‹ Le schisme d'Antioche: (iv-v siècle)Chapitre 89 sur 96 · IX. ALEXANDRE ET LES EUSTATHIENS · texte numérisé non relu

IX. ALEXANDRE ET LES EUSTATHIENS

paix. Je salue donc ta fraternité dans le Christ et toute TEglise qui, avec toi, est si bien disposée. Je vous demande, comme vous le faites, de converser avec nous plus fréquemment par vos lettres et de nous réjouir plus souvent des nouvelles de votre santé. f>ieu, j'en ai la confiance, nous donnera de compenser toutes les pertes du temps passé par un très affectueux commerce de lettres (1). »

Dans la synodale, Innocent s'est déclaré fier de pouvoir donner comme modèles les chrétiens du second siège apostolique. Ce n'était pas une vaine parole. Lorsqu'on lui écrivit en faveur d'Atticus, l'évêque de Constantinople, si hostile à la mémoire de S. Jean Chrysostome, le pape rappela aux intercesseurs, à l'évêque Maximin, en particulier (2), l'un des membres du concile romain où les actes d'Alexandre avaient été confirmés, que la seule manière de recouvrer la communion avec l'Eglise romaine était d'imiter la conduite de l'évêque d'An* tioche. C'est ce qu'il avait déjà signifié à Boniface, représentant du Saint-Siège à Constantinople (3).

« L'Eglise d'Antioche, que le bienheureux Pierre; avant d'arriver à Rome« illustra de sa présence, n'a passoufTert, comme sœur de l'Eglise romaine, de se laisser longtemps éloigner d'elle car, par l'envoi d'une légation, elle a demandé et mérité la paix. Elle a reçu les clercs d'Evagrios selon leur ordre et leur place, conservant intacte l'ordination qu'ils avaient reçue de lui; elle a réuni également les clercs et les laïques de Jean, de sainte mémoire. L'évêque de cette cité, mon frère Alexandre, a

(1; Ep. 20. laffé HOG.

'2) Ep. 22. laffé :¥» vers 415.

(3) Kp. 23. lafTé :)U9 vers 415.

*"W^^H^Vi«^^^"^^>^«^H^V^nHVi^««W«^BH^W<

KALBNDION 297

promis que, si que1qu*un ordonné plus tard, venant soit de chez nous, soit d'ailleurs, arrivait chez eux, il le recevrait sans difficulté. Le nom de l'évoque désigné ci-dessus sera aussi récité parmi les évèques défunts.

« Sache que j'ai donné les mains à tout cela, frère très cher. Je les ai reçus dans mon cœur pour que les membres qui avaient demandé la santé ne fussent pas longtemps regardés comme étrangers à l'unité du corps. Tout ce qui a été fait selon Tordre, mon fils le diacre Paul, port^eur de cette lettre, pourra le raconter à ta dilection, pour que tu partages notre joie et renseignes ceux qui ont l'habitude d'intervenir pour Atticus. »

Et pourtant, même après la grande fdte célébrée par Alexandre (1) et l'accomplissement des conditions, fixées par Innocent, un groupe d'Eustathiens resta irréductible. Le souvenir d^Eustathe suggéra à un évoque, qui ne passa que trois ans à Antioche et mourut exilé lui aussi, le moyen de ramener les derniers dissidents. Vers ^i82 (2), Kalendion obtint

(1) Théodote son successeur ramena les ApoUinaristes maïs pour beaucoup la conversion fut apparente : les monophy sites se recrutèrent facilement parmi eux. Cf. Théod. V. 37. — Bosch. Thcodotus fPatr. Ant. XXXVll). Il admet pour dates de Tépiscopat 417-429. Les Luciférîens s'éteignirent peu à peu. Théodoret ne les connaît plus ; Socrate et Sozomènc les donnent comme existent encore de leur temps, mais ce témoignage est suspect.

(2) Les textes sont Théodore Lecteur (PG.Sl). 183) : ZV.vwv ^6€^ t^ «p^ *IXXg3v Tt,v xxti TÛv trtTxô-RMv tvi^wxiv iv9T23iu;. Ks%xvo{«4V ci atT/,9s; t^ Zy^vcovs «ri ^C'yxvov Ev7^29{ov itç '.\vTi<5ytiav f.vrpti in'j «l»iX£Tr«v tf.ç .Mxxteovtiç, fvô» xal c;iâpi9';o x»i iiriOavtv, ortp ovv zXiijnç, xijx^ oî rjAirxi cSl^xvro iri ÔIX20XTU ,u.'.X{ti>y i$caOo'w9t,c Tf,ç r^^u;, saTr.ç û; v.r.tv* r.Xixtaç. 01 oè ot' x'j?6v jxi/pi TÔtf x^or/iV^M-'^^ ^ *KxxXt,»i'» T,v(d07,93v jitxà fxxTQiv Itt, toO OzvîTou EÙ9Ta4(ov. — Théophane a. m. 51*81 (éd. Bonn) :Tovtm x& cTtt KsXxvôuov CTtTxoito; *.\« f^Y^T*^ t^ Xtt^^xvov EùttsOiou toO (u^iXo'j XTh 4*'.X{irsw fvOs xal c-ô^irro; fxoijAy,(hr« b ^710; xal {icti roXXf,; T'.*Af,c izA Swgixs jiiXIkiv

i^wa

VK

2U8 IX. KALBNDION

de Tempereur Zenon la permission de faire rapporter de Philippopolis (?), où elles se trouvaient alors, les reliques d'Eustathe. Toute la ville se porta à leur rencontre à une distance assez considérable. Les quelques Eustathiens encore réfractaires se réunirent alors définitivement à l'Eglise.

T.vw^Tf.jatv juTi îxsTov îtr, rf,; xotjifiViw; aOtoû. — Victor Tonnennensis ep. CbroDica (Mommsen. Chron Min. II. 191). Post consulatum Longîni V. C. (48G), Colendio Antiochenus episcopus reliquîas praedecessoris sui Eustacbii episcopi et confessons in Phîlippopoli Macedoniae (?) coUigit et Antiochiam summo cum honore perdudt. — Zacharie mentionne seulement Texil de Kalendion. Pour la date cf. Bosch. Patr. Ant. XLIX n* 408. (Kalendion, élu au début de 482, est exilé en août 485. Tillemont adopte 482 avec Baronius ad. a. 482 n. 13.)

Dans les pages qui ppëcèdenf, je me suis efforcé de recueillir d'une façon exacte et complète les témoignages des anciens documents sur le schisme d'Antioche. Ils me semblent assez clairs en euxmêmes pour qu'il soit inutile d'en chercher longuement la signification. Les relations entre l'Eglise d'Orient et celle d'Occident, au dernier tiers du IV* siècle, y apparaissent nettement caractérisées. De part et d'autre, il y a eu, malgré un désir sincère de concorde, mésintelligence, dissentiments^ manque de sympathie. On a vu quels préjugés, quelles circonstances malheureuses et imprévues, quelles influences de personnes ont créé puis alimenté le conflit, en entretenant une manière différente de comprendre rob3ervation de la discipline ecclésiastique. Occidentaux et Orientaux n'ont pu s'entendre sur des ordinations épiscopales faites en violation des lois canoniques ni sur les concessions à accorder aux nécessités d'une situation inextricable. Le fond du débat est là toutentier; les autres considérations doivent être regardées comme accessoires.

Plusieurs historiens ne sont pas de cet avis et pensent qu'il faut donner la première place dans cette querelle à certaines idées dogmatiques et politiques : le conflit disciplinaire n'a été qu'un prétexte

■ ■ 1 II .piwp—^i^i^^i^p^i— .— ^— i^w<iw^^ii^ii*nMii«—^w^^<W'^^— ^'^^^■^■Wi^— w^^— '■^^M^— ^iw^—^^— ^^MW^

t^m^^mm^m^

^^jtmÊ^tlm

^.érnrn*!

•••MiMatfkrfi^Ma

à leur manifestation ou un efTet de leur activité. La discussion de ces vues, si différentes des miennes, s'impose à la fin de ce travail ; je l'aborde dans l'esprit de mes recherches précédentes, curieux beaucoup plus des réalités historiques et des faits dûment constatés que des formules et des systèmes.

Tout récemment on proposait comme « la seule explication plausible du long schisme qui désola l'Eglise de Svrie » une « dualité de tradition » dans l'école d'Antioche. Il y aurait la tradition lucianiste, hérétique dans son origine et dans son terme, puisqu'elle part de Paul deSamosate pour aboutir à Théodore de Mopsueste et Nestorius et une seconde tradition qui n'est point originaire d'Antioche, mais qui est venue d'Asie Mineure, plus exactement de Pamphylie avec S. Eustathe de Side et qui, selon toute probabilité, se rattache directement à S. Méthode d'Olympe et peut-être à l'apologiste Athénagore. « La première s'amende et se réconcilie avec l'orthodoxie dans la personne de S. Lucien le martyr mais conserve cependant des affinités suspectes avec les ariens et les semi-ariens; la seconde s'accorde avec la première sur plusieurs points, mais non sur tous^ elle est comme la première hostile à Origène mais se montre beaucoup plus intransigeante dans la lutte contre l'arianisme (1). »

Cl) E. BoiîVY. Iai méthode historique et Us Pères de VEglise. Revue Augustinienne. 15 février 1U05, p. 171. L'outcur ajoute : « Voici une seconde question connexe à la première. Evagre, Tami de S. Jérôme, qui joua un rôle important dans toute Thistoirc du schisme, qui alla plus d*une fois d*Antioche à Rome et de Rome à Antioche, qui assista au concile d*Aquilée, un des rares latinistes de TEglise grecque, n'a-t-il pas été, en Occident, Tintroducteur de certaines idées dont on retrouve Texprcssion dans VAmbrosiaster? N*est-il pour rien dans rhistoire du pélngianismeen Italie? N'est-ce point par lui que les doctrines christologiques de Théodore de Mopsueste sont arrivées jusqu'à

>.*4Mi

Cette théorie est spécieuse ; examinée de près, elle ne semble pas résistera la critique. La seule divergence, qui nous soit connue, entre Méléciens et Pauliniens est précisément la question des hypostases, sur laquelle je reviendrai tout à l'heure. Pour le reste, l'accord est absolu. Les deux partis combattent avec la même ardeur l'apollinarisme : tandis que le chef de la secte doit répondre aux attaques de Diodore et de Flavien, dès le concile d'Alexandrie (362) et encore en 376, Paulin discute avec les disciples de l'évéque de Laodicée. La doctrine christologique, point capital, s'il en est un, pour discerner. les deux traditions, puisque Nestorius est l'aboutissant de la première, n'est pas différente. Il suffit pour s'en rendre compte de comparer les fragments d'Eustathe et ceux de Diodore et de Flavien. Des deux côtés.

Léporius ? » {Ibid, p. 171-72 . 11 ^ a là un essai de synthèse qui n*est pas heureux et embrouille inutilement la question déjà suffisamment complexe des origines orientales du pélagianisme. Les Inexactitudes et confusions chronologiques que je dois relever se comprennent d*ailleurs facilement et n*enlèvent rien au mérite des idées générales que le savant auteur développe dans Tarticle en question. D*£vagrios nous ne connaissons qu un seul voyage d*Antioche en Occident. En 3G2, il suivit Eusëbe de Verceil qui revenait d'exil, et ne rentra en Orient qu'en 37%. Sa présence au concile d*Aquilée n*est qu'une hypothèse, fondée sur la participation aux débats et la souscription d'un Evagriwt presbyter et legatun^ dont le diocèse n*est pasindiqué (cf. p. 217, n. ly. On ne voit pas comment Evagrios a pu influer sur le pélagianisme. Successeur de Paulin, il appartenait au parti opposé à celui de Théodore de Mopsueste et ce dernier, plus jeune qu'Evagrio» d'une génération, venait à peine d'être nommé évèque (3112 ?) quand Evagrios mourut (303? . L'influence sur le moine Léporius est donc de ce chef inadmissible. D'ailleurs nous ne connaissons qu'un seul ouvrage d'Evngrios: la traduction latine de la Vie de S. Antoine, Il avait composé d'autres opuscules dont S. Jérôme ne donne pas tes noftis et qui n'étaient point encore publiés lorsque ce dernier écrivait le De Viris ('i92.. Peut-être ne le furent-ils jamais, Evagrios n'ayant pas tardé à mourir. On ne peut donc savoir quelle était sa doctrine christologique ni établir un rapport quelconque entre sa pensée et celle de VA mbroaiaëter.

tm--

^^mt

PW^^^WK^l^PV^VPWWVQW

■i ■ >■ ■ •k^hMt ^ Il I II mm ■■ll^l ■■!» i^lll ■ ^ aiM ■! 11^^

c'est la même distinction accentuée entre Dieu et rhomme dans le Christ, la même terminologie, reçue au IV* siècle, mais devenue fort suspecte, quand le nestorianisme fut condamné. Je sais bien que Dio* dore a excédé lors de sa polémique contre Apollinaire. On l'appelle couramment le père du nestorianisme et ce n'est sans doute pas tout à fait à tort. Encore faut-il remarquer que son œuvre nous est très imparfaitement connue et qu'on l'a plus d'une fois confondu avec son disciple Théodore de Mopsueste. Je trouve étrange, si Diodore avait eu les idées arrêtées que certains lui prêtent, qu'elles n'aient pas été plus remarquées pendant sa vie et surtout qu'à plusieurs reprises, notamment aux conciles d'Antioche (379) et de Constant inople, il ait signé des pièces qui condamnaient explicitement l'existence de deux Fils distincts dans le Christ. Flavien, qu'on englobe parfois dans la même condamnation, parce qu*on accepte sans les discuter les accusations évidemment intéressées d'Apollinaire, doit être mis hors de cause. Les rares fragments qui nous restent de lui, montrent qu'il n'avait pas en christologie de doctrine autre que la doctrine catholique, bien qu'il l'ait exprimée, comme les Cappadociens, en termes qui, lors des luttes du siècle suivant, parurent insuffisants (i). M. Voisin, dans sa remarquable étude sur l'apollinarisme, a développé Tidée qu'il faut chercher la genèse de cette hérésie dans une réaction contre les théories et le langage christologique des Antiochiens. Je n'y vois pour ma part

(1) On me permettra de renvoyer pour la compafoison entre Eustathe et Flavien ù mon édition des fogments de ce dernier et à la note sur la doctrine d*Ru8tathc ^p. 12-13'. dans S. Euntathii epincopi Antiochcni in Lazarum Mariam et Martham homilia christologica.., Paris, i*.l05. M. Harnack o promis un Cnrpun Diodorù

H««fl4ba*iMa*a«^B~ ^ ^MBMBMMMa^>.«aiB^B*aaaaa>^.a^ha^M^

aucune difficulté, à condition que ce soit une réaction spontanée et inconsciente, non une sorte de réponse aux provocations de Flavien et de Diodore. Ceux-ci ne s'occupèrent spécialement des controverses christologiques que lorsqu'ils eurent à réfuter Tapollinarisme. Il faut laisser à chacun les initiatives et les responsabilités qui lui reviennent.

D'autres historiens ont à la fois élargi et circonscrit le débat. Se restreignant à la question trinitaire» ils déclarent sans hésitation et répètent volontiers, qu'à la suite de Mélèce, tous les Orientaux, y compris les Pères Cappadociens, ont professé une doctrine nouvelle, sorte de compromis entre le pur nicéisme que professaient Athanase et Paulin et l'erreur homéousienne de Basile d'Âncyre. Ils auraient presque tout retenu des théories de ce dernier, mais sous le couvert du terme officiel de Nicée, l'/iomoousios. Grâce à ce quiproquo, dont le concile de Cons* tantinople consacra le triomphe, Basile d'Ancyre serait en réalité le vrai père de l'orthodoxie ultérieure. Ce néonicénisme doctrinal dont S. Basile fut le théoricien le plus en vue, se serait doublé d'une action politique caractérisée par Tappellation de politique religieuse orientale de Théodose. Elle se traduisit par la manifestation d'indépendance de l'épiscopat oriental vis-à-vis de Rome et des Occidentaux et la prédominance exclusive en Orient des néonicéniens, au détriment des nicéniens de vieille roche, que Ton affectait de confondre avec les tenants du sabellianisme.

Ces vues nouvelles ont été exposées avec un incontestable talent et une puissante érudition (1). Toute-

(1) M. Zahn dans son livre sar Marcel d'Ancyre (iSG?. a le premier formulé la théorie du néonicénisme, à loqurllc Tadbésion éclatante

■m^^tt^^mmim^^

fois, je doute qu'un historien sbucieux de tenircompte des faits tels qu'ils se présentent objectivement et de' ne point leur imposer une signification arbitraire, puisse définitivement sV rallier. Elles laissent trop d'actes inexpliqués et supposent de vrais tours de force en matière d'interprétation. Je n'entends point nier que telle ou telle affirmation deâ contemporains ne leur donne une apparence de vérité, mais l'esprit de synthèse a entraîné plus loin que ne le permettent les documents et conduit à de brillantes mais inexactes généralisations. Ne pouvant ici entrer dans une discussion détaillée, déjà suffisamment faite pour certaines parties, je groii-

de M. Harnack {Dogme. igeschichte. II. ch. 7 ex professa) a valu uiie brillante fortune. M. Looks l'accepte sans hésitation et la suppose dans tous ses articles de la RE. sur les Pères du iv« siècle. Déjà M. Rade Tavait adoptée dans son livre sur le pape Damase. M. Bethune Baker {The Meaning of Jlomoousios 1001) a vigoureusement combattu ces vues systématiques et entretenu à ce sujet une polémique avec M. Stro.ng dans le Journal of theological studies. On trouvera un exposé de ces controverses récentes dans la Revue d'Histoire et de Littérature religieuses^ article de M. Lejay, Ancienne philologie chrétienne.. IV. Histoire des Dogmes. G*7. (t. X. n. 1 1905» pp. 9i-9'i}- M. Ras.neur a combattu dans la Revue d'Histoire Ecclésiastique M^XHX), IV. pp. 189-2 G et 411-431. {L'homoousianisme dans ses rapports €tvec Vorthodoric^ les vues exposées par M. Gummerus (Oie Homoeusianische Partei bis zum Tode des Konstantius, lUOO)- L'ouvrai^e tout récent de M. Holl : Amphilochius von Ikonium in seinem Verhaeltnis zu den grossen Kappadoziern (1904) contient une étude très consciencieuse de la théologie trinitaire des Pères coppôdocicns. Elle permettra de compléter et de rectifier les indications fournies par les auteurs précédents. 11 y a toujours profit à consulter les volumes du P. de Rég.non (Etudes de théologie positive sur la Sainte Trinité) que M. Harnack nf semble pas avoir connus (4 in-8, 1892-98). — Lcxposé que je donne dans le texte du néonicénisme doctrinal et politique est tiré presque mot pour mot du chapitre très intéressant consacré por M. Harnack à cette question. On ne sait qu*admircr le plus de sa vaste érudition ou de sa puissance de synthèse. Mais la médaille a son revers, cette systématisation à outrance provoque souvent chçz le lecteur bien informé des objections fondées.

• , mi' -' »^ ~* **

perai seulement quelques réflexions sur le double aspect du problème, la question doctrinale et la si* gnification politique des événements que j*ai rapportés plus haut.

Le point culminant du néonicénisme est, nous diton, le concile de Constantinople (381). Malheureusement des actes conciliaires il ne reste qu'une lettre à Théodose et quelques canons, ou les Pères déclarent qu'ils ont confirmé en de courtes définitions la foi de Nicée et anathématisé les hérésies nouvelles : Anoméens, Eudoxiens, Semiariens ou Pneumatomaques, Sabelliens, Marcelliens, Photiniens et Apollinaristes (1). Seule une interprétation subtile peut tirer de ces quelques mots une preuve en faveur du néonicénisme. On a dû la chercher ailleurs. Certains ont cru la trouver dans la teneur du Symbole dit de Constantinople. M. Harnack n'est point de ceux-là et pour cause ; il sait trop bien que ce symbole n'a probablement rien de commun avec l'œuvre du concile, ou du moins ne s'y rattache que très indirectement. Toutefois par un prodige d'argumentation, il trouve le moyen d'en tirer parti pour sa thèse ; ce n'est pas la page la moins piquante de son livre que celle ou il expose comment ce symbole étranger au concile de 381, est, par une sorte de justice ironique des choses, devenu, pour la postérité chrétienne, le représentant légitime de la croyance des Pères de Constantinople. Il figure admirablement par la suppression de Vix -r/i; où<xia^, alors que rhomoousios est conservé, et par le vague des déclarations sur TEsprit-Saint, telles qu'un pneumalomaque pouvait à la rigueur les accepter et les signer,

[ . (1) Voir sur Tœuvre du concile Hekele. Histoire dcu concile»^ L VII

(t. U de la trad. fr.).

kl

la nouvelle orthodoxie des néonicéniens pour qui rhomoousios représentait la similitude spécifique de substance, non son unité numérique (1).

On a déjà répondu que c*est là faire bon marché du symbole de Constantinople. II n'est pas tout à fait exact de dire qu*un pneumatomaque pouvait « en cas de besoin le signer », puisque les expressions emplo3*ées 9V]jlt:^307x*jvo*j{jl£vov et 7*jvoo^a^6u£vov sont des équivalents rigoureux de Thomoousios (2;. Affirmer d'autre part que Tex di; oOcrix; disparu laisse incertaine la signification de Vhomqousios conservé, c'est poser un problème sémantique inouï. Je ne vois pas comment on peut admettre qu'après cinquante années de discussions pour ou contre l'acceptation de ce mot, dont les formules conciliaires et les expressions parallèles avaient singulièrement précisé le sens, partisans et adversaires pouvaient conserver un doute sur sa véritable signification (3). Dès lors ex Tf^; oOcria; devenait un doublet inutile, et pouvait sans inconvénient ne pas être inséré. S. Epiphane recommande pour les catéchumènes l'usage d'un symbole analogue : s'il lui avait paru d'une orthodoxie douteuse, il ne l'aurait certes point adopté.

Ces raisons paraissent convaincantes et valent indépendamment de toute opinion sur l'authenticité du Constantinopolitanum. Cependant si on la nie, et l'on a des raisons suffisantes pour le faire, la

(1) Habnack. Lchrb. derDogmengcsch. U. 7. p. 2GÏ-G7 avec les notes.

(2) Voir HoLL. AmphilochiuB^ p. 126-127. 11 approuve là-dessus les vues de M. Fusck.

(3) Cet or^uroent mérite d*autant plus d*étre examiné que les homéousiens avoicnt énergiquement repoussé Thomcousios. Si on le leur expliquait dans le sens néonîcénien, quelle raison ovaient-ils de ne pos 1 accepter, ou moins pour le Fils ? Us méconnaissaient alors leur propre père Basile d*Ancyre.

bonne méthode historique demande qu'on n*en fasse point état pour apprécier la pensée du concile de 381. A défaut des actes, dont les restes sont pourtant significatifs, elle nous est bien indiquée par d*autres témoignages d'une valeur exceptionnelle. Un an après le concile de 381, les mémeé Pères se réunirent encore à Constantinople. La S3'nodique qu'ils adressèrent aux Occidentaux réunis au concile de Rome (382), montre à l'évidence combien fragiles sont les brillantes hypothèses que je discute et dont je dois compléter l'exposé. Ces deux synodes orientaux de 381 et de 382 avaient été précédés d'un autre tenu deux ans auparavant à Antioche (379). Fidèle à lui-même, M. Harnack a établi entre les trois d'ingénieuses oppositions. Au premier concile, réuni quand Gratien était seul empereur, Mélèce et plus de 150 évêqucs à sa suite, signent sans condition les pièces qu'avait envoyées le pape Damase ; la foi de Nicée est reconnue sans restriction. Deux ans plus tard, la situation politique ayant changé^ sous l'œil bienveillant de Théodose, les mômes Orientaux se dégagent de leur sujétion forcée et expriment leurs véritables idéçs sur la foi, celles dont Basile d' Ancyre était le père ; mais, l'année suivante, pour éviter une rupture ouverte avec l'Occident, ils prennent une attitude plus conciliante (1).

'1) Lehrb, der Dg. lï\ ch. 7. p. 259 note 4. Sjrnodc d" Antioche : 0 dièse S vnode hat aile Kundgebungen dcr Roemer (des Abendlandes) aus den letzten Jahren (9G9, 37G, 377) unterschrieben, also sich dem Wîllen des Abendlandes m dogmaticis eînfach unterworfen und die Actcn, %velche die Concessîonem mthlelten, nach Rom geschîckt. Der Sieg des altglaeubigen Verstaendnisses des Nicaenums schien damit perfect. • — Synode de Consttantinople (381), ibid. p. 2G2 note 1 : « die za Kpel versammeltenorthodoxen Vactcr die Gelegenbeit freadig crkannt und benutzt haben, sich von dcr Bevormûndung Alezand riens und des Occîdents zu befreien und die Nachgiebîgkeit, die sîe

■i*»rtl

â08 CONCLUSION

La synodique de 382 a par avance démenti ces affirmations systématiques, lorsqu'après une courte profession de foi, elle ajoute : « Voilà un bref résumé de la croyance que nous prêchons sans réticence. Vous pourrez vous édifier plus longuement à ce sujet, si vous voulez bien prendre connaissance du tome composé à Antioche par le synode qui s'y est réuni et de celui qu*a dressé le concile œcuménique réuni Vannée dernière à Constantinople. Nous y avons exposé plus en détail notre profession de foi avec les anathèmes contre les nouvelles hérésies. » Or le résumé que la synodique a reproduit de ces professions de foi est d'un nicéisme très explicite (1), je connais peu de formules qui le soient autant. Une simple comparaison du texte avec deux anathématismes de Damase le confirme pour tout lecteur sans préjugé:

... ATiXaoT^ OcorrjTO; xxl ou- Eï ti; jjltj cÏtztî toÛ II. xal

vajjiebK xal otjvlx; Y^\i^ toG to*3 V. xal toG 'A. Ilv. |jLlav

IlaTpo; xal Toû Vlo5 xal toû OgôtTiTa e;o'j7iav SuvaTjctav,

*Aytou nv£uji.aTo; 7a,0T£*J0}ii- jxio»; oo^av X'jptOT/iTa, jxlav

VT,;, ojxoTijJLOU TC Tt^^ i$ta{ pa^iAsiov, jjlIx/ OcXt^^v xal

xal <yyvaïotoy tt,; pao-iAsia^, W.VjOciav a. t.

fv Tpi^l Tft)v£tai; OîiOTTaTêTiv, Kl ti; Tpla 7:po7co7:a jat^

zwei Jabre vorher zu Antiochien nothgcdrungen gezeigt hatten, durch die Tbat zu 'wîderrufen. • L*œuvre dogmatique du concile est exposée p. 204. Voir la phrase que Je cite dans le texte. — Synode de Constantinoplt (382) ihid. p. 2C8 et note 3. « Sie beriefen stch daza nicht nnr auf die Entscheidungen der Synode von 381, sondern auch auf ihren Beschluss von 378, in welchcm sie dem Abendland cntgegenkommen waren... (p. 2G8). Die Oricntalen haben sich hier nichts vergeben und doch ihrcn Glaaben so conciliant wie moeglich ausgedrûckt, indcm sie von MarccU gcschwicgen, dcn Sabcllionismus cine • Krankbeit •, dcn Arianismus abcr eine • DIusphcmie • genannt haben (p. 2G8 note 3). » — Voir aussi Tarticle de M. Loofs sur Mélèce dans RE.

(1) M. Harnack le reproduit p. 2ij8 note 3. Cf. supra p. p. 258-0.

■ ■»Jl ■ 1^— ^1 « 1 ■ M 1 ■■! M ■ I ■ IP ■ ■ I 1 ■ I ■! M ■ Il M- —--'•'- —-^ *«-. ^^^ •■

■ i al»^!»^»^.

i^Qlç, (Anathem. Damas. Theod.

(Synodique Thaod. V. 9. ^- **' *^^ ^^

On évite ainsi, ajoute la S3'nodique, Terreur de Sabellius et celle des Eudoxiens, des Ariens et des Pneumatomaques : T»i; oi^'lo;, t, tî^^ euo'cca^, {j TÎiç

HtOTt/zo^ TcixvojxfvTi; xal T^ oixTl^Tcp xoii 6|jL00U9'lfa> xal auvxïolcp Tpiàoi ji.CTatyEVEo-rfpa; tivo; r, XTixni^ r, éTepoo*j7lo*j fù^eti»;

cTzaYojxfvT»; (1216 C.) Ces textes prouvent donc très clairement :

1] Qu'il n*y a pas eu entre les trois conciles l'op* position signalée par M. Harnack, l'accord au contraire est expressément signalé. Les considérations tirées de cette opposition prétendue pour la politique orientale, restent donc sans appui ;

2] Que le symbole dit de Constantinople ne répond pas au tome que décrivent les Pères de 382 ; l'erreur apollinariste expressément condamnée en 381 ainsi que celle des pneumatomaques, n'y sont pas suffisamment mises en relief. D'ailleurs, à en juger par la déclaration même du concile, la profession de foi se présentait sous la forme d'une confirmation de Nicée, accompagnée de définitions, analogues sans doute aux anathématismes du pape Damase (vuvri-

3] Qu'aucun texte ne favorise l'hypothèse néonicénienne ; tout au contraire, à prendre les mots dans leur sens obvie, les déclarations du concile de 382, et par suite des deux précédents, expriment simplement la foi orthodoxe telle que la professaient aussi les Occidentaux.

Le seul argument qui reste aux partisans du néonicénisme est le raisonnement suivant : Mélèce et

-»n»iAaata

les Orientaux étaient néonicéniens, donc, quels que soient les termes employés, la doctrine qu'ils entendent exprimer est la doctrine neonicénicnne et non la véritable orthodoxie. C'est ce qu'avoue M. Harnack lorsqu'il écrit : « Zum Siège ist also deni Wortlaute nach, das Nicaenum unbedingt gckommen, aber in der Interprétation des Mcletius, der Kappadocier und CyriU's von Jérusalem. Die Wcsensgemeinschaft im Sinne der Wesensgleichheit, nicht der Wesenseinheit ist seitdem im Orient orthodoxe Lehre (1). » On peut déjà voir si les textes cités plus haut laissent place dans leur précision à pareille interprétation, si o*j7t2; jAiô; par exemple, désigne plutôt similitude d'essence qu'unité. Je ne puis cependant me dérober au devoir d'examiner la valeur de l'axiome sur lequel repose tout le système : Mélèce et les Orientaux étaient néonicéniens. Cet examen comporte, s'il est complet, la réponse à une double question : Quelle était la croyance vraie des Orientaux dans la question trinitaire, quelle leur altitude vis-à-vis dès hommes reconnus comme niccens authentiques, les Occidentaux et, en Orient, Athanase^ Epiphane et quelques autres? Je suppose préalablement l'honnêteté substantielle des Orientaux comme acquise, je veux dire qu'en général, on peut prendre à la lettre leurs affirmations quand elles sont universellement répétées et trouvent une confirmation dans leur conduite. La remarque n'est pas inutile puisque l'on a soutenu récemment qu'il y avait au iv* siècle certaine manière d'entendre la vérité qui permettait le mensonge, en vue d'un bien à obtenir. Athanase

(1) Lehrb. der Dogmeng. \\\ ch. 7. p. 25). Ces! M. Harnack qui souligne.

tt^K. w« • M»« «> • ^ •*» H' « j« • «^ > T

et Basile en particulier n'auraient pas répugné à l'emploi de ces procédés (l).

On a vu plus haut ce qu'il faut penser de l'attitude dogmatique de Mélèce en 3G0 et 363. Après cette date, les documents le montrent en toute occasion faisant profession ouverte de nicéisme. Les synodiques qu'il signe au cours des négociations entre 370 et 379 déclarent toutes qu'il y a parfait accord sur la foi entre l'Orient et l'Occident ; on y félicitfe les Occidentaux de leur orthodoxie ; on déclare qu'il faut s'en tenir à la foi de. Nicée, mise en péril par les ariens. Le clergé de Néocésarée essaie.de lui faire approuver une formule o{i se cache, au dire de Basile, le sabellianisme (2). Théodote de Nicopolis qui se montre si sévère pour l'évêque de Césarée, lors des discussions avec Eustathe de Sébaste, est Tami et le partisan fidèle de Mélèce (3). Je ne reviens pas sur l'œuvre d'Antîoche en 379. Tout cela ne se comprend que si l'orthodoxie de son nicéisme est au-dessus de tout soupçon. Je sais bien qu'Epiphane, Jérôme et Pierre d'Alexandrie le traitent d'hérétique ou du moins font des réserves. On a vu que leur partialité pour Paulin infirme la valeur de leur témoignage contredit par les faits eux-mêmes. S. Basile a défendu avec énergie son vénérable ami contre ces accusations; il est vrai qu'en matière de néonicénisme son affirmation a bien peu de valeur» puisque lui-même aurait été le vrai théoricien de la nouvelle doctrine.

(1) X'oîr rarticle de M. Seeck dans ZIvG.XVl (I80G) et Touvrage de M. LooFS sur Eustathe de Sébaste. S. Basile a flétri plus d*une fois le mensonge dans ses homélies et ses lettres, cf. sa belle déclaration. De Spir. S. n.52 PG..*)2. iVA A.

(2) Basil, ep. 210 n. .S FG. .12. 773-70.

(3) Basil, op. 99 n. 2-3 PG. 32. 500 :i02.

^■i»"«i^^WP^«^l^^^«^»ii!^^^"^f*W^.*WI" ■■i^i " ■ ^1 Ll tlll

.^ma^'^ÊmJ^t^m^L^Ê^^^m.m^im ■ ■ 1 — ■ tM— ^>^—fc«aaié«

L'argument principal, il serait difficile de le nier, a été tiré d'une lettre écrite par Basile à Apollinaire, en 361 (1). Aujourd'hui Ton reconnaît généralement que cette lettre est un faux (2); mais on retient un certain nombre d'autres passages de ses écrits. L'interprétation néonicénienne qu'on leur donne a quelque chance d'être vraie s'ils représentent la pensée ordinaire de Basile, mais une étude approfondie de sa théologie trinitaire montre qu'il n'en est rien. M. Holl a fait justement remarquer que l'influence de Basile d'Ancyre est seulement un des facteurs du problème. Il démontre qu'il faut tout d'abord tenir compte du symbole de Grégoire le Thaumaturge, première source et la plus explicitement affirmée des idées de S. Basile et des Cappadociens (3). J'ajoute que l'évêque de Césarée insiste peut-être encore plus sur la nécessité de s'en tenir à la foi de Nicée (4). A ceux qui lé consultent et le pressent d'écrire sur la Trinité, il répond : le symbole des trois cent dix-huit pères suffit; au

(1) Harnack. Lehrbuch der Dogmg, 1P, p. 253, note 1. ^2) M. Loofs abandonne avec raison la lettre. Elle est en contradiction avec ce que rapporte S. Basile sur sa correspondance avec Apollinaire. Pour le reste cf. Harnack op. c. p. ^3, note 2. Cest bien peu lorsqu'on songe au nombre considérable de passages où Basile exprime nettement sa pensée. L'exposé de M. Holl est tout autrement complet et profond (Amphilochius, p. 122-53), bien que j*aie encore quelques. réserves à faire à son sujet.

(3) Hoi.L. Amphilochius, p. 110-119. «Man Obersieht etwas Wesentliches, wcnn man bei der Rcproduktion der kappadozischen Theoloigie sofort von den Parteigegensaetzcn des 4. Jahrhunderts ausgeht und ihre EigentOmItchkcit nur etwa von der Entwicklung der homoiusianischen Partei aus zu begreifen sucht... » (p. 11&-17.)

(4 Consulter les passages indiqués à Tindex analytique de la correspondance de Basile sous le mot Nicaca PG. 32. 1480. Lire en particulier la lettre 140 aux Antiochicns (n. 2) où Basile transcrit \e symbole, tel qu'on le conserve à Césarée ; 51 à Bosporios au sujet deDianée (n. 2. c. 3R9 CD) 113 et 114, 125 où est de nouveau insérée la formule deNicée,l59, 258. 2...

Mi^riMd«HM4Mrtfla[^MiiAMa*irk< ^ I ,■> ■ I II»

fyt^ *»r « •

besoin, il le transcrit de sa propre main. Un seul point mérite d'être mis plus en relief, la croA'ance à la divinité du Saint-Esprit; lors du grand concile elle n*était pas encore attaquée, on ne l'a donc pas traitée. Nulle part Basile ne laisse soupçonner qu'il entende les expressions de ce concile autrement que tout le monde. Il y a donc là déjà un préjugé contre le système néonicénien. D'autre part, si l'on fait une comparaison minutieuse des très nombreux passages où Basile exprime sa manière d'entendre le dogme de la Trinité, qu'il s'agisse des lettres, du traité contre Eunome ou sur le S. Esprit, des homélies, par exemple celle si brève mais si pleine sur Ift foi (1), si, dis-je, l'on compare ces passages avec les discours Contra Arianos de S. Athanase et la Synodique d'Anc3're, œuvre du père de l'homéousianisme, on constate très vite qu'il y a parenté étroite entre l'enseignement de l'évoque de Césarée et celui d'Alexandrie, nulle part au contraire on ne découvre ce qui est spécial à la doctrine de Basile d'Anc3're. Les textes, et ils sont en nombre infime, allégués en ce dernier sens, ne sont pas clairs en eux-mêmes et ne se précisent que sous l'influence d'idées préconçues. Presque tous contiennent des comparaisons ; l'on sait combien en cette matière leur emploi est délicat. Leur vraie portée doit être cherchée dans les passages où S. Basile s'exprime nettement. Luimême a fait remarquer quelque part qu'il ne faut pas attacher trop d'importance aux images, puisque toutes sont insuffisantes et que le mystère de la Trinité est au-dessus de notre intelligence. Sans doute il a défendu avec ténacité la doctrine

(1) Ccst un exposé du dogme trinitaîre. PG 31. 4G4-72.

des trois hypostases. Mais ou a-t-on la preuve qu*elle est spécifiquement homéousienne ? Est-ce que S.Basile Tentend absolument de la même manière que son homonj'me d'Ancyre? On ne l'a pas encore démontré. Cette doctrine est à tort repjésentée comme appartenant en propre aux Méléciens. Dès 3G2, c*est-à-dire quatre ans à peine après le concile d'Ancj^re, celui d'Alexandrie, auquel n'assistaient que des nicéens indiscutés, déclarait qu'après les explications contradictoires échangées, il était loisible à chacun de choisir entre Tancienne terminologie et la nouvelle, de dire à son gré une hypostase au sens de substance ou trois h^^postases au sens de personne (1). S. Epiphane, que nul ne soupçonnera de tiédeur pour l'orthodoxie, était un tenant des trois hypostases aussi déclaré que S. Basile ; il félicite môme à ce propos les méléciens d'Anlîoche d'exprimer leur foi de cette manière (2). Ses idées sur ce point sont si connues que l'évêque de Césarée peut lui écrire sans difficulté, qu'il faut persuader aux Pauliniens d'accepter eux aussi cette même terminologie (3). Sans doute, S. Basile, dans l'essai théorique qu'il tente pour marquer nettement en quoi consiste la notion de personne, est obscur, incomplet et pas toujours d'accord avec lui-même. Ce n'est là qu'un côté accessoire de son enseignement : lui-même a toujours très nettement distingué ce qui était objet de croyance et ce qui constituait la spéculation théologique. Or, en matière de croyance, je le

(1) TomuM ad Antioch n. 5-6. PG. 2i>. 8(KV801.

(2) Epiph. haer. 73-34 : ôjioovfftcrv ijifAo^oûvri; II. xil V. xal 'A. Rv., Tpit; (fsuTsivtii. jA{r/ o'^vtxv, yiix^ ^iôtt.ts, conformément à la vraie foi, ajoute-t-il, celle des Pères assemblés à Nicéc sous le grand empereur. La formule du concile de 382 n*est pas autre que celle d'Rpîphane.

13) Basil, cp. TîiS. 3 fin. PG. 32, 952 C.

— —— . ^-— ^«^ .* . ^^-- .- . . ..- • • ., ",„__«..«: ■-'tii!' '-■

répète, son enseignement pour les idées, comme pour les expressions* est étroitement apparenté à celui de S. Athanase.

Si cela n'était pas, la réputation d'orthodoxie dont, il jouit de son vivant, serait inexplicable. Nous devons bien admettre que les contemporains lisaient les textes au moins avec autant d'attention que nous, surtout en ces matières controversées. Le traité du Saint-Esprit et la correspondance de Basile sont très instructifs à cet égard ; on comprend qu'il se plaigne de l'espionnage qui règne autour de lui; les moindres expressions étaient examinées, critiquées, interprétées avec malveillance (1). Or on ne trouve pas trace d'une accusation sérieuse contre son orthodoxie (2), si on laisse de côté la question de la divinité du Saint-Esprit. Par prudence, il croyait bon de ménager certaines susceptibilités, mais sa pensée apparaît assez nette dans ses écrits et, dès les premières attaques, S. Athanase se porta garant pour lui. Bien qu'il fût en relations d'amitié ou de politesse avec des évèques suspects dans la foi, l'Occident et l'Egypte l'ont toujours tenu en haute estime. Pierre d'Alexandrie se refusait à abandonner sa communion, sur les injonctions de Timothée l'Apollinariste (3), et Ambroise, qui correspondait avec lui, s'inspirait volontiers de ses œuvres.

(1) Il se plaint des x^xxtxo'ro; qui assistent à ses sermons. Cf. Vîndîcation des textes dans Holl. Amphilochiun, p. 143 n. 1.

(2j Les Pneumatomaques Taccuscnt de sabellianisme. On sait ce que cela veut dire.

(3) Pierre écrit aux évèques égyptiens exilés : « Consiliatoribus igitur uobis in his quae incurrunt utor : et quid oportet me facere sic sempcr pcrturbatum, Timotheo difTomante seipsum episcopum esse ut per hoc confidentius inturlet et paternas leges infringat? Voluit enim me anathematizare et Basilium Caesareae et Paulinum et Epiphanium et Diodorum episcopos et soli Vitali communicare. •

■il- ■ — — p.^^-^— ^^i^» ■■■F™ ^•rr^Tt.^e^.^^tmmimtti^mm^m m^^

«r * ifcil i»m^ I ■■■>«« •* — '-*-^- __^ ». . . . . .. -. ^-^ - ■ ■ ^

D'autre part, et Terreur sur ce point a été grosse de conséquences, on s'est étrangement trompé lorsqu'on a affirmé que pour lui, comme pour les mélé^ cîens en général, il y avait équation parfaite entre le nicéisme primitif et le sabellianisme. Après avoir relu toutes les pièces du débat, je cherche en vain ce qui dans les écrits de Basile et les synodiques des Orientaux a pu faire naître ce malentendu. On reconnaît sans doute qu'Athanase a toujours été vénéré par tous comme le patriarche de l'orthodoxie, mais, ajoute-t-on, ses idées n'en étaient pas moins abandonnées. Rien ne justifie cette manière de voir. Pour Mélèce comme pour Basile et les Orientaux leurs amis, il y a toujours eu deux groupes très différents de nîcéens, les uns avec qui l'accord doctrinal était parfait, on le leur dit volontiers et on s'en réjouit ; c'étaient les Occidentaux et en Orient S. Athanase, puis Pierre d'Alexandrie et S. Epiphane ; les autres sont traités en suspects ou en hérétiques déclarés : Paulin et Marcel d'Ancyre (1). A ce dernier on reproche en effet d'être sabellien et l'on regrette que les Occidentaux ne s'en soient pas aperçus plus tôt : les expressions blâmées ont incontestablement un sens peu orthodoxe et l'on ne citera pas un passage où l'exposé du système de Marcel recouvre le moins du monde le dogme nicéen pur.

Fragment dans Facundus Hermîanensis IV. 2. Cf. PG. 33. 1201-92. -^ Voir les lettres de S. Basile à Athanase (01, QG, 07, 09, 80, 82), à Pierre d* Alexandrie (133, 2G0), à Acholios (154, lOi, 105), à S. Ambroise (197), à Valérien d*Aquilée (91).

(1) Lire les passages indiqués dans Tindex analytique de la correspondance de Basile (PG. 32) sous les mots Marcellus, Paulinus, Sabellius et Vexplication très nette de la synodique de 382 (Theod. V. 9 PG. 82. 1210 BC). Le fragment d'écrit attribué à Apollinaire, que Basile rapporte au début de la lettre 129 à Mélécè (PG. 32. 557 C.) aide à comprendre comment les Orientaux entendaient le sabellianisme.

rikBltfctf*^ 4».iariM

En ce qui concerne Paulin» la question est plus délicate mais, si Ton tient compte de toutes les données du problème, elle n*est pas très difficile à résoudre. Nulle part ni Basile ni Mélèce ne lui reprochent d*ètre hérétique formellement. Seul un passage assez obscur du De Anathcmate Tinsinue. Ce qu'on bl&me en lui, c'est de recevoir indiscrètement à sa communion les sectateurs de Marcel et de sembler pencher vers leur doctrine, c'est de s'obstinera garder une terminologie teintée de sabellianisme qui éloigne de l'Eglise des gens disposés à s'unir et semble justifier les accusations portées parles ariens. C'est tout (1). En revanche les multiples tentatives de rapprochement entre les partis à Antioche montrent que l'on avait bien conscience de la parfaite orthodoxie des dissidents. Dans la chaleur des controverses on l'a quelquefois oublié ; dès que l'on cherchait sincèrement l'union, la vérité se faisait jour. Les lettres à Athanase par exemple établissent toujours deux catégories parmi les chrétiens d' Antioche : les ariens et ceux qui s'accordent en matière de foi mais que divisent de malheureuses questions de personnes. C'est ce que le concile d'Alexandrie avait reconnu dès *362, ce que sanctionna celui de Constantinople lorsqu'il édictait ce canon : « Nous reconnaissons ceux qui à Antioche confessent une seule divinité du Père, du Fils et de l'Esprit- Saint(2). » Il y avait intérêt à colorer d'un prétexte dogmatique des divisions qu'avait envenimées

(1 Basil.. ep. 203. 5; 215 3; 258 3. 11 ^ déclare quil n'a pas voulu^^, écouter les accusations portées contre Paulin. I Jre aussi la lettre 156 à Evagrios.

(2) Canon 5 de Constantinople. 11 appartient au concile de 3S2 (cf. Uefele tr. fr. 11. p. 206 sq.).

.^^^k*ia^>— iKMM

318 CONXLUSION

ramour-propre, mais il ne faut point être dupe d'affirmations intéressées.

Chercher dans la querelle des h^^postases un argument en faveur du néonicénisme c'est en méconnaître complètement la nature et les conditions. La lettre du concile de Constantinople ici encore est très explicite et montre ce que Ton condamnait et combien justement, lorsqu'on repoussait la doctrine de Marcel et de Sabellius. Il n'y a jamais eu de néonicénisme doctrinal ; si l'on tient au nom il faut lui donner un sens tout pratique et entendre simplement caractériser par là une attitude conciliante de Fépiscopat oriental, qui, en opposition avec l'intransigeance de Paulin et de ses adhérents, pensait qu'il fallait, en maintenant ferme l'orthodoxie nicéenne, faciliter le retour à l'unité des nombreux évéques encore attachés à l'erreur. Mais Basile et Mélèce n'étaient point seuls a penser ainsi. C'était le même esprit que Libère et Athanase avaient fait prévaloir contre la dureté de Lucifer. Cette attitude, favorisée, je n'en disconviens pas, par les événements politiques, porta ses fruits. C'est elle qui groupa cent cinquante évéques à Antioche autour de Mélèce, avant môme l'élection de Théodose, alors que Paulin restait dans un isolement sans influence.

Doit-on cependant reconnaître dans le- groupe mélécien, une tendance politique nettement hostile à l'Occident, que Théodose favorisa de tout son pouvoir, dès qu'il eut pris conscience de son importance ? Sur ce point encore, je ne puis me ranger aux théories récemment mises en honneur (1). Elles

1 M. Harnack a très habilement groupé tous les faits qui démontrent selon lui l'existence de cette « Kirchenpolitik » orientale, cf. I^hrh, dcr Dogmg. II. p. 2i>l sq. surtout la note 1 de la page 262*

■ M » « lin rm^' m t^^ ^^^^m^^^ ^.^w^ « ^- « «^ ■*— ■ é é ^ ~ -^^ <■ * ■ ■* ^^*

reposent sur une interprétation inexacte et un dépouillement incomplet des éléments de discussion. Je ne songe certes pas à nier que parmi les hommes d'origine si diverse, de valeur morale et intellectuelle fort inégale, groupés autour de Mélèce, un certain nombre n'aient donné une fûcheuse signification à cet « argument des climats » dont s'est raillé avec tant de verve S. Grégoire de Nazianze. Le sentiment était légitime dans une certaine mesure; plusieurs lui ont attribué trop d'importance, mais de là aux tendances schismatiques prêtées à tout l'épiscopat oriental de 381, il y a fort loin. Je me suis suffisamment prononcé plus haut sur ce point, je discuterai seulement ici quelques faits allégués en preuve de la politique orientale. Les lettres officielles des prélats orientaux depuis la synodique de 371 jusqu'à celle, récemment publiée, du concile de Césarée en 393, témoignent toutes d'un désir sincère de la paix et de l'union, dans l'observance régulière de la discipline ecclésiastique; les difficultés sont expliquées comme tenant à des questions de personne, qu'il faut négliger (1). On a vu que la prétendue opposition

Il faut compléter ce que je dis ici par l'exposé fait ci-dessus de ce qui concerne Tottribution des Kgliscs à Mélèce et Télection de Flavien. Le premier fait avait si peu la signification d*unc injure aux Occidentaux que, d après Théodoret, toute la question se réduisit à savoir qui était en communion a%'cc Damasc.

(1) Nulle part mieux qu*à la fin de la synodique de 382, on ne saisit ce que pensdient exactement les Orientaux du conflit et leurs dispositions réelles vis-è-vis de TOccident. Theod. V. 9 : a Ut; cvOî?jiu; xs* x2vovtxû; îtap* T.jiîv xix,%3Tt,xÔ7i (les ordinations de Nectaire, Flavien et Cyrille de Jérusalem , xsl r>,v w;j.t?i^av 9V7/s{,«:'.v za%axsV>û}Aiv tùX^€t:sv, tf,; ■Kvfj;jiaTixf,; 'xiî'.xiyovTr,; iyirr,; xal toO xv^isxvj çô€<»v, Tisav jiiv xxTaTcfXXovto; «vO,oiasi*/T,v rposTziOi'.xv. t>,v H tÛiv *rIxx>kT,7'.ûv oîxogo{i^,v îspo- T'.'xoTipav ro'.ovvTo; rr,; -npo; tiv xa'i* ïva ayvr,Otia; (var. ffujA-rraOcta;) f, y a^iTo;. tlj-îw yip -îoû ti vt,ç ri^Titi»; ffy;jL^<4VT/Jiv?'#; M^t^* xal rf,; /piTîiav.xf,; x'js'a^x'Tr,; «V Y,;xlv iyJrr,;. 'R:v3^«AtOa aé^o*/?!; ?6 Ta^i 'sCy* àno9ToXw xsrt- 7v:.iï;ir/'^v 17.** ;if7 tl;x: llavAou, t^w iï 'Atr'AXti, f^.** ot Kr.si (1 Cor. 1,12)'

wn

««^«■nP"«i

mim^mmm

entre les trois conciles de 379, 381 et 382 n- était point fondée, au témoignage même des intéressés, La preuve tirée des édits de Théodose n'est pas plus solide. En février 380, de Thessalonîque, l'empereur déclare qu'il reconnaîtra comme orthodoxes en Orient ceux qui professent la foi de Damase et de Pierre d'Alexandrie ; en juillet 381, au contraire, il ne parle plus de ces derniers, mais spécifie pour chaque province de rOrient les évoques du lieu qu'il regarde comme représentants qualifiés de la foi catholique (1). C'est là, dit-on, une « définition amendée de l'orthodoxie (2) » et l'indication d'un changement d'attitude dans la politique de l'empereur, qui entend désormais favoriser les visées indépendantes des Orientaux. L'explication du fait me parait être beaucoup plus simple. En 380 Théodose se rend en Orient où' les- partis sont très divisés, il est naturel que, de Thessalonique où il est encore, il choisisse une règle d'orthodoxie indiscutée. Il désigne donc les deux représentants autorisés et indiscutés du nicéisme. La situation est tout autre en 381. Le concile qui vient de se tenir a précisément rétabli la doctrine orthodoxe dans tout l'Orient et, pleinement d'accord

icap^T,3!a; raparrr.yôjiiOï. » PG. 82. 1217 CD.

(1) Edit du 27 février :)80, Cod. Theod. X\'l. 1. 2 (\ï est adressé aa peuple de Constantinople); celui du 30 juillet 381 à Auxonius, proconsul d'Asie. Ibid.^ 2-3. Dans le premier il n*est pas parlé de communion, mais simplement de la foi, • quam pontificcm Damasum sequi claret et Fctrum Alexandriae episcopum uirum apostolicae sanctitatis. •

(2, L'expression est de M. Gwatkin, Studies, p. 271 : • Theodosiut issucd an amcndcd définition of orthodoxy. The true faith waa henccforth to bc guarded by thc dcmand of communion, no longer «vith Rome and Alexandria, but with Constantinople, Alcxandria, and the principal bishops of tha Kast. »

avec Rome, comme en témoignent les lettres reçues et souscrites, il a repoussé toutes les hérésies qui mettent la foi en danger. Ç*eut été de la part de Théodose une singulière manière de confirmer Tceuvre du concile et un mo3'en assez étrange d'assurer en chacune des provinces de TOrient le triomphe de Torthodoxie que de proposer à ses sujets des évéques éloignés, au lieu de ceux qu'ils avaient sous les yeux et tout près. Si l'on se rappelle le but pratique de Tempereur et l'inanité des accusations portées contre l'orthodoxie des prélats orientaux, on comprendra difficilement qu'il ait pu agir autrement.

11 est vrai qu'au concile même de 381, un coup plus sensible encore aurait été porté aux Occidentaux : le choix de Mélèce comme président de l'assemblée et les honneurs insignes qui lui furent rendus après sa mort. L'argument est quelque peu extraordinaire. Au moment où s'ouvrit le concile, Mélèce était pleinement en communion avec l'Occident, qui lui reconnait mêmes droits qu'à Paulin et même orthodoxie, S. Ambroise l'atteste (l). A qui revenait de droit la présidence dans un sj'node exclusivement composa d'Orientaux? A celui sans doute qui depuis dix ans signait le premier les synodiques comme évoque du siège apostolique d'Antioche. Le concile de Nicée ne reconnaît que deux évoques ayant sur lui la préséance, l'évéque de Rome et celui d'Alexandrie. L'un et l'autre étaient absents du concile ; celui de Constantinople n'était pas encore nommé et devait recevoir ses droits d'honneur du concile môme présidé par Mélèce.

(1} Ambros. ep« 13. Sanctum n. 2.

Dans ces cohdifions, ce dernier n'était'^il pas le chef naturellement désigné ? Je ne veux pas insister, tellement cette explication s'impose. Chercher les mêmes intentions secrètes dans les honneurs rendus à Mélèce, c*est accorder une importance exagérée à un témoignage touchant de vénération. Est-ce que la situation de Mélèce au concile et ses qualités extraordinaires ne le justifient pas suffisamment?

On cite encore en preuve de cette politique orientale, la conduite de Tépiscopat vis-à-vis de Paulin et de Flavien;je crois avoir indiqué suffisamment ce qu'il fallait en penser. Qu'il me soit permis seule* nient de rappeler un petit fait auquel les défenseurs des idées que je combats ne font aucune allusion, mais qui est attesté par quelqu'un à môme d'être bien renseigné (1). Lorsque Nectaire fut élu à Constinople, Rome fit des objections. Non content de la justification écrite par le concile de 382, Théodose voulut qu'une légation composée d'évêques et d'officiers de sa cour port&t elle-même à Rome les pièces destinées à démontrer la légitimité de l'élu. Ce n'est pas là un fait isolé. Loin d'apparaître dans ses relations entre les deux Eglises, comme un champion déterminé de l'indépendance orientale, Théodose s'applique à les unir; les Occidentaux lui font parvenir leurs doléances en termes un peu vifs parfois, il les transmet aux évêques de son empire et recommande la concorde. Si les propositions de l'Occident ne sont pas toujours acceptées, c'est que la situation réelle de rOrient n'était pas telle qu'on se l'imaginait à Rome et à Milan. Théodose écoute impartialement

(1) Bonifodi 1 ep. lr>. ii /•22). PL. 20. 782-83. Cf. p. 2Gl, n. 2.

■ if I II*

les raisons que des deux côtés Ton fait valoir et approuve ce qui lui parait justifié. Tout homme sensé eut agi de même. L'on chercherait vainement un acte dont la signification soit différente, et témoigne de sa part quelque hostilité vis-à-vis des Occidentaux.

Le conflit créé par le Schisme d'Antioche resta en réalité purement disciplinaire.

Quelque idée que Ton se fasse de son importance dans l'histoire des relations entre l'Orient et l'Occident, ce serait singulièrement le méconnaître que d'y voir, comme on l'a fait quelquefois, le prélude du schisme photien.

w^rvm^^i^mm

•^••w* « *** BW^»»»!! M

MM»«

Page 1