SOURCES : LB DB AKATIIBMATB
Mélèce n*a laissé que deux écrits sur le sens desquels les contemporains étaient déjà loin de s'entendre et qui ont contribué à le rendre encore plus suspect à ses adversaires orthodoxes : un sermon prononcé à Antioche, avant son premier exil (360), et la profession de foi du Concile de 363. Ils témoignent surtout de ses tendances pacifiques et de son esprit de conciliation. Peut-être plusieurs des lettres s3'nodiqucs contenues dans la correspondance de saint Basile et qu*il signe le premier sont-elles de sa main, notamment la lettre 90 et la 2'i3'' si touchantes dans la description des maux de TOrient orthodoxe.
Le successeur de Mélèce, Flavien, le plus maltraité par les documents pauliniens et les principaux historiens depuis Socrate, serait bien à plaindre si le disciple aimant qu'il eut en saint Jean Chrysostome ne leur avait opposé la puissance de son éloquente S3'mpathie. Lui-même apporte au dossier une pièce convaincante. Elle se trouve parmi les œuvres de saint Jean Chr3'sostome mais doit être restituée à Flavien, ce qui lui donne la valeur d'un inédit. Voici les preuves de cette attribution.
Il s'agit de l'homélie De Anaihcnxate. L'exorde semble la rattacher à la série des sermons de saint Jean Chrysostome contre les Anomécns. Aussi Montfaucon en défend-il fermement l'authenticité et Stilting croit qu'on peut la placer avec vraisemblance entre la 3* et la 4* homélie De Incomprehensîbili. D'autres savants pourtant ont pensé que Chrj*sostome pouvait n'être pas le seul à parler à ce moment contre les Anoméens et ne trouvant pas dans cette œuvre les caractéristiques de son talent ont conclu à Tinauthenticité, sans pouvoir indiquer le véritable auteur. Voici le jugement que porte.
i6 INTRODUCTION
après Haies, le dernier éditeur critique de cette homélie, M. Fîx, dans l'édition Gaume : « Nos prorsus Halesii opinionem probamus, nec in sententiis, née in argumentandi modo, nec in ipso uerborum usu hic oratorem nostrum agnoscentes (1). »
On peut faire un pas de plus et déterminer d'une façon qui semble sûre, Tauteur de cette homélie. Un passage du n« 3 l'indique clairement : ^oùltu^t jjLaOstv
t6)»wv ysvôjxsvo^, oç xal jxaorjplou TiÇiwto (2). L'auteur cite ici de mémoire saint Ignace d'Antioche (3). Uoraleur est donc un évâque successeur de saint Ignace sur le siège apostolique d^Antioche^ <* possesseur avant nous de la succession des apôtres ». L'expression se retrouve ailleurs pour Antioche. vg. Théodoret HE. III, 14, à propos de Jean, fils de la diaconesse sainte Publie : 'Iwiwr,; yap 6 wv èv W/noy/tq: 7rp£T6*JTépcov 67:1 TTAtÏTTov Y.vTjcàjxsvo; y povov xal 7:o)*)vàxiç jjlev T^; àTTOï-TOÂixY;; 7:po£opla^ Tot^ ^r^çou» osiàjjisvo; isl Se tt^vos TT.v T,y£jjLovtav ©uyiov. Tillemont, à tort, y veut voir un autre évèché que celui d'Antioche sous prétexte que le siège de cette ville ne fut pas souvent en vacance. Le TîoXÀixi; est une expression vague dont Texagé-
(1) Ed. Gaume 1^ &%5, cette appréciation ne se trouve que dans les volumes réédités après IMncendie. M. Fix fait encore allusion à cette homélie dans rJ?pt7o^iiâ nouae editionis (t. 13*, ij note, — l'épilogue est à la fin du volume) : « Alia passim brcuiter signi6cauimus, în uoluminibus post incendium rcpctitis ut de Non anathematizandis uiuis I p. 091 (pagin. bénéd.}. »
(3) Cf. la note de Montfaucon. La citation est empruntée aux lettres interpolées. Elle apporte donc un élément de solution intéressant pour fixer la date inférieure de cette interpolation et décider s'il faut Tattribuer à un apoUinaristc ou & un arien, — ou peut être ni à Tun ni à Tautre..
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SOURCES : LB DB ANATllEMATB 17
ration se comprend facilement. Même si cette opinion était fondée, il resterait encore que les mots oiaooyyi; twv «Tco^éXcov désignent bien Tépiscopat et c^est ce qui est essentiel dans la question puisque toute rhomélie indique assez son origine antiochienne.
Un second passage du De Anathemate qui, à lui tout seul, ne suffirait point, confirme le premier. Dans un long développement, au n* 4 (48, 950), le prédicateur se met sur le même rang que ses auditeurs et rappelle ses propres devoirs : Oi/ 0-cp rûv to5 Xaoû àv*;oy,jxaTcov Ta; Ixcr/ipia; Trpoo'çipojjLîv, ou'yr Uî^ip cyOpoiv xal o».tox6vT(i>v TîsoTjyyco'ftai èvsTàXOTtjAev ; *Iooii Tf,v Soj)alxv 7:)v7;poiï}Ji£v • loo'j TrapaxaXoviJLSV Oji.i;" y, ^ciporovla oOx tl; t^ouslav çlpci, oOx fiU 5'}o; è-a(p€i, oO SuvaTretx/ 7Vi^iyt\ • TràvTs; to a-JTO Tr/tGjjia è).a6o{jisv, TiàvTE; el; yioOÊO-tov èxX7|Qri2J.ev, oO; oè 6 riaTr,p eooxijjLa^ev toÙtoij; xaT'eÇovo'txv toi; loioi; àosî.çoî; oo*j)w£yÊ'.v 7,$uoa'£v, tt^v oo'j).e(xv ovv 7:).r,po5vT€; izapaxa),oj[jLcv Oiiî;... Cette allusion à la liturgie qu'il célèbre et à la ysipoTovta dont il a été l'objet est claire après le passage précédent. Il ne s'agit pas d'un simple prêtre mais bien de l'évêque, officiant ordinaire, et à qui s'applique tout spécialement dans la langue chrétienne le mot yeipoTovia. L'ordination sacerdotale est plus habituellement désignée par le terme îtpoyeiplvo 'cf. S. Jo. Chrys. Sermo cum presbyter ordinatus, 47, 693).
De quel évêque d'Antioche s'agit-il ?Un troisième passage fixe la date du discours. Ici encore Montfaucon n'est pas heureux : il veut à tout prix que le De Anathemate soit prononcé du vivant de Paulin. D'après lui, Paulin est présenté dans rhomélie comme disciple d'Apollinaire, ce qui serait vraiment étrange à Antioche. Tillemont a raison dans l'interprétation du passage contesté par Montfaucon : Paulin et
H.MHI,*».— ^
INTIiODUCTlON
Apollinaire y interviennent comme maîtres respectifs de ceux contre lesquels les ouailles du prédicateur lancent Tanathème : 'AXÀi ti Xiyô'jTiv oi izi^-zx o£».voi T»iv xaxiav ; AipsTixô^, 'f 'i^iv, £X£Ïvo; YsyivTjTai, r/oixov Tov otàCoAov €/cjv xal Aa}«cI)V xa^à to'j SioCi ioixiav xal -o)Aoîi; Sià îT.OxvoXoyia; xal xevfj^ oLTii-zr^^ tU puOov aTccoXeio; i-àvwv • xal oti toûto Otco twv TwaTspcov èx6i©vY,Tai, jjLàX^trra ô touto'J d!.oà7xa)«o{, ^oipàv ttî; 'ExxXr.Tta; àT:0T£jJLwv, Tj oia nau)»iavov T, *AT:oX)%tvàpiov )iyovTs;, ucpl yap tF»^ IxaTrou Toi-rcov oia'^opâ; 6 Xô^'Oî TOÏ^ 7:)v£ioci xaXô){ t/^v xaivoTOjxiov oi£^*jy£v, oifiXfiy^wv T/,v 7:Xà*/T,v £v ToT; jjLuyov? tîî> 0£ivoTaTT,; 7:poÂT|'i£(i)^ xpaTTjfifiïa^av.
Il est évident que Torateur parle ici du disciple de Paulin et de celui d'Apollinaire, c'est-à-dire d'Evagrios successeur de Paulin et de Vital, l'évèque apoUinariste d*Antioche.
Evagrios est mort durant l'épiscopat de Flavien, avant 39%, très probablement, peu après la lettre de saint Ambroise à Théophile, postérieure au concile de Capoue (392). L'auteur du discours est donc l'évèque Flavien lui-même. Nous savons par saint Jean Chrysostome qu'il prêchait à son peuple et Théodoret nous a conservé quelques fragments de ses homélies (1).
Le sermon est tout entier consacré à recommander la charité aux méléciens. Qu'ils laissent Dieu juger et se gardent bien de la^ncer l'anathème contre les vivants. Quand on vient de lire les accusations que porte contre Flavien saint Ambroise la surprise est agréable de trouver au lieu du despote altier un évêque plein de mansuétude pour ses adversaires. Si l'homélie ne peut créer un préjugé en faveur de
^1) J'ai recueilli ces fragments en appendice à mon édition de riiumélic inédite de S. Eustathe in Lazarum,
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SOURCES : s. JUAN CHRYSOSTOMC 19
Flavien« du moins fait elle disparaître rimpression défavorable que laissent les documents pauliniens.
On ne se douterait guère à lire les œuvres de saint Jean Chrysostome qu*il vivait au sein d*une Eglise déchirée par le schisme et prit une part active à la querelle. Personne que je sache, hormis Socrate (1), n'a songé à lui imposer une neutralité si évidemment en contradiction avec ses éloges multipliés de Flavien. Telle ou telle homélie prennent une signification très intéressante, lorsqu'on y découvre, consciente ou non, la tendance apologétique ou polémique qu'elles recèlent. Vhomélxe sur saint Eustathe (2), par exemple, est bien pauvre, si Ton veut, en renseignements précis sur l'action historique de Tévèque. M. Loofs va même jusqu'à la qualifier fort injustement de wertlos. J'aurai pourtant l'occasion d*y relever des renseignements intéressants sur la conduite d'Eustathe à l'égard de l'arianisme. Mais si Jean Chr^^sostome ne dit rien de précis sur les circonstances de la déposition, il est fort piquant de trouver dans les déclarations qu'il prête à Eustathe, sur le point de quitter Antioche, une apologie très nette de la conduite dé Flavien et de sa communauté sous Tépiscopat des semi-ariens. Ils n'ont fait qu'obéir aux dernières recommandations de leur évêque en ne sortant pas de l'Eglise officielle.
(1) Socrate VI, 3, raconte que Jean se retira dans la solitude après la mort de Mélèce et y vécut trois ans pour n*avoir pas à prendre parti entre Flavien et Paulin. A la fin il se décida à regagner Antioche et se fit ordonner prêtre par Evagrios. Or Jean fut ordonné en 38G du vivant même de Paulin. La distraction est bien forte ! • (2) Le panégyrique de S. Eustathe fut prononcé, on ignore quelle année, dans une série de discours spéculatifs. II obtint grand succès cf. hom. in locum lerem n* 1. (PG. 56, 154). L.*orateur rappelle Téloge d*Eustathe et celui du martyr Romanos.
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Les Pauliniens, j'imagine, devaient justifier leur séparation par des raisons de même valeur. Sans mettre en doute la -véracité de Chrysostome, il faut reconnaître que la fin de son discours est visiblement tendancieuse.
Il a prononcé aussi ïéloge de saint Mélèce^ six ans à peine, après la mort de cet évéque qui l'avait baptisé. Aussi le ton est-il plus chaleureux encore ; Saint Jean Chrysostome ne se rassasie pas de rappeler les marques d'affection données à Mélèce par les Antiochiens et son inlassable mansuétude. M. Loofs est ici encore trop sévère et, dans sa partialité pour Eustathe de Sébaste, à qui Mélèce aurait dérobé l'amitié de Basile, se refuse à voir dans ce panégyrique les renseignements historiques qu'il renferme. Il est facile de les dégager en confrontant l'homélie de Chrvsostome et les documents contemporains ou les dires des historiens. Ici, plus encore que chez saint Grégoire de Nysse, l'idéal peint avec amour, a beaucoup gardé de la réalité.
Indépendamment de ces deux éloges, saint Jean Chrysostome a saisi une autre occasion de dire toute sa pensée sur le schisme, et les causes mesquines qui l'entretenaient. Du même coup c'était révéler quelle agitation créait la querelle à Antioche et quelle part prépondérante, ainsi que l'on pouvait s'y attendre, l'influence féminine s'3' était conquise (1). Uhomélie XI* sur Vépitrc aux Ephésiens est une verte semonce à l'adresse des schismatiques par qui est déchirée l'unité de l'Eglise.
(1) Le passage de Thomélie 2i« (PG. G2 c. 153; sur S. Julien Sabas indique nettement que le commentaire sur la lettre oux Ephésiens a été prononcé non à Constantinople, mais à Antioche (Tvxt ^i^-mu