Psellos, £. 1, p
5, Psellos, t. 1, p. 190.
D'ailleurs de pareilles idées s’alliaient chez ni à une cer> laine indifférence dans les questions religieuses qui excitaient les passions de ses contemporains. De même qu'il établissait à ses frais un service quotidien à Sainte-Sophie, de même, les besoins de la politique aidant, il ne craignit pas de faire construire une mosquée en pleine Byzance. Il suivait en cela l'exemple de ses prédécesseurs, mais ce fait ne montre pas moins un certain détachement des passions religieuses, cinquante ans avant les croisades. Non content de faire bâtir cette mosquée, il fournit même à ses frais tous les objets du culte *.
Ainsi un penchant à la frivolité ou, pour mieux dire, à la niaiserie, une absence totale de goût pour tout ce qui était intellectuel alors, art ou théologie, un fonds assez mince d'idées religieuses qui tournaient souvent à la superstition la plus enfantine et, par-dessus tout cela, une sorte de désintéressement, un mépris des opinions trop tranchées et une absence totale de fanatisme, telle est la peinture fidèle de l'esprit de Constantin IX. Mais l’homme n’est pas une juxtaposition d'entités entre lesquelles s’élèveraient des cloisons étanches : natures physiques, intellectuelles et morales sont réciproquement les conditions l’une de l'autre, Aussi les seules idées directrices que nous ayons découvertes dans l'esprit de Constantin IX, peuvent déjà nous faire prévoir quelles furent les habitudes de son caractère.
Il ne faut pas nous attendre à trouver en lui un de ces caractères énergiques de fondateurs de dynastie qui ne sont pas rares dans les annales byzantines. Son trait principal semble être, au contraire, l'indifférence et l'apathie, dès que ses goûts ou plutôt ses passions ne sont plus en jeu.
Il avait d'abord un tempérament très ardent qu'il ne put jamais dompter et qui lui fit commettre des fautes si grosses
1. Heyd, Histoire du Levant (traduct. franc., p. 51), d'après des Annales musulmanes; — Du Cange, Const , p. 164, énumére quelques mosquées construites à Byzance avant ou après le règne de Constantin IX.
tèrent ; la foule s'écriait qu'elle ne voulait pas de Sclérène pour impératrice. « Nous ne voulons pas, s'écriait-elle, qu'on fasse mourir nos mères. » (On désignait ainsi Zoé et Théodora.) Un grand tumulté s'éleva : la vie de l'empereur fut en dunger. Il ne dut son salut qu'à l'intervention des deux princesses porphyrogénètes qui apaisèrent elles-mêmes le peuple, mais il dut rentrer au palais et la procession n'eut pas lieu * (1043).
De pareilles leçons furent perdues pour Constantin IX. Après la mort de Sclérène, qui eut lieu peu de temps après son avènement et qui lui fit verser d'abondantes larmes, il se consola en portant son amour à des objets de plus en plus bas. Un jour, il vit une jeune Alaine qui avait été emmenée à Constantinople comme otage. Elle n'était pas belle, mais avait la peau très blanche et des yeux magnifiques. L'empereur prit feu aussitôt pour elle et abandonna toutes ses autres conquêtes ?. L'impératrice Zoé n'était pas morte : il n'osa, dé son vivant, installer sa favorite au palais, ni, après'sa mort, la couronner impératrice; mais il la combla d'honneurs et la couvrit littéralement de pierres précieuses de la tête aux pieds *. Elle eut, ni plus ni moins que Sclérène, le titre de Sébasté®, et elle acheva de consumer les débris du trésor que Jui avaient laissés ceux ou celles qui l'avaient précédée dans la faveur impériale.
La prodigalité, tel est, en effet, le second trait du caractère de l'empereur *, Avant son avènement, il avait déjà la réputation d'un élégant et d'un fastueux : à peine monté sur le trône, il ne vit dans le pouvoir qu'un moyen de satisfaire ses coûteuses fantaisies, et lui, qui se trouva plusieurs fois à la veille d'être renversé, faute d'avoir une armée pour le défen-