (214) insiste sur les différences dogmatiques non sans quelque exagération; la lettre à Epiphane (238) et celles plus anciennes à Athanase (06, 67) sont un plaido3'er chaleureux en faveur de Mélèce. De tous les personnages qui ont eu à intervenir dans cette querelle, saint Basile est peut-être avec saint Athanase, le plus sympathique. Sa loyauté, son désir sincère de la paix et de Tunion des Eglises, sa douleur même lorsque la mauvaise volonté ou la négligence paralysent ses efforts lut conquièrent l'admiration. Son témoignage vaut par là bien plus pour le lecteur moderne que les panégyriques officiels de Grégoire de Nysse ou de Chr3*sostome.

Saint Grégoire de Nazianze^ lui aussi ami personnel de Mélèce, ne semble pas avoir eu l'occasion de s'occuper du schisme avant la mort de ce dernier. L'éloge qu'il fait de Mélèce (Carmen de vita sua, 314-26) montre qu'il n'avait pourtant point gardé cette neutralité absolue dont parlent quelques historiens modernes. On a eu tort de voir des allusions au schisme d'Antioche dans des discours ou des passages de ses œuvres qui peuvent s'appliquer à des situations analogues et ne sont pas assez explicites (1). J'aurai l'occasion de discuter des allégations de ce genre à propos des discours 22 et 23, En revanche, Grégoire prit une attitude fort nette à la mort de Mélèce et lutta opiniâtrement contre la majorité du Concile pour empêcher l'élection de

(S) Cf. Carm. de vît. 070 sq.

Flavien. Après des efforts inutiles et en butte à l'opposition des évoques égyptiens d'accord avec lui sur le fond de la question, il abandonna le siège de Constantinople. On voit par suite avec quelle prudence il faut se servir des récits qu'il nous a laissés de ces événements, spécialement dans le Carmen de vita sua. Non certes qu'il faille suspecter sa sincérité, mais, non moins passionné que ses adversaires, le cœur encore ulcéré des avanies qu'il avait dû subir, il nous a plutôt transmis ses propres impressions qu'un tableau fidèle. Par endroits sa peinture du Concile de 381, où nous connaissons des personnages fort graves et tout à fait dignes d'estime, n'est qu'une déplaisante caricature. Il y a cependant beaucoup à retenir de ces poèmes ou des lettres qui font allusion au concile.

L'oraison funèbre de saint Mélèce par saint Grégoire de Nysse est une pièce d'éloquence où la rhétorique fleurie et quelque peu ampoulée laisse pourtant éclater une émotion sincère et profonde. Les détails historiques n'y sont pas très abondants ; encore y en a-t-il, à la bien lire, plus que l'on n'en signale quelquefois. Mais là n'est pas sa valeur. Cet éloge est avant tout un document psychologique précieux. Il éclaire sur le véritable état d'esprit des Pères du Concile de 381 et constitue sans le chercher la contre-partie du réquisitoire formulé par Grégoire de Nazianze. A entendre les lamentations de Grégoire de Nysse et les expressions si dures dont il se sert pour caractériser la conduite du rival de Mélèce, Paulin, on se rend compte qu'il y avait sans doute quelque cause sérieuse de dissentiment et que l'élection de Flavien n'est pas uniquement le fait de la passion et de l'amour-propre.

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